{"id":12881,"date":"2025-05-25T06:48:56","date_gmt":"2025-05-25T06:48:56","guid":{"rendered":"https:\/\/latrespace.com\/la-flamme-saphique-histoire-de-lamour-entre-femmes-en-poesie\/"},"modified":"2025-05-25T06:48:56","modified_gmt":"2025-05-25T06:48:56","slug":"la-flamme-saphique-histoire-de-lamour-entre-femmes-en-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/la-flamme-saphique-histoire-de-lamour-entre-femmes-en-poesie\/","title":{"rendered":"La flamme saphique : Histoire de l&rsquo;amour entre femmes en po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p>La po\u00e9sie saphique, n\u00e9e du g\u00e9nie lyrique de l&rsquo;ancienne po\u00e9tesse grecque Sappho de Lesbos, a longtemps servi de voix puissante pour l&rsquo;amour et le d\u00e9sir entre femmes. Des fragments \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de vers antiques aux expressions contemporaines vibrantes, les po\u00e8mes d&rsquo;amour saphique capturent la complexit\u00e9, la passion et la tendresse de l&rsquo;intimit\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 travers les si\u00e8cles et les cultures. Ces \u0153uvres n&rsquo;\u00e9clairent pas seulement des paysages \u00e9motionnels personnels, mais tracent \u00e9galement un chemin \u00e0 travers l&rsquo;histoire des voix f\u00e9minines en litt\u00e9rature, d\u00e9fiant souvent les contraintes soci\u00e9tales pour c\u00e9l\u00e9brer un amour jug\u00e9 non conventionnel. Explorer cette riche tradition r\u00e9v\u00e8le une lign\u00e9e de po\u00e8tes qui ont os\u00e9 nommer leurs d\u00e9sirs et leurs affections, forgeant une partie vitale du canon litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Le fondement de cette tradition commence, bien s\u00fbr, avec Sappho elle-m\u00eame. Bien que seuls des fragments de son \u0153uvre aient surv\u00e9cu, ces aper\u00e7us offrent des perspectives all\u00e9chantes sur le monde \u00e9motionnel de son \u00e9poque, rempli d&rsquo;images vives et de sentiments intenses. Des phrases sugg\u00e9rant une douce nostalgie ou des espaces sacr\u00e9s partag\u00e9s soulignent les liens profonds qu&rsquo;elle a v\u00e9cus et immortalis\u00e9s en vers.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rez ces vers \u00e9vocateurs :<\/p>\n<p><em>et sur un lit moelleux<\/em> <em>d\u00e9licat<\/em> <em>tu laissais aller ta nostalgie<\/em><\/p>\n<p>et<\/p>\n<p><em>et il n&rsquo;y avait ni [ ] ni aucun lieu saint ni d&rsquo;o\u00f9 nous \u00e9tions absentes<\/em><\/p>\n<p><em>pas de bosquet [ ] pas de danse ] pas de son [<\/em><\/p>\n<p>Ces bribes, m\u00eame incompl\u00e8tes, palpitent d&rsquo;un sentiment d&rsquo;exp\u00e9rience partag\u00e9e et d&rsquo;une profonde lib\u00e9ration \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des fragments les plus c\u00e9l\u00e8bres et presque complets offre une description visc\u00e9rale des effets physiques accablants de l&rsquo;amour. Souvent appel\u00e9 Fragment 31, il d\u00e9peint cr\u00fbment l&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;observer l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 interagir avec un autre, provoquant une puissante r\u00e9action physiologique chez la narratrice. Cette pi\u00e8ce c\u00e9l\u00e8bre illustre magnifiquement l&rsquo;intersection de l&rsquo;observation, de l&rsquo;\u00e9motion intense et de la manifestation physique du d\u00e9sir inh\u00e9rent aux po\u00e8mes d&rsquo;amour saphique.<\/p>\n<p><em>Il me semble \u00e9gal aux dieux cet homme<\/em> <em>quel qu&rsquo;il soit qui en face de toi<\/em> <em>est assis et \u00e9coute attentivement<\/em> <em>ta douce parole<\/em><\/p>\n<p><em>et ton beau rire\u2014oh cela<\/em><\/p>\n<p><em>met le c\u0153ur dans ma poitrine sur des ailes car quand je te regarde, m\u00eame un instant, plus de parole en moi<\/em><\/p>\n<p><em>non : la langue se brise et un fin<\/em> <em>feu court sous la peau<\/em> <em>et dans les yeux plus de vue et un bourdonnement<\/em> <em>remplit les oreilles<\/em><\/p>\n<p><em>et une sueur froide me saisit et un tremblement<\/em> <em>me prend tout enti\u00e8re, plus verte que l&rsquo;herbe<\/em> <em>je suis et morte\u2014ou presque<\/em> <em>il me semble.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais tout est \u00e0 oser, parce que m\u00eame une personne dans la pauvret\u00e9 . . .<\/em><\/p>\n<p>(Traduit par Anne Carson dans <em>If Not, Winter: Fragments of Sappho<\/em>)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me est une le\u00e7on magistrale dans la repr\u00e9sentation des sympt\u00f4mes physiques de l&rsquo;excitation \u00e9motionnelle ou de la jalousie intense. La progression de l&rsquo;\u00e9coute, \u00e0 la parole et au rire, jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration physique compl\u00e8te de la narratrice \u2013 langue bris\u00e9e, feu sous la peau, c\u00e9cit\u00e9, oreilles bourdonnantes, sueur, tremblements \u2013 transmet puissamment la force perturbatrice de ses sentiments. C&rsquo;est un t\u00e9moignage de l&rsquo;habilet\u00e9 durable de Sappho \u00e0 capturer la nature brute et accablante du d\u00e9sir, solidifiant sa place parmi les <a href=\"https:\/\/latrespace.com\/famous-poets-of-all-time\/\">po\u00e8tes c\u00e9l\u00e8bres de tous les temps<\/a> et comme l&rsquo;\u00e9ponyme de l&rsquo;amour saphique lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Des si\u00e8cles plus tard, au XIXe si\u00e8cle en Chine, la c\u00e9l\u00e8bre po\u00e9tesse Wu Tsao a ouvertement \u00e9crit sur son amour pour les femmes. Son po\u00e8me \u00ab\u00a0Pour la courtisane Ch\u2019ing Lin\u00a0\u00bb est un exemple frappant d&rsquo;une adresse directe et affectueuse \u00e0 une aim\u00e9e f\u00e9minine.<\/p>\n<p><strong>Pour la courtisane Ch\u2019ing Lin<\/strong><\/p>\n<p><em>Sur ton corps gracile<\/em> <em>Tes ornements de ceinture de jade et de corail tintent<\/em> <em>Comme ceux d&rsquo;une compagne c\u00e9leste<\/em> <em>Venue de la Cit\u00e9 de Jade Verte du Ciel.<\/em> <em>Un seul sourire de toi quand nous nous rencontrons,<\/em> <em>Et je deviens muette et j&rsquo;oublie chaque mot.<\/em> <em>Depuis trop longtemps tu cueilles des fleurs,<\/em> <em>Et t&rsquo;appuies contre les bambous,<\/em> <em>Tes manches vertes se refroidissant,<\/em> <em>Dans ta vall\u00e9e d\u00e9serte :<\/em> <em>Je peux te visualiser toute seule,<\/em> <em>Une jeune fille abritant ses pens\u00e9es cryptiques.<\/em><\/p>\n<p><em>Tu brilles comme une lampe parfum\u00e9e<\/em> <em>Dans l&rsquo;ombre qui s&rsquo;\u00e9paissit.<\/em> <em>Nous jouons \u00e0 des jeux de vin<\/em> <em>Et nous r\u00e9citons les po\u00e8mes l&rsquo;une de l&rsquo;autre.<\/em> <em>Puis tu chantes \u00ab En me souvenant du Sud du Fleuve \u00bb<\/em> <em>Avec ses vers d\u00e9chirants. Puis<\/em> <em>Nous nous peignons mutuellement les beaux sourcils.<\/em> <em>Je veux te poss\u00e9der compl\u00e8tement \u2013<\/em> <em>Ton corps de jade<\/em> <em>Et ton c\u0153ur promis.<\/em> <em>C&rsquo;est le Printemps.<\/em> <em>De vastes brumes couvrent les Cinq Lacs.<\/em> <em>Ma ch\u00e8re, laisse-moi acheter une barque peinte en rouge<\/em> <em>Et t&#8217;emmener au loin<\/em><\/p>\n<p>(Traduit par Kenneth Rexroth et Ling Chung dans <em>Women Poets of China<\/em>)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me passe d&rsquo;une description physique exquise (\u00ab corps gracile \u00bb, \u00ab ornements de ceinture de jade et de corail \u00bb, \u00ab lampe parfum\u00e9e \u00bb) \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 de moments partag\u00e9s (\u00ab jouons \u00e0 des jeux de vin \u00bb, \u00ab r\u00e9citons les po\u00e8mes l&rsquo;une de l&rsquo;autre \u00bb, \u00ab peignons mutuellement les beaux sourcils \u00bb). La r\u00e9action de la narratrice (\u00ab deviens muette \u00bb) fait \u00e9cho au th\u00e8me de Sappho d&rsquo;\u00eatre accabl\u00e9e par la pr\u00e9sence de l&rsquo;aim\u00e9e. Le d\u00e9sir s&rsquo;approfondit, passant de l&rsquo;admiration \u00e0 un d\u00e9sir d&rsquo;union compl\u00e8te (\u00ab Je veux te poss\u00e9der compl\u00e8tement \u00bb) et une fantaisie romantique d&rsquo;\u00e9vasion (\u00ab acheter une barque peinte en rouge \/ Et t&#8217;emmener au loin \u00bb). C&rsquo;est un portrait vivant de l&rsquo;affection, de la compagnie intellectuelle et du d\u00e9sir passionn\u00e9.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du globe, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 Paris, Natalie Clifford Barney et Ren\u00e9e Vivien furent des figures centrales d&rsquo;un salon litt\u00e9raire vibrant, exprimant ouvertement des th\u00e8mes saphique dans leur \u0153uvre. Tandis que Barney publiait <em>Quelques Portraits-Sonnets de Femmes<\/em>, un recueil de po\u00e9sie d&rsquo;amour lesbienne utilisant l&rsquo;<a href=\"https:\/\/latrespace.com\/example-of-a-sonnet\/\">exemple de sonnet<\/a>, Vivien r\u00e9f\u00e9ren\u00e7ait explicitement Sappho et \u00e9crivait avec une passion ind\u00e9niable.<\/p>\n<p>Le po\u00e8me de Vivien \u00ab\u00a0Le Toucher\u00a0\u00bb est une exploration puissante de l&rsquo;intimit\u00e9 physique et du d\u00e9sir entre femmes.<\/p>\n<p><strong>Le Toucher<\/strong><\/p>\n<p><em>Les arbres ont gard\u00e9 quelque soleil attard\u00e9 dans leurs branches,<\/em> <em>Voil\u00e9s comme une femme, \u00e9voquant un autre temps,<\/em> <em>Le cr\u00e9puscule passe, pleurant. Mes doigts grimpent,<\/em> <em>Tremblants, provocateurs, la ligne de tes hanches.<\/em><\/p>\n<p><em>Mes doigts ing\u00e9nieux attendent quand ils ont trouv\u00e9<\/em> <em>La chair p\u00e9tale sous la robe qu&rsquo;ils \u00e9cartent.<\/em> <em>Que curieux, complexe, le toucher, cet art subtil \u2013<\/em> <em>Comme le r\u00eave de fragrance, le miracle du son.<\/em><\/p>\n<p><em>Je suis lentement les contours graciles de tes hanches,<\/em> <em>Les courbes de tes \u00e9paules, ton cou, tes seins insatiables.<\/em> <em>Dans ta blanche volupt\u00e9 mon d\u00e9sir se repose,<\/em> <em>S&rsquo;\u00e9vanouissant, se refusant les baisers de tes l\u00e8vres.<\/em><\/p>\n<p>(<em>Les Muses des Violettes : Po\u00e8mes<\/em> par Ren\u00e9e Vivien)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me se concentre intens\u00e9ment sur le sens du toucher comme moyen d&rsquo;exprimer et de vivre l&rsquo;amour et le d\u00e9sir. Les premi\u00e8res lignes \u00e9tablissent une sc\u00e8ne sensuelle, cr\u00e9pusculaire. Le c\u0153ur du po\u00e8me est l&rsquo;exploration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, presque r\u00e9v\u00e9rencieuse, du corps de l&rsquo;aim\u00e9e (\u00ab doigts grimpent \u00bb, \u00ab chair p\u00e9tale \u00bb, \u00ab suis lentement les contours graciles \u00bb). La narratrice d\u00e9crit le toucher comme un \u00ab art subtil \u00bb, complexe et profond, semblable \u00e0 d&rsquo;autres miracles sensoriels. La derni\u00e8re strophe nomme explicitement le \u00ab d\u00e9sir \u00bb et son lieu de repos dans la \u00ab blanche volupt\u00e9 \u00bb de l&rsquo;aim\u00e9e, culminant dans une image puissante d&rsquo;\u00e9vanouissement, soulignant la r\u00e9action physique et \u00e9motionnelle intense \u00e9voqu\u00e9e par le toucher intime. Le mouvement prudent et la concentration sur des parties sp\u00e9cifiques du corps cr\u00e9ent une exp\u00e9rience profond\u00e9ment sensuelle pour le lecteur.<\/p>\n<p>Passant aux \u00c9tats-Unis, Elsa Gidlow a publi\u00e9 <em>On A Grey Thread<\/em> en 1923, l&rsquo;un des premiers livres de po\u00e9sie lesbienne dans le pays. Plus tard, sa collection <em>Sapphic Songs<\/em> a continu\u00e9 cette exploration. Son po\u00e8me \u00ab\u00a0For the Goddess Too Well Known\u00a0\u00bb plonge dans les th\u00e8mes de la prise, de la r\u00e9cup\u00e9ration et de la d\u00e9votion passionn\u00e9e dans un espace priv\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Pour la D\u00e9esse Trop Bien Connue<\/strong><\/p>\n<p><em>J&rsquo;ai d\u00e9rob\u00e9 les rues bavardes,<\/em> <em>Vol\u00e9 une jolie fille \u00e0 leur fl\u00e9au,<\/em> <em>Je l&rsquo;ai subtilis\u00e9e pour un sacrifice<\/em> <em>Que je ferai \u00e0 cette nuit.<\/em><\/p>\n<p><em>Je l&rsquo;ai amen\u00e9e, riant,<\/em> <em>Dans mon jardin r\u00eavant tranquillement.<\/em> <em>Pour ce qui y sera fait,<\/em> <em>Je ne demande pardon \u00e0 aucun homme.<\/em><\/p>\n<p><em>Je brosse le rouge de ses joues,<\/em> <em>Nettoie le kh\u00f4l noir des bords<\/em> <em>De ses yeux ; d\u00e9noue ses cheveux ;<\/em> <em>D\u00e9couvre les membres chatoyants, timides.<\/em><\/p>\n<p><em>Je casse des roses sauvages, les disperse sur elle.<\/em> <em>Les \u00e9pines entre nous piquent comme la douleur de l&rsquo;amour.<\/em> <em>Sa chair, am\u00e8re et sal\u00e9e \u00e0 ma langue,<\/em> <em>Je la go\u00fbte avec des baisers infinis et la go\u00fbte encore.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c0 l&rsquo;aube je la laisse<\/em> <em>Endormie dans mon jardin qui s&rsquo;\u00e9veille.<\/em> <em>(Pour ce qui y fut fait,<\/em> <em>Je ne demande pardon \u00e0 aucun homme.)<\/em><\/p>\n<p>(<em>Sapphic Songs<\/em> par Elsa Gidlow)<\/p>\n<p>Gidlow utilise un langage fort, presque provocateur (\u00ab d\u00e9rob\u00e9 \u00bb, \u00ab Vol\u00e9 \u00bb, \u00ab subtilis\u00e9e \u00bb) pour d\u00e9crire l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9loigner l&rsquo;aim\u00e9e de la sph\u00e8re publique (\u00ab rues bavardes \u00bb) vers un espace priv\u00e9 et sacr\u00e9 (\u00ab jardin r\u00eavant tranquillement \u00bb). L&rsquo;acte est pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab sacrifice \u00bb \u00e0 la nuit, sugg\u00e9rant une rencontre ritualiste ou profond\u00e9ment significative. Le processus de d\u00e9voilement (\u00ab brosse le rouge \u00bb, \u00ab Nettoie le kh\u00f4l noir \u00bb, \u00ab D\u00e9couvre les membres chatoyants, timides \u00bb) est intime et tendre, r\u00e9v\u00e9lant la beaut\u00e9 naturelle de l&rsquo;aim\u00e9e. Le point culminant est une exp\u00e9rience sensorielle intense (\u00ab les \u00e9pines entre nous piquent comme la douleur de l&rsquo;amour \u00bb, \u00ab Sa chair, am\u00e8re et sal\u00e9e \u00bb, \u00ab la go\u00fbte avec des baisers infinis et la go\u00fbte encore \u00bb), m\u00e9langeant douleur et plaisir, amertume et douceur. L&rsquo;affirmation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00ab Je ne demande pardon \u00e0 aucun homme \u00bb souligne l&rsquo;ind\u00e9pendance et la possession de soi de la narratrice et la nature d\u00e9complex\u00e9e de cet amour.<\/p>\n<p>Audre Lorde, figure imposante de la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle, a \u00e9crit la c\u00e9l\u00e8bre phrase : \u00ab Et il n&rsquo;y a pas, pour moi, de diff\u00e9rence entre \u00e9crire un bon po\u00e8me et avancer au soleil contre le corps d&rsquo;une femme que j&rsquo;aime. \u00bb Cette d\u00e9claration encapsule parfaitement sa vision de l&rsquo;ins\u00e9parabilit\u00e9 de la passion cr\u00e9ative et de l&rsquo;amour saphique, un th\u00e8me puissamment pr\u00e9sent dans son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Son \u00ab Po\u00e8me d&rsquo;Amour \u00bb est une description intens\u00e9ment physique et \u00e9l\u00e9mentaire de l&rsquo;intimit\u00e9 sexuelle entre femmes.<\/p>\n<p><strong>Po\u00e8me d&rsquo;Amour<\/strong><\/p>\n<p><em>Parle terre et b\u00e9nis-moi de ce qui est le plus riche<\/em> <em>fais couler le ciel en miel hors de mes hanches<\/em> <em>rigides comme des montagnes<\/em> <em>\u00e9tal\u00e9es sur une vall\u00e9e<\/em> <em>creus\u00e9e par la bouche de la pluie.<\/em> <em>Et je sus quand j&rsquo;entrai en elle que j&rsquo;\u00e9tais<\/em> <em>haut vent dans ses for\u00eats creuses<\/em> <em>doigts murmurant un son<\/em> <em>le miel coula<\/em> <em>de la coupe fendue<\/em> <em>empal\u00e9e sur une lance de langues<\/em> <em>sur la pointe de ses seins sur son nombril<\/em> <em>et mon souffle<\/em> <em>hurlant dans ses entr\u00e9es<\/em> <em>\u00e0 travers des poumons de douleur.<\/em> <em>Avide comme des go\u00e9lands<\/em> <em>ou un enfant<\/em> <em>je me balance au-dessus de la terre<\/em> <em>encore et encore<\/em> <em>et encore.<\/em><\/p>\n<p>(<em>The Collected Poems of Audre Lorde<\/em>)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me est une expression volcanique du d\u00e9sir, fusionnant le corps physique avec la puissance brute de la nature. La narratrice invoque la terre et le ciel, transformant son propre corps en paysages (\u00ab hanches rigides comme des montagnes \u00bb, \u00ab vall\u00e9e creus\u00e9e par la bouche de la pluie \u00bb). L&rsquo;acte d&rsquo;entrer dans l&rsquo;aim\u00e9e est d\u00e9crit par de puissantes forces naturelles (\u00ab haut vent dans ses for\u00eats creuses \u00bb), tandis que le plaisir r\u00e9ciproque est transmis par une imagerie riche et tactile (\u00ab le miel coula de la coupe fendue \u00bb, \u00ab empal\u00e9e sur une lance de langues \u00bb). Le po\u00e8me n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 aborder les sons et les sensations du sexe, y compris les \u00ab hurlements \u00bb et les \u00ab poumons de douleur \u00bb, sugg\u00e9rant une exp\u00e9rience accablante et peut-\u00eatre cathartique. L&rsquo;image finale de se balancer \u00ab au-dessus de la terre \u00bb transmet un sentiment de lib\u00e9ration et de lib\u00e9ration extatique trouv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 ce lien physique et \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>Pat Parker, contemporaine de Lorde, fut une autre voix cruciale dans la po\u00e9sie f\u00e9ministe lesbienne noire. Son po\u00e8me \u00ab\u00a0Pour Willyce\u00a0\u00bb offre une expression d&rsquo;amour plus directe, mais tout aussi profonde, \u00e0 travers l&rsquo;action physique, ajoutant une couche de commentaire ironique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/latrespace.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/for-willyce-by-pat-parker-600x949.webp\" alt=\"Photographie du po\u00e8me &#039;For Willyce&#039; par Pat Parker, un po\u00e8me d&#039;amour saphique renomm\u00e9.\" width=\"600\" height=\"949\" \/><em class=\"cap-ai\">Photographie du po\u00e8me &#039;For Willyce&#039; par Pat Parker, un po\u00e8me d&#039;amour saphique renomm\u00e9.<\/em>Photographie du po\u00e8me \u00ab Pour Willyce \u00bb de Pat Parker, un po\u00e8me d&rsquo;amour saphique renomm\u00e9.<\/p>\n<p><em>Quand je te fais l&rsquo;amour<\/em> <em>j&rsquo;essaie<\/em> <em>\u00e0 chaque coup de langue\/<\/em> <em>de dire je t&rsquo;aime<\/em> <em>de taquiner je t&rsquo;aime<\/em> <em>de marteler je t&rsquo;aime<\/em> <em>de fondre je t&rsquo;aime<\/em><\/p>\n<p><em>&amp; tes sons d\u00e9valent<\/em> <em>oh dieu !<\/em> <em>oh j\u00e9sus !<\/em> <em>et je pense \u2013<\/em> <em>voil\u00e0, un type<\/em> <em>se voit attribuer le m\u00e9rite de ce<\/em> <em>qu&rsquo;une femme<\/em> <em>a fait,<\/em> <em>encore une fois.<\/em><\/p>\n<p>(<em>Pit Stop<\/em> par Pat Parker)<\/p>\n<p>Le po\u00e8me de Parker frappe par sa franchise et sa r\u00e9p\u00e9tition, soulignant l&rsquo;intentionnalit\u00e9 d&rsquo;exprimer l&rsquo;amour par des actes physiques. La narratrice assimile explicitement le \u00ab coup de langue \u00bb \u00e0 dire \u00ab je t&rsquo;aime \u00bb, utilisant des verbes vari\u00e9s (\u00ab taquiner \u00bb, \u00ab marteler \u00bb, \u00ab fondre \u00bb) pour transmettre la nature multiforme de cette expression. Le po\u00e8me bascule ensuite brusquement avec les exclamations de l&rsquo;aim\u00e9e, soulignant un r\u00e9flexe culturel courant qui attribue le plaisir ultime \u00e0 la divinit\u00e9 ou \u00e0 des figures masculines. Les derni\u00e8res lignes livrent une critique f\u00e9ministe puissante, r\u00e9affirmant le pouvoir et le plaisir des corps et des actions des femmes dans l&rsquo;acte amoureux, le contrastant avec l&rsquo;effacement historique ou la mauvaise attribution de l&rsquo;agentivit\u00e9 et de la satisfaction f\u00e9minines. La simplicit\u00e9 du langage dissimule la profondeur de l&rsquo;intention \u00e9motionnelle et du commentaire politique tiss\u00e9s dans cette pi\u00e8ce courte et percutante.<\/p>\n<p>Les po\u00e8tes saphique contemporaines continuent de b\u00e2tir sur ce riche h\u00e9ritage, explorant les th\u00e8mes de l&rsquo;amour, de l&rsquo;identit\u00e9 et du lien avec de nouvelles perspectives. La collection de Julie Marie Wade <em>When I Was Straight<\/em> offre une r\u00e9flexion poignante sur le cheminement vers l&rsquo;acceptation de l&rsquo;identit\u00e9 et de l&rsquo;amour saphique. La premi\u00e8re section, intitul\u00e9e \u00ab When I Was Straight \u00bb, utilise des images \u00e9vocatrices pour d\u00e9crire un \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre avant de reconna\u00eetre et d&rsquo;agir pleinement sur son amour pour les femmes.<\/p>\n<p><strong>Quand J&rsquo;\u00e9tais H\u00e9t\u00e9ro<\/strong><\/p>\n<p><em>Je n&rsquo;aimais pas les femmes comme je les aime maintenant.<\/em> <em>Je les aimais les yeux ferm\u00e9s, le dos tourn\u00e9.<\/em> <em>Je les aimais silencieuses, &amp; surprises, &amp; timides.<\/em><\/p>\n<p><em>Le monde \u00e9tait une soir\u00e9e pyjama sans r\u00eave,<\/em> <em>sacs de couchage comme des camisoles de force \u00e9tal\u00e9s sur<\/em> <em>le sol du salon, mon visage press\u00e9 contre un<\/em><\/p>\n<p><em>oreiller fin.<\/em><\/p>\n<p><em>Toute la nuit je me r\u00e9veillais \u00e0 la pluie sur les fen\u00eatres des inconnues.<\/em> <em>Personne ne se souvenait de laisser une lumi\u00e8re allum\u00e9e dans le couloir.<\/em> <em>Le p\u00e8re de quelqu&rsquo;un semblait toujours se raser.<\/em><\/p>\n<p><em>Quand je me levai, j&rsquo;essayai de marcher sur la pointe des pieds<\/em> <em>autour des corps endormis, leurs longs cheveux<\/em> <em>tachet\u00e9s de confettis, leurs visages p\u00e2lis par la<\/em><\/p>\n<p><em>lune du porche.<\/em><\/p>\n<p><em>Je ne savais jamais exactement o\u00f9 \u00e9tait la salle de bain.<\/em> <em>J&rsquo;essayai de r\u00e9veiller la fille h\u00f4te pour lui demander, mais elle n&rsquo;\u00e9tait<\/em> <em>qu&rsquo;une \u00e0 la d\u00e9rive dans cette mer de corps. J&rsquo;avais honte<\/em><\/p>\n<p><em>de dire qu&rsquo;elles me semblaient toutes pareilles, belles &amp;<\/em> <em>intouchables comme des \u00e9toiles. Il faudrait des ann\u00e9es avant<\/em> <em>que j&rsquo;apprenne \u00e0 trouver qui que ce soit dans le sombre<\/em><\/p>\n<p><em>somptueux, terrifiant.<\/em><\/p>\n<p>(<em>When I Was Straight<\/em> par Julie Marie Wade)<\/p>\n<p>Bien que d\u00e9crivant un \u00e9tat pass\u00e9 de non-reconnaissance plut\u00f4t que l&rsquo;amour pr\u00e9sent, ce po\u00e8me est profond\u00e9ment pertinent pour l&rsquo;exploration des po\u00e8mes d&rsquo;amour saphique. Il capture le sentiment d&rsquo;\u00eatre d\u00e9connect\u00e9e ou incapable de s&rsquo;engager pleinement dans la possibilit\u00e9 de l&rsquo;amour pour les femmes (\u00ab les yeux ferm\u00e9s, le dos tourn\u00e9 \u00bb, \u00ab silencieuses, &amp; surprises, &amp; timides \u00bb). L&rsquo;imagerie de la \u00ab soir\u00e9e pyjama sans r\u00eave \u00bb avec des \u00ab sacs de couchage comme des camisoles de force \u00bb transmet un sentiment de contrainte et d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9. La confusion de la narratrice et son incapacit\u00e9 \u00e0 distinguer ou \u00e0 atteindre les figures \u00ab belles &amp; intouchables \u00bb autour d&rsquo;elle soulignent la lutte de l&rsquo;identit\u00e9 et du d\u00e9sir naissants. Les derni\u00e8res lignes soulignent le long et difficile cheminement pour pouvoir \u00ab trouver qui que ce soit dans le sombre somptueux, terrifiant \u00bb \u2013 une puissante m\u00e9taphore pour naviguer les complexit\u00e9s de la d\u00e9couverte de soi et embrasser enfin l&rsquo;amour saphique. Comprendre ce parcours enrichit l&rsquo;appr\u00e9ciation des po\u00e8mes qui c\u00e9l\u00e8brent l&rsquo;amour pleinement r\u00e9alis\u00e9. Analyser la po\u00e9sie implique souvent de comprendre de tels cheminements nuanc\u00e9s dans le texte, en tenant compte d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments comme le rythme et la structure qui peuvent \u00eatre \u00e9clair\u00e9s par une compr\u00e9hension de <a href=\"https:\/\/latrespace.com\/what-is-a-meter-in-literature\/\">ce qu&rsquo;est un m\u00e8tre en litt\u00e9rature<\/a>.<\/p>\n<p>Des fragments antiques de Sappho empreints de nostalgie et d&rsquo;accablement physique aux expressions classiques d&rsquo;admiration et de d\u00e9sir de Wu Tsao, l&rsquo;exploration sensuelle du toucher de Vivien, la passion d\u00e9fiante de Gidlow, le lien \u00e9l\u00e9mentaire de Lorde, l&rsquo;affirmation directe et la critique de Parker, et la r\u00e9flexion poignante de Wade sur le chemin de l&rsquo;acceptation de soi, les po\u00e8mes d&rsquo;amour saphique offrent un r\u00e9cit continu et \u00e9volutif de l&rsquo;amour entre femmes. Ces po\u00e8mes ne sont pas seulement des artefacts historiques ; ce sont des t\u00e9moignages vivants du pouvoir durable du d\u00e9sir, du lien et de la capacit\u00e9 du c\u0153ur humain \u00e0 aimer et \u00e0 \u00eatre aim\u00e9, exprim\u00e9s avec courage et art \u00e0 travers le temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La po\u00e9sie saphique, n\u00e9e du g\u00e9nie lyrique de l&rsquo;ancienne po\u00e9tesse grecque Sappho de Lesbos, a longtemps servi de voix puissante &#8230; <a title=\"La flamme saphique : Histoire de l&rsquo;amour entre femmes en po\u00e9sie\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/latrespace.com\/fr\/la-flamme-saphique-histoire-de-lamour-entre-femmes-en-poesie\/\" aria-label=\"Read more about La flamme saphique : Histoire de l&rsquo;amour entre femmes en po\u00e9sie\"> <\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9359,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-12881","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-poemes","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-25"],"lang":"fr","translations":{"fr":12881,"en":9358,"de":11013,"es":12407},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12881","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12881"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12881\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12881"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12881"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/latrespace.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12881"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}