La Terre Gaste parodiée par Wendy Cope en limericks

Les « Wasteland Limericks » de Wendy Cope proposent une vision délicieusement irrévérencieuse du poème notoirement dense et exigeant de T.S. Eliot, La Terre Gaste. Cette réponse spirituelle et concise, composée de seulement cinq limericks, parvient à saisir l’essence de l’œuvre d’Eliot tout en se moquant de son style élitiste et de ses allusions complexes. Cet article explore la déconstruction intelligente de Cope, expliquant comment elle utilise l’humour et un langage simple pour désarmer le chef-d’œuvre moderniste d’Eliot.

Un Limerick pour Chaque Section

La stratégie de Cope est simple mais efficace : elle dédie un limerick à chacune des cinq sections de La Terre Gaste. Cette structure lui permet d’aborder systématiquement les thèmes clés et l’imagerie de chaque partie, soulignant leur absurdité à travers le prisme de la forme du limerick.

I. L’Enterrement des Morts : Du Désespoir à la Facétie

Le premier limerick de Cope transforme l’ouverture sombre de La Terre Gaste en quelque chose de surprenamment léger :

« In April one seldom feels cheerful;
Dry stones, sun and dust make me fearful;
Clairvoyantes distress me,
Commuters depress me—
Met Stetson and gave him an earful.”

La première ligne, « In April one seldom feels cheerful », contraste directement avec la célèbre ligne d’Eliot, « April is the cruellest month », changeant instantanément le ton du désespoir à la facétie. Les anxiétés évoquées par Madame Sosostris et les foules de banlieusards londoniens sont pareillement dégonflées, culminant dans la rencontre humoristique avec Stetson.

II. Une partie d’échecs : Trivialiser le grandiose

Le deuxième limerick cible l’imagerie opulente mais troublante d’« Une partie d’échecs » :

“She sat on a mighty fine chair,
Sparks flew as she tidied her hair;
She asks many questions,
I make few suggestions—
Bad as Albert and Lil—what a pair!”

L’utilisation par Cope d’un langage familier, tel que « mighty fine chair », sape la grandeur des descriptions d’Eliot. La conversation fragmentée, pleine de superficialité et de tension sous-jacente, est réduite à une simple observation sur un couple problématique.

III. Le Sermon du Feu : Concis et Comique

Cope aborde les allusions complexes et les récits fragmentés du « Sermon du Feu » avec une concision remarquable :

“The Thames runs, bones rattle, rats creep;
Tiresias fancies a peep—
A typist is laid,
A record is played—
Wei la la. After this it gets deep.”

L’imagerie contrastée de la Tamise, des os et des rats est présentée en une succession rapide de phrases courtes, soulignant la nature décousue du poème. Le ton désinvolte de « Tiresias fancies a peep » diminue encore le sérieux de la représentation par Eliot du prophète mythique.

IV. La Mort par l’Eau : De la Tragédie à la Trivialité

Le traitement par Cope de « La Mort par l’Eau » est particulièrement frappant, étant donné la brièveté de la section originale :

“A Phoenician named Phlebas forgot
About birds and his business—the lot,
Which is no surprise,
Since he’d met his demise
And been left in the ocean to rot.”

Le sort tragique de Phlebas est rendu presque comique par le langage terre-à-terre de Cope et l’image finale de pourrissement dans l’océan.

V. Ce que le Tonnerre a dit : Une pluie de citations

Le dernier limerick aborde la section culminante de La Terre Gaste, « Ce que le Tonnerre a dit » :

“No water. Dry rocks and dry throats,
Then thunder, a shower of quotes
From the Sanskrit and Dante.
Da. Damyata. Shantih.
I hope you’ll make sense of the notes.”

La description par Cope de l’utilisation des citations par Eliot comme « a shower of quotes » est à la fois précise et amusante. L’inclusion des mots sanskrits « Da. Damyata. Shantih » suivie de l’ironique « I hope you’ll make sense of the notes » capture parfaitement la perplexité ressentie par de nombreux lecteurs face aux allusions érudites d’Eliot.

Un Regard Léger sur un Monument Littéraire

Les « Wasteland Limericks » de Wendy Cope offrent un point d’entrée rafraîchissant et accessible à l’œuvre exigeante de T.S. Eliot. En utilisant l’humour et un langage simple, elle démystifie le poème et invite les lecteurs à l’aborder d’une manière nouvelle et légère. Sans diminuer l’importance de La Terre Gaste, les limericks de Cope rappellent précieusement que même les œuvres littéraires les plus sérieuses peuvent être abordées avec un sens de l’espièglerie et de l’esprit.