Le roman Les Grandes Espérances de Charles Dickens est riche en personnages hauts en couleur et en scènes évocatrices, souvent soulignées par la musique et les chansons. L’une de ces occurrences est la chanson du forgeron « Old Clem », une ritournelle rythmée fredonnée par Joe Gargery à la forge. Cet air apparemment simple revêt une signification plus profonde dans le récit, se rattachant aux thèmes du travail, de la tradition et même de l’univers particulier de Miss Havisham.
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Cet article explore les origines et la signification de « Old Clem », en examinant son lien potentiel avec les traditions réelles des forgerons et sa fonction dans le contexte plus large des Grandes Espérances.
Le charme rythmique de « Old Clem »
Dickens décrit « Old Clem » comme une chanson « qui imitait la cadence des coups sur le fer », suggérant un lien étroit entre la musique et le travail du forgeron. Les paroles, telles que relatées dans le roman, sont simples et répétitives, soulignant la physicalité du travail :
« Hammer boys round—Old Clem!
With a thump and a sound—Old Clem!
Beat it out, beat it out—Old Clem!
With a clink for the stout—Old Clem!
Blow the fire, blow the fire—Old Clem!
Roaring dryer, soaring higher—Old Clem! »
Cette structure rythmique, reflétant le cliquetis et le rythme de la forge, transforme la chanson en une représentation auditive du travail quotidien de Joe. C’est une chanson de travail, fournissant une toile de fond rythmée au labeur ardu et offrant peut-être même un sentiment de camaraderie entre les forgerons.
Saint Clément : le saint patron des forgerons
La dédicace de la chanson à « Old Clem » fait référence à saint Clément, le saint patron des métallurgistes et des forgerons. Selon la légende, saint Clément a été martyrisé en étant attaché à une ancre et jeté à la mer. Ce lien ajoute une dimension historique et religieuse à l’air apparemment simple, l’ancrant dans une riche tradition de forge.
La référence à saint Clément élève aussi subtilement la profession de Joe. Bien que simple forgeron, le travail de Joe est lié à une lignée historique, ajoutant un sentiment de dignité et de tradition à son métier. Cela fait écho aux thèmes plus larges de Dickens sur la classe sociale et la valeur intrinsèque du travail honnête.
« Old Clem » et l’univers de Miss Havisham
Il est intéressant de noter que « Old Clem » transcende les limites de la forge et se retrouve dans le manoir délabré de Miss Havisham. Pip, à la demande de Miss Havisham, chante la chanson, et elle devient un rituel étrangement réconfortant dans l’atmosphère autrement stagnante et mélancolique de Satis House.
Cette adoption inattendue de la chanson du forgeron souligne la complexité du personnage de Miss Havisham. La simplicité rythmique de la chanson offre peut-être un sentiment d’ordre et de prévisibilité dans son paysage émotionnel autrement chaotique. Ou peut-être sert-elle de rappel brutal de la vie et du monde qu’elle a rejetés.
« Twankydillo » : une influence potentielle ?
Certains chercheurs suggèrent que « Old Clem » de Dickens pourrait avoir été inspiré par la chanson folklorique traditionnelle « Twankydillo », également associée aux forgerons et faisant potentiellement référence à saint Clément. Bien que le lien reste spéculatif, « Twankydillo », avec son ton jovial et ses références à la boisson et à la camaraderie, offre un aperçu de la riche tapisserie des traditions folkloriques entourant la forge.
Conclusion : plus qu’une simple chansonnette
« Old Clem » dans Les Grandes Espérances est plus qu’une simple chanson ; c’est un symbole aux multiples facettes tissé dans la trame du récit. Il représente le rythme du travail, le lien avec la tradition et les manières inattendues dont la musique peut relier des mondes disparates, de la forge animée à la grandeur décadente de Satis House. La simplicité de la chanson cache sa signification plus profonde, faisant écho aux thèmes du travail, de la classe et du pouvoir durable du lien humain qui résonnent tout au long du chef-d’œuvre de Dickens.