{"id":12003,"date":"2025-05-24T23:51:44","date_gmt":"2025-05-24T23:51:44","guid":{"rendered":"https:\/\/latrespace.com\/eneide-livre-i-naviguer-le-destin-par-la-traduction-virgilekline\/"},"modified":"2025-05-24T23:51:44","modified_gmt":"2025-05-24T23:51:44","slug":"eneide-livre-i-naviguer-le-destin-par-la-traduction-virgilekline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/eneide-livre-i-naviguer-le-destin-par-la-traduction-virgilekline\/","title":{"rendered":"\u00c9n\u00e9ide, Livre I : Naviguer le destin par la traduction (Virgile\/Kline)"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em> de Virgile s&rsquo;impose comme une pierre angulaire de la litt\u00e9rature occidentale, une \u00e9pop\u00e9e fondatrice qui ne raconte pas seulement les origines mythiques de Rome, mais explore aussi des th\u00e8mes profonds tels que le destin, le devoir, la souffrance et la condition humaine. Pour les lecteurs francophones, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la puissance et \u00e0 la complexit\u00e9 de cette \u0153uvre repose largement sur la traduction. Cet article plonge dans le Livre I de l&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em>, sp\u00e9cifiquement \u00e0 travers le prisme de la traduction largement disponible d&rsquo;A. S. Kline, examinant comment ce rendu redonne vie \u00e0 la po\u00e9sie \u00e9pique de Virgile et introduit les lecteurs aux d\u00e9buts tumultueux du voyage d&rsquo;\u00c9n\u00e9e vers l&rsquo;Italie. Explorer la <em>po\u00e9sie de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide en traduction<\/em> nous permet d&rsquo;appr\u00e9cier \u00e0 la fois le g\u00e9nie original de Virgile et l&rsquo;artisanat complexe du traducteur qui jette un pont \u00e0 travers les si\u00e8cles et les langues.<\/p>\n<p>La traduction du Livre I par Kline introduit le h\u00e9ros \u00e9pique \u00c9n\u00e9e, un prince Troyen destin\u00e9 \u00e0 fonder une nouvelle civilisation apr\u00e8s la chute de Troie. Son voyage est loin d&rsquo;\u00eatre simple, marqu\u00e9 par la col\u00e8re divine et les catastrophes naturelles, \u00e9tablissant le conflit central de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e entre le destin et les obstacles plac\u00e9s sur son chemin, principalement par la d\u00e9esse vengeresse Junon. Les premi\u00e8res lignes plantent imm\u00e9diatement le d\u00e9cor, invoquant la Muse et \u00e9non\u00e7ant les grands th\u00e8mes du po\u00e8me : les armes et l&rsquo;homme, l&rsquo;exil, l&rsquo;opposition divine et la fondation de Rome.<\/p>\n<h2>L&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e : Invocation et col\u00e8re divine<\/h2>\n<p>La tradition \u00e9pique exige une invocation \u00e0 la Muse, une supplique pour l&rsquo;inspiration divine afin de raconter la grande histoire. Virgile suit cette convention, ancrant imm\u00e9diatement le r\u00e9cit dans l&rsquo;histoire du voyage pr\u00e9destin\u00e9 d&rsquo;\u00c9n\u00e9e de Troie \u00e0 l&rsquo;Italie. La traduction de Kline rend cette invocation directement et clairement, \u00e9tablissant un ton formel mais accessible.<\/p>\n<h3>Livre I:1-11 Invocation \u00e0 la Muse<\/h3>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Je chante les armes et l&rsquo;homme, lui qui, exil\u00e9 par le destin, vint le premier des c\u00f4tes de Troie en Italie, et aux rives Laviniennes \u2013 sans cesse ballott\u00e9 sur terre et sur mer, par la volont\u00e9 des dieux, par la col\u00e8re implacable de la cruelle Junon, souffrant longtemps aussi dans la guerre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il fonde une ville et am\u00e8ne ses dieux au Latium : de l\u00e0 vinrent le peuple Latin, les seigneurs d&rsquo;Albe la Longue, les murs de la noble Rome. Muse, dis-moi la cause : comment fut-elle offens\u00e9e dans sa divinit\u00e9, comment fut-elle afflig\u00e9e, la Reine du Ciel, pour pousser un homme, remarquable par sa vertu, \u00e0 endurer tant de dangers, \u00e0 affronter tant d&rsquo;\u00e9preuves ? Y a-t-il une telle col\u00e8re dans l&rsquo;esprit des dieux ? \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette ouverture introduit rapidement le protagoniste, le voyage, la destination et le principal antagoniste divin, Junon. La question \u00ab Y a-t-il une telle col\u00e8re dans l&rsquo;esprit des dieux ? \u00bb souligne une tension centrale : la cruaut\u00e9 arbitraire du divin contrastant avec la souffrance des mortels vertueux comme \u00c9n\u00e9e.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit change imm\u00e9diatement pour expliquer la haine profonde de Junon envers les Troyens. Ses raisons sont multiples : son favoritisme envers Carthage (ville historiquement ennemie de Rome), la proph\u00e9tie selon laquelle une lign\u00e9e Troyenne d\u00e9truira Carthage, son ressentiment persistant concernant le Jugement de P\u00e2ris, l&rsquo;affront fait \u00e0 sa beaut\u00e9 et l&rsquo;enl\u00e8vement de Ganym\u00e8de. Cette fureur divine est le moteur des conflits initiaux de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e.<\/p>\n<h3>Livre I:12-49 La col\u00e8re de Junon<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Il y avait une ville antique, Carthage (tenue par des colons de Tyr), oppos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Italie, et aux lointaines embouchures du Tibre, riche en opulence, et tr\u00e8s f\u00e9roce dans la poursuite de la guerre. On dit que Junon aimait cette seule terre par-dessus toutes les autres, n\u00e9gligeant m\u00eame Samos : ici \u00e9taient ses armes et son char, m\u00eame alors la d\u00e9esse travaillait \u00e0, et ch\u00e9rissait, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle aurait la supr\u00e9matie sur les nations, si seulement les destins le permettaient. Pourtant, elle avait entendu parler d&rsquo;une descendance, issue du sang Troyen, qui renverserait un jour la forteresse Tyrienne : que d&rsquo;eux viendrait un peuple, largement dominateur, et fier dans la guerre, pour la ruine de la Libye : ainsi les Destins l&rsquo;avaient ordonn\u00e9. Craignant cela, et se souvenant de l&rsquo;ancienne guerre qu&rsquo;elle avait men\u00e9e auparavant, \u00e0 Troie, pour sa ch\u00e8re Argos, (et la cause de sa col\u00e8re et de ses am\u00e8res tristesses n&rsquo;\u00e9tait pas encore pass\u00e9e de son esprit : le jugement lointain de P\u00e2ris restait profond\u00e9ment dans son c\u0153ur, l&rsquo;injure \u00e0 sa beaut\u00e9 m\u00e9pris\u00e9e, sa haine de la race, et les honneurs de Ganym\u00e8de enlev\u00e9) la fille de Saturne, incit\u00e9e davantage par cela, jeta les Troyens, que les Grecs et le cruel Achille avaient laiss\u00e9s, tout autour de l&rsquo;oc\u00e9an, les tenant loin du Latium : ils err\u00e8rent pendant de nombreuses ann\u00e9es, pouss\u00e9s par le destin sur toutes les mers. Un tel effort ce fut pour fonder le peuple Romain. Ils \u00e9taient \u00e0 peine hors de vue de l&rsquo;\u00eele de Sicile, en eaux plus profondes, d\u00e9ployant joyeusement les voiles, la quille de bronze labourant la saumure, quand Junon, nourrissant l&rsquo;\u00e9ternelle blessure dans sa poitrine, se parla \u00e0 elle-m\u00eame : \u00ab Vais-je abandonner mon projet, vaincue, incapable de d\u00e9tourner le roi Teucrien d&rsquo;Italie ! Pourquoi, les destins l&rsquo;interdisent. Pallas n&rsquo;a-t-elle pas pu br\u00fbler la flotte Argive, la couler en mer, \u00e0 cause de la faute et de la folie d&rsquo;un seul homme, Ajax, fils d&rsquo;Ol\u00e9e ? Elle-m\u00eame a lanc\u00e9 le feu rapide de Jupiter depuis les nuages, dispers\u00e9 les navires, et fait bouillir la mer de temp\u00eates : elle l&rsquo;a rattrap\u00e9 dans une trombe d&rsquo;eau, alors qu&rsquo;il respirait des flammes de sa poitrine transperc\u00e9e, et l&rsquo;a clou\u00e9 \u00e0 un rocher pointu : pourtant moi, qui marche comme reine des dieux, femme et s\u0153ur de Jupiter, je fais la guerre \u00e0 une race enti\u00e8re, pendant tant d&rsquo;ann\u00e9es. En v\u00e9rit\u00e9, quelqu&rsquo;un adorera-t-il encore le pouvoir de Junon \u00e0 partir de maintenant, ou placera-t-il des offrandes, humblement, sur ses autels ? \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le monologue de Junon r\u00e9v\u00e8le sa fiert\u00e9 et son indignation divines. Elle compare ses luttes contre \u00c9n\u00e9e au succ\u00e8s de Minerve contre Ajax, soulignant sa frustration que le destin semble contrarier sa volont\u00e9. Cela met en place le conflit fondamental entre la volont\u00e9 divine (celle de Junon) et le destin divin (le plan de Jupiter pour Rome). La traduction de Kline rend la p\u00e9tulance et la formidable puissance de Junon.<\/p>\n<h2>La temp\u00eate en mer : L&rsquo;instrument de Junon<\/h2>\n<p>Incapable de d\u00e9fier directement le destin, Junon d\u00e9cide de causer \u00e0 \u00c9n\u00e9e et \u00e0 sa flotte autant de souffrances que possible. Elle cherche \u00c9ole, roi des vents, et le persuade de d\u00e9cha\u00eener ses temp\u00eates sur les navires Troyens. Sa promesse d&rsquo;une belle nymphe, D\u00e9iop\u00e9e, souligne la nature transactionnelle des interactions divines.<\/p>\n<h3>Livre I:50-80 Junon demande l&rsquo;aide d&rsquo;\u00c9ole<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Ainsi d\u00e9battant avec elle-m\u00eame, le c\u0153ur enflamm\u00e9, la d\u00e9esse arriva \u00e0 l&rsquo;\u00c9olie, au pays des temp\u00eates, au lieu des vents d\u00e9cha\u00een\u00e9s. Ici, dans sa vaste caverne, le Roi \u00c9ole, garde les vents tordus et les temp\u00eates hurlantes, sous contr\u00f4le, les freine avec des cha\u00eenes et un emprisonnement. Ils g\u00e9missent avec col\u00e8re aux portes, avec les vastes murmures d&rsquo;une montagne : \u00c9ole est assis, tenant son sceptre, dans sa haute forteresse, adoucissant leurs passions, temp\u00e9rant leur rage : sinon, ils emporteraient s\u00fbrement les mers et les terres et les plus hauts cieux, avec eux, en rapide vol, et les balayeraient dans l&rsquo;air. Mais le P\u00e8re tout-puissant, craignant cela, les cacha dans de sombres cavernes, et amassa une haute masse montagneuse au-dessus d&rsquo;eux et leur donna un roi, qui par accord fix\u00e9, saurait donner l&rsquo;ordre de serrer ou de rel\u00e2cher les r\u00eanes. Junon lui offrit alors ces mots, humblement : \u00ab \u00c9ole, puisque le P\u00e8re des dieux, et roi des hommes, t&rsquo;a donn\u00e9 le pouvoir de calmer et de soulever les vagues avec les vents, il y a un peuple que je hais naviguant sur la mer Tyrrh\u00e9nienne, amenant les dieux conquis de Troie en Italie : Ajoute de la puissance aux vents, et coule leurs bateaux naufrag\u00e9s, ou s\u00e9pare-les, et disperse leurs corps sur la mer. J&rsquo;ai quatorze Nymphes d&rsquo;une beaut\u00e9 exceptionnelle : dont je nommerai D\u00e9iop\u00e9e, la plus belle par son apparence, unie en mariage \u00e9ternel, et tienne pour toujours, de sorte que, pour un tel service comme le tien, elle passera toutes ses ann\u00e9es avec toi, et te fera le p\u00e8re de beaux enfants. \u00bb \u00c9ole r\u00e9pondit : \u00ab Ton r\u00f4le, \u00f4 reine, est de d\u00e9cider ce que tu d\u00e9sires : mon devoir est d&rsquo;ex\u00e9cuter tes ordres. Tu as r\u00e9alis\u00e9 tout ce royaume qui est le mien, le sceptre, la faveur de Jupiter, tu m&rsquo;as donn\u00e9 un si\u00e8ge aux festins des dieux, et tu as fait de moi le seigneur des temp\u00eates et des ouragans. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9ole, bien que roi des vents, reconna\u00eet que son pouvoir vient de Jupiter et, en l&rsquo;occurrence, est exerc\u00e9 \u00e0 la demande de Junon. Cet \u00e9change souligne la structure hi\u00e9rarchique du panth\u00e9on romain et les fa\u00e7ons dont les dieux interagissent.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cha\u00eenement de la temp\u00eate est d\u00e9crit avec une imagerie vivide et chaotique. Les vents s&rsquo;\u00e9chappent en hurlant, remuant la mer, obscurcissant le ciel et mena\u00e7ant de mort imm\u00e9diate. La r\u00e9action d&rsquo;\u00c9n\u00e9e est profond\u00e9ment humaine \u2013 il est terrifi\u00e9 et exprime le regret de ne pas \u00eatre mort noblement sur le champ de bataille \u00e0 Troie. Cette lamentation est significative ; elle montre qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e, le h\u00e9ros destin\u00e9, est capable de peur et de d\u00e9sespoir.<\/p>\n<h3>Livre I:81-123 \u00c9ole l\u00e8ve la temp\u00eate<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Quand il eut parl\u00e9, il inversa son trident et frappa la montagne creuse sur le c\u00f4t\u00e9 : et les vents, formant des rangs, se pr\u00e9cipit\u00e8rent par la porte qu&rsquo;il avait faite, et tournoy\u00e8rent sur la terre. Ils s&rsquo;abattent sur la mer, Vent d&rsquo;Est et Vent d&rsquo;Ouest, et le vent d&rsquo;Afrique, ensemble, \u00e9pais de temp\u00eates, la remuent toute depuis ses profondeurs les plus lointaines, et roulent de vastes vagues vers le rivage : suivent un cri d&rsquo;hommes et un grincement de c\u00e2bles. Soudain, les nuages d\u00e9robent le ciel et le jour aux yeux des Troyens : une nuit noire repose sur la mer. Il tonne depuis le p\u00f4le, et l&rsquo;\u00e9ther lance d&rsquo;\u00e9paisses \u00e9tincelles, et toutes choses menacent de mort imm\u00e9diate les hommes. Aussit\u00f4t \u00c9n\u00e9e g\u00e9mit, ses membres rel\u00e2ch\u00e9s par le froid : tendant ses deux mains vers les cieux, il s&rsquo;\u00e9crie de cette voix : \u00ab Oh, trois, quatre fois fortun\u00e9s ceux qui eurent la chance de mourir devant les yeux de leur p\u00e8re sous les hauts murs de Troie ! \u00d4 Diom\u00e8de, fils de Tyd\u00e9e, le plus brave des Grecs ! Pourquoi n&rsquo;ai-je pas pu tomber, de ta main, dans les champs d&rsquo;Ilion, et r\u00e9pandre mon esprit, l\u00e0 o\u00f9 g\u00eet le f\u00e9roce Hector, sous la lance d&rsquo;Achille, et le puissant Sarp\u00e9don : l\u00e0 o\u00f9 le Simo\u00efs roule, et emporte tant de boucliers, de casques, de corps courageux d&rsquo;hommes, dans ses vagues ! \u00bb Jetant ces mots, une rafale hurlante du nord, frappe de plein fouet la voile, et soul\u00e8ve les mers jusqu&rsquo;au ciel : les rames se brisent : puis la proue tourne et offre la membrure aux vagues : une montagne d&rsquo;eau escarp\u00e9e suit en masse. Certains navires pendent sur la cr\u00eate du brisant : \u00e0 d&rsquo;autres, la profondeur b\u00e9ante montre la terre entre les vagues : le ressac fait rage avec du sable. Le vent du sud en attrape trois, et les projette sur des roches cach\u00e9es (roches que les Italiens appellent les Autels, en pleine mer, un vaste r\u00e9cif \u00e0 la surface de la mer) trois le vent d&rsquo;est les pousse des profondeurs, vers les hauts-fonds et les sables mouvants (une vue pitoyable), les fracasse contre le fond, les recouvre d&rsquo;un monticule de gravier. Une \u00e9norme vague, d\u00e9ferlant, frappe l&rsquo;un par l&rsquo;arri\u00e8re, devant ses yeux m\u00eames, celui qui porte le fid\u00e8le Oront\u00e8s et les Lyciens. Le barreur est projet\u00e9 et tomb\u00e9 t\u00eate premi\u00e8re, face vers le bas : mais la mer fait tourner le navire trois fois, le faisant tournoyer sur place, et le vortex rapide l&rsquo;engloutit dans les profondeurs. Des nageurs apparaissent ici et l\u00e0 dans la vaste \u00e9tendue, armes d&rsquo;hommes, planches, tr\u00e9sor Troyen dans les vagues. Maintenant la temp\u00eate conquiert le solide navire d&rsquo;Ilion\u00e9e, maintenant celui d&rsquo;Achate, maintenant celui o\u00f9 naviguait Abas, et celui du vieux Al\u00e9t\u00e8s : leurs membrures c\u00e8dent sur les c\u00f4t\u00e9s, tous les navires laissent entrer la mar\u00e9e hostile, et s&rsquo;ouvrent aux coutures.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La traduction de Kline capture la violence et la confusion de la sc\u00e8ne, d\u00e9crivant des navires fracass\u00e9s sur les rochers, des hommes se noyant, et la flotte \u00e9tant disloqu\u00e9e. La soudainet\u00e9 et l&rsquo;\u00e9chelle de la destruction soulignent la puissance des dieux compar\u00e9e \u00e0 la fragilit\u00e9 des mortels et de leurs embarcations.<\/p>\n<h2>L&rsquo;intervention de Neptune et le calme<\/h2>\n<p>Le chaos engendr\u00e9 par Junon et \u00c9ole ne passe pas inaper\u00e7u aux yeux du dieu de la mer, Neptune. En tant que souverain des oc\u00e9ans par tirage au sort, il est irrit\u00e9 que les vents interf\u00e8rent dans son domaine sans sa permission. Il calme rapidement la mer et disperse les nuages, r\u00e9tablissant l&rsquo;ordre.<\/p>\n<h3>Livre I:124-156 Neptune intervient<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Neptune, pendant ce temps, grandement troubl\u00e9, vit que la mer \u00e9tait agit\u00e9e d&rsquo;un vaste murmure, et que la temp\u00eate \u00e9tait d\u00e9cha\u00een\u00e9e et les eaux calmes sourdaient de leurs niveaux les plus profonds : il leva son visage serein hors des vagues, contemplant les profondeurs. Il voit la flotte d&rsquo;\u00c9n\u00e9e dispers\u00e9e sur tout l&rsquo;oc\u00e9an, les Troyens \u00e9cras\u00e9s par les brisants, et le ciel s&rsquo;effondrant. Et la col\u00e8re de Junon, et ses stratag\u00e8mes, n&rsquo;\u00e9chappent pas \u00e0 son fr\u00e8re. Il appelle les vents d&rsquo;Est et d&rsquo;Ouest \u00e0 lui, et dit alors : \u00ab La confiance en votre naissance vous remplit-elle \u00e0 ce point ? Vents, osez-vous, sans mon intention, m\u00ealer la terre au ciel, et causer de tels troubles, maintenant ? Vous que moi \u2013 ! Mais il est mieux de calmer les vagues qui d\u00e9ferlent : vous me r\u00e9pondrez plus tard pour ce malheur, par un ch\u00e2timent diff\u00e9rent. H\u00e2tez-vous, envolez-vous maintenant, et dites ceci \u00e0 votre roi : le contr\u00f4le de l&rsquo;oc\u00e9an, et le trident f\u00e9roce, m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s, par tirage au sort, et non \u00e0 lui. Il poss\u00e8de les roches sauvages, votre demeure, et celle des Vents d&rsquo;Est : qu&rsquo;\u00c9ole officie dans son palais, et soit roi dans la prison ferm\u00e9e des vents. \u00bb Ainsi parle-t-il, et plus rapide que son discours, il calme la mer gonfl\u00e9e, disperse le nuage rassembl\u00e9, et ram\u00e8ne le soleil. Cymotho\u00e9 et Triton, travaillant ensemble, d\u00e9gagent les navires du r\u00e9cif pointu : Neptune lui-m\u00eame les soul\u00e8ve avec son trident, s\u00e9pare le vaste sable mouvant, temp\u00e8re le flot, et glisse sur des roues l\u00e9g\u00e8res, sur les cr\u00eates des vagues. Comme souvent, quand une r\u00e9bellion \u00e9clate dans une grande nation, et que la populace fait rage de passion, et bient\u00f4t les pierres et les torches enflamm\u00e9es volent (la fr\u00e9n\u00e9sie fournissant les armes), si alors ils voient un homme d&rsquo;une grande vertu, et d&rsquo;un service weighty, ils se taisent, et se tiennent l\u00e0 \u00e9coutant attentivement : il mod\u00e8re leurs passions par ses paroles et apaise leurs c\u0153urs : ainsi tout le tumulte de l&rsquo;oc\u00e9an mourut, d\u00e8s que leur p\u00e8re, contemplant l&rsquo;eau, port\u00e9 \u00e0 travers le ciel clair, fit tourner ses chevaux, et leur donna la bride, volant derri\u00e8re dans son char.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les actions de Neptune r\u00e9affirment l&rsquo;ordre pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, sugg\u00e9rant que m\u00eame les m\u00e9faits divins ont leurs limites au sein de la structure cosmique plus large. La comparaison de Neptune calmant la mer \u00e0 un orateur respect\u00e9 calmant une foule \u00e9meuti\u00e8re est un proc\u00e9d\u00e9 Virgilen classique, \u00e9levant l&rsquo;ordre social humain en le comparant \u00e0 l&rsquo;ordre cosmique maintenu par les dieux. Kline pr\u00e9serve efficacement ce c\u00e9l\u00e8bre simile.<\/p>\n<h2>Abri et incertitude sur la c\u00f4te Libyenne<\/h2>\n<p>\u00c9n\u00e9e et les sept navires survivants trouvent refuge sur la c\u00f4te de Libye, pr\u00e8s de la ville naissante de Carthage. Ils d\u00e9barquent dans une anse abrit\u00e9e, \u00e9puis\u00e9s mais vivants.<\/p>\n<h3>Livre I:157-222 Abri sur la c\u00f4te Libyenne<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Les compagnons fatigu\u00e9s d&rsquo;\u00c9n\u00e9e firent des efforts pour mettre le cap sur la terre la plus proche, et vir\u00e8rent vers la c\u00f4te Libyenne. Il y a l\u00e0 un lieu dans une baie profonde : une \u00eele forme un port avec la barri\u00e8re de sa masse, sur laquelle chaque vague venue du large se brise, et se divise en ondulations d\u00e9croissantes. De ce c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre, de vastes falaises et deux rochers surplombent le ciel, sous les sommets desquels toute la mer est calme, au loin : puis, au-dessus, est une sc\u00e8ne de bois scintillants, et un bosquet sombre surplombe l&rsquo;eau, d&rsquo;une ombre feuillue : sous le promontoire oppos\u00e9 se trouve une grotte, voil\u00e9e de roche, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, de l&rsquo;eau douce, et des si\u00e8ges de pierre naturelle, la demeure des Nymphes. Aucuns amarres ne retiennent ici les navires fatigu\u00e9s, aucune ancre, avec ses pattes crochues, ne les attache. \u00c9n\u00e9e s&rsquo;abrite ici avec sept navires rassembl\u00e9s de la flotte, et les Troyens, avec une passion pour la terre s\u00e8che, d\u00e9barquant, prennent possession des sables qu&rsquo;ils d\u00e9siraient, et \u00e9tirent leurs corps incrust\u00e9s de saumure sur le rivage. Aussit\u00f4t Achate frappe une \u00e9tincelle de son silex, attrape le feu dans les feuilles, place du combustible sec autour, et allume rapidement des flammes parmi les brindilles. Puis, fatigu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements, ils sortent du bl\u00e9, endommag\u00e9 par la mer, et des outils de C\u00e9r\u00e8s, et se pr\u00e9parent \u00e0 faire s\u00e9cher le grain sur les flammes, et \u00e0 le moudre sur une pierre. \u00c9n\u00e9e grimpe pendant ce temps sur une falaise, et scrute toute la perspective au loin sur la mer, cherchant s&rsquo;il peut voir quelque chose d&rsquo;Antheus et de ses gal\u00e8res Phrygiennes ballott\u00e9es par la temp\u00eate, ou de Capys, ou des armes de Ca\u00efcus blasonn\u00e9es sur une haute poupe. Aucun navire n&rsquo;est en vue : il voit trois cerfs errant sur le rivage : des troupeaux entiers de biches les suivent \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, et paissent en longues lignes le long de la vall\u00e9e. Il s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 cela, et saisit dans sa main son arc et ses fl\u00e8ches rapides, traits que le loyal Achate porte, et d&rsquo;abord il abat les chefs eux-m\u00eames, leurs t\u00eates, aux bois ramifi\u00e9s, tenues haut, puis la masse, de ses traits, et pousse toute la foule en confusion parmi les feuilles : le vainqueur ne s&rsquo;arr\u00eate pas tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas dispers\u00e9 sept \u00e9normes carcasses sur le sol, \u00e9gales en nombre \u00e0 ses navires. Puis il cherche le port, et les partage entre tous ses amis. Ensuite, il partage le vin que le bon Aceste avait stock\u00e9 dans des jarres, sur la c\u00f4te Trinacrienne, et que ce h\u00e9ros leur avait donn\u00e9 en partant : et leur parlant, il calma leurs tristes c\u0153urs : \u00ab \u00d4 amis (eh bien, nous n&rsquo;\u00e9tions pas inconnus du trouble auparavant) \u00d4 vous qui avez endur\u00e9 pire, le dieu accordera aussi une fin \u00e0 cela. Vous avez affront\u00e9 la Scylla enrag\u00e9e, et ses falaises profondes : et vous avez exp\u00e9riment\u00e9 les rochers des Cyclopes : souvenez-vous de votre courage et chassez les peurs sombres : peut-\u00eatre qu&rsquo;un jour vous prendrez m\u00eame plaisir \u00e0 vous en souvenir. \u00c0 travers tous ces malheurs, ces temps dangereux, nous nous dirigeons vers le Latium, o\u00f9 les destins nous r\u00e9servent des vies paisibles : l\u00e0 le royaume de Troie peut rena\u00eetre. Endurez, et pr\u00e9servez-vous pour des jours plus heureux. \u00bb Ainsi s&rsquo;exprime sa voix, et malade du poids du souci, il simule l&rsquo;espoir, dans son regard, et \u00e9touffe la douleur au plus profond de son c\u0153ur. Ils pr\u00e9parent le gibier, et le festin futur : ils d\u00e9pouillent les peaux des c\u00f4tes et d\u00e9nudent la chair : certains la coupent en morceaux, fr\u00e9missant, et la fixent sur des broches, d&rsquo;autres placent des chaudrons sur la plage, et les alimentent de flammes. Puis ils reprennent leurs forces avec de la nourriture, \u00e9tendus sur l&rsquo;herbe, et se rassasient de riche venaison et de vieux vin. Quand la faim est apais\u00e9e par le festin, et les restes nettoy\u00e9s, profond\u00e9ment en conversation, ils discutent de leurs amis manquants, et, entre l&rsquo;espoir et la peur, se demandent s&rsquo;ils vivent, ou s&rsquo;ils ont subi la mort et n&rsquo;entendent plus leur nom. \u00c9n\u00e9e, le vertueux, pleure par-dessus tout le sort du f\u00e9roce Oront\u00e8s, puis celui d&rsquo;Amycus, ainsi que le sort cruel de Lycus, et ceux du brave Gyas, et du brave Cloanthe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette section offre un moment de r\u00e9pit et d&rsquo;activit\u00e9 pratique (faire du feu, pr\u00e9parer de la nourriture), soulignant la r\u00e9silience d&rsquo;\u00c9n\u00e9e et de ses hommes. Le discours d&rsquo;\u00c9n\u00e9e \u00e0 son \u00e9quipage est un exemple c\u00e9l\u00e8bre de son leadership et de sa pietas (devoir\/pi\u00e9t\u00e9) \u2013 il fait bonne figure pour inspirer ses hommes, m\u00eame en souffrant int\u00e9rieurement. L&rsquo;image de lui \u00e9touffant la douleur au plus profond de son c\u0153ur est particuli\u00e8rement poignante, r\u00e9v\u00e9lant le co\u00fbt personnel de son fardeau \u00e9pique. L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration des amis perdus souligne le co\u00fbt humain de leur voyage.<\/p>\n<h2>V\u00e9nus intervient : Le plan divin r\u00e9affirm\u00e9<\/h2>\n<p>Pendant qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e et ses hommes se remettent, sa m\u00e8re V\u00e9nus exprime sa d\u00e9tresse \u00e0 Jupiter, demandant pourquoi son fils, destin\u00e9 \u00e0 la grandeur, continue de souffrir. Cela donne \u00e0 Jupiter l&rsquo;occasion de r\u00e9affirmer l&rsquo;ultime destin Romain.<\/p>\n<h3>Livre I:223-256 V\u00e9nus interc\u00e8de aupr\u00e8s de Jupiter<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Maintenant, tout \u00e9tait accompli, quand Jupiter, des hauteurs de l&rsquo;air, regarda la mer avec ses voiles volantes, et les vastes terres, et les c\u00f4tes, et les peuples au loin, et fit une pause, au sommet du ciel, et fixa ses yeux sur le royaume Libyen. Et tandis qu&rsquo;il pesait de tels soucis qu&rsquo;il avait en son c\u0153ur, V\u00e9nus lui parla, plus triste encore, ses yeux brillants d\u00e9bordant de larmes : \u00ab \u00d4 toi qui gouvernes les choses humaines et divines, par la loi \u00e9ternelle, et qui les terrifies tous par ta foudre, qu&rsquo;est-ce que mon \u00c9n\u00e9e t&rsquo;a fait de si grave, qu&rsquo;ont fait les Troyens, qui ont subi tant de destruction, \u00e0 qui le monde entier est ferm\u00e9, \u00e0 cause des terres Italiennes ? S\u00fbrement tu as promis qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, au fil des ans, les Romains na\u00eetraient d&rsquo;eux, des chefs na\u00eetraient, restaur\u00e9s du sang de Teucer, qui d\u00e9tiendraient le pouvoir sur la mer, et sur toutes les terres. P\u00e8re, quelle pens\u00e9e a chang\u00e9 ton esprit ? Cela me consolait de la chute de Troie, et de sa triste ruine, pesant un destin, en v\u00e9rit\u00e9, contre des destins oppos\u00e9s : maintenant le m\u00eame malheur suit ces hommes pouss\u00e9s par de tels d\u00e9sastres. Grand roi, quelle fin donneras-tu \u00e0 leurs efforts ? Ant\u00e9nor a pu s&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9paisseur de l&rsquo;arm\u00e9e Grecque, et entrer sain et sauf dans les golfes Illyriens, et profond\u00e9ment dans les royaumes des Liburniens, et passer les sources du Timave, d&rsquo;o\u00f9 le fleuve jaillit, avec un \u00e9norme grondement montagneux, par neuf bouches, et enterre les champs sous son flot bruyant. Ici, n\u00e9anmoins, il a situ\u00e9 la ville de Padoue, et des foyers pour les Teucriens, et a donn\u00e9 un nom au peuple, et a accroch\u00e9 les armes de Troie : maintenant il s&rsquo;est install\u00e9 calmement, en paix tranquille. Mais nous, ta race, \u00e0 qui tu permets les hauteurs du ciel, perdons nos navires (honteux !), trahis, \u00e0 cause de la col\u00e8re d&rsquo;une seule personne, et tenus loin des c\u00f4tes d&rsquo;Italie. Est-ce la r\u00e9compense de la vertu ? Est-ce ainsi que tu restaures notre r\u00e8gne ? \u00bb Le p\u00e8re des hommes et des dieux, lui sourit avec ce regard avec lequel il d\u00e9gage le ciel des temp\u00eates, embrassa les l\u00e8vres de sa fille, puis dit ceci :<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La supplique de V\u00e9nus est un moment dramatique, contrastant la souffrance des Troyens avec le succ\u00e8s d&rsquo;autres h\u00e9ros comme Ant\u00e9nor. Elle remet en question la justice de leur sort, compte tenu de leur importance pr\u00e9destin\u00e9e.<\/p>\n<h3>Livre I:257-296 La proph\u00e9tie de Jupiter<\/h3>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Ne crains pas, Cyth\u00e9r\u00e9e, le sort de ton enfant demeure inchang\u00e9 : Tu verras la ville de Lavinium, et les murs que j&rsquo;ai promis, et tu \u00e9l\u00e8veras le magnanime \u00c9n\u00e9e haut, vers le ciel \u00e9toil\u00e9 : Aucune pens\u00e9e n&rsquo;a chang\u00e9 mon esprit. Ce fils \u00e0 toi (car ce trouble me ronge le c\u0153ur, je vais parler, et d\u00e9rouler le rouleau secret du destin) m\u00e8nera une puissante guerre en Italie, d\u00e9truira des peuples fiers, et \u00e9tablira des lois, et des murs de ville, pour ses guerriers, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un troisi\u00e8me \u00e9t\u00e9 voie son r\u00e8gne au Latium, et que trois camps d&rsquo;hiver passent depuis que les Rutules furent battus. Mais le jeune Ascagne, surnomm\u00e9 Iule maintenant (Il \u00e9tait Ile tant que le royaume Ilian \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9) accomplira imp\u00e9rialement trente grands cercles des mois qui tournent, et transf\u00e9rera son tr\u00f4ne de son site \u00e0 Lavinium, et puissant en pouvoir, construira les murs d&rsquo;Albe la Longue. Ici les rois de la race d&rsquo;Hector r\u00e8gneront maintenant pendant trois cents ann\u00e9es compl\u00e8tes, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une pr\u00eatresse royale, Ilia, enceinte, enfante des jumeaux \u00e0 Mars. Alors Romulus fera progresser la race, fier de la peau fauve de sa nourrice la louve, et fondera les murs de Mars, et appellera le peuple Romains, de son propre nom. Je n&rsquo;ai fix\u00e9 aucune limite ni dur\u00e9e \u00e0 leurs possessions : je leur ai donn\u00e9 un empire sans fin. Bien plus, la dure Junon qui tourmente maintenant la terre, la mer et le ciel de peur, r\u00e9pondra \u00e0 un meilleur jugement, et favorisera les Romains, ma\u00eetres du monde, et peuple de la toge, avec moi. Ainsi est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9. Un temps viendra, au fil des ans, o\u00f9 la maison Troyenne d&rsquo;Assaracus r\u00e9duira la Phthie en esclavage, et sera ma\u00eetresse d&rsquo;Argos vaincue. De cette source glorieuse na\u00eetra un C\u00e9sar Troyen, qui bornera l&#8217;empire par l&rsquo;Oc\u00e9an, sa renomm\u00e9e par les \u00e9toiles, Auguste, un Julien, son nom descendant du grand Iule. Toi, n&rsquo;\u00e9tant plus anxieuse, tu le recevras un jour au ciel, charg\u00e9 des d\u00e9pouilles Orientales : il sera appel\u00e9 dans les pri\u00e8res. Alors, les guerres abandonn\u00e9es, les \u00e2ges durs s&rsquo;adouciront : la Confiance aux cheveux blancs, et Vesta, Quirinus avec son fr\u00e8re Remus feront les lois : les portes de la Guerre, sinistres de fer, et \u00e9troites par des barres, seront ferm\u00e9es : \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur la Rage impie rugira effrayamment de sa gueule sanglante, assise sur des armes sauvages, les mains li\u00e9es derri\u00e8re le dos, par cent n\u0153uds de bronze. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La proph\u00e9tie de Jupiter est sans doute le passage le plus politiquement significatif du Livre I. Il expose toute la lign\u00e9e d&rsquo;\u00c9n\u00e9e \u00e0 la fondation de Rome par Romulus, et, surtout, \u00e9tend la proph\u00e9tie au r\u00e8gne d&rsquo;Auguste, louant ses futurs accomplissements et d\u00e9peignant une \u00e8re \u00e0 venir de paix et d&rsquo;ordre sous la domination Romaine. Ce lien explicite avec Auguste sert le dessein de Virgile de l\u00e9gitimer et de glorifier l&rsquo;Empereur et son nouveau r\u00e9gime. La vision des Portes de la Guerre ferm\u00e9es et de la Fureur ligot\u00e9e offre une image puissante de la paix Romaine (Pax Romana). La traduction de Kline livre cette proph\u00e9tie cruciale clairement, rendant son poids historique et politique apparent.<\/p>\n<h2>V\u00e9nus guide \u00c9n\u00e9e \u00e0 Carthage<\/h2>\n<p>Suite \u00e0 la r\u00e9assurance de Jupiter, V\u00e9nus prend des mesures pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e re\u00e7oive un accueil hospitalier \u00e0 Carthage. Elle envoie Mercure influencer Didon et les Tyriens, puis appara\u00eet elle-m\u00eame \u00e0 \u00c9n\u00e9e d\u00e9guis\u00e9e.<\/p>\n<h3>Livre I:297-371 V\u00e9nus parle \u00e0 \u00c9n\u00e9e<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Cela dit, il envoie Mercure, fils de Ma\u00efa, du ciel, afin que le pays et les places fortes de cette nouvelle Carthage s&rsquo;ouvrent aux Troyens, en tant qu&rsquo;invit\u00e9s, et que Didon, ignorant du destin, ne les retienne pas de son territoire. Il vole dans l&rsquo;air d&rsquo;un battement d&rsquo;ailes puissantes et atterrit rapidement sur le rivage Libyen. Et bient\u00f4t fait comme command\u00e9, et les Ph\u00e9niciens mettent de c\u00f4t\u00e9 leurs instincts sauvages, par la volont\u00e9 du dieu : la reine adopte par-dessus tout des sentiments calmes, et des pens\u00e9es aimables, envers les Troyens. Mais \u00c9n\u00e9e, le vertueux, r\u00e9fl\u00e9chissant toute la nuit, d\u00e9cide, d\u00e8s l&rsquo;apparition de l&rsquo;aube bienveillante, de sortir explorer le lieu, de d\u00e9couvrir sur quelles c\u00f4tes il est arriv\u00e9, par le vent, \u00e0 qui elles appartiennent (puisqu&rsquo;il voit un d\u00e9sert) \u00e0 l&rsquo;homme ou \u00e0 la b\u00eate, et de rapporter les d\u00e9tails \u00e0 ses amis. Il dissimule les bateaux dans les bois surplombants sous une falaise arqu\u00e9e, entour\u00e9e d&rsquo;arbres et d&rsquo;ombres feuillues : accompagn\u00e9 seulement d&rsquo;Achate, il part, brandissant deux lances \u00e0 larges lames dans sa main. Sa m\u00e8re le rencontra elle-m\u00eame, parmi les arbres, avec le visage et l&rsquo;apparence d&rsquo;une vierge, et les armes d&rsquo;une vierge, une fille Spartiate, ou telle qu&rsquo;Harpalyce de Thrace, qui fatigue les chevaux, et surpasse l&rsquo;H\u00e8bre ail\u00e9 en vol. Car elle avait suspendu son arc de ses \u00e9paules, pr\u00eat, comme une chasseresse, et l\u00e2ch\u00e9 ses cheveux au vent pour qu&rsquo;ils se dispersent, les genoux nus, et sa tunique flottante nou\u00e9e. Et elle cria d&rsquo;abord : \u00ab Bonjour, jeunes gens, dites-moi, si vous avez vu par hasard ma s\u0153ur errer ici, portant un carquois, et la peau d&rsquo;un lynx tachet\u00e9, ou criant, chaude sur la trace d&rsquo;un sanglier baveux ? \u00bb Ainsi V\u00e9nus : et ainsi le fils de V\u00e9nus commen\u00e7a en r\u00e9ponse : \u00ab Je n&rsquo;ai vu ni entendu aucune de tes s\u0153urs, \u00f4 Vierge \u2013 ou comment devrais-je te nommer ? Puisque ton apparence n&rsquo;est pas mortelle et ta voix est plus qu&rsquo;humaine : oh, une d\u00e9esse assur\u00e9ment ! Ou la s\u0153ur de Phoebus ? Ou l&rsquo;une de la race des Nymphes ? Sois bonne, qui que tu sois, et all\u00e8ge notre peine, et dis-nous seulement sous quel ciel nous sommes, et sur quelles c\u00f4tes nous avons d\u00e9barqu\u00e9 : nous sommes \u00e0 la d\u00e9rive ici, pouss\u00e9s par le vent et de vastes mers, ne sachant rien du peuple ni du pays : maintes sacrifices te tomberont aux autels, sous notre main. \u00bb Alors V\u00e9nus dit : \u00ab Je ne me crois pas digne de tels honneurs : c&rsquo;est la coutume des jeunes filles Tyriennes de porter un carquois, et de lacer nos mollets haut, sur des bottes de chasse rouges. Vous voyez le royaume de Carthage, les Tyriens, la cit\u00e9 d&rsquo;Ag\u00e9nor : mais bord\u00e9e par les Libyens, un peuple formidable en guerre. Didon r\u00e8gne sur cet empire, ayant quitt\u00e9 Tyr, fuyant son fr\u00e8re. C&rsquo;est une longue histoire d&rsquo;injustice, avec de nombreux d\u00e9tours : mais je vais tracer les principaux chapitres de l&rsquo;histoire. Sych\u00e9e \u00e9tait son mari, le plus riche, en terres, des Ph\u00e9niciens et aim\u00e9 d&rsquo;un grand amour par la malheureuse jeune fille, dont le p\u00e8re la lui donna vierge, et les maria avec grande solennit\u00e9. Mais son fr\u00e8re Pygmalion, sauvage en m\u00e9chancet\u00e9 au-del\u00e0 de tous les autres, d\u00e9tenait le royaume de Tyr. La folie s&rsquo;interposa entre eux. Le roi, aveugl\u00e9 par l&rsquo;avidit\u00e9 de l&rsquo;or, tua le m\u00e9fiant Sych\u00e9e, secr\u00e8tement, avec un couteau, impie, devant les autels, indiff\u00e9rent aux affections de sa s\u0153ur. Il dissimula ses actions pendant un temps, trompa la jeune fille \u00e9prise, avec de vains espoirs, et de nombreuses pr\u00e9tentions malfaisantes. Mais le fant\u00f4me de son mari non enterr\u00e9 lui apparut en r\u00eave : levant sa t\u00eate p\u00e2le d&rsquo;une \u00e9trange mani\u00e8re, il mit \u00e0 nu la cruaut\u00e9 aux autels, et son c\u0153ur perc\u00e9 par le couteau, et d\u00e9voila toute la m\u00e9chancet\u00e9 secr\u00e8te de cette maison. Puis il l&rsquo;exhorta \u00e0 partir rapidement et \u00e0 abandonner son pays, et, pour l&rsquo;aider dans son voyage, r\u00e9v\u00e9la un tr\u00e9sor ancien sous la terre, un poids inconnu d&rsquo;or et d&rsquo;argent. Secou\u00e9e par tout cela, Didon pr\u00e9para sa fuite et celle de ses amis. Ceux qui ha\u00efssaient f\u00e9rocement le tyran ou craignaient am\u00e8rement, se rassembl\u00e8rent : ils saisirent quelques navires qui par chance \u00e9taient pr\u00eats, et charg\u00e8rent l&rsquo;or : les richesses de Pygmalion l&rsquo;avide sont transport\u00e9es outre-mer : une femme m\u00e8ne l&rsquo;entreprise. Ils vinrent en ce lieu, et achet\u00e8rent des terres, o\u00f9 vous voyez maintenant les vastes murs, et la forteresse renaissante, de la nouvelle Carthage, autant qu&rsquo;ils purent en enfermer avec les lani\u00e8res de peau d&rsquo;un seul taureau, et de l\u00e0 ils l&rsquo;appel\u00e8rent Byrsa. Mais qui \u00eates-vous alors ? De quelles c\u00f4tes venez-vous ? Quel chemin prenez-vous ? \u00bb Il soupira alors qu&rsquo;elle l&rsquo;interrogeait, et tirant les mots du plus profond de son c\u0153ur il r\u00e9pondit :<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9guisement de V\u00e9nus en chasseresse est un motif courant, permettant une interaction divine dans un contexte apparemment mortel. Sa description de l&rsquo;histoire de Didon fournit un arri\u00e8re-plan crucial pour la reine Carthaginoise, soulignant son propre pass\u00e9 tragique impliquant trahison et perte, qui r\u00e9sonnera ironiquement profond\u00e9ment avec l&rsquo;histoire d&rsquo;\u00c9n\u00e9e. Kline g\u00e8re le dialogue naturellement, capturant la r\u00e9v\u00e9rence d&rsquo;\u00c9n\u00e9e pour la d\u00e9esse per\u00e7ue.<\/p>\n<h3>Livre I:372-417 Elle le dirige vers le palais de Didon<\/h3>\n<blockquote>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/interiorvirgilaeneidaeneasrecognisingvenus.webp\" alt=\"\u00c9n\u00e9e reconnaissant V\u00e9nus alors qu&#039;elle dispara\u00eet dans un nuage, Giovanni Domenico Tiepolo\" width=\"446\" height=\"600\" \/><em class=\"cap-ai\">\u00c9n\u00e9e reconnaissant V\u00e9nus alors qu&#039;elle dispara\u00eet dans un nuage, Giovanni Domenico Tiepolo<\/em>\u00ab \u00d4 d\u00e9esse, si je devais commencer mon r\u00e9cit au tout d\u00e9but, et que tu avais le temps d&rsquo;entendre l&rsquo;histoire de nos malheurs, Vesper aurait enferm\u00e9 le jour dans les cieux clos. Une temp\u00eate nous a pouss\u00e9s \u00e0 l&rsquo;improviste sur les c\u00f4tes de Libye, naviguant sur les nombreuses mers depuis l&rsquo;ancienne Troie, si par hasard le nom de Troie est parvenu \u00e0 tes oreilles. Je suis cet \u00c9n\u00e9e, le vertueux, qui porte mes dieux p\u00e9nates dans mon navire avec moi, les ayant arrach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ennemi, mon nom est connu au-del\u00e0 du ciel. Je cherche ma patrie l&rsquo;Italie, et un peuple n\u00e9 de Jupiter en haut lieu. Je m&#8217;embarquai sur la mer Phrygienne avec vingt navires, suivant mon destin donn\u00e9, ma m\u00e8re, une d\u00e9esse, montrant le chemin : \u00e0 peine sept sont rest\u00e9s, arrach\u00e9s au vent et aux vagues. Je erre moi-m\u00eame, d\u00e9muni et inconnu, dans le d\u00e9sert Libyen, chass\u00e9 d&rsquo;Europe et d&rsquo;Asie. \u00bb V\u00e9nus n&rsquo;attendit pas de nouvelle plainte mais l&rsquo;interrompit ainsi dans sa lamentation : \u00ab Qui que tu sois, je ne pense pas que tu respires l&rsquo;air de la vie tout en \u00e9tant ha\u00ef des dieux, toi qui as atteint une ville de Tyr. Continue seulement \u00e0 partir d&rsquo;ici, et rends-toi au seuil de la reine, car je t&rsquo;apporte la nouvelle que tes amis sont r\u00e9tablis, et tes navires rappel\u00e9s, pouss\u00e9s en s\u00e9curit\u00e9 par les vents changeants, \u00e0 moins que mes parents ne m&rsquo;aient enseign\u00e9 de fausses proph\u00e9ties, en vain. Vois, ces douze cygnes en ligne triomphante, qu&rsquo;un aigle, l&rsquo;oiseau de Jupiter, fondant du ciel, troublait dans le ciel clair : maintenant, en longue file, ils semblent s&rsquo;\u00eatre pos\u00e9s, ou regarder maintenant ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9s. Alors que, revenant, leurs ailes battent en jouant, et qu&rsquo;ils tournent autour du z\u00e9nith en foule, et donnent leur cri, ainsi tes navires et ton peuple sont au port, ou pr\u00e8s de son entr\u00e9e \u00e0 pleines voiles. Continue seulement, tourne tes pas o\u00f9 le chemin te m\u00e8ne. \u00bb Elle parla, et se d\u00e9tournant elle refl\u00e9ta la lumi\u00e8re de son cou teint\u00e9 de rose, et exhala un parfum divin de ses cheveux ambrosiaux : ses robes tra\u00eenaient jusqu&rsquo;\u00e0 ses pieds, et, dans sa d\u00e9marche, la montraient vraie d\u00e9esse. Il reconnut sa m\u00e8re, et alors qu&rsquo;elle disparaissait la suivit de sa voix : \u00ab Toi aussi tu es cruelle, pourquoi tourmentes-tu ton fils avec de faux fant\u00f4mes ? Pourquoi ne m&rsquo;est-il pas permis de joindre main \u00e0 main, et de parler et d&rsquo;entendre des paroles vraies ? \u00bb Ainsi l&rsquo;accuse-t-il, et tourne ses pas vers la ville. Mais V\u00e9nus les voila d&rsquo;une brume sombre alors qu&rsquo;ils marchaient, et, en d\u00e9esse, \u00e9tendit un \u00e9pais voile de nuages autour d&rsquo;eux, afin que personne ne puisse les voir, ni les toucher, ni les retarder, ni leur demander o\u00f9 ils allaient. Elle-m\u00eame s&rsquo;envole haut dans les airs, vers Paphos, et retourne \u00e0 sa demeure avec d\u00e9lice, o\u00f9 son temple et ses cent autels fument d&rsquo;encens Sab\u00e9en, fragrant de guirlandes fra\u00eeches.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9n\u00e9e raconte son histoire abr\u00e9g\u00e9e, soulignant son identit\u00e9 (\u00ab \u00c9n\u00e9e, le vertueux \u00bb) et sa mission divine (\u00ab Je cherche ma patrie l&rsquo;Italie \u00bb). V\u00e9nus r\u00e9v\u00e8le ensuite un signe (les cygnes) indiquant la s\u00e9curit\u00e9 de ses navires perdus, renfor\u00e7ant l&rsquo;id\u00e9e que le destin, malgr\u00e9 les obstacles, les guide. Sa transformation soudaine de nouveau en forme divine souligne la fronti\u00e8re entre dieux et mortels. La frustration d&rsquo;\u00c9n\u00e9e face \u00e0 son caract\u00e8re insaisissable ajoute une touche de pathos humain \u00e0 leur relation divine. La brume cr\u00e9\u00e9e par V\u00e9nus est un proc\u00e9d\u00e9 \u00e9pique classique permettant un d\u00e9placement invisible. L&rsquo;alt text de l&rsquo;image \u00ab \u00c9n\u00e9e reconnaissant V\u00e9nus alors qu&rsquo;elle dispara\u00eet dans un nuage, Giovanni Domenico Tiepolo \u00bb d\u00e9crit l&rsquo;action centrale et le contexte.<\/p>\n<h2>Carthage et le temple de Junon<\/h2>\n<p>\u00c9n\u00e9e et Achate, cach\u00e9s par la brume, observent la ville naissante de Carthage. Ils sont \u00e9merveill\u00e9s par son \u00e9nergie, son organisation et sa construction rapide, un t\u00e9moignage du leadership de Didon.<\/p>\n<h3>Livre I:418-463 Le temple de Junon<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Pendant ce temps, ils ont emprunt\u00e9 la route que le chemin a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Et bient\u00f4t ils gravirent la colline qui domine la ville, et regarde d&rsquo;en haut les tours qui lui font face. \u00c9n\u00e9e s&rsquo;\u00e9merveille de la masse des b\u00e2timents, autrefois des huttes, s&rsquo;\u00e9merveille des portes, du bruit, des rues pav\u00e9es. Les Tyriens z\u00e9l\u00e9s sont occup\u00e9s, certains construisent des murs, et \u00e9l\u00e8vent la citadelle, roulant des pierres \u00e0 la main, certains choisissent l&#8217;emplacement d&rsquo;une maison, et marquent un sillon : ils cr\u00e9ent des magistrats et des lois, et un s\u00e9nat sacr\u00e9 : ici certains creusent un port : d&rsquo;autres posent les fondations profondes d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre, et taillent d&rsquo;\u00e9normes colonnes dans la falaise, hauts ornements pour la future sc\u00e8ne. Tout comme les abeilles au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 accomplissent leurs t\u00e2ches parmi les champs fleuris, au soleil, quand elles conduisent les jeunes adolescents de leur race, ou entassent les cellules de miel liquide, et les gonflent de doux nectar, ou re\u00e7oivent les fardeaux entrants, ou formant des lignes chassent le troupeau paresseux de faux-bourdons de leurs ruches : le travail brille, et le miel fragrant est doux de thym. \u00ab \u00d4 fortun\u00e9s ceux dont les murs s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent d\u00e9j\u00e0 ! \u00bb s&rsquo;\u00e9crie \u00c9n\u00e9e, et il admire les sommets de la ville. Il entre parmi eux, voil\u00e9 de brume (merveilleux \u00e0 dire) et se m\u00eale au peuple vu par personne. Il y avait un bosquet au centre de la ville, d\u00e9licieux d&rsquo;ombre, o\u00f9 les Ph\u00e9niciens ballott\u00e9s par les vagues et les temp\u00eates d\u00e9couvrirent pour la premi\u00e8re fois la t\u00eate d&rsquo;un cheval f\u00e9roce, que la royale Junon leur montra : ainsi la race serait r\u00e9put\u00e9e dans la guerre, et riche en substance \u00e0 travers les \u00e2ges. Ici, la Sidonienne Didon \u00e9tablissait un grand temple \u00e0 Junon, riche de dons et de pr\u00e9sence divine, avec des entr\u00e9es de bronze s&rsquo;\u00e9levant des escaliers, et des poutres jointes de bronze, et des charni\u00e8res grin\u00e7ant sur des portes de bronze. Ici, dans le bosquet, quelque chose de nouveau apparut qui calma ses peurs pour la premi\u00e8re fois, ici pour la premi\u00e8re fois \u00c9n\u00e9e osa esp\u00e9rer la s\u00e9curit\u00e9, et mettre une plus grande confiance dans ses fortunes afflig\u00e9es. Pendant que, attendant la reine, dans le vaste temple, il regarde chaque chose : pendant qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9merveille de la richesse de la ville, de l&rsquo;habilet\u00e9 de leur art, et des produits de leurs travaux, il voit les batailles de Troie dans leur ordre correct, la Guerre, connue par sa renomm\u00e9e dans le monde entier, les fils d&rsquo;Atr\u00e9e, de Priam, et Achille en col\u00e8re contre les deux. Il s&rsquo;arr\u00eata, et dit, avec des larmes : \u00ab Quel est ce lieu, Achate, quelle r\u00e9gion de la terre n&rsquo;est pas pleine de nos \u00e9preuves ? Vois, Priam ! Ici aussi la vertu a sa r\u00e9compense, ici aussi il y a des larmes pour les \u00e9v\u00e9nements, et les choses mortelles touchent le c\u0153ur. Perds tes peurs : cette renomm\u00e9e t&rsquo;apportera du bien. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le simile comparant les Carthaginois \u00e0 des abeilles occup\u00e9es construisant leur ruche est un autre passage c\u00e9l\u00e8bre, soulignant la nature organis\u00e9e et industrieuse du peuple de Didon et, par extension, offrant un parall\u00e8le subtil aux futurs b\u00e2tisseurs de l&rsquo;\u00c9tat romain. La d\u00e9dicace d&rsquo;un temple \u00e0 Junon est ironique, compte tenu de son hostilit\u00e9 envers \u00c9n\u00e9e, mais signifie l&rsquo;all\u00e9geance de Carthage \u00e0 la d\u00e9esse qui opposera plus tard les deux villes. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du temple, \u00c9n\u00e9e trouve des fresques repr\u00e9sentant la guerre de Troie. Ce moment est profond\u00e9ment \u00e9mouvant. Voir les sc\u00e8nes famili\u00e8res de souffrance et d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme de son pass\u00e9 permet \u00e0 \u00c9n\u00e9e de ressentir un lien avec l&rsquo;exp\u00e9rience humaine de la tristesse et valide ses propres luttes en les voyant \u00e9lev\u00e9es au rang d&rsquo;art. L&rsquo;expression \u00ab les choses mortelles touchent le c\u0153ur \u00bb (sunt lacrimae rerum et mentem mortalia tangunt) est l&rsquo;une des lignes les plus cit\u00e9es de l&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em>, exprimant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 partag\u00e9e et l&#8217;empathie qui d\u00e9coule de la reconnaissance de la souffrance. Cette vision donne \u00e0 \u00c9n\u00e9e l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre parmi des gens qui comprennent et pourraient offrir de la compassion.<\/p>\n<h3>Livre I:464-493 La frise<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Ainsi parle-t-il, et nourrit son esprit de la frise inconsistante, soupirant souvent, et son visage mouill\u00e9 des larmes qui coulent. Car il vit comment, ici, les Grecs fuyaient, alors qu&rsquo;ils combattaient autour de Troie, poursuivis par la jeunesse Troyenne, et, l\u00e0, les Troyens fuyaient, Achille empanach\u00e9 les pressant de pr\u00e8s dans son char. Non loin de l\u00e0, \u00e0 travers ses larmes, il reconna\u00eet les tentes blanchies de Rh\u00e9sus, que le Diom\u00e8de ensanglant\u00e9, fils de Tyd\u00e9e, a ravag\u00e9es avec grand carnage, trahis dans leur premier sommeil, d\u00e9tournant les chevaux fougueux vers son camp, avant qu&rsquo;ils ne puissent manger du fourrage Troyen, ou boire du fleuve Xanthos. Ailleurs Tro\u00efle, ses armes abandonn\u00e9es dans la fuite, malheureux gar\u00e7on, in\u00e9galement assorti dans sa bataille avec Achille, est tra\u00een\u00e9 par ses chevaux, s&rsquo;accrochant face vers le haut au char vide, tenant encore les r\u00eanes : son cou et ses cheveux tra\u00eenant sur le sol, et sa lance invers\u00e9e sillonnant la poussi\u00e8re. Pendant ce temps, les femmes Troyennes aux cheveux d\u00e9faits, marchaient vers le temple de Pallas l&rsquo;injuste portant la robe sacr\u00e9e, pleurant humblement, et se frappant la poitrine de leurs mains. La d\u00e9esse \u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9e, ses yeux fix\u00e9s au sol. Trois fois Achille avait tra\u00een\u00e9 Hector autour des murs de Troie, et maintenant il vendait le cadavre inanim\u00e9 pour de l&rsquo;or. Alors \u00c9n\u00e9e pousse vraiment un profond soupir, du fond de son c\u0153ur, tandis qu&rsquo;il contemple les d\u00e9pouilles, le char, le corps m\u00eame de son ami, et Priam tendant ses mains guerri\u00e8res. Il se reconnut lui-m\u00eame, combattant les princes Grecs, et les rangs \u00c9thiopiens et l&rsquo;armure de Memnon le Noir. Penthesil\u00e9e furieuse m\u00e8ne la file des Amazones, aux boucliers en croissant, et brille parmi ses milliers, sa ceinture dor\u00e9e attach\u00e9e sous ses seins expos\u00e9s, une vierge guerri\u00e8re osant combattre les hommes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La description d\u00e9taill\u00e9e de la frise renforce le lien entre l&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em> et les \u00e9pop\u00e9es Hom\u00e9riques. Des sc\u00e8nes de l&rsquo;<em>Iliade<\/em> sont repr\u00e9sent\u00e9es, mettant \u00c9n\u00e9e face \u00e0 face avec la douleur et la gloire qu&rsquo;il a v\u00e9cues. Se voir parmi les guerriers est une reconnaissance de son propre statut \u00e9pique. La traduction de Kline permet au lecteur de visualiser ces sc\u00e8nes avec vivacit\u00e9, soulignant le pathos, la brutalit\u00e9 et l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme de la guerre. L&rsquo;alt text de l&rsquo;image \u00ab \u00c9n\u00e9e pleure en contemplant une frise de temple repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes de la guerre de Troie, y compris ses luttes pass\u00e9es \u00bb refl\u00e8te fid\u00e8lement le contenu de l&rsquo;image et sa signification narrative.<\/p>\n<h2>L&rsquo;arriv\u00e9e de la reine Didon<\/h2>\n<p>Le point central du Livre I devient l&rsquo;arriv\u00e9e de la reine Didon. Sa description est royale et gracieuse, soulignant sa beaut\u00e9, son leadership et sa faveur divine (compar\u00e9e \u00e0 Diane).<\/p>\n<h3>Livre I:494-519 L&rsquo;arriv\u00e9e de la reine Didon<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Pendant que ces merveilleuses vues sont contempl\u00e9es par le Troyen \u00c9n\u00e9e, pendant qu&rsquo;\u00e9merveill\u00e9 il reste suspendu, ravi, le regard fixe, la reine Didon, d&rsquo;une forme des plus belles, atteignit le temple, accompagn\u00e9e d&rsquo;une grande foule de jeunes gens. Tout comme Diane conduit sa troupe dansante sur les rives de l&rsquo;Eurotas, ou le long des cr\u00eates de Cynthus, et, la suivant, un millier de nymphes des montagnes se rassemblent de chaque c\u00f4t\u00e9 : et elle porte un carquois sur son \u00e9paule, et surpasse toutes les autres d\u00e9esses en marchant : et le d\u00e9lice saisit le c\u0153ur silencieux de sa m\u00e8re Latone : telle \u00e9tait Didon, ainsi elle se portait, joyeusement, parmi eux, faisant progresser l&rsquo;\u0153uvre, et son royaume naissant. Puis, entour\u00e9e d&rsquo;armes, et reposant sur un haut tr\u00f4ne, elle prit place, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la d\u00e9esse, sous la vo\u00fbte centrale. Elle donnait des lois et des statuts au peuple, et partageait le travail des ouvriers en justes proportions, ou l&rsquo;attribuait par tirage au sort : quand \u00c9n\u00e9e vit soudainement Antheus, et Sergestus, et le brave Cloanthus, approchant, parmi une grande foule, avec d&rsquo;autres Troyens que les noirs nuages d&rsquo;orage avaient dispers\u00e9s sur la mer et emport\u00e9s loin vers d&rsquo;autres rivages. Il fut stup\u00e9fait, et Achate fut aussi stup\u00e9fait de joie et de peur : ils br\u00fblaient d&rsquo;impatience de se serrer la main, mais l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement inattendu troubla leurs esprits. Ils restent cach\u00e9s et, voil\u00e9s dans la brume profonde, ils observent ce qui arrive \u00e0 leurs amis, sur quelle c\u00f4te ils ont laiss\u00e9 la flotte, et pourquoi ils sont ici : les \u00e9lus de chaque navire venaient implorer faveur, et se dirigeaient vers le temple au milieu des clameurs.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La description de Didon distribuant les lois l&rsquo;\u00e9tablit comme une dirigeante capable et juste, un contrepoint tragique \u00e0 \u00c9n\u00e9e dont le devoir le contraindra finalement \u00e0 la quitter. La vue inattendue de ses camarades disparus est un moment d&rsquo;\u00e9motion intense pour \u00c9n\u00e9e, pi\u00e9g\u00e9 derri\u00e8re la brume et incapable de se r\u00e9v\u00e9ler. Cela cr\u00e9e un suspense en vue de leur r\u00e9union.<\/p>\n<h2>Les Troyens font appel \u00e0 Didon<\/h2>\n<p>Ilion\u00e9e, parlant au nom des Troyens naufrag\u00e9s, fait appel \u00e0 Didon pour son hospitalit\u00e9. Il raconte leurs malheurs et demande la permission de r\u00e9parer leurs navires ou, si \u00c9n\u00e9e est perdu, de naviguer vers la Sicile.<\/p>\n<h3>Livre I:520-560 Ilion\u00e9e lui demande de l&rsquo;aide<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Lorsqu&rsquo;ils furent entr\u00e9s, et que la libert\u00e9 de parler en personne leur fut accord\u00e9e, Ilion\u00e9e, l&rsquo;a\u00een\u00e9, commen\u00e7a calmement : \u00ab \u00d4 reine, \u00e0 qui Jupiter accorde le droit de fonder une nouvelle ville, et de ma\u00eetriser les tribus fi\u00e8res par ta justice, nous, malheureux Troyens, pouss\u00e9s par les vents sur toutes les mers, te supplions : \u00e9loigne la terreur du feu de nos navires, \u00e9pargne une race vertueuse et regarde plus favorablement notre sort. Nous ne sommes pas venus pour d\u00e9pouiller les foyers Libyens par l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, ni pour emporter le butin vol\u00e9 sur le rivage : cette violence n&rsquo;est pas dans nos esprits, les vaincus n&rsquo;ont pas une telle fiert\u00e9. Il y a un endroit appel\u00e9 Hesp\u00e9rie par les Grecs, une terre antique, forte en hommes, au sol riche : l\u00e0 vivaient les \u0152notriens : maintenant la rumeur dit qu&rsquo;un peuple plus tardif l&rsquo;a appel\u00e9e Italie, d&rsquo;apr\u00e8s leur chef. Nous avions mis le cap sur ce lieu quand le tempestueux Orion, se levant avec la mar\u00e9e, nous a port\u00e9s sur des bas-fonds cach\u00e9s, et les vents f\u00e9roces nous ont dispers\u00e9s au loin, avec la d\u00e9ferlante accablante, sur les vagues parmi des rochers inhabitables : nous, quelques-uns, avons \u00e9chou\u00e9 ici sur vos c\u00f4tes. Quelle est cette race d&rsquo;hommes ? Quel pays est si barbare pour permettre cette coutume, que l&rsquo;hospitalit\u00e9 des sables nous est refus\u00e9e ? Ils d\u00e9clenchent la guerre, et nous emp\u00eachent de prendre pied sur la terre ferme. Si vous m\u00e9prisez la race humaine et les armes mortelles, croyez tout de m\u00eame que les dieux se souviennent du droit et du tort. \u00c9n\u00e9e \u00e9tait notre roi, personne de plus juste que lui dans son devoir, ni de plus grand \u00e0 la guerre et en armes. Si le destin prot\u00e8ge encore l&rsquo;homme, s&rsquo;il jouit encore de l&rsquo;air \u00e9th\u00e9r\u00e9, s&rsquo;il ne repose pas encore parmi les ombres cruelles, il n&rsquo;y a rien \u00e0 craindre, et vous ne regretteriez pas de rivaliser avec lui d&rsquo;abord en gentillesse. Puis il y a aussi des villes et des champs dans la r\u00e9gion de Sicile, et le c\u00e9l\u00e8bre Aceste, de sang Troyen. Permettez-nous d&rsquo;\u00e9chouer notre flotte, endommag\u00e9e par les temp\u00eates, et de couper des planches dans les arbres, et de fa\u00e7onner des rames, afin que si notre roi est r\u00e9tabli et que nos amis sont retrouv\u00e9s, nous puissions nous diriger vers l&rsquo;Italie, chercher joyeusement l&rsquo;Italie et le Latium : et si notre sauveur est perdu, et que les mers Libyennes vous retiennent, tr\u00e8s vertueux p\u00e8re de Troie, s&rsquo;il ne reste plus aucun espoir d&rsquo;Iule, que nous cherchions les d\u00e9troits Siciliens, d&rsquo;o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s, et le foyer pr\u00e9par\u00e9 pour nous, et un roi, Aceste. \u00bb Ainsi parla Ilion\u00e9e : et tous les Troyens cri\u00e8rent d&rsquo;une seule voix.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ilion\u00e9e souligne la vertu des Troyens (race pieuse) et la r\u00e9putation d&rsquo;\u00c9n\u00e9e en mati\u00e8re de justice et de puissance, m\u00eame s&rsquo;il est pr\u00e9sum\u00e9 perdu. Ce discours sert \u00e0 pr\u00e9senter le caract\u00e8re et la mission d&rsquo;\u00c9n\u00e9e \u00e0 Didon du point de vue de ses fid\u00e8les partisans. Le rendu de Kline est direct et formel, adapt\u00e9 au ton diplomatique de l&rsquo;appel.<\/p>\n<h2>L&rsquo;accueil g\u00e9n\u00e9reux de Didon et \u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le<\/h2>\n<p>Didon r\u00e9pond avec une compassion et une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 imm\u00e9diates, reconnaissant la renomm\u00e9e des Troyens et leur souffrance. Elle leur offre un refuge, des ressources, et m\u00eame la possibilit\u00e9 de s&rsquo;installer \u00e0 Carthage comme \u00e9gaux.<\/p>\n<h3>Livre I:561-585 Didon accueille les Troyens<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Puis, Didon, parla bri\u00e8vement, les yeux baiss\u00e9s : \u00ab Troyens, lib\u00e9rez vos c\u0153urs de la peur : dissipez vos soucis. Les \u00e9v\u00e9nements difficiles et la nouveaut\u00e9 du royaume me forcent \u00e0 agir ainsi, et \u00e0 prot\u00e9ger mes fronti\u00e8res de gardes de tous c\u00f4t\u00e9s. Qui ne conna\u00eet pas la race d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, et la cit\u00e9 de Troie, la bravoure, les hommes, ou un si grand embrasement de guerre, en v\u00e9rit\u00e9, nous les Ph\u00e9niciens n&rsquo;avons pas des c\u0153urs insensibles, le soleil n&rsquo;attelle pas ses chevaux si loin de cette ville Tyrienne. Que vous optiez pour la puissante Hesp\u00e9rie, et les champs de Saturne, ou le sommet d&rsquo;\u00c9ryx, et Aceste pour roi, je veillerai \u00e0 ce que vous soyez escort\u00e9s en toute s\u00e9curit\u00e9, et je vous aiderai avec mes richesses. Ou d\u00e9sirez-vous vous installer ici avec moi, en \u00e9gaux dans mon royaume ? La ville que je construis est v\u00f4tre : \u00e9chouez vos navires : Troyens et Tyriens seront trait\u00e9s par moi sans distinction. Je souhaiterais que votre roi \u00c9n\u00e9e lui-m\u00eame f\u00fbt ici, pouss\u00e9 par cette m\u00eame temp\u00eate ! En effet, j&rsquo;enverrai des hommes fiables le long de la c\u00f4te, et leur ordonnerai de parcourir toute la Libye, au cas o\u00f9 il aurait \u00e9chou\u00e9, et errerait dans les bois et les villes. \u00bb Le brave Achate, et notre anc\u00eatre \u00c9n\u00e9e, leurs esprits relev\u00e9s par ces mots, br\u00fblaient de se lib\u00e9rer de la brume. Achate fut le premier \u00e0 parler, disant \u00e0 \u00c9n\u00e9e : \u00ab Fils de la d\u00e9esse, quelle intention surgit dans ton esprit ? Tu vois que tout est s\u00fbr, la flotte et nos amis nous ont \u00e9t\u00e9 rendus. Un seul manque, que nous avons vu plong\u00e9 dans les vagues : tout le reste est en accord avec les paroles de ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La noble r\u00e9ponse de Didon est essentielle \u00e0 son personnage et \u00e0 la trag\u00e9die qui se d\u00e9roule. Ses paroles sont pleines d&#8217;empathie et offrent aux Troyens tout ce dont ils ont besoin. C&rsquo;est le sommet de l&rsquo;hospitalit\u00e9 et \u00e9tablit une norme qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e, li\u00e9 par le destin, devra finalement violer. \u00c9n\u00e9e et Achate, entendant cela, sont impatients de se r\u00e9v\u00e9ler.<\/p>\n<h3>Livre I:586-612 \u00c9n\u00e9e se fait conna\u00eetre<\/h3>\n<blockquote>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/interiorvirgilaeneiddidoandaeneas.webp\" alt=\"\u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le apr\u00e8s la dissipation de la brume, apparaissant divin alors qu&#039;il salue Didon et ses compagnons Troyens r\u00e9unis \u00e0 Carthage, Nicolas Verkolye\" width=\"600\" height=\"453\" \/><em class=\"cap-ai\">\u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le apr\u00e8s la dissipation de la brume, apparaissant divin alors qu&#039;il salue Didon et ses compagnons Troyens r\u00e9unis \u00e0 Carthage, Nicolas Verkolye<\/em>Il avait \u00e0 peine parl\u00e9 que la brume qui les entourait se dissipa soudainement, et disparut dans l&rsquo;air clair. \u00c9n\u00e9e se tenait l\u00e0, brillant dans la lumi\u00e8re du jour, comme un dieu par ses \u00e9paules et son visage : car sa m\u00e8re avait elle-m\u00eame conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 son fils la beaut\u00e9 de ses cheveux, un \u00e9clat de jeunesse, et un charme joyeux \u00e0 ses yeux : comme la gloire que l&rsquo;art peut donner \u00e0 l&rsquo;ivoire, ou comme lorsque l&rsquo;argent, ou le marbre de Paros, est entour\u00e9 d&rsquo;or. Puis il s&rsquo;adressa \u00e0 la reine, soudainement, les surprenant tous, disant : \u00ab Je suis ici en personne, \u00c9n\u00e9e le Troyen, celui que vous cherchez, sauv\u00e9 des vagues Libyennes. \u00d4 Didon, il n&rsquo;est pas en notre pouvoir, ni en celui de notre race Troyenne, o\u00f9 qu&rsquo;elle se trouve, dispers\u00e9e \u00e0 travers le vaste monde, de vous remercier suffisamment, vous qui seule avez piti\u00e9 des mis\u00e8res indicibles de Troie, et partagez votre ville et votre foyer avec nous, le reste laiss\u00e9 par les Grecs, fatigu\u00e9s par tous les malheurs, sur terre et sur mer, et manquant de tout. Puissent les dieux, et l&rsquo;esprit lui-m\u00eame conscient du droit, vous apporter une juste r\u00e9compense, si les dieux respectent les vertueux, s&rsquo;il y a justice quelque part. Quel \u00e2ge heureux vous a donn\u00e9 naissance ? Quels parents ont produit un tel enfant ? Votre honneur, votre nom et votre louange dureront \u00e9ternellement, quelles que soient les terres qui m&rsquo;appellent, tant que les fleuves couleront vers la mer, tant que les ombres traverseront les pentes des montagnes, tant que le ciel nourrira les \u00e9toiles. \u00bb Ayant ainsi parl\u00e9, il saisit la main droite de son ami Ilion\u00e9e, la gauche de Sergestus, puis d&rsquo;autres, le brave Gyas et le brave Cloanthe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L&rsquo;apparition dramatique d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, rehauss\u00e9e par le toucher divin de V\u00e9nus, souligne sa stature h\u00e9ro\u00efque. Son discours est plein de gratitude, reconnaissant l&rsquo;immense gentillesse de Didon et louant sa vertu, invoquant les dieux pour la r\u00e9compenser. C&rsquo;est un moment d&rsquo;espoir et de soulagement, le point culminant de la crise imm\u00e9diate pr\u00e9sent\u00e9e par la temp\u00eate. Le simile comparant la beaut\u00e9 rehauss\u00e9e d&rsquo;\u00c9n\u00e9e \u00e0 de l&rsquo;ivoire ou du marbre d\u00e9cor\u00e9 souligne sa perfection esth\u00e9tique, digne d&rsquo;un h\u00e9ros \u00e9pique. L&rsquo;alt text de l&rsquo;image \u00ab \u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le apr\u00e8s la dissipation de la brume, apparaissant divin alors qu&rsquo;il salue Didon et ses compagnons Troyens r\u00e9unis \u00e0 Carthage, Nicolas Verkolye \u00bb capture le moment de la r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<h2>Didon re\u00e7oit \u00c9n\u00e9e<\/h2>\n<p>Didon est stup\u00e9faite et ravie de rencontrer le c\u00e9l\u00e8bre \u00c9n\u00e9e. Son hospitalit\u00e9 se poursuit alors qu&rsquo;elle l&rsquo;accueille, lui et ses hommes, dans son palais pour un festin.<\/p>\n<h3>Livre I:613-656 Didon re\u00e7oit \u00c9n\u00e9e<\/h3>\n<blockquote>\n<p>La Sidonienne Didon fut d&rsquo;abord \u00e9merveill\u00e9e par l&rsquo;apparence du h\u00e9ros puis par ses grands malheurs, et elle parla, disant : \u00ab Fils d&rsquo;une d\u00e9esse, quel destin te poursuit \u00e0 travers tous ces dangers ? Quelle force te pousse vers ces c\u00f4tes barbares ? Es-tu vraiment cet \u00c9n\u00e9e que la bienveillante V\u00e9nus a enfant\u00e9 \u00e0 Anchise Troyen, pr\u00e8s des eaux du Simo\u00efs Phrygien ? En v\u00e9rit\u00e9, je me souviens moi-m\u00eame de Teucer venant \u00e0 Sidon, exil\u00e9 des fronti\u00e8res de son pays, cherchant un nouveau royaume avec l&rsquo;aide de B\u00e9lus : B\u00e9lus, mon p\u00e8re, ravageait la riche Chypre, et, en vainqueur, la d\u00e9tenait par son autorit\u00e9. Depuis lors, la chute de la cit\u00e9 Troyenne m&rsquo;est connue, et ton nom, et ceux des rois Grecs. M\u00eame leur ennemi accorda de grands \u00e9loges aux Teucriens, affirmant qu&rsquo;ils \u00e9taient n\u00e9s de l&rsquo;antique souche Teucrienne. Alors viens, jeunes seigneurs, et entrez dans notre palais. La Fortune, me poursuivant aussi, \u00e0 travers de nombreuses \u00e9preuves similaires, a voulu que je trouve enfin la paix dans cette terre. N&rsquo;\u00e9tant pas inconnue du mal, j&rsquo;ai appris \u00e0 aider les malheureux. \u00bb Ainsi parle-t-elle, et conduit \u00c9n\u00e9e dans la maison royale, et proclame aussi, des offrandes aux temples des dieux. Elle envoie pas moins de vingt taureaux \u00e0 ses amis sur le rivage, et cent de ses plus gros porcs aux dos h\u00e9riss\u00e9s, cent agneaux gras avec les brebis, et des dons joyeux de vin, mais l&rsquo;int\u00e9rieur du palais est am\u00e9nag\u00e9 avec un luxe royal, et ils pr\u00e9parent un festin au centre du palais : couvertures habilement travaill\u00e9es en pourpre princi\u00e8re, argenterie massive sur les tables, et les actes h\u00e9ro\u00efques de ses anc\u00eatres grav\u00e9s en or, une longue s\u00e9rie d&rsquo;exploits retrac\u00e9s \u00e0 travers de nombreux h\u00e9ros, depuis les anciennes origines de son peuple. \u00c9n\u00e9e envoie rapidement Achate aux navires pour porter la nouvelle \u00e0 Ascagne (car l&rsquo;amour d&rsquo;un p\u00e8re ne laisse pas son esprit en repos) et l&rsquo;amener \u00e0 la ville : sur Ascagne sont fix\u00e9s tous les soins d&rsquo;un parent affectueux. Il lui commande d&rsquo;apporter aussi des dons, arrach\u00e9s aux ruines de Troie, une robe figur\u00e9e rigide d&rsquo;or, et une cape bord\u00e9e d&rsquo;acanthe jaune, port\u00e9e par H\u00e9l\u00e8ne d&rsquo;Argos, apport\u00e9e de Myc\u00e8nes quand elle navigua vers Troie et son mariage ill\u00e9gal, un merveilleux cadeau de sa m\u00e8re L\u00e9da : et le sceptre qu&rsquo;Ilion\u00e9e, la fille a\u00een\u00e9e de Priam, portait autrefois, et un collier de perles, et un double diad\u00e8me de joyaux et d&rsquo;or. Achate, se h\u00e2tant d&rsquo;ex\u00e9cuter ces ordres, prit son chemin vers les navires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La c\u00e9l\u00e8bre phrase de Didon, \u00ab N&rsquo;\u00e9tant pas inconnue du mal, j&rsquo;ai appris \u00e0 aider les malheureux \u00bb (Haud ignara mali miseris succurrere disco), souligne son empathie n\u00e9e de sa propre souffrance pass\u00e9e. La description somptueuse de son palais et du festin met en \u00e9vidence sa richesse et son statut, convenant \u00e0 la reine d&rsquo;une ville en pleine croissance. La pens\u00e9e imm\u00e9diate d&rsquo;\u00c9n\u00e9e pour son fils Ascagne souligne sa responsabilit\u00e9 paternelle, une autre facette de sa pietas. Les cadeaux qu&rsquo;il envoie pour qu&rsquo;Ascagne apporte sont significatifs, reliques de la Troie tomb\u00e9e et objets associ\u00e9s \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne, pr\u00e9figurant l&rsquo;interaction complexe du pass\u00e9 et du futur, de l&rsquo;amour et du conflit.<\/p>\n<h2>L&rsquo;intervention divine de Cupidon<\/h2>\n<p>V\u00e9nus, toujours pr\u00e9occup\u00e9e par l&rsquo;interf\u00e9rence potentielle de Junon et souhaitant assurer le soutien in\u00e9branlable de Didon \u00e0 \u00c9n\u00e9e, con\u00e7oit un plan pour faire tomber Didon passionn\u00e9ment amoureuse de lui. Elle envoie Cupidon, d\u00e9guis\u00e9 en Ascagne, pour infecter Didon d&rsquo;amour pendant le festin.<\/p>\n<h3>Livre I:657-694 Cupidon se fait passer pour Ascagne<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Mais V\u00e9nus planifiait de nouvelles ruses et stratag\u00e8mes dans son c\u0153ur : comment Cupidon, chang\u00e9 d&rsquo;apparence, pourrait arriver \u00e0 la place du doux Ascagne, et \u00e9veiller la reine passionn\u00e9e par ses dons, et entrelacer le feu dans ses os : v\u00e9ritablement elle craint la peu fiable de cette maison, et les Tyriens fourbes : Junon inflexible l&rsquo;irrite, et ses soucis augmentent avec la tomb\u00e9e de la nuit. Ainsi elle parle ces mots \u00e0 Cupidon ail\u00e9 : \u00ab Mon fils, toi qui seul es ma grande force, mon pouvoir, un fils qui m\u00e9prise les puissants foudres Typho\u00efens de Jupiter, je demande ton aide, et appelle humblement ta volont\u00e9 divine. Il t&rsquo;est connu comment \u00c9n\u00e9e, ton fr\u00e8re, est pouss\u00e9 sur la mer, tout autour des c\u00f4tes, par la haine de l&rsquo;am\u00e8re Junon, et tu as souvent souffert avec ma peine. La Ph\u00e9nicienne Didon le retient l\u00e0, le retardant par la flatterie, et je crains ce qui pourrait advenir de l&rsquo;hospitalit\u00e9 de Junon : \u00e0 un tournant si critique des \u00e9v\u00e9nements elle ne restera pas inactive. J&rsquo;ai donc l&rsquo;intention de tromper la reine par la ruse, et de l&rsquo;encercler de passion, afin qu&rsquo;aucune volont\u00e9 divine ne puisse la sauver, mais qu&rsquo;elle soit saisie, avec moi, par un profond amour pour \u00c9n\u00e9e. \u00c9coute maintenant mes pens\u00e9es sur la fa\u00e7on dont tu peux y parvenir. Appel\u00e9 par son cher p\u00e8re, l&rsquo;enfant royal, ma plus grande pr\u00e9occupation, se pr\u00e9pare \u00e0 aller \u00e0 la cit\u00e9 Sidonienne, portant des dons qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la mer, et aux flammes de Troie. Je l&rsquo;endormirai et le cacherai dans mon sanctuaire sacr\u00e9 sur les hauteurs de Cyth\u00e8re ou d&rsquo;Idalie, afin qu&rsquo;il ne puisse rien savoir de mes tromperies, ni les interrompre \u00e0 mi-chemin. Pour pas plus d&rsquo;une seule nuit imite son apparence par l&rsquo;art, et, \u00e9tant toi-m\u00eame un gar\u00e7on, prends le visage connu d&rsquo;un gar\u00e7on, de sorte que lorsque Didon te prendra dans ses bras, joyeusement, au milieu du festin royal, et du vin qui coule, lorsqu&rsquo;elle t&#8217;embrassera, et posera de doux baisers sur toi, tu lui souffleras un feu cach\u00e9, la tromperas avec ton poison. \u00bb Cupidon ob\u00e9it aux paroles de sa ch\u00e8re m\u00e8re, met de c\u00f4t\u00e9 ses ailes, et trotte en riant du pas d&rsquo;Iule. Mais V\u00e9nus verse un doux sommeil sur les membres d&rsquo;Ascagne, et le r\u00e9chauffant dans sa poitrine, le porte, d&rsquo;un pouvoir divin, aux hautes for\u00eats d&rsquo;Idalie, o\u00f9 la douce marjolaine le recouvre de fleurs, et le souffle de son ombre suave.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette manipulation divine introduit l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui conduira \u00e0 la fin tragique de Didon. V\u00e9nus agit par souci maternel et par m\u00e9fiance envers Junon, mais ses actions outrepassent finalement le libre arbitre de Didon et la conduisent sur un chemin de destruction. La description de Cupidon abandonnant ses ailes et prenant la forme d&rsquo;Ascagne est un d\u00e9tail poignant, soulignant l&rsquo;innocence qu&rsquo;il imite contrastant avec la force puissante et disruptive qu&rsquo;il incarne. La traduction de Kline transmet l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de V\u00e9nus et son plan calcul\u00e9.<\/p>\n<h3>Livre I:695-722 Cupidon trompe Didon<\/h3>\n<blockquote>\n<p>Maintenant, ob\u00e9issant \u00e0 ses ordres, se r\u00e9jouissant d&rsquo;avoir Achate comme guide, Cupidon s&rsquo;en va portant les dons royaux pour les Tyriens. Quand il arrive, la reine s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e au centre, sur son lit d&rsquo;or sous des baldaquins royaux. Maintenant, notre anc\u00eatre \u00c9n\u00e9e et la jeunesse de Troie se rassemblent l\u00e0, et s&rsquo;allongent sur des \u00e9toffes de pourpre. Les serviteurs versent de l&rsquo;eau sur leurs mains : servent le pain des paniers : et apportent des serviettes de tissu lisse. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, il y a cinquante servantes, en longue file, dont la t\u00e2che est de pr\u00e9parer le repas, et de s&rsquo;occuper des feux de l&rsquo;\u00e2tre : cent autres, et autant de pages de m\u00eame \u00e2ge, pour charger les tables de nourriture, et remplir les coupes. Et les Tyriens aussi sont rassembl\u00e9s en foule dans les salles festives, convoqu\u00e9s pour s&rsquo;allonger sur les lits brod\u00e9s. Ils s&rsquo;\u00e9merveillent des dons d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, s&rsquo;\u00e9merveillent d&rsquo;Iule, de l&rsquo;apparence brillante du dieu, et de ses paroles trompeuses, de la robe, et de la cape brod\u00e9e d&rsquo;acanthe jaune. L&rsquo;infortun\u00e9e Ph\u00e9nicienne par-dessus tout, vou\u00e9e \u00e0 une ruine future, ne peut apaiser ses sentiments, et prend feu en regardant, \u00e9mue \u00e9galement par l&rsquo;enfant et par les dons. Lui, ayant \u00e9treint le cou d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, et rassasi\u00e9 le grand amour du p\u00e8re tromp\u00e9, cherche la reine. Didon, s&rsquo;accroche \u00e0 lui avec ses yeux et avec son c\u0153ur, le prenant de temps en temps sur ses genoux, ignorant combien un grand dieu p\u00e9n\u00e8tre en elle, pour son malheur. Mais lui, se souvenant des souhaits de sa m\u00e8re Cypriote, commence graduellement \u00e0 effacer toute pens\u00e9e de Sych\u00e9e, et travaille \u00e0 s\u00e9duire son esprit, si longtemps in\u00e9branl\u00e9, et son c\u0153ur inhabituellement \u00e0 l&rsquo;amour, avec une passion vivante.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette section d\u00e9crit froidement le travail de Cupidon. Alors que Didon embrasse le gar\u00e7on qu&rsquo;elle croit \u00eatre Ascagne, elle est sans le savoir infect\u00e9e par le \u00ab feu cach\u00e9 \u00bb de l&rsquo;amour. La description d&rsquo;elle \u00ab vou\u00e9e \u00e0 une ruine future \u00bb (miserae Dido, tantum infelicis ad unum) est un sombre pr\u00e9sage, soulignant la direction tragique que prendra son histoire. Le contraste entre l&rsquo;atmosph\u00e8re festive et la manipulation divine invisible est dramatique. La traduction de Kline transmet efficacement la nature subtile et insidieuse du poison de Cupidon, soulignant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de Didon.<\/p>\n<h2>Le festin et la requ\u00eate de Didon<\/h2>\n<p>Le livre se termine par le festin royal dans le palais de Didon. L&rsquo;atmosph\u00e8re est initialement celle de la c\u00e9l\u00e9bration et de l&rsquo;hospitalit\u00e9. De la musique est jou\u00e9e, des toasts sont port\u00e9s et des histoires sont attendues.<\/p>\n<h3>Livre I:723-756 Didon demande l&rsquo;histoire d&rsquo;\u00c9n\u00e9e<\/h3>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 la premi\u00e8re accalmie du festin, les tables furent d\u00e9barrass\u00e9es, et ils dispos\u00e8rent de vastes coupes, et orn\u00e8rent le vin de guirlandes. Le bruit remplit le palais, et les voix s&rsquo;\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 travers les larges salles : de brillantes lampes pendaient des plafonds dor\u00e9s, et des bougies flamboyantes chass\u00e8rent la nuit. Alors la reine demanda une coupe \u00e0 boire, lourde d&rsquo;or et de joyaux, que B\u00e9lus et toute la lign\u00e9e de B\u00e9lus avaient l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser, et la remplit de vin. Alors les salles furent silencieuses. Elle parla : \u00ab Jupiter, puisque l&rsquo;on dit que tu es celui qui \u00e9tablit les lois de l&rsquo;hospitalit\u00e9, que ce soit un jour heureux pour les Tyriens et ceux de Troie, et qu&rsquo;il soit rappel\u00e9 par nos enfants. Que Bacchus, le porteur de joie, et la bonne Junon soient pr\u00e9sents, et vous, \u00f4 Ph\u00e9niciens, rendez cette assembl\u00e9e festive. \u00bb Elle parla et versa une offrande de vin sur la table, et apr\u00e8s la libation fut la premi\u00e8re \u00e0 porter la coupe \u00e0 ses l\u00e8vres, puis elle la donna \u00e0 Bitias, le d\u00e9fiant : il vida vivement la coupe pleine, s&rsquo;impr\u00e9gnant de sa pl\u00e9nitude dor\u00e9e, puis d&rsquo;autres princes burent. Iolas, le chevelu, fit r\u00e9sonner sa lyre d&rsquo;or, lui qu&rsquo;enseigna le grand Atlas. Il chanta la lune errante et les travaux du soleil, d&rsquo;o\u00f9 vinrent les hommes et les b\u00eates, et la pluie et le feu, d&rsquo;Arcture, des Pluies Hyades, des deux Ourses : pourquoi les soleils d&rsquo;hiver se pr\u00e9cipitent pour se plonger dans la mer, et quel d\u00e9lai fait languir les nuits lentes. Les Tyriens redoubl\u00e8rent leurs applaudissements, les Troyens aussi. Et l&rsquo;infortun\u00e9e Didon, elle aussi, passa la nuit en conversation, et but profond\u00e9ment de sa passion, demandant sans cesse des nouvelles de Priam et d&rsquo;Hector : maintenant sur l&rsquo;armure avec laquelle Memnon, fils de l&rsquo;Aurore, vint \u00e0 Troie, de quelle sorte \u00e9taient les chevaux de Diom\u00e8de, quelle \u00e9tait la grandeur d&rsquo;Achille. \u00ab Mais viens, mon h\u00f4te, raconte-nous depuis le d\u00e9but toute la ruse Grecque, les malheurs de tes hommes, et tes errances : puisque c&rsquo;est maintenant le septi\u00e8me \u00e9t\u00e9 qui t&rsquo;am\u00e8ne ici, dans ton voyage, sur chaque terre et mer. \u00bb <strong>Fin du Livre I<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Didon, d\u00e9j\u00e0 sous l&rsquo;influence de Cupidon, est captiv\u00e9e par \u00c9n\u00e9e et les histoires de Troie. Ses questions sur les h\u00e9ros de la guerre\u2014Priam, Hector, Memnon, Diom\u00e8de, Achille\u2014montrent son int\u00e9r\u00eat pour le pass\u00e9 \u00e9pique qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e incarne. Sa derni\u00e8re requ\u00eate \u00e0 \u00c9n\u00e9e de raconter l&rsquo;histoire de ses sept ann\u00e9es d&rsquo;errance pr\u00e9pare le terrain pour le r\u00e9cit r\u00e9trospectif des Livres II et III. Cette requ\u00eate, aliment\u00e9e par une passion naissante, est le pivot narratif qui fait avancer l&rsquo;histoire, menant directement au d\u00e9roulement de la trag\u00e9die. La traduction de Kline termine le livre par la requ\u00eate cruciale de Didon, laissant le lecteur impatient d&rsquo;entendre le r\u00e9cit d&rsquo;\u00c9n\u00e9e.<\/p>\n<h2>Conclusion : Le Livre I en traduction<\/h2>\n<p>La traduction du Livre I de l&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em> par A. S. Kline offre un point d&rsquo;entr\u00e9e accessible dans cette \u0153uvre monumentale. Bien que la traduction de la po\u00e9sie \u00e9pique, surtout du Latin, pr\u00e9sente des d\u00e9fis uniques concernant le m\u00e8tre, le style \u00e9lev\u00e9 et le contexte culturel, Kline opte pour un rendu clair, semblable \u00e0 de la prose, qui privil\u00e9gie la lisibilit\u00e9 et la compr\u00e9hension directe du r\u00e9cit et des th\u00e8mes. Cette approche rend l&rsquo;interaction complexe de l&rsquo;intervention divine, de la souffrance humaine et du destin pr\u00e9destin\u00e9 imm\u00e9diatement compr\u00e9hensible pour le lecteur anglophone moderne.<\/p>\n<p>Le Livre I \u00e9tablit avec succ\u00e8s les acteurs cl\u00e9s de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide, les conflits et le th\u00e8me central : le voyage ardu men\u00e9 par le destin et oppos\u00e9 par la col\u00e8re divine, menant \u00e0 la fondation de Rome. \u00c0 travers la repr\u00e9sentation de la col\u00e8re implacable de Junon, de l&rsquo;autorit\u00e9 de Neptune, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine et du leadership sto\u00efque d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, du soin manipulateur de V\u00e9nus, de l&rsquo;essor industrieux de Carthage, et du destin tragique commen\u00e7ant \u00e0 entrelacer Didon et \u00c9n\u00e9e, Virgile pose les bases de toute l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e. Analyser la <em>po\u00e9sie de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide en traduction<\/em>, telle que la version de Kline, nous permet d&rsquo;appr\u00e9cier non seulement la narration intemporelle de Virgile et ses profondes introspections sur les royaumes humains et divins, mais aussi le r\u00f4le du traducteur pour maintenir ces mots anciens vibrants et significatifs pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de lecteurs. Le Livre I nous laisse en suspens, anticipant le r\u00e9cit d&rsquo;\u00c9n\u00e9e sur la chute de Troie et ses errances ult\u00e9rieures, entra\u00een\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e qui se d\u00e9roule par la puissance de son r\u00e9cit et les figures captivantes en son c\u0153ur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile s&rsquo;impose comme une pierre angulaire de la litt\u00e9rature occidentale, une \u00e9pop\u00e9e fondatrice qui ne raconte pas seulement &#8230; <a title=\"\u00c9n\u00e9ide, Livre I : Naviguer le destin par la traduction (Virgile\/Kline)\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/latrespace.com\/fr\/eneide-livre-i-naviguer-le-destin-par-la-traduction-virgilekline\/\" aria-label=\"Read more about \u00c9n\u00e9ide, Livre I : Naviguer le destin par la traduction (Virgile\/Kline)\"> <\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8392,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-12003","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-poemes","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-25"],"lang":"fr","translations":{"fr":12003,"en":8391,"es":14276,"de":14968},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12003"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12003\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8392"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12003"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12003"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}