Le sonnet spensérien, reconnaissable à son schéma de rimes enchaînées (abab bcbc cdcd ee), se trouve souvent dans l’ombre de ses homologues shakespearien et pétrarquiste. Bien que la séquence Amoretti d’Edmund Spenser demeure l’exemple le plus célèbre, la forme possède une riche histoire au-delà de Spenser, notamment au sein de la littérature écossaise. Cet article explore les origines du sonnet spensérien, son évolution et son attrait durable, en présentant des exemples de divers poètes à travers les siècles.
Contents
Edmund Spenser, le poète le plus associé au sonnet spensérien.
Le Lien Écossais
Étonnamment, lors de l’apogée du sonnet aux 16ème et début du 17ème siècles, davantage de poètes écossais qu’anglais ont adopté la forme spensérienne. Influencés par Pétrarque et Surrey (l’architecte du sonnet shakespearien), les poètes écossais ont adopté le schéma de rimes abab bcbc cdcd ee comme norme. Cette prédominance justifie de considérer le sonnet spensérien comme le « sonnet écossais », tout comme le sonnet shakespearien est le « sonnet anglais ».
Les premiers sonnets spensériens publiés sont apparus à Édimbourg dans les Essays of a Prentice in the Divine Art of Poesy (1584-1585) du roi Jacques VI. Y figuraient des sonnets des frères Hudson, marquant les premiers sonnets spensériens publiés par des Anglais, antérieurs même à l’œuvre publiée de Spenser sous cette forme.
Voix Spensériennes à Travers les Âges
Au-delà de Spenser, de nombreux poètes ont exploré le potentiel du sonnet spensérien. Voici quelques exemples notables :
Alexander Montgomery (mort en 1598)
Potentiellement l’initiateur de la forme, Montgomery a employé magistralement des variations comme le double spensérien et le « spensérien forte » (abab bcbc cdcd dd), comme on le voit dans son défi « That He Wrought Not Against the Maidens of Edinburgh ». Son usage habile de l’allitération et le placement précis des mots élèvent le traditionnel « flyting » en une puissante défense de l’honneur.
Roi Jacques VI d’Écosse (1566–1625)
Les Essays of a Prentice de Jacques VI contiennent une séquence de sonnets spensériens où il invoque les dieux classiques pour bénir ses entreprises poétiques. Son septième sonnet dépeint avec vivacité un voyage en mer tumultueux, utilisant habilement l’imagerie et le symbolisme liés à la fois à Neptune et à la Trinité chrétienne.
Le roi Jacques VI d'Écosse, également auteur de sonnets spensériens.
William Fowler (v. 1560–1612)
La séquence Tarantula of Love de Fowler présente des sonnets explorant les complexités de l’amour au milieu d’une épidémie de peste. Tarantula of Love XXVII juxtapose crûment les horreurs de la maladie avec le pouvoir dévorant de l’amour, utilisant une imagerie évocatrice et des allusions apocalyptiques.
William Fowler, poète de sonnets spensériens.
Henry Lok (v. 1553–1608 ou après)
Les Sundry Christian Passions de Lok comprennent une série de sonnets spensériens abordant des thèmes religieux. Le Sonnet VI réimagine le récit du Fils prodigue, utilisant efficacement la structure et le schéma de rimes du sonnet pour souligner le parcours du fils de la folie juvénile à la repentance.
Samuel Daniel (1562–1619)
La séquence Delia de Daniel intègre des sonnets spensériens qui offrent une perspective nuancée sur l’amour non partagé. Son usage habile de la répétition et de l’argumentation subtile transforme un thème potentiellement cliché en une exploration sophistiquée de l’honneur et du désir.
Poètes Spensériens Ultérieurs
Le sonnet spensérien a continué d’attirer des poètes à travers les siècles. Thomas Edwards (1699–1757) a contribué à la renaissance du sonnet au 18ème siècle, tandis que William Thompson (1712–1766) a expérimenté des variations dans la longueur des vers. Thomas Stott (1755–1829) a utilisé la forme pour la poésie humoristique, et Thomas Hood (1799–1845) a offert une poignante réflexion sur la mort. William Cullen Bryant (1794–1878), un éminent poète américain, a abordé le thème de la mutabilité dans son œuvre spensérienne.
William Cullen Bryant, poète romantique américain ayant écrit des sonnets spensériens.
La Renaissance Moderne
Les 20ème et 21ème siècles ont été témoins d’un regain d’intérêt pour le sonnet spensérien. Des poètes comme Robert B. Parker, Roddy Lumsden, Margaret I. Gibson Bates, Sherman Alexie et Leigh Harrison ont tous contribué à l’évolution continue de la forme, démontrant son adaptabilité durable. Les plateformes en ligne ont en outre facilité cette renaissance, avec de nombreux poètes contemporains explorant les possibilités du sonnet spensérien.
Conclusion
Le sonnet spensérien, bien que souvent négligé, offre un défi unique et enrichissant aux poètes. Son schéma de rimes complexe et sa résonance historique constituent un terrain fertile pour l’expression créative. De ses racines écossaises à sa résurgence moderne, le sonnet spensérien continue de s’épanouir, enrichissant le paysage de la poésie anglaise.