« Make Believe » de Shores-Argüello : Deuil, jeu, poésie

Cet article explore le poème poignant « Make Believe » de Jacob Shores-Argüello, abordant ses thèmes du deuil, de l’imagination enfantine et du pouvoir de la compagnie. Nous analyserons la structure du poème, son imagerie et sa résonance émotionnelle, en nous concentrant sur la manière dont il utilise la métaphore de la « poésie du croire » pour naviguer le paysage complexe de la perte.

Enfants se cachant dans une grotte imaginaire pour échapper au deuilEnfants se cachant dans une grotte imaginaire pour échapper au deuil

Enfance, deuil et pouvoir de l’imagination

Le poème « Make Believe » de Shores-Argüello, tiré de son recueil Paraíso, s’ouvre sur une image saisissante du deuil enfantin. Deux jeunes cousins confrontent la mort de la mère de l’un d’eux, une expérience profonde rendue encore plus percutante en tant que « our first death » (notre première mort). Le poème établit immédiatement une tension entre la dure réalité de la mortalité et l’évasion imaginative que les enfants recherchent.

Cette évasion se manifeste par leur transformation en ours, creusant une grotte à flanc de montagne. Cet acte, initialement décrit par le narrateur adulte comme « a terrible brown work », devient un symbole puissant de leur tentative de gérer leur deuil. La montagne, une image récurrente dans Paraíso, représente à la fois la permanence de la nature et le lien des enfants avec leur héritage costaricain. Dans l’étreinte de la montagne, ils créent un espace de refuge, un endroit où ils peuvent « roar, and shake off our human bones » (rugir et se débarrasser de nos os humains).

Le langage de la poésie du croire

Le langage de « Make Believe » est d’une simplicité trompeuse, reflétant la perspective des enfants. Pourtant, au sein de cette simplicité se cache une exploration profonde du deuil. L’image de la mère « unchained from her machines, shrinking into ordinary » (libérée de ses machines, se rétrécissant dans l’ordinaire) est à la fois déchirante et profondément perspicace. Elle témoigne de la vulnérabilité du corps humain et de la dure réalité de l’approche de la mort.

La structure du poème, composée de dix couplets, renforce le thème de la compagnie. Chaque paire de vers, à l’image des deux cousins, offre soutien et connexion. Ce choix structurel souligne l’importance de l’expérience partagée pour naviguer le deuil. L’utilisation répétée de « our » (notre) – our mountain (notre montagne), our cave (notre grotte), our first death (notre première mort) – souligne davantage ce sentiment de propriété partagée et d’expérience collective.

Évasion et quête de réconfort

« Make Believe » remet en question les connotations négatives souvent associées à l’évasion. La transformation des cousins en ours, leur action de creuser dans la montagne, n’est pas un déni de la réalité mais une manière de faire face à son poids accablant. Comme le suggère J.R.R. Tolkien, cité par Pádraig Ó Tuama dans sa réflexion sur le poème, l’évasion peut être un outil vital de survie en période de confinement et de détresse.

L’image finale du poème, « angels howled like dogs in the valley below » (les anges hurlaient comme des chiens dans la vallée en contrebas), offre une puissante juxtaposition. Les anges, généralement associés au confort et au réconfort, sont ici dépeints hurlant, leurs cris faisant écho au deuil inexprimé des enfants. Cette image suggère que même dans leur évasion imaginative, la douleur de la perte demeure présente, un bourdonnement constant sous la surface de leur jeu.

Le pouvoir durable de la poésie du croire

« Make Believe » célèbre finalement le pouvoir de l’imagination, particulièrement dans le contexte du deuil. Il nous rappelle que la « poésie du croire », la capacité à créer des réalités alternatives, peut être une source de force et de réconfort, une manière de gérer des émotions complexes et de trouver un lien face à la perte. L’exploration tendre du deuil enfantin dans le poème nous encourage à reconsidérer la valeur du jeu et de l’imagination, reconnaissant leur potentiel à nous aider à naviguer les expériences les plus difficiles de la vie. Il affirme l’importance de la connexion humaine, démontrant comment les expériences partagées, qu’elles soient réelles ou imaginaires, peuvent offrir confort et soutien pendant les périodes de tristesse profonde.