{"id":12525,"date":"2025-05-25T03:58:33","date_gmt":"2025-05-25T03:58:33","guid":{"rendered":"https:\/\/latrespace.com\/traduction-du-chant-i-de-leneide-de-virgile\/"},"modified":"2025-05-25T03:58:33","modified_gmt":"2025-05-25T03:58:33","slug":"traduction-du-chant-i-de-leneide-de-virgile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/traduction-du-chant-i-de-leneide-de-virgile\/","title":{"rendered":"Traduction du Chant I de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile est un po\u00e8me \u00e9pique fondamental de la litt\u00e9rature occidentale, racontant le voyage d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, un h\u00e9ros troyen, apr\u00e8s la chute de Troie. Ce premier chant introduit le conflit central et pr\u00e9pare le terrain pour la mission pr\u00e9destin\u00e9e d&rsquo;\u00c9n\u00e9e : atteindre l&rsquo;Italie et \u00e9tablir la lign\u00e9e qui m\u00e8nera finalement \u00e0 la fondation de Rome. Soumis \u00e0 la col\u00e8re divine et aux mers p\u00e9rilleuses, \u00c9n\u00e9e et ses compagnons \u00e9puis\u00e9s font face \u00e0 d&rsquo;immenses d\u00e9fis, mettant en lumi\u00e8re les th\u00e8mes du destin, de l&rsquo;intervention divine et de la lutte humaine contre des forces accablantes. Explorez cette \u0153uvre classique intemporelle \u00e0 travers cette version anglaise de son premier chant dramatique.<\/p>\n<h2>BkI:1-11 Invocation \u00e0 la Muse<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/interiorvirgilaeneidjudgementofparis.webp\" alt=\"Une sc\u00e8ne illustrant le jugement mythologique de P\u00e2ris, une cause de la guerre de Troie li\u00e9e \u00e0 la col\u00e8re de Junon.\" width=\"600\" height=\"453\" \/><em class=\"cap-ai\">Une sc\u00e8ne illustrant le jugement mythologique de P\u00e2ris, une cause de la guerre de Troie li\u00e9e \u00e0 la col\u00e8re de Junon.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Le jugement de P\u00e2ris \u00bb &#8211; Giorgio Ghisi (Italie, 1520-1582), <em><a href=\"http:\/\/www.lacma.org\/\" title=\"Collections LACMA\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Collections LACMA<\/a><\/em><\/p>\n<p>Je chante les armes et l&rsquo;homme, celui qui, exil\u00e9 par le destin, vint le premier des c\u00f4tes de Troie en Italie, et vers les rivages de Lavinium \u2013 ballott\u00e9 sans fin sur terre et sur mer, par la volont\u00e9 des dieux, par la col\u00e8re impitoyable de la cruelle Junon, souffrant longtemps aussi dans la guerre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il fond\u00e2t une cit\u00e9 et amen\u00e2t ses dieux au Latium : de l\u00e0 vinrent le peuple latin, les ma\u00eetres d&rsquo;Albe-la-Longue, les murs de la noble Rome. Muse, dis-moi la cause : comment fut-elle offens\u00e9e en sa divinit\u00e9, comment fut-elle afflig\u00e9e, la Reine du Ciel, pour pousser un homme, renomm\u00e9 pour sa vertu, \u00e0 endurer de tels dangers, \u00e0 faire face \u00e0 tant d&rsquo;\u00e9preuves ? Peut-il y avoir une telle col\u00e8re dans l&rsquo;esprit des dieux ?<\/p>\n<h2>BkI:12-49 La col\u00e8re de Junon<\/h2>\n<p>Il y avait une ancienne cit\u00e9, Carthage (tenue par des colons de Tyr), face \u00e0 l&rsquo;Italie, et aux lointaines embouchures du Tibre, riche en biens, et tr\u00e8s sauvage dans sa poursuite de la guerre. On dit que Junon aimait cette terre par-dessus toutes les autres, n\u00e9gligeant m\u00eame Samos : l\u00e0 \u00e9taient ses armes et son char, et m\u00eame alors la d\u00e9esse travaillait et ch\u00e9rissait l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle aurait la supr\u00e9matie sur les nations, si seulement les destins le permettaient. Pourtant, elle avait entendu parler d&rsquo;une descendance, issue du sang troyen, qui renverserait un jour la forteresse tyrienne : que d&rsquo;eux viendrait un peuple, de vaste domination et fier dans la guerre, \u00e0 la ruine de la Libye : ainsi les Destins l&rsquo;avaient-ils ordonn\u00e9. Craignant cela, et se souvenant de l&rsquo;ancienne guerre qu&rsquo;elle avait combattue auparavant, \u00e0 Troie, pour son cher Argos (et la cause de sa col\u00e8re et de ses am\u00e8res peines n&rsquo;avait pas encore quitt\u00e9 son esprit : le lointain jugement de P\u00e2ris restait profond\u00e9ment dans son c\u0153ur, l&rsquo;injure \u00e0 sa beaut\u00e9 m\u00e9pris\u00e9e, sa haine de la race, et les honneurs de Ganym\u00e8de enlev\u00e9) la fille de Saturne, incit\u00e9e davantage par cela, ballotta les Troyens, que les Grecs et le cruel Achille avaient laiss\u00e9s, autour de tout l&rsquo;oc\u00e9an, les tenant loin du Latium : ils err\u00e8rent pendant de nombreuses ann\u00e9es, pouss\u00e9s par le destin sur toutes les mers. Un tel effort fut n\u00e9cessaire pour fonder le peuple romain. Ils \u00e9taient \u00e0 peine hors de vue de l&rsquo;\u00eele de Sicile, en eau plus profonde, d\u00e9ployant joyeusement la voile, la quille de bronze labourant la saumure, quand Junon, nourrissant la blessure \u00e9ternelle dans sa poitrine, se parla \u00e0 elle-m\u00eame : \u00ab Vais-je abandonner mon dessein, vaincue, incapable de d\u00e9tourner le roi Teucrien de l&rsquo;Italie ! Pourquoi, les destins l&rsquo;interdisent. Pallas n&rsquo;a-t-elle pas pu br\u00fbler la flotte argienne, la couler dans la mer, \u00e0 cause de la faute et de la folie d&rsquo;un seul homme, Ajax, fils d&rsquo;O\u00efl\u00e9e ? Elle-m\u00eame a lanc\u00e9 le feu rapide de Jupiter depuis les nuages, dispers\u00e9 les navires, et fait bouillir la mer avec des temp\u00eates : Elle l&rsquo;a saisi dans un tourbillon d&rsquo;eau, alors qu&rsquo;il soufflait des flammes de sa poitrine transperc\u00e9e, et l&rsquo;a clou\u00e9 \u00e0 un rocher aigu : pourtant moi, qui me prom\u00e8ne en tant que reine des dieux, \u00e9pouse et s\u0153ur de Jupiter, je fais la guerre \u00e0 toute une race, pendant tant d&rsquo;ann\u00e9es. En v\u00e9rit\u00e9, est-ce que quelqu&rsquo;un adorera la puissance de Junon \u00e0 partir de maintenant, ou d\u00e9posera des offrandes, humblement, sur ses autels ? \u00bb<\/p>\n<h2>BkI:50-80 Junon demande l&rsquo;aide d&rsquo;\u00c9ole<\/h2>\n<p>Se d\u00e9battant ainsi, son c\u0153ur enflamm\u00e9, la d\u00e9esse arriva \u00e0 \u00c9olie, au pays des temp\u00eates, le lieu des coups de vent sauvages. Ici, dans sa vaste grotte, le Roi \u00c9ole maintient les vents tordus et les temp\u00eates rugissantes sous contr\u00f4le, les r\u00e9prime avec des cha\u00eenes et l&#8217;emprisonnement. Ils g\u00e9missent avec col\u00e8re aux portes, avec les vastes murmures d&rsquo;une montagne : \u00c9ole est assis, tenant son sceptre, dans sa haute forteresse, adoucissant leurs passions, temp\u00e9rant leur rage : sinon, ils emporteraient s\u00fbrement mers et terres et les cieux les plus hauts, avec eux, en vol rapide, et les balaieraient \u00e0 travers l&rsquo;air. Mais le P\u00e8re tout-puissant, craignant cela, les a cach\u00e9s dans des grottes sombres, et a entass\u00e9 une haute masse montagneuse sur eux et leur a donn\u00e9 un roi, qui par un accord fix\u00e9, saurait donner l&rsquo;ordre de resserrer ou de rel\u00e2cher les r\u00eanes. Junon lui offrit alors ces mots, humblement : \u00ab \u00c9ole, puisque le P\u00e8re des dieux, et roi des hommes, t&rsquo;a donn\u00e9 le pouvoir de calmer, et de soulever, les vagues avec les vents, il y a un peuple que je hais naviguant sur la Mer Tyrrh\u00e9nienne, apportant les dieux vaincus de Troie en Italie : Ajoute de la puissance aux vents, et coule leurs bateaux naufrag\u00e9s, ou disperse-les, et \u00e9parpille leurs corps sur la mer. J&rsquo;ai quatorze Nymphes d&rsquo;une beaut\u00e9 exceptionnelle : parmi lesquelles je nommerai D\u00e9iop\u00e9e, la plus belle d&rsquo;apparence, unie par un mariage \u00e9ternel, et tienne pour toujours, de sorte que, pour un tel service que le tien, elle passera toutes ses ann\u00e9es avec toi, et fera de toi le p\u00e8re de beaux enfants. \u00bb \u00c9ole r\u00e9pondit : \u00ab Ta t\u00e2che, \u00f4 reine, est de d\u00e9cider ce que tu d\u00e9sires : mon devoir est d&rsquo;ex\u00e9cuter tes ordres. C&rsquo;est toi qui as caus\u00e9 tout ce royaume qui est le mien, le sceptre, la faveur de Jupiter, tu m&rsquo;as donn\u00e9 une place aux festins des dieux, et tu m&rsquo;as fait seigneur des temp\u00eates et des tourmentes. \u00bb<\/p>\n<h2>BkI:81-123 \u00c9ole d\u00e9cha\u00eene la temp\u00eate<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir parl\u00e9, il renversa son trident et frappa la montagne creuse sur le flanc : et les vents, rang\u00e9s en ordre, se pr\u00e9cipit\u00e8rent par la porte qu&rsquo;il avait faite, et tourbillonn\u00e8rent sur la terre. Ils se posent sur la mer, le vent d&rsquo;Est et le vent d&rsquo;Ouest, et le vent d&rsquo;Afrique, ensemble, \u00e9pais de temp\u00eates, remuent tout depuis ses profondeurs les plus lointaines, et roulent de vastes vagues vers le rivage : suivent un cri d&rsquo;hommes et un grincement de c\u00e2bles. Soudain, les nuages \u00f4tent le ciel et le jour aux yeux des Troyens : la nuit noire repose sur la mer. Le tonnerre gronde depuis le p\u00f4le, et l&rsquo;\u00e9ther lance d&rsquo;\u00e9pais \u00e9clairs, et toutes choses menacent les hommes d&rsquo;une mort imm\u00e9diate. Instantan\u00e9ment, \u00c9n\u00e9e g\u00e9mit, ses membres rel\u00e2ch\u00e9s par le froid : tendant ses deux mains vers les cieux, il s&rsquo;\u00e9crie de cette voix : \u00ab Oh, trois, quatre fois heureux ceux qui ont eu la chance de mourir devant les yeux de leur p\u00e8re sous les hauts murs de Troie ! \u00d4 Diom\u00e8de, fils de Tyd\u00e9e, le plus brave des Grecs ! Pourquoi ne suis-je pas tomb\u00e9, de ta main, dans les champs d&rsquo;Ilion, et n&rsquo;ai-je pas rendu mon \u00e2me, l\u00e0 o\u00f9 g\u00eet le farouche Hector, sous la lance d&rsquo;Achille, et le puissant Sarp\u00e9don : l\u00e0 o\u00f9 roule Simo\u00efs, et emporte tant de boucliers, de casques, de corps d&rsquo;hommes courageux, dans ses vagues ! \u00bb Lan\u00e7ant ces mots, un violent coup de vent du nord frappe de plein fouet la voile, et soul\u00e8ve les mers jusqu&rsquo;au ciel : les rames se brisent : puis la proue vire et pr\u00e9sente le flanc aux vagues : une montagne abrupte d&rsquo;eau suit en masse. Certains navires sont suspendus sur la cr\u00eate de la vague : \u00e0 d&rsquo;autres l&rsquo;ab\u00eeme b\u00e9ant montre la terre entre les vagues : la houle fait rage avec du sable. Le vent du sud en saisit trois, et les lance sur des rochers cach\u00e9s (rochers que les Italiens appellent les Autels, en pleine mer, un vaste r\u00e9cif \u00e0 la surface de la mer) trois, le vent d&rsquo;est les pousse du large, vers les hauts-fonds et les sables mouvants (un spectacle pitoyable), les fracasse contre le fond, les recouvre d&rsquo;un monticule de gravier. Une \u00e9norme vague, basculant, en frappe un par l&rsquo;arri\u00e8re, juste devant ses yeux, un qui porte le fid\u00e8le Oront\u00e8s et les Lyciens. Le timonier est \u00e9ject\u00e9 et projet\u00e9 t\u00eate baiss\u00e9e, face contre terre : mais la mer fait tourner le navire trois fois, le faisant tourner sur place, et le vortex rapide l&rsquo;engloutit dans les profondeurs. On voit des nageurs ici et l\u00e0 dans la vaste \u00e9tendue, des armes d&rsquo;hommes, des planches, des tr\u00e9sors troyens dans les vagues. Maintenant, la temp\u00eate s&#8217;empare du solide navire d&rsquo;Ilion\u00e9e, maintenant celui d&rsquo;Achate, maintenant celui dans lequel naviguait Abas, et celui du vieux Al\u00e9t\u00e8s : leurs bordages s&rsquo;\u00e9tant ouverts sur leurs flancs, tous les navires laissent entrer la mar\u00e9e hostile et se fendent aux coutures.<\/p>\n<h2>BkI:124-156 Neptune intervient<\/h2>\n<p>Neptune, quant \u00e0 lui, grandement troubl\u00e9, vit que la mer \u00e9tait agit\u00e9e par un vaste murmure, et que la temp\u00eate s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cha\u00een\u00e9e et que les eaux tranquilles bouillonnaient depuis leurs niveaux les plus profonds : il leva son visage calme des vagues, contemplant l&rsquo;ab\u00eeme. Il voit la flotte d&rsquo;\u00c9n\u00e9e dispers\u00e9e sur tout l&rsquo;oc\u00e9an, les Troyens \u00e9cras\u00e9s par les lames, et le ciel qui s&rsquo;effondre. Et la col\u00e8re de Junon, et ses stratag\u00e8mes, n&rsquo;\u00e9chappent pas \u00e0 son fr\u00e8re. Il appelle les vents d&rsquo;Est et d&rsquo;Ouest \u00e0 lui, puis dit : \u00ab Est-ce la confiance en votre naissance qui vous remplit ainsi ? Vents, osez-vous, sans mon intention, m\u00ealer la terre au ciel, et causer de tels troubles, maintenant ? Vous \u00e0 qui je \u2013 ! Mais il est pr\u00e9f\u00e9rable de calmer les vagues d\u00e9cha\u00een\u00e9es : vous me rendrez compte plus tard de ce malheur, par un ch\u00e2timent diff\u00e9rent. H\u00e2tez-vous, volez maintenant, et dites ceci \u00e0 votre roi : le contr\u00f4le de l&rsquo;oc\u00e9an, et le trident f\u00e9roce, m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s par tirage au sort, et non \u00e0 lui. Il poss\u00e8de les rochers sauvages, demeure pour vous, et pour les v\u00f4tres, Vent d&rsquo;Est : qu&rsquo;\u00c9ole officie dans son palais, et soit roi dans la prison ferm\u00e9e des vents. \u00bb Ainsi parle-t-il, et plus rapide que sa parole, il calme la mer houleuse, disperse les nuages rassembl\u00e9s, et ram\u00e8ne le soleil. Cymotho\u00e9 et Triton, travaillant ensemble, poussent les navires du r\u00e9cif aigu : Neptune lui-m\u00eame les soul\u00e8ve avec son trident, \u00e9carte le vaste banc de sable, temp\u00e8re le flot, et glisse sur des roues l\u00e9g\u00e8res, au-dessus des cr\u00eates des vagues. Comme souvent, quand la r\u00e9volte \u00e9clate dans une grande nation, et que la populace enrage de passion, et bient\u00f4t pierres et torches enflamm\u00e9es volent (la fureur fournissant les armes), si alors ils voient un homme de grande vertu, et de services \u00e9minents, ils se taisent, et restent l\u00e0 \u00e9coutant attentivement : il calme leurs passions par ses paroles et apaise leurs c\u0153urs : ainsi tout le tumulte de l&rsquo;oc\u00e9an s&rsquo;\u00e9teignit, d\u00e8s que leur p\u00e8re, contemplant l&rsquo;eau, port\u00e9 \u00e0 travers le ciel clair, fit tourner ses chevaux, et leur l\u00e2cha la t\u00eate, volant derri\u00e8re dans son char.<\/p>\n<h2>BkI:157-222 Abri sur la c\u00f4te libyenne<\/h2>\n<p>Les compagnons fatigu\u00e9s d&rsquo;\u00c9n\u00e9e s&rsquo;efforc\u00e8rent de mettre le cap sur la terre la plus proche, et vir\u00e8rent vers la c\u00f4te libyenne. Il y a l\u00e0 un endroit dans une crique profonde : une \u00eele forme un port avec la barri\u00e8re de sa masse, sur laquelle chaque vague du large se brise et se divise en ridules diminuantes. De ce c\u00f4t\u00e9 et de celui-l\u00e0, de vastes falaises et des rochers jumeaux se profilent dans le ciel, sous les sommets desquels toute la mer est calme, loin \u00e0 la ronde : puis, au-dessus, se d\u00e9ploie une sc\u00e8ne de bois scintillants, et un bois sombre surplombe l&rsquo;eau, d&rsquo;une ombre feuillue : sous le promontoire d&rsquo;en face se trouve une grotte, masqu\u00e9e par la roche, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, de l&rsquo;eau fra\u00eeche, et des si\u00e8ges de pierre naturelle, la demeure des Nymphes. Aucune amarre ne fixe ici les navires fatigu\u00e9s, aucune ancre, avec ses pelles crochues, ne les attache. \u00c9n\u00e9e s&rsquo;abrite ici avec sept navires rassembl\u00e9s de la flotte, et les Troyens, avec une passion pour la terre ferme, d\u00e9barquant, prennent possession des sables qu&rsquo;ils d\u00e9siraient tant, et \u00e9tirent leurs corps encro\u00fbt\u00e9s de saumure sur le rivage. Aussit\u00f4t, Achate frappe une \u00e9tincelle de son silex, recueille le feu dans les feuilles, place du combustible sec autour, et a rapidement des flammes parmi l&rsquo;allumage. Puis, fatigu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements, ils sortent le bl\u00e9, endommag\u00e9 par la mer, et les outils de C\u00e9r\u00e8s, et se pr\u00e9parent \u00e0 faire s\u00e9cher le grain sur les flammes et \u00e0 le moudre sur la pierre. \u00c9n\u00e9e escalade une falaise pendant ce temps, et examine tout le paysage, loin \u00e0 la ronde sur la mer, cherchant s&rsquo;il peut voir quelque chose d&rsquo;Anth\u00e9e et de ses gal\u00e8res phrygiennes ballott\u00e9es par la temp\u00eate, ou de Capys, ou des armes de Ca\u00efcus blasonn\u00e9es sur une haute poupe. Aucun navire n&rsquo;est en vue : il voit trois cerfs errant sur le rivage : des troupeaux entiers les suivent, et paissent en longues lignes le long de la vall\u00e9e. Il s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 cela, et saisit dans sa main son arc et ses fl\u00e8ches rapides, fl\u00e8ches que le fid\u00e8le Achate porte, et d&rsquo;abord il tire sur les chefs eux-m\u00eames, leurs t\u00eates, avec leurs bois ramifi\u00e9s, tenues haut, puis sur la masse, avec ses fl\u00e8ches, et disperse la foule enti\u00e8re en confusion parmi les feuilles : Le conqu\u00e9rant ne s&rsquo;arr\u00eate pas avant d&rsquo;avoir \u00e9tendu sept carcasses \u00e9normes sur le sol, en nombre \u00e9gal \u00e0 ses navires. Puis il cherche le port, et les distribue parmi tous ses amis. Ensuite, il partage le vin que le bon Aceste avait stock\u00e9 dans des jarres, sur la c\u00f4te trinacrienne, et que ce h\u00e9ros leur avait donn\u00e9 en partant : et leur parlant, il calma leurs c\u0153urs tristes : \u00ab \u00d4 amis (eh bien, nous n&rsquo;\u00e9tions pas inconnus des ennuis auparavant) \u00d4 vous qui avez endur\u00e9 pire, le dieu accordera aussi une fin \u00e0 ceci. Vous avez affront\u00e9 la Scylla enrag\u00e9e et ses falaises aux bruits profonds : et vous avez connu les rochers des Cyclopes : rappelez-vous votre courage et chassez les peurs sombres : peut-\u00eatre qu&rsquo;un jour vous vous r\u00e9jouirez m\u00eame de vous en souvenir. \u00c0 travers toutes ces infortunes, ces temps dangereux, nous nous dirigeons vers le Latium, o\u00f9 les destins nous r\u00e9servent des vies paisibles : l\u00e0 le royaume de Troie peut rena\u00eetre. Endurez, et pr\u00e9servez-vous pour des jours plus heureux. \u00bb Ainsi s&rsquo;exprime sa voix, et, malade sous le poids du souci, il feint l&rsquo;espoir sur son visage, et \u00e9touffe la douleur au fond de son c\u0153ur. Ils pr\u00e9parent le gibier et le festin \u00e0 venir : ils d\u00e9pouillent les peaux des c\u00f4tes et mettent la chair \u00e0 nu : certains la coupent en morceaux, fr\u00e9missante, et la fixent sur des broches, d&rsquo;autres placent des chaudrons sur la plage et les alimentent avec des flammes. Puis ils raniment leurs forces avec de la nourriture, \u00e9tendus sur l&rsquo;herbe, et se remplissent de venaison riche et de vieux vin. Quand la faim est apais\u00e9e par le festin, et les restes enlev\u00e9s, profond\u00e9ment en conversation, ils discutent de leurs amis manquants, et, entre espoir et peur, se demandent s&rsquo;ils vivent, ou s&rsquo;ils ont subi la mort et n&rsquo;entendent plus leur nom. \u00c9n\u00e9e, le vertueux, pleure par-dessus tout le sort du f\u00e9roce Oront\u00e8s, puis celui d&rsquo;Amycus, ainsi que le cruel destin de Lycus, et ceux du brave Gyas, et du brave Cloanthe.<\/p>\n<h2>BkI:223-256 V\u00e9nus interc\u00e8de aupr\u00e8s de Jupiter<\/h2>\n<p>Maintenant, tout \u00e9tait accompli, quand Jupiter, des hauteurs de l&rsquo;air, regarda la mer avec ses voiles flottantes, et les vastes terres, et les c\u00f4tes, et les peuples loin \u00e0 la ronde, et fit une pause, au sommet du ciel, et fixa ses yeux sur le royaume libyen. Et alors qu&rsquo;il pesait de tels soucis dans son c\u0153ur, V\u00e9nus lui parla, encore plus triste, ses yeux brillants d\u00e9bordant de larmes : \u00ab \u00d4 toi qui gouvernes les choses humaines et divines, par une loi \u00e9ternelle, et qui les terrifies tous par ton foudre, qu&rsquo;est-ce que mon \u00c9n\u00e9e a pu te faire de si grave, qu&rsquo;ont fait les Troyens, qui ont subi tant de destructions, pour qui le monde entier est ferm\u00e9, \u00e0 cause des terres italiennes ? S\u00fbrement tu as promis qu&rsquo;\u00e0 un certain moment, les ann\u00e9es passant, les Romains na\u00eetraient d&rsquo;eux, que des chefs na\u00eetraient, restaur\u00e9s du sang de Teucer, qui auraient le pouvoir sur la mer et sur toutes les terres. P\u00e8re, quelle pens\u00e9e a chang\u00e9 ton esprit ? Cela me consolait de la chute de Troie, et de sa triste ruine, pesant un destin contre des destins oppos\u00e9s : maintenant le m\u00eame malheur poursuit ces hommes pouss\u00e9s par de tels d\u00e9sastres. Grand roi, quelle fin \u00e0 leurs efforts donneras-tu ? Anth\u00e9nor a pu \u00e9chapper \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9paisseur de l&rsquo;arm\u00e9e grecque, et entrer sainement dans les golfes illyriens, et loin dans les royaumes des Liburnes, et passer les sources du Timave, d&rsquo;o\u00f9 le fleuve jaillit, avec un immense grondement montagneux, par neuf bouches, et ensevelit les champs sous son flot bruyant. Ici, n\u00e9anmoins, il a situ\u00e9 la ville de Padoue, et des maisons pour les Teucriens, et a donn\u00e9 un nom au peuple, et a suspendu les armes de Troie : maintenant il est calmement install\u00e9, en paix tranquille. Mais nous, ta race, \u00e0 qui tu permets les hauteurs du ciel, perdons nos navires (honteux !), trahis, \u00e0 cause de la col\u00e8re d&rsquo;une seule personne, et tenus loin des c\u00f4tes d&rsquo;Italie. Est-ce la r\u00e9compense de la vertu ? Est-ce ainsi que tu restaures notre empire ? \u00bb Le p\u00e8re des hommes et des dieux lui sourit de ce regard avec lequel il dissipe les temp\u00eates du ciel, embrassa les l\u00e8vres de sa fille, puis dit ceci :<\/p>\n<h2>BkI:257-296 La proph\u00e9tie de Jupiter<\/h2>\n<p>\u00ab N&rsquo;aie pas peur, Cyth\u00e9r\u00e9e, le destin de ton enfant reste inchang\u00e9 : Tu verras la ville de Lavinium, et les murs que j&rsquo;ai promis, et tu \u00e9l\u00e8veras haut le magnanime \u00c9n\u00e9e, jusqu&rsquo;au ciel \u00e9toil\u00e9 : Aucune pens\u00e9e n&rsquo;a chang\u00e9 mon esprit. Ce fils qui est le tien (puisque ce souci ronge mon c\u0153ur, je parlerai, et d\u00e9roulerai le rouleau secret du destin) m\u00e8nera une puissante guerre en Italie, d\u00e9truira des peuples fiers, et \u00e9tablira des lois et des murs de cit\u00e9 pour ses guerriers, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un troisi\u00e8me \u00e9t\u00e9 voie son r\u00e8gne au Latium, et que trois camps d&rsquo;hiver se soient \u00e9coul\u00e9s depuis que les Rutules ont \u00e9t\u00e9 battus. Mais le jeune Ascagne, surnomm\u00e9 Iule maintenant (il \u00e9tait Ilus tant que le royaume ilien \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9) accomplira imp\u00e9rialement trente grands cycles des mois tournants, et transf\u00e9rera son tr\u00f4ne de son site \u00e0 Lavinium, et puissant en pouvoir, b\u00e2tira les murs d&rsquo;Albe-la-Longue. Ici r\u00e9gneront les rois de la race d&rsquo;Hector pendant trois cents ann\u00e9es compl\u00e8tes, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une pr\u00eatresse royale, Ilia, enceinte, enfante des jumeaux de Mars. Alors Romulus perp\u00e9tuera la race, fier de la peau fauve de la louve qui l&rsquo;a nourri, et fondera les murs de Mars, et appellera le peuple Romains, de son propre nom. Je n&rsquo;ai fix\u00e9 aucune limite ni aucune dur\u00e9e \u00e0 leurs possessions : je leur ai donn\u00e9 un empire sans fin. Bien plus, la cruelle Junon, qui tourmente maintenant la terre, la mer et le ciel par la peur, r\u00e9pondra \u00e0 un meilleur jugement, et favorisera les Romains, ma\u00eetres du monde, et peuple de la toge, avec moi. Ainsi est-il d\u00e9cr\u00e9t\u00e9. Un temps viendra, les ann\u00e9es passant, o\u00f9 la maison troyenne d&rsquo;Assarac forcera la Phthie en esclavage, et sera ma\u00eetre de l&rsquo;Argos vaincue. De cette source glorieuse na\u00eetra un C\u00e9sar troyen, qui limitera l&#8217;empire par l&rsquo;Oc\u00e9an, sa renomm\u00e9e par les \u00e9toiles, Auguste, un Jules, son nom descendant du grand Iule. Toi, n&rsquo;\u00e9tant plus anxieuse, tu le recevras un jour au ciel, charg\u00e9 des d\u00e9pouilles orientales : on l&rsquo;appellera en pri\u00e8re. Alors, les guerres abandonn\u00e9es, les \u00e2ges rudes s&rsquo;adouciront : la Fid\u00e9lit\u00e9 aux cheveux blancs, et Vesta, Quirinus avec son fr\u00e8re R\u00e9mus feront les lois : les portes de la Guerre, lugubres avec le fer et resserr\u00e9es par des barres, seront ferm\u00e9es : \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, la Rage impie rugira affreusement de sa bouche tach\u00e9e de sang, assise sur des armes sauvages, les mains li\u00e9es derri\u00e8re le dos, par cent n\u0153uds de bronze. \u00bb<\/p>\n<h2>BkI:297-371 V\u00e9nus parle \u00e0 \u00c9n\u00e9e<\/h2>\n<p>Disant cela, elle envoie Mercure, fils de Ma\u00efa, du ciel, afin que le pays et les forteresses de cette nouvelle Carthage s&rsquo;ouvrent aux Troyens, en tant qu&rsquo;h\u00f4tes, et que Didon, ignorant le destin, ne les retienne pas de son territoire. Il vole dans l&rsquo;air d&rsquo;un battement de puissantes ailes et atterrit rapidement sur la c\u00f4te libyenne. Et bient\u00f4t il fait comme ordonn\u00e9, et les Ph\u00e9niciens abandonnent leurs instincts sauvages, par la volont\u00e9 du dieu : la reine par-dessus tout adopte des sentiments calmes, et des pens\u00e9es bienveillantes envers les Troyens. Mais \u00c9n\u00e9e, le vertueux, ruminant toute la nuit, d\u00e9cide, d\u00e8s que l&rsquo;aimable aube para\u00eet, de sortir et d&rsquo;explorer l&rsquo;endroit, pour trouver sur quels rivages il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le vent, \u00e0 qui ils appartiennent (puisqu&rsquo;il voit un d\u00e9sert) \u00e0 l&rsquo;homme ou \u00e0 la b\u00eate, et de rapporter les d\u00e9tails \u00e0 ses amis. Il dissimule les bateaux dans les bois surplombants sous une falaise arqu\u00e9e, entour\u00e9e d&rsquo;arbres et d&rsquo;ombres feuillues : accompagn\u00e9 seulement d&rsquo;Achate, il va, balan\u00e7ant deux lances \u00e0 large lame dans sa main. Sa m\u00e8re le rencontra elle-m\u00eame, parmi les arbres, avec le visage et l&rsquo;apparence d&rsquo;une vierge, et les armes d&rsquo;une vierge, une fille spartiate, ou telle Harpalice de Thrace, qui fatigue les chevaux et d\u00e9passe l&rsquo;H\u00e8bre ail\u00e9 en vol. Car elle avait suspendu son arc \u00e0 ses \u00e9paules, pr\u00eat, comme une chasseresse, et rel\u00e2ch\u00e9 ses cheveux pour que le vent les disperse, ses genoux nus, et sa tunique flottante relev\u00e9e en un n\u0153ud. Et elle s&rsquo;\u00e9cria d&rsquo;abord : \u00ab Bonjour, jeunes hommes, dites-moi, si vous avez vu ma s\u0153ur errer ici par hasard, portant un carquois, et la peau d&rsquo;un lynx tachet\u00e9, ou criant, \u00e0 la poursuite d&rsquo;un sanglier bavant ? \u00bb Ainsi V\u00e9nus : et ainsi le fils de V\u00e9nus commen\u00e7a en r\u00e9ponse : \u00ab Je n&rsquo;ai vu ni entendu aucune de tes s\u0153urs, \u00f4 Vierge \u2013 ou comment dois-je te nommer ? Car tes traits ne sont pas mortels et ta voix est plus qu&rsquo;humaine : oh, une d\u00e9esse certainement ! Ou la s\u0153ur de Ph\u00e9bus ? Ou une de la race des Nymphes ? Sois bienveillante, qui que tu sois, et all\u00e8ge notre labeur, et dis-nous seulement sous quel ciel nous sommes, et sur quels rivages nous avons abord\u00e9 : nous sommes \u00e0 la d\u00e9rive ici, pouss\u00e9s par le vent et les vastes mers, ne sachant rien du peuple ni du pays : bien des sacrifices te seront rendus sur les autels, de notre main. \u00bb Alors V\u00e9nus dit : \u00ab Je ne me crois pas digne de tels honneurs : c&rsquo;est la coutume des filles tyriennes de porter un carquois, et de lacer nos mollets haut, par-dessus des bottes de chasse rouges. Vous voyez le royaume de Carthage, Tyriens, la cit\u00e9 d&rsquo;Ag\u00e9nor : mais bord\u00e9 par des Libyens, un peuple redoutable en guerre. Didon r\u00e8gne sur cet empire, \u00e9tant partie de Tyr, fuyant son fr\u00e8re. C&rsquo;est une longue histoire de mal, avec de nombreux d\u00e9tours : mais je vais retracer les principaux chapitres de l&rsquo;histoire. Sich\u00e9e \u00e9tait son mari, le plus riche en terres, parmi les Ph\u00e9niciens, et aim\u00e9 d&rsquo;un grand amour par la malheureuse jeune femme, dont le p\u00e8re l&rsquo;a donn\u00e9e en tant que vierge \u00e0 lui, et les a mari\u00e9s avec une grande solennit\u00e9. Mais son fr\u00e8re Pygmalion, d&rsquo;une m\u00e9chancet\u00e9 sauvage au-del\u00e0 de tous les autres, tenait le royaume de Tyr. La folie s&rsquo;est interpos\u00e9e entre eux. Le roi, aveugl\u00e9 par la soif de l&rsquo;or, tua le Sich\u00e9e imprudent, secr\u00e8tement, avec un couteau, impie, devant les autels, indiff\u00e9rent aux affections de sa s\u0153ur. Il dissimula ses actions pendant un temps, trompa la jeune femme \u00e9prise, avec de vains espoirs, et beaucoup de fausses promesses. Mais le fant\u00f4me de son mari non enterr\u00e9 lui apparut en r\u00eave : soulevant sa t\u00eate p\u00e2le d&rsquo;une \u00e9trange mani\u00e8re, il mit \u00e0 nu la cruaut\u00e9 aux autels, et son c\u0153ur transperc\u00e9 par le couteau, et d\u00e9voila toute la m\u00e9chancet\u00e9 secr\u00e8te de cette maison. Alors il la pressa de partir rapidement et d&rsquo;abandonner son pays, et, pour l&rsquo;aider dans son voyage, r\u00e9v\u00e9la un ancien tr\u00e9sor sous terre, un poids inconnu d&rsquo;or et d&rsquo;argent. Secou\u00e9e par tout cela, Didon pr\u00e9para sa fuite et ses amis. Ceux qui avaient une haine f\u00e9roce du tyran ou une am\u00e8re peur, se rassembl\u00e8rent : ils saisirent quelques navires qui \u00e9taient pr\u00eats par hasard, et charg\u00e8rent l&rsquo;or : les richesses de l&rsquo;avide Pygmalion sont emport\u00e9es par-del\u00e0 les mers : une femme m\u00e8ne l&rsquo;entreprise. Ils vinrent \u00e0 cet endroit, et achet\u00e8rent des terres, o\u00f9 vous voyez maintenant les vastes murs, et la forteresse renaissante, de la nouvelle Carthage, autant qu&rsquo;ils purent enclore avec les bandes de peau d&rsquo;un seul taureau, et de l\u00e0 ils l&rsquo;appel\u00e8rent Byrsa. Mais qui \u00eates-vous alors ? De quels rivages venez-vous ? Quelle route prenez-vous ? \u00bb Il soupira alors qu&rsquo;elle l&rsquo;interrogeait, et tirant les mots du fond de son c\u0153ur il r\u00e9pondit :<\/p>\n<h2>BkI:372-417 Elle le dirige vers le palais de Didon<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/interiorvirgilaeneidaeneasrecognisingvenus.webp\" alt=\"Peinture montrant \u00c9n\u00e9e d\u00e9couvrant sa m\u00e8re V\u00e9nus alors qu&#039;elle dispara\u00eet dans un nuage, illustrant l&#039;intervention divine dans son voyage.\" width=\"446\" height=\"600\" \/><em class=\"cap-ai\">Peinture montrant \u00c9n\u00e9e d\u00e9couvrant sa m\u00e8re V\u00e9nus alors qu&#039;elle dispara\u00eet dans un nuage, illustrant l&#039;intervention divine dans son voyage.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab \u00c9n\u00e9e reconnaissant V\u00e9nus alors qu&rsquo;elle dispara\u00eet dans un nuage \u00bb &#8211; Giovanni Domenico Tiepolo (Italie, 1727\u20131804), <em><a href=\"http:\/\/artgallery.yale.edu\/\" title=\"Galerie d&#039;art de l&#039;Universit\u00e9 Yale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Galerie d&rsquo;art de l&rsquo;Universit\u00e9 Yale<\/a><\/em><\/p>\n<p>\u00ab \u00d4 d\u00e9esse, si je devais commencer mon r\u00e9cit au tout d\u00e9but, et si tu avais le temps d&rsquo;entendre l&rsquo;histoire de nos malheurs, Vesper aurait enferm\u00e9 le jour dans les cieux clos. Une temp\u00eate nous a pouss\u00e9s au hasard vers les rivages de Libye, naviguant sur les nombreuses mers depuis l&rsquo;ancienne Troie, si par hasard le nom de Troie est parvenu \u00e0 tes oreilles. Je suis cet \u00c9n\u00e9e, le vertueux, qui porte avec moi mes dieux protecteurs dans mon navire, les ayant arrach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ennemi, mon nom est connu au-del\u00e0 du ciel. Je cherche mon pays, l&rsquo;Italie, et un peuple n\u00e9 de Jupiter d&rsquo;en haut. Je me suis embarqu\u00e9 sur la mer phrygienne avec vingt navires, suivant le destin qui m&rsquo;\u00e9tait assign\u00e9, ma m\u00e8re, une d\u00e9esse, me montrant le chemin : \u00e0 peine sept restent, arrach\u00e9s au vent et aux vagues. Je suis moi-m\u00eame errant, d\u00e9muni et inconnu, dans le d\u00e9sert libyen, chass\u00e9 d&rsquo;Europe et d&rsquo;Asie. \u00bb V\u00e9nus n&rsquo;attendit pas d&rsquo;autres plaintes mais interrompit ainsi sa lamentation : \u00ab Qui que tu sois, je ne pense pas que tu respires l&rsquo;air de la vie en \u00e9tant ha\u00ef des dieux, toi qui as atteint une ville de Tyr. Contente-toi de partir d&rsquo;ici, et dirige-toi vers le seuil de la reine, car je t&rsquo;apporte la nouvelle que tes amis sont r\u00e9tablis, et tes navires rappel\u00e9s, pouss\u00e9s en s\u00e9curit\u00e9 par les vents changeants, \u00e0 moins que mes parents ne m&rsquo;aient enseign\u00e9 de fausses proph\u00e9ties, en vain. Vois, ces douze cygnes en ligne exultante, qu&rsquo;un aigle, l&rsquo;oiseau de Jupiter, descendant des cieux, troublait dans le ciel clair : maintenant, en une longue file, ils semblent s&rsquo;\u00eatre pos\u00e9s, ou regarder ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 fait. De m\u00eame qu&rsquo;en revenant, leurs ailes battent en jouant, et ils encerclent le z\u00e9nith en foule, et donnent leur cri, de m\u00eame tes navires et tes gens sont au port, ou pr\u00e8s de son entr\u00e9e \u00e0 pleines voiles. Continue simplement, dirige tes pas l\u00e0 o\u00f9 le chemin te m\u00e8ne. \u00bb Elle parla, et se d\u00e9tournant, elle r\u00e9fl\u00e9chit la lumi\u00e8re de son cou couleur de rose, et exhala un parfum divin de ses cheveux ambroisiens : ses robes tra\u00een\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 ses pieds, et, dans sa d\u00e9marche, la montr\u00e8rent comme une vraie d\u00e9esse. Il reconnut sa m\u00e8re, et alors qu&rsquo;elle disparaissait, il la suivit de sa voix : \u00ab Toi aussi, tu es cruelle, pourquoi me nargues-tu, ton fils, avec de faux fant\u00f4mes ? Pourquoi ne me permet-on pas d&rsquo;unir main \u00e0 main, et de parler et d&rsquo;entendre de vraies paroles ? \u00bb Ainsi l&rsquo;accusa-t-il, et tourna ses pas vers la cit\u00e9. Mais V\u00e9nus les enveloppa d&rsquo;une sombre brume alors qu&rsquo;ils marchaient, et, en tant que d\u00e9esse, \u00e9tendit une \u00e9paisse couverture de nuages autour d&rsquo;eux, afin que personne ne puisse les voir, ni les toucher, ni leur causer de d\u00e9lai, ni leur demander o\u00f9 ils allaient. Elle-m\u00eame s&rsquo;envole haut dans l&rsquo;air, vers Paphos, et retourne chez elle avec d\u00e9lectation, o\u00f9 son temple et ses cent autels fument d&rsquo;encens sab\u00e9en, parfum\u00e9s de guirlandes fra\u00eeches.<\/p>\n<h2>BkI:418-463 Le temple de Junon<\/h2>\n<p>Pendant ce temps, ils ont abord\u00e9 la route que le chemin a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Et bient\u00f4t ils gravirent la colline qui domine la ville, et regardent d&rsquo;en haut les tours qui lui font face. \u00c9n\u00e9e s&rsquo;\u00e9merveille de la masse des b\u00e2timents, autrefois des huttes, s&rsquo;\u00e9merveille des portes, du bruit, des rues pav\u00e9es. Les Tyriens empress\u00e9s sont occup\u00e9s, certains construisant des murs et \u00e9levant la citadelle, roulant des pierres \u00e0 la main, d&rsquo;autres choisissant l&#8217;emplacement d&rsquo;une maison et marquant un sillon : ils \u00e9tablissent des magistrats et des lois, et un s\u00e9nat sacr\u00e9 : ici certains creusent un port : d&rsquo;autres posent les fondations profondes d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre, et sculptent d&rsquo;\u00e9normes colonnes dans la falaise, de hautes d\u00e9corations pour la future sc\u00e8ne. Tout comme les abeilles au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 accomplissent leurs t\u00e2ches parmi les champs fleuris, au soleil, lorsqu&rsquo;elles conduisent les jeunes adolescentes de leur race, ou entassent les alv\u00e9oles de miel liquide et les gonflent de doux nectar, ou re\u00e7oivent les fardeaux entrants, ou, formant des lignes, chassent la troupe paresseuse des faux-bourdons de leurs ruches : le travail brille, et le miel parfum\u00e9 est doux au thym. \u00ab \u00d4 heureux ceux dont les murs s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent d\u00e9j\u00e0 ! \u00bb s&rsquo;\u00e9crie \u00c9n\u00e9e, et il admire les sommets de la cit\u00e9. Il entre parmi eux, voil\u00e9 de brume (chose merveilleuse \u00e0 raconter) et se m\u00eale au peuple sans \u00eatre vu de personne. Il y avait un bois au centre de la ville, d\u00e9licieux par son ombre, o\u00f9 les Ph\u00e9niciens ballott\u00e9s par les vagues et la temp\u00eate d\u00e9couvrirent pour la premi\u00e8re fois la t\u00eate d&rsquo;un cheval f\u00e9roce, que la royale Junon leur montra : ainsi la race serait remarqu\u00e9e dans la guerre, et riche en substance \u00e0 travers les \u00e2ges. Ici, Didon Sidonienne \u00e9tablissait un grand temple \u00e0 Junon, riche en dons et en pr\u00e9sence divine, avec des entr\u00e9es de bronze s&rsquo;\u00e9levant par des escaliers, et des poutres jointes avec du bronze, et des charni\u00e8res grin\u00e7ant sur des portes de bronze. Ici, dans le bois, apparut quelque chose de nouveau qui calma ses peurs pour la premi\u00e8re fois, ici pour la premi\u00e8re fois \u00c9n\u00e9e osa esp\u00e9rer le salut et mettre une plus grande confiance dans ses fortunes afflig\u00e9es. Tandis qu&rsquo;il attend la reine, dans le vaste temple, il regarde chaque chose : tandis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9merveille de la richesse de la ville, de l&rsquo;habilet\u00e9 de leur art, et des produits de leurs travaux, il voit les batailles \u00e0 Troie dans leur ordre correct, la Guerre, connue par sa renomm\u00e9e dans le monde entier, les fils d&rsquo;Atr\u00e9e, de Priam, et Achille en col\u00e8re contre les deux. Il s&rsquo;arr\u00eata, et dit, avec des larmes : \u00ab Quel endroit y a-t-il, Achate, quelle r\u00e9gion de la terre n&rsquo;est pas pleine de nos \u00e9preuves ? Vois, Priam ! Ici aussi, la vertu a ses r\u00e9compenses, ici aussi, il y a des larmes pour les \u00e9v\u00e9nements, et les choses mortelles touchent le c\u0153ur. Perds tes peurs : cette renomm\u00e9e t&rsquo;apportera des bienfaits. \u00bb<\/p>\n<h2>BkI:464-493 La frise<\/h2>\n<p>Ainsi parle-t-il, et nourrit son esprit de la frise inconsistante, soupirant souvent, et son visage mouill\u00e9 de larmes qui coulent. Car il vit comment, ici, les Grecs fuyaient, alors qu&rsquo;ils combattaient autour de Troie, poursuivis par la jeunesse troyenne, et, l\u00e0, les Troyens fuyaient, Achille empanach\u00e9 les pressant de pr\u00e8s dans son char. Non loin, \u00e0 travers ses larmes, il reconna\u00eet les tentes au drap blanc de Rh\u00e9sos, que Diom\u00e8de couvert de sang, fils de Tyd\u00e9e, d\u00e9vasta avec un grand carnage, trahis dans leur premier sommeil, d\u00e9tournant les chevaux ardents vers son camp, avant qu&rsquo;ils ne pussent manger la nourriture troyenne, ou boire du fleuve Xanthe. Ailleurs, Tro\u00eflus, ses armes rejet\u00e9es dans sa fuite, malheureux gar\u00e7on, in\u00e9galement assorti dans sa bataille avec Achille, est tra\u00een\u00e9 par ses chevaux, accroch\u00e9 face vers le ciel au char vide, serrant toujours les r\u00eanes : son cou et ses cheveux tra\u00eenant sur le sol, et sa lance renvers\u00e9e labourant la poussi\u00e8re. Pendant ce temps, les femmes troyennes aux cheveux d\u00e9faits, marchaient vers le temple de Pallas injuste portant la robe sacr\u00e9e, se lamentant humblement, et se battant la poitrine avec leurs mains. La d\u00e9esse \u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9e, ses yeux fix\u00e9s sur le sol. Trois fois Achille avait tra\u00een\u00e9 Hector autour des murs de Troie, et maintenant vendait le cadavre inanim\u00e9 pour de l&rsquo;or. Alors \u00c9n\u00e9e pousse vraiment un profond soupir, du fond de son c\u0153ur, en contemplant les d\u00e9pouilles, le char, le corps m\u00eame de son ami, et Priam tendant ses mains non guerri\u00e8res. Il se reconnut aussi, combattant les princes grecs, et les rangs \u00e9thiopiens et l&rsquo;armure du noir Memnon. La furieuse Penth\u00e9sil\u00e9e m\u00e8ne la file des Amazones, avec leurs boucliers en croissant, et brille parmi ses milliers, sa ceinture dor\u00e9e attach\u00e9e sous ses seins expos\u00e9s, une vierge guerri\u00e8re osant combattre avec les hommes.<\/p>\n<h2>BkI:494-519 L&rsquo;arriv\u00e9e de la reine Didon<\/h2>\n<p>Pendant qu&rsquo;\u00c9n\u00e9e le Troyen admire ces merveilleux spectacles, tandis qu&rsquo;\u00e9merveill\u00e9 il reste l\u00e0, ravi, fixant son regard, la reine Didon, d&rsquo;une forme des plus charmantes, atteignit le temple, accompagn\u00e9e d&rsquo;une grande foule de jeunes gens. Tout comme Diane m\u00e8ne sa troupe dansante sur les rives de l&rsquo;Eurotas, ou le long des cr\u00eates du Cynthus, et, la suivant, mille nymphes des montagnes se rassemblent de chaque c\u00f4t\u00e9 : et elle porte un carquois sur son \u00e9paule, et d\u00e9passe toutes les autres d\u00e9esses en marchant : et le plaisir saisit le c\u0153ur silencieux de sa m\u00e8re Latone : telle \u00e9tait Didon, ainsi se portait-elle, joyeuse, parmi eux, faisant avancer le travail, et son royaume naissant. Puis, entour\u00e9e d&rsquo;armes, et reposant sur un haut tr\u00f4ne, elle s&rsquo;assit, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la d\u00e9esse, sous la vo\u00fbte centrale. Elle donnait des lois et des statuts au peuple, et r\u00e9partissait \u00e9quitablement le travail des ouvriers, ou l&rsquo;attribuait par tirage au sort : quand \u00c9n\u00e9e vit soudain s&rsquo;approcher Anth\u00e9e, et Sergeste, et le brave Cloanthe, parmi une large foule, avec d&rsquo;autres Troyens que les sombres nuages de temp\u00eate avaient dispers\u00e9s sur la mer et emport\u00e9s loin sur d&rsquo;autres rivages. Il fut stup\u00e9fait, et Achate fut aussi stup\u00e9fait de joie et de peur : ils br\u00fblaient d&rsquo;envie de se serrer la main, mais l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement inattendu confondit leur esprit. Ils restent cach\u00e9s et, voil\u00e9s par l&rsquo;\u00e9paisse brume, ils observent ce qui arrive \u00e0 leurs amis, sur quel rivage ils ont laiss\u00e9 la flotte, et pourquoi ils sont ici : les \u00e9lus de chaque navire vinrent demander gr\u00e2ce, et se dirig\u00e8rent vers le temple au milieu des cris.<\/p>\n<h2>BkI:520-560 Ilion\u00e9e demande son aide<\/h2>\n<p>Lorsqu&rsquo;ils furent entr\u00e9s, et que la libert\u00e9 de parler en personne leur fut accord\u00e9e, Ilion\u00e9e, l&rsquo;a\u00een\u00e9, commen\u00e7a calmement : \u00ab \u00d4 reine, \u00e0 qui Jupiter accorde le droit de fonder une nouvelle cit\u00e9, et de r\u00e9primer les tribus fi\u00e8res par ta justice, nous, malheureux Troyens, pouss\u00e9s par les vents sur toutes les mers, te prions : \u00e9carte de nos navires la terreur du feu, \u00e9pargne une race vertueuse et regarde notre sort avec plus de bienveillance. Nous ne sommes pas venus pour piller les maisons libyennes par l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, ni pour emporter un butin vol\u00e9 sur le rivage : cette violence n&rsquo;est pas dans nos esprits, les vaincus n&rsquo;ont pas une telle fiert\u00e9. Il y a un endroit appel\u00e9 Hesp\u00e9rie par les Grecs, une terre ancienne, forte en hommes, avec un sol riche : L\u00e0 vivaient les \u0152notriens : maintenant la rumeur veut qu&rsquo;un peuple plus r\u00e9cent l&rsquo;ait appel\u00e9e Italie, d&rsquo;apr\u00e8s leur chef. Nous avions mis le cap l\u00e0-bas lorsque Orion orageux, se levant avec la mar\u00e9e, nous a emport\u00e9s sur des hauts-fonds cach\u00e9s, et les vents f\u00e9roces nous ont dispers\u00e9s loin, avec la houle accablante, sur les vagues parmi des rochers inhabitables : nous sommes peu nombreux \u00e0 avoir d\u00e9riv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tes rivages. Quelle est cette race d&rsquo;hommes ? Quelle terre est si barbare pour permettre cette coutume, que l&rsquo;hospitalit\u00e9 des sables nous soit refus\u00e9e ? Ils attisent la guerre et nous emp\u00eachent de poser le pied sur la terre ferme. Si tu m\u00e9prises la race humaine et les armes mortelles, aie confiance que les dieux se souviennent du droit et du tort. \u00c9n\u00e9e \u00e9tait notre roi, personne n&rsquo;\u00e9tait plus juste que lui dans son devoir, ni plus grand dans la guerre et l&rsquo;armement. Si le destin prot\u00e8ge encore l&rsquo;homme, s&rsquo;il jouit encore de l&rsquo;air \u00e9th\u00e9r\u00e9, s&rsquo;il ne repose pas encore parmi les ombres cruelles, il n&rsquo;y a rien \u00e0 craindre, et tu ne regretterais pas de rivaliser d&rsquo;abord avec lui en gentillesse. Puis il y a aussi des villes et des champs dans la r\u00e9gion de Sicile, et le c\u00e9l\u00e8bre Aceste, de sang troyen. Permets-nous d&rsquo;\u00e9chouer notre flotte, endommag\u00e9e par les temp\u00eates, et de couper des planches dans les arbres, et de fa\u00e7onner des rames, afin que, si notre roi est r\u00e9tabli et que nos amis sont retrouv\u00e9s, nous puissions nous diriger vers l&rsquo;Italie, chercher joyeusement l&rsquo;Italie et le Latium : et si notre sauveur est perdu, et que les mers libyennes te retiennent, \u00f4 p\u00e8re tr\u00e8s vertueux de Troie, si aucun espoir ne reste d&rsquo;Iule, laissons-nous chercher les d\u00e9troits siciliens, d&rsquo;o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s, et la maison pr\u00e9par\u00e9e pour nous, et un roi, Aceste. \u00bb Ainsi parla Ilion\u00e9e : et les Troyens cri\u00e8rent tous d&rsquo;une seule voix.<\/p>\n<h2>BkI:561-585 Didon accueille les Troyens<\/h2>\n<p>Alors, Didon parla bri\u00e8vement, les yeux baiss\u00e9s : \u00ab Troyens, lib\u00e9rez vos c\u0153urs de la peur : dissipez vos soucis. Les \u00e9v\u00e9nements difficiles et la nouveaut\u00e9 du royaume me forcent \u00e0 agir ainsi, et \u00e0 prot\u00e9ger mes fronti\u00e8res par des gardes de tous c\u00f4t\u00e9s. Qui ne conna\u00eet pas la race d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, et la ville de Troie, la bravoure, les hommes, ou un si grand embrasement de guerre ? En v\u00e9rit\u00e9, nous, Ph\u00e9niciens, n&rsquo;avons pas de c\u0153urs insensibles, le soleil n&rsquo;attelle pas ses chevaux si loin de cette ville tyrienne. Que vous choisissiez la puissante Hesp\u00e9rie, et les champs de Saturne, ou le sommet d&rsquo;\u00c9ryx, et Aceste pour roi, je veillerai \u00e0 ce que vous soyez escort\u00e9s en toute s\u00e9curit\u00e9, et vous aiderai avec mes richesses. Ou d\u00e9sirez-vous vous installer ici avec moi, en \u00e9gaux dans mon royaume ? La ville que je b\u00e2tis est la v\u00f4tre : \u00e9chouez vos navires : Troyens et Tyriens seront trait\u00e9s par moi sans distinction. Je souhaite que votre roi \u00c9n\u00e9e soit ici lui-m\u00eame, pouss\u00e9 par cette m\u00eame temp\u00eate ! En v\u00e9rit\u00e9, j&rsquo;enverrai des hommes fiables le long de la c\u00f4te, et leur ordonnerai de parcourir toute la Libye, au cas o\u00f9 il aurait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 \u00e0 la c\u00f4te et qu&rsquo;il erre dans les bois et les villes. \u00bb Le brave Achate, et notre anc\u00eatre \u00c9n\u00e9e, l&rsquo;esprit ragaillardi par ces mots, br\u00fblaient de se lib\u00e9rer de la brume. Achate fut le premier \u00e0 parler, disant \u00e0 \u00c9n\u00e9e : \u00ab Fils de la d\u00e9esse, quelle intention te vient \u00e0 l&rsquo;esprit ? Tu vois que tout est sauf, la flotte et nos amis nous ont \u00e9t\u00e9 rendus. Il n&rsquo;en manque qu&rsquo;un seul, que nous avons vu plong\u00e9 dans les vagues : tout le reste est conforme aux paroles de ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<h2>BkI:586-612 \u00c9n\u00e9e se fait conna\u00eetre<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/interiorvirgilaeneiddidoandaeneas.webp\" alt=\"Une peinture d\u00e9peignant le moment o\u00f9 \u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la reine Didon \u00e0 Carthage.\" width=\"600\" height=\"453\" \/><em class=\"cap-ai\">Une peinture d\u00e9peignant le moment o\u00f9 \u00c9n\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la reine Didon \u00e0 Carthage.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Didon et \u00c9n\u00e9e \u00bb &#8211; Nicolas Verkolye (Pays-Bas, 1673\u20131746), <em><a href=\"http:\/\/www.getty.edu\/about\/opencontent.html\" title=\"Programme de contenu ouvert Getty\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Programme de contenu ouvert Getty<\/a><\/em><\/p>\n<p>\u00c0 peine avait-il parl\u00e9 que la brume qui les entourait se s\u00e9para soudainement et disparut dans l&rsquo;air clair. \u00c9n\u00e9e se tenait l\u00e0, brillant \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, semblable \u00e0 un dieu par les \u00e9paules et le visage : car sa m\u00e8re avait elle-m\u00eame conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 son fils la beaut\u00e9 de ses cheveux, l&rsquo;\u00e9clat de la jeunesse, et un charme joyeux \u00e0 ses yeux : comme la gloire que l&rsquo;art peut donner \u00e0 l&rsquo;ivoire, ou comme lorsque l&rsquo;argent, ou le marbre de Paros, est entour\u00e9 d&rsquo;or. Puis il s&rsquo;adressa \u00e0 la reine, soudainement, surprenant tout le monde, disant : \u00ab Je suis ici en personne, \u00c9n\u00e9e le Troyen, celui que vous cherchez, sauv\u00e9 des vagues libyennes. \u00d4 Didon, il n&rsquo;est pas en notre pouvoir, ni en celui de notre race troyenne, o\u00f9 qu&rsquo;ils soient, dispers\u00e9s \u00e0 travers le vaste monde, de te rendre suffisamment gr\u00e2ce, toi qui seule as eu piti\u00e9 des mis\u00e8res indicibles de Troie, et partages ta cit\u00e9 et ta maison avec nous, le reste laiss\u00e9 par les Grecs, \u00e9puis\u00e9s par tous les malheurs, sur terre et sur mer, et manquant de tout. Que les dieux, et l&rsquo;esprit m\u00eame conscient du droit, t&rsquo;accordent une juste r\u00e9compense, si les dieux respectent les vertueux, s&rsquo;il y a de la justice quelque part. Quel \u00e2ge heureux t&rsquo;a donn\u00e9 naissance ? Quels parents ont produit un tel enfant ? Ton honneur, ton nom et ta louange dureront \u00e0 jamais, quelles que soient les terres qui pourront m&rsquo;appeler, tant que les fleuves couleront vers la mer, tant que les ombres traverseront les pentes des montagnes, tant que le ciel nourrira les \u00e9toiles. \u00bb Disant cela, il serre la main droite de son ami Ilion\u00e9e, la gauche de Sergeste, puis les autres, le brave Gyas et le brave Cloanthe.<\/p>\n<h2>BkI:613-656 Didon re\u00e7oit \u00c9n\u00e9e<\/h2>\n<p>Didon Sidonienne fut d&rsquo;abord \u00e9merveill\u00e9e par l&rsquo;apparence du h\u00e9ros puis par ses grandes infortunes, et elle parla, disant : \u00ab Fils d&rsquo;une d\u00e9esse, quel destin te poursuit \u00e0 travers tous ces dangers ? Quelle force te pousse vers ces rivages barbares ? Es-tu vraiment cet \u00c9n\u00e9e que l&rsquo;aimable V\u00e9nus a port\u00e9 \u00e0 Anchise le Troyen, pr\u00e8s des eaux du Simo\u00efs phrygien ? En v\u00e9rit\u00e9, je me souviens moi-m\u00eame de Teucer venant \u00e0 Sidon, exil\u00e9 des fronti\u00e8res de son pays, cherchant un nouveau royaume avec l&rsquo;aide de B\u00e9lus : B\u00e9lus, mon p\u00e8re, d\u00e9vastait la riche Chypre, et, en vainqueur, la tenait par son autorit\u00e9. Depuis, la chute de la cit\u00e9 troyenne m&rsquo;est connue, ainsi que ton nom, et ceux des rois grecs. M\u00eame leur ennemi accordait aux Teucriens de grands \u00e9loges, affirmant qu&rsquo;ils \u00e9taient n\u00e9s de l&rsquo;ancienne lign\u00e9e teucrienne. Alors venez, jeunes seigneurs, et entrez dans notre palais. La Fortune, me poursuivant aussi \u00e0 travers de nombreux troubles similaires, a voulu que je trouve enfin la paix dans ce pays. N&rsquo;\u00e9tant pas \u00e9trang\u00e8re au mal, j&rsquo;ai appris \u00e0 aider les malheureux. \u00bb Ainsi parle-t-elle, et conduit \u00c9n\u00e9e dans la maison royale, et proclame, de plus, des offrandes dans les temples du dieu. Elle envoie pas moins de vingt taureaux \u00e0 ses amis sur le rivage, et cent de ses plus grands porcs aux dos h\u00e9riss\u00e9s, cent agneaux gras avec les brebis, et de joyeux dons de vin, mais l&rsquo;int\u00e9rieur du palais est am\u00e9nag\u00e9 avec un luxe royal, et ils pr\u00e9parent un festin au centre du palais : des couvertures habilement travaill\u00e9es en pourpre princi\u00e8re, d&rsquo;\u00e9normes argenteries sur les tables, et les hauts faits h\u00e9ro\u00efques de ses anc\u00eatres grav\u00e9s en or, une longue s\u00e9rie d&rsquo;exploits trac\u00e9s \u00e0 travers de nombreux h\u00e9ros, depuis les anciennes origines de son peuple. \u00c9n\u00e9e envoie rapidement Achate aux navires pour porter la nouvelle \u00e0 Ascagne (car l&rsquo;amour d&rsquo;un p\u00e8re ne laisse pas son esprit en paix) et l&rsquo;amener \u00e0 la ville : sur Ascagne est fix\u00e9e toute la sollicitude d&rsquo;un parent affectueux. Il lui ordonne d&rsquo;apporter aussi des cadeaux, arrach\u00e9s aux ruines de Troie, une robe figur\u00e9e raide d&rsquo;or, et un manteau frang\u00e9 d&rsquo;acanthe jaune, port\u00e9 par H\u00e9l\u00e8ne d&rsquo;Argos, apport\u00e9 de Myc\u00e8nes lorsqu&rsquo;elle navigua vers Troie et son mariage illicite, un merveilleux cadeau de sa m\u00e8re L\u00e9da : et le sceptre qu&rsquo;Ilion\u00e9e, la fille a\u00een\u00e9e de Priam, portait autrefois, et un collier de perles, et un double diad\u00e8me de joyaux et d&rsquo;or. Achate, se h\u00e2tant d&rsquo;ex\u00e9cuter ces ordres, prit sa route vers les navires.<\/p>\n<h2>BkI:657-694 Cupidon prend l&rsquo;apparence d&rsquo;Ascagne<\/h2>\n<p>Mais V\u00e9nus tramait de nouvelles ruses et de nouveaux stratag\u00e8mes dans son c\u0153ur : comment Cupidon, changeant d&rsquo;apparence, pourrait arriver \u00e0 la place du doux Ascagne, et enflammer la reine passionn\u00e9e par ses dons, et enlacer le feu dans ses os : en v\u00e9rit\u00e9, elle craint l&rsquo;instabilit\u00e9 de cette maison et la duplicit\u00e9 des Tyriens : l&rsquo;inflexible Junon la met en col\u00e8re, et ses soucis augmentent avec la tomb\u00e9e de la nuit. Elle adresse donc ces mots \u00e0 Cupidon ail\u00e9 : \u00ab Mon fils, toi qui seul es ma grande force, ma puissance, un fils qui m\u00e9prise les foudres typho\u00e9niennes du puissant Jupiter, je te demande ton aide, et j&rsquo;invoque humblement ta volont\u00e9 divine. Il t&rsquo;est connu comment \u00c9n\u00e9e, ton fr\u00e8re, est pouss\u00e9 sur la mer, autour de tous les rivages, par la haine de la cruelle Junon, et tu as souvent souffert avec ma peine. Didon Ph\u00e9nicienne le retient ici, le retardant par des flatteries, et je crains ce qui pourrait r\u00e9sulter de l&rsquo;hospitalit\u00e9 de Junon : \u00e0 un moment si critique, elle ne restera pas inactive. Je compte donc tromper la reine par la ruse, et l&rsquo;encercler de passion, afin qu&rsquo;aucune volont\u00e9 divine ne puisse la sauver, mais qu&rsquo;elle soit saisie, avec moi, par un profond amour pour \u00c9n\u00e9e. \u00c9coute maintenant mes pens\u00e9es sur la mani\u00e8re dont tu peux y parvenir. Appel\u00e9 par son cher p\u00e8re, l&rsquo;enfant royal, ma plus grande pr\u00e9occupation, se pr\u00e9pare \u00e0 aller \u00e0 la cit\u00e9 sidonienne, portant des cadeaux qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la mer et aux flammes de Troie. Je l&rsquo;endormirai et le cacherai dans mon sanctuaire sacr\u00e9 sur les hauteurs de Cyth\u00e8re ou d&rsquo;Idalie, afin qu&rsquo;il ne puisse rien savoir de mes tromperies, ni les interrompre \u00e0 mi-chemin. Pendant une seule nuit, imite son apparence par l&rsquo;art, et, toi-m\u00eame gar\u00e7on, prends le visage connu d&rsquo;un gar\u00e7on, afin que lorsque Didon te prendra sur sa poitrine, joyeusement, au milieu du festin royal, et du vin qui coule, lorsqu&rsquo;elle t&#8217;embrassera, et te plantera de doux baisers, tu respires en elle un feu cach\u00e9, tu la trompes avec ton poison. \u00bb Cupidon ob\u00e9it aux paroles de sa ch\u00e8re m\u00e8re, d\u00e9pose ses ailes, et trotte en riant avec le pas d&rsquo;Iule. Mais V\u00e9nus verse un doux sommeil sur les membres d&rsquo;Ascagne, et le r\u00e9chauffant sur sa poitrine, le transporte, avec une puissance divine, vers les hauts bois d&rsquo;Idalie, o\u00f9 la douce marjolaine l&rsquo;\u00e9touffe de fleurs, et le souffle de son ombre douce.<\/p>\n<h2>BkI:695-722 Cupidon trompe Didon<\/h2>\n<p>Maintenant, ob\u00e9issant \u00e0 ses ordres, se r\u00e9jouissant d&rsquo;avoir Achate comme guide, Cupidon part portant les cadeaux royaux pour les Tyriens. \u00c0 son arriv\u00e9e, la reine s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e au centre, sur son divan dor\u00e9 sous des dais royaux. Maintenant, notre anc\u00eatre \u00c9n\u00e9e et la jeunesse de Troie s&rsquo;y rassemblent et s&rsquo;allongent sur des \u00e9toffes de pourpre. Les serviteurs versent de l&rsquo;eau sur leurs mains : servent du pain dans des corbeilles : et apportent des serviettes de lin fin. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, il y a cinquante servantes, en longue file, dont la t\u00e2che est de pr\u00e9parer le repas et d&rsquo;entretenir le feu du foyer : cent de plus, et autant de pages du m\u00eame \u00e2ge, pour charger les tables de nourriture et remplir les coupes. Et les Tyriens aussi sont rassembl\u00e9s en foule \u00e0 travers les salles festives, invit\u00e9s \u00e0 s&rsquo;allonger sur les couchettes brod\u00e9es. Ils s&rsquo;\u00e9merveillent des cadeaux d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, s&rsquo;\u00e9merveillent d&rsquo;Iule, de l&rsquo;apparence brillante du dieu et de ses paroles trompeuses, de la robe, et du manteau brod\u00e9 d&rsquo;acanthe jaune. La malheureuse Ph\u00e9nicienne par-dessus tout, vou\u00e9e \u00e0 une future ruine, ne peut apaiser ses sentiments, et prend feu en regardant, \u00e9mue \u00e9galement par l&rsquo;enfant et par les cadeaux. Lui, s&rsquo;\u00e9tant suspendu dans une \u00e9treinte autour du cou d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, et ayant rassasi\u00e9 le grand amour du p\u00e8re tromp\u00e9, cherche la reine. Didon, s&rsquo;attache \u00e0 lui de ses yeux et de son c\u0153ur, le prenant de temps en temps sur ses genoux, ignorant combien un grand dieu entre en elle, pour sa peine. Mais lui, se souvenant des souhaits de sa m\u00e8re Cyprienne, commence graduellement \u00e0 effacer toute pens\u00e9e de Sich\u00e9e, et travaille \u00e0 s\u00e9duire son esprit, si longtemps in\u00e9branl\u00e9, et son c\u0153ur inaccoutum\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amour, avec une passion vivante.<\/p>\n<h2>BkI:723-756 Didon demande l&rsquo;histoire d&rsquo;\u00c9n\u00e9e<\/h2>\n<p>Au premier r\u00e9pit du festin, les tables furent d\u00e9barrass\u00e9es, et ils install\u00e8rent de vastes coupes, et couronn\u00e8rent le vin de guirlandes. Le bruit remplit le palais, et les voix roul\u00e8rent \u00e0 travers les vastes salles : de brillantes lampes pendaient des plafonds dor\u00e9s, et des chandelles ardentes dissipaient la nuit. Alors la reine demanda une coupe \u00e0 boire, lourde d&rsquo;or et de joyaux, que B\u00e9lus et toute la lign\u00e9e de B\u00e9lus avaient coutume d&rsquo;utiliser, et la remplit de vin. Alors les salles furent silencieuses. Elle parla : \u00ab Jupiter, puisqu&rsquo;ils disent que c&rsquo;est toi qui cr\u00e9es les lois de l&rsquo;hospitalit\u00e9, que ce jour soit heureux pour les Tyriens et ceux de Troie, et qu&rsquo;il soit rappel\u00e9 par nos enfants. Que Bacchus, celui qui apporte la joie, et la bienveillante Junon soient pr\u00e9sents, et vous, \u00d4 Ph\u00e9niciens, rendez cette assembl\u00e9e festive. \u00bb Elle parla et versa une offrande de vin sur la table, et apr\u00e8s la libation fut la premi\u00e8re \u00e0 porter la coupe \u00e0 ses l\u00e8vres, puis elle la donna \u00e0 Bitias, le d\u00e9fiant : il vida rapidement la coupe d\u00e9bordante, se noyant dans sa pl\u00e9nitude dor\u00e9e, puis d&rsquo;autres princes burent. Iolas, aux longs cheveux, fit r\u00e9sonner sa lyre d&rsquo;or, lui que le grand Atlas avait enseign\u00e9. Il chanta la lune errante et les travaux du soleil, d&rsquo;o\u00f9 vinrent les hommes et les b\u00eates, et la pluie et le feu, d&rsquo;Arcturus, des Hyades pluvieuses, des deux Ourses : pourquoi les soleils d&rsquo;hiver se pr\u00e9cipitent pour se plonger dans la mer, et quel d\u00e9lai fait tra\u00eener les nuits lentes. Les Tyriens redoubl\u00e8rent leurs applaudissements, les Troyens aussi. Et la malheureuse Didon, elle aussi passa la nuit en conversation, et but profond\u00e9ment de sa passion, demandant sans cesse des nouvelles de Priam et d&rsquo;Hector : maintenant \u00e0 propos de l&rsquo;armure avec laquelle Memnon, fils de l&rsquo;Aurore, vint \u00e0 Troie, de quelle sorte \u00e9taient les chevaux de Diom\u00e8de, quelle \u00e9tait la grandeur d&rsquo;Achille. \u00ab Mais venez, mon h\u00f4te, racontez-nous depuis le d\u00e9but toutes les ruses grecques, les malheurs de vos hommes, et vos errances : puisque c&rsquo;est le septi\u00e8me \u00e9t\u00e9 maintenant qui vous am\u00e8ne ici, dans votre voyage, sur toutes les terres et toutes les mers. \u00bb<\/p>\n<p>Le Chant I de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide sert de prologue puissant, introduisant le h\u00e9ros de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, ses adversaires divins, et les enjeux monumentaux de son voyage. \u00c0 travers des descriptions vives de temp\u00eate et de lutte, \u00e9quilibr\u00e9es par des moments d&rsquo;intervention divine et de connexion humaine naissante \u00e0 Carthage, Virgile \u00e9tablit les th\u00e8mes centraux du destin, de la pi\u00e9t\u00e9, et des sacrifices n\u00e9cessaires pour b\u00e2tir un avenir sur les cendres du pass\u00e9. Le chant pr\u00e9pare magistralement la sc\u00e8ne pour les \u00e9preuves et les triomphes qui attendent \u00c9n\u00e9e, laissant le lecteur d\u00e9sireux de suivre son destin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile est un po\u00e8me \u00e9pique fondamental de la litt\u00e9rature occidentale, racontant le voyage d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, un h\u00e9ros troyen, apr\u00e8s &#8230; <a title=\"Traduction du Chant I de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/latrespace.com\/fr\/traduction-du-chant-i-de-leneide-de-virgile\/\" aria-label=\"Read more about Traduction du Chant I de l&rsquo;\u00c9n\u00e9ide de Virgile\"> <\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7957,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-12525","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-poemes","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-25"],"lang":"fr","translations":{"fr":12525,"en":7956,"es":13394,"de":15037},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12525"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12525\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}