L’humour subtil des sonnets de Shakespeare

Les sonnets de Shakespeare sont souvent associés au romantisme, à l’amour et à la beauté. Cependant, le Barde possédait également un esprit vif et un sens aigu de l’absurde, qui transparaît parfois dans ses sonnets. Bien qu’ils ne soient pas drôles au sens moderne du terme, certains sonnets possèdent une ironie ludique et des jeux de mots intelligents qui peuvent susciter un léger rire ou un sourire entendu. Explorons quelques-uns de ces « sonnets drôles » de Shakespeare et découvrons l’humour caché dans leurs vers complexes.

Sonnet 130 : Un anti-poème d’amour ?

L’exemple le plus célèbre d’un sonnet « drôle » de Shakespeare est peut-être le Sonnet 130. Au lieu de louer la beauté de sa maîtresse avec des comparaisons conventionnelles, Shakespeare les subvertit délibérément :

Les yeux de ma belle n’ont rien du soleil ; Le corail est bien plus rouge que ses lèvres ; Si la neige est blanche, eh bien, sa poitrine est brune ; Si les cheveux sont des fils, des fils noirs poussent sur sa tête.

L’humour réside dans la déconstruction inattendue des clichés romantiques. Il va même jusqu’à dire que son haleine « pue ». Pourtant, la tournure du sonnet arrive dans le couplet final :

Et pourtant, par le ciel, je crois mon amour aussi rare Que toute autre qu’on décrirait avec de faux semblants.

En rejetant les louanges exagérées, Shakespeare célèbre un amour authentique et réaliste qui transcende les idéaux superficiels. L’humour agit comme un véhicule pour un message plus profond sur la nature de l’affection véritable.

Sonnet 88 : L’art de l’autodérision

Un autre sonnet avec une nuance humoristique est le Sonnet 88. Ici, le locuteur adopte une posture d’extrême autodérision, offrant de prendre le parti de sa bien-aimée même contre lui-même :

Quand tu seras disposée à me mépriser Et à placer mon mérite sous le regard du mépris, De ton côté contre moi-même je combattrai, Et te prouverai vertueuse, même si tu es parjure.

La volonté exagérée de se rabaisser pour le bien de sa bien-aimée crée un sentiment d’amusement ironique. Bien que les émotions sous-jacentes puissent être complexes, le ton presque masochiste introduit un élément comique sombre.

Sonnet 29 : Du désespoir à la joie

Bien qu’il ne soit pas intrinsèquement drôle du début à la fin, le Sonnet 29 offre un changement de ton humoristique. Le locuteur commence dans un état de désespoir :

Quand je suis en disgrâce auprès de la fortune et des yeux des hommes Je pleure tout seul mon état de paria, Et trouble le ciel sourd avec mes cris inutiles, Et me regarde, et maudis mon destin.

Cependant, la simple pensée de sa bien-aimée transforme son humeur :

Pourtant, dans ces pensées me méprisant presque, Par hasard je pense à toi, et alors mon état, Tel l’alouette au lever du jour s’élevant De la terre maussade, chante des hymnes à la porte du ciel.

Ce changement soudain de l’apitoiement sur soi à l’exubérance joyeuse porte une touche d’humour, soulignant le pouvoir de l’amour d’élever même les esprits les plus abattus.

Trouver la fibre comique chez le Barde

Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont l’humour peut être trouvé dans les sonnets de Shakespeare. Bien qu’elle ne soit pas la caractéristique dominante de son œuvre, l’éclat occasionnel d’esprit et d’ironie ajoute une autre couche à leur richesse et à leur complexité. En regardant au-delà du niveau superficiel du romantisme et de la tragédie, nous pouvons apprécier toute l’étendue du génie de Shakespeare, y compris sa capacité à nous faire sourire même dans les limites d’un poème de 14 vers.

Au-delà des rires : Explorer davantage

Ces sonnets « drôles » nous invitent à considérer la nature multiforme de l’œuvre de Shakespeare et les différentes manières dont nous pouvons interpréter sa poésie. Explorer ces aspects moins discutés de ses sonnets peut enrichir notre compréhension du Barde et de son héritage durable.