Les sonnets, ces élégants poèmes de 14 vers, captivent les lecteurs depuis des siècles. Des vers romantiques de Shakespeare aux déclarations puissantes de Milton, la forme du sonnet s’est avérée remarquablement adaptable. Mais sous la surface de ces poèmes apparemment simples se cache un monde de structures complexes et d’histoire fascinante. Cet article explorera les composantes essentielles d’un sonnet, examinant les diverses structures de sonnet, analysant des exemples et offrant un aperçu de ce qui distingue chaque forme.
Contents
Portrait de Francesco Pétrarque
Comprendre le Sonnet : Une Brève Histoire
Le sonnet, signifiant « petite chanson » en italien, est né en Italie au XIVe siècle avec Francesco Pétrarque. Traditionnellement écrit en pentamètre iambique, un schéma rythmique de dix syllabes avec des temps non accentués et accentués alternés, le sonnet présente une volta, un tournant ou un changement crucial de pensée ou d’émotion, généralement près de la fin du poème. Ce tournant ajoute de la profondeur et de la complexité, présentant souvent une résolution, un contre-argument ou un changement de perspective.
Sonnets Pétrarquiste et Shakespearien : Deux Piliers de la Forme
Deux structures de sonnet dominantes ont émergé : le pétrarquiste (italien) et le shakespearien (anglais). Bien que les deux respectent la règle des 14 vers et emploient souvent le pentamètre iambique, ils diffèrent significativement par leurs schémas de rimes et le placement de la volta.
Le Sonnet Pétrarquiste
Le sonnet pétrarquiste est divisé en deux parties : une octave (huit vers) et un sizain (six vers). L’octave suit généralement un schéma de rimes abbaabba, établissant le thème central ou le problème du poème. La volta se produit entre l’octave et le sizain, introduisant un changement de pensée ou de sentiment. Le schéma de rimes du sizain peut varier, souvent cdecde ou cdcdcd, offrant une réponse, une résolution ou une réflexion sur le thème de l’octave.
« How Do I Love Thee? (Sonnet 43) » d’Elizabeth Barrett Browning illustre la forme pétrarquiste :
How do I love thee? Let me count the ways. (a)
I love thee to the depth and breadth and height (b)
My soul can reach, when feeling out of sight (b)
For the ends of being and ideal grace. (a)
I love thee to the level of every day’s (a)
Most quiet need, by sun and candle-light. (b)
I love thee freely, as men strive for right; (b)
I love thee purely, as they turn from praise. (a)
I love thee with the passion put to use (c)
In my old griefs, and with my childhood’s faith. (d)
I love thee with a love I seemed to lose (c)
With my lost saints. I love thee with the breath, (d)
Smiles, tears, of all my life; and, if God choose, (c)
I shall but love thee better after death. (d)
Le Sonnet Shakespearien
Le sonnet shakespearien comprend trois quatrains (stances de quatre vers) et un distique final (deux vers). Le schéma de rimes est abab cdcd efef gg. Chaque quatrain développe généralement un aspect spécifique du thème du poème, la volta se produisant avant le distique final, qui fournit un résumé concis ou une conclusion percutante.
Le Sonnet 18 de Shakespeare, « Shall I compare thee to a summer’s day? », démontre cette structure :
Shall I compare thee to a summer’s day? (a)
Thou art more lovely and more temperate. (b)
Rough winds do shake the darling buds of May, (a)
And summer’s lease hath all too short a date. (b)
Sometime too hot the eye of heaven shines, (c)
And often is his gold complexion dimmed; (d)
And every fair from fair sometime declines, (c)
By chance, or nature’s changing course, untrimmed; (d)
But thy eternal summer shall not fade, (e)
Nor lose possession of that fair thou ow’st, (f)
Nor shall death brag thou wand’rest in his shade, (e)
When in eternal lines to Time thou grow’st. (f)
So long as men can breathe, or eyes can see, (g)
So long lives this, and this gives life to thee. (g)
Page de titre d’une collection de sonnets de Shakespeare, publiée pour la première fois en 1609
Exploration d’Autres Structures de Sonnet
Au-delà des modèles pétrarquiste et shakespearien, d’autres structures de sonnet ont émergé, chacune avec ses propres caractéristiques distinctes :
- Sonnet Spensérien : Développée par Edmund Spenser, cette forme lie les quatrains par un schéma de rimes enchaînées : abab bcbc cdcd ee.
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Sonnet Miltonien : Tout en adhérant au schéma de rimes pétrarquiste, les sonnets miltoniens, nommés d’après John Milton, emploient souvent l’enjambement, reportant une phrase ou une clause sur plusieurs vers sans ponctuation.
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Sonnet Terza Rima : Cette forme utilise des stances de trois vers entrelacées avec un schéma de rimes enchaînées (aba bcb cdc ded aa).
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Sonnet Court (Curtal Sonnet) : Inventé par Gerard Manley Hopkins, ce sonnet raccourci maintient les proportions du sonnet pétrarquiste mais compresse les vers, donnant un poème de 10,5 ou 11 vers avec un schéma de rimes unique et un rythme bondissant (sprung rhythm).
Portrait de Gerard Manley Hopkins
Conclusion : L’Attrait Durable des Structures de Sonnet
Le sonnet, avec ses structures diverses, continue de fasciner et d’inspirer poètes et lecteurs. Qu’il explore l’amour, la perte ou les complexités de la condition humaine, les contraintes de la forme du sonnet offrent un cadre pour une expression concentrée et une exploration artistique profonde. En comprenant les nuances de chaque structure de sonnet, nous pouvons acquérir une appréciation plus profonde de l’art et du pouvoir durable de ces « petites chansons ».
