Les sonnets de William Shakespeare se dressent comme des piliers durables dans le paysage de la littérature anglaise. Composés de 154 poèmes, principalement écrits dans la forme spécifique qui porte désormais son nom – le sonnet shakespearien – ils explorent les thèmes de l’amour, de la beauté, du temps, de la mortalité et de la jalousie avec une profondeur et une maîtrise linguistique inégalées. Bien que la collection offre une vaste tapisserie de l’expérience humaine, l’exploration côte à côte de deux sonnets de Shakespeare peut offrir un aperçu fascinant de l’étendue de son génie poétique et de ses différentes approches du thème de l’amour. Ces poèmes courts de quatorze vers, écrits en pentamètre iambique, révèlent un maître à l’œuvre, manipulant la forme et le langage pour capturer des émotions complexes et des idées philosophiques.
Contents
Sonnet 18 : L’été immortel
Peut-être le sonnet le plus célèbre de la langue anglaise, le Sonnet 18, commence par le vers iconique : « Shall I compare thee to a summer’s day? » Adressé au jeune homme loyal, ce poème explore le pouvoir de la poésie à conférer l’immortalité à la beauté de l’être aimé, la contrastant avec la nature transitoire de l’été.
Shall I compare thee to a summer’s day?
Thou art more lovely and more temperate:
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer’s lease hath all too short a date;
Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm'd;
And every fair from fair sometime declines,
By chance, or nature's changing course, untrimm'd;
But thy eternal summer shall not fade,
Nor lose possession of that fair thou ow’st;
Nor shall death brag thou wander’st in his shade,
When in eternal lines to time thou grow’st:
So long as men can breathe or eyes can see,
So long lives this, and this gives life to thee.
Structure et schéma de rimes
Le Sonnet 18 suit la structure classique du sonnet shakespearien : trois quatrains (strophes de quatre vers) suivis d’un couplet final (deux vers). Le schéma de rimes est ABAB CDCD EFEF GG. Cette structure permet à Shakespeare de développer un argument ou un thème à travers les quatrains, présentant souvent un tournant ou une « volta » dans la pensée, typiquement au début du troisième quatrain ou du couplet, avant de résoudre ou de résumer dans les vers finaux.
Thème : L’éternité de l’amour contre le déclin du temps
Le thème central est la comparaison de la beauté de l’être aimé à un jour d’été, trouvant finalement l’être aimé supérieur. L’été, bien que beau, est fugace et imparfait – susceptible aux « vents violents » (« rough winds »), à la chaleur extrême ou aux nuages. La beauté du « jeune homme loyal » (« fair youth »), cependant, possède une qualité plus durable (« plus charmante et plus tempérée » – « more lovely and more temperate »). Le poème contraste le déclin naturel (« le cours changeant de la nature » – « nature’s changing course ») avec la vie éternelle accordée par le vers. Le sonnet affirme qu’à travers la poésie (« vers éternels » – « eternal lines »), l’être aimé vivra pour toujours, intouché par le passage du temps ou la jactance de la mort. C’est un thème courant parmi [examples of sonnets] de l’époque.
Images et langage
Shakespeare utilise des images vives liées à la nature et au temps. Les « boutons chéris de mai » (« darling buds of May »), l’« œil du ciel » (« eye of heaven » – le soleil) et le « bail de l’été » (« summer’s lease ») évoquent une beauté pastorale mais aussi son état temporaire. La personnification de la mort « se vantant » (« bragging ») ajoute un élément dramatique, soulignant le défi du poète à la mortalité à travers son art. Le langage est élevé mais accessible, créant un sentiment de louange intemporelle. Le couplet final livre une affirmation puissante, connectant directement la vie du poème à l’existence continue et à l’appréciation de la beauté de l’être aimé.
Sonnet 130 : Une beauté non conventionnelle
En contraste frappant avec les louanges idéalisées du Sonnet 18, le Sonnet 130, souvent associé à la « Dame Noire », offre une représentation humoristique et réaliste de l’amour. Il parodie les concepts pétrarquistes conventionnels courants dans la poésie de l’époque, qui exagéraient souvent la beauté de la maîtresse avec des comparaisons hyperboliques (par exemple, des yeux comme des étoiles, des lèvres comme du corail).
My mistress’ eyes are nothing like the sun;
Coral is far more red than her lips’ red;
If snow be white, why then her breasts are dun;
If hairs be wires, black wires grow on her head.
I have seen roses damask’d, red and white,
But no such roses see I in her cheeks;
And in some perfumes is there more delight
Than in the breath that from my mistress reeks.
I love to hear her speak, yet well I know
That music hath a far more pleasing sound;
I grant I never saw a goddess go;
My mistress, when she walks, treads on the ground:
And yet, by heaven, I think my love as rare
As any she belied with false compare.
Structure et ton
Le Sonnet 130 suit également la structure shakespearienne (trois quatrains, un couplet) avec un schéma de rimes ABAB CDCD EFEF GG. Cependant, son ton est nettement différent de celui du Sonnet 18. Il est enjoué, ironique et ancré dans le réalisme. Chaque quatrain introduit une série de comparaisons peu flatteuses, démontant systématiquement les louanges poétiques typiques de l’époque.
Thème : Amour réaliste et anti-pétrarquisme
Le thème principal est une représentation réaliste de l’amour qui valorise l’affection sincère plutôt que l’idéalisation artificielle. En rejetant les comparaisons excessives utilisées par d’autres poètes (« les yeux ne ressemblent en rien au soleil » – « eyes are nothing like the sun », « les seins sont bruns » – « breasts are dun », « des fils noirs poussent sur sa tête » – « black wires grow on her head »), Shakespeare souligne que son amour pour sa maîtresse est basé sur qui elle est, et non sur le fait qu’elle corresponde à un standard de beauté artificiel. C’est une déclaration « anti-pétrarquiste », suggérant que le véritable amour ne nécessite pas que l’être aimé soit une déesse sans défaut. Cette représentation terre-à-terre peut résonner profondément, peut-être même plus que les [romantic love poems for your husband] idéalisés.
Images et langage
L’imagerie est délibérément banale et même peu flatteuse : seins « bruns » (« dun »), « fils noirs » (« black wires ») pour les cheveux, un souffle qui « empeste » (« reeks »), et la maîtresse qui « foule le sol » (« treading on the ground ») plutôt que de flotter comme une déesse. Ces images sont efficaces précisément parce qu’elles sont l’opposé des descriptions poétiques attendues. Le langage est direct et souvent brutal, renforçant le rejet de l’artifice poétique par le poème. La volta se produit dans le couplet final, où le locuteur passe brusquement de la critique à une puissante affirmation de son amour unique et authentique, déclarant sa maîtresse aussi « rare » (« rare ») que n’importe quelle autre calomniée par de fausses comparaisons.
Comparaison des deux sonnets
Ces deux sonnets de Shakespeare démontrent la polyvalence du poète. Le Sonnet 18 représente une approche plus traditionnelle de la poésie amoureuse, célébrant la beauté et conférant l’immortalité par le vers, un thème courant chez [Shakespeare on poetry]. Le Sonnet 130, quant à lui, subvertit les conventions poétiques, offrant une perspective plus moderne et réaliste sur l’amour et la beauté. Ensemble, ils montrent que Shakespeare était capable à la fois d’adhérer et de satiriser habilement les normes poétiques de son temps, explorant la nature multifacette de l’amour dans toutes ses formes idéalisées et imparfaites.
Une vieille page imprimée montrant plusieurs sonnets de Shakespeare
Ces deux œuvres, bien que différentes dans leur approche, sont unies par leur maîtrise de la forme du sonnet et leur impact durable sur les lecteurs, incitant à la réflexion sur la beauté, le temps et la véritable nature de l’affection. Explorer ne serait-ce que deux sonnets de Shakespeare offre un riche aperçu de l’esprit du Barde et du pouvoir durable de sa poésie. Pour ceux qui souhaitent approfondir, lire d’autres de ses œuvres, peut-être en commençant par d’autres exemples célèbres trouvés sur une liste complète des [shakespear poem]s, peut éclairer davantage la vaste portée de sa contribution littéraire.