Catulle : explorer ses poèmes et l’art de la traduction

Gaius Valerère Catullus, un poète romain écrivant à l’époque tumultueuse de la fin de la République, a laissé derrière lui une collection de vers qui continuent de résonner avec une immédiateté frappante. Ses poèmes, bruts, passionnés, satiriques et profondément personnels, offrent une fenêtre unique sur la vie, les amours et le monde social de Rome au Ier siècle avant J.-C. Pour les lecteurs modernes, accéder à cette voix vibrante dépend souvent de la qualité et de l’accessibilité des traductions des poèmes de Catulle. La traduction n’est pas un simple transfert de mots ; c’est un acte qui jette un pont entre les cultures et les siècles, tentant de capturer l’esprit, la métrique et l’émotion cinglante du latin original.

Contents

Cet article plonge dans le monde de Catulle, explorant ses thèmes variés et son attrait durable à travers le prisme de la traduction. Nous examinerons ses poèmes célèbres, du tristement célèbre cycle de Lesbie aux invectives mordantes et aux élégies touchantes, appréciant la manière dont une traduction habile permet à ces vers antiques de s’épanouir à nouveau.

Gaius Valerius Catullus : Vie, amours et paysage littéraire

Né à Vérone vers 84 avant J.-C., Catulle arriva à Rome pendant une période de bouleversements politiques et de changements sociaux importants. Contrairement aux grands poètes épiques des époques antérieures, Catulle se concentra sur l’accent mis par le mouvement novi poetae (les nouveaux poètes) sur l’expérience personnelle, la versification raffinée et les modèles grecs (en particulier les poètes hellénistiques comme Callimaque). Son œuvre se caractérise par sa franchise frappante, son intensité émotionnelle et sa brillance technique à travers diverses métriques.

Son sujet le plus célèbre est l’énigmatique Lesbie, que l’on croit être Clodia, l’épouse de Quintus Caecilius Metellus Celer. Le cycle de Lesbie retrace la trajectoire volatile de leur liaison, de l’amour extatique à la désillusion amère. Mais la poésie de Catulle s’étend bien plus loin, s’adressant à des amis (comme Calvus, Cinna et Veranius), fustigeant des ennemis (Mamurra, César, Gellius), pleurant des pertes (son frère) et célébrant les rituels de la vie (mariages). Sa capacité à saisir les moments fugaces de l’émotion humaine, ainsi qu’un commentaire social acerbe et de l’obscénité, fait de lui l’une des figures les plus fascinantes et les plus accessibles de l’Antiquité.

L’art de la traduction : Redonner vie au latin antique

Traduire Catulle présente un ensemble unique de défis. La langue latine, avec son ordre des mots flexible et ses riches flexions, diffère grandement du français. Catulle utilisait une variété de mètres, que les traducteurs doivent décider de reproduire, d’adapter ou d’abandonner au profit du vers libre. De plus, ses poèmes contiennent de nombreuses allusions à la vie romaine contemporaine, à la mythologie et à des individus spécifiques, nécessitant des notes explicatives pour les lecteurs modernes. L’usage notoire du poète d’un langage explicite et d’invectives tranchantes force également les traducteurs à affronter des questions de ton et de fidélité.

Une traduction réussie des poèmes de Catulle ne capture pas seulement le sens littéral, mais aussi l’esprit, l’énergie et le poids émotionnel de l’original. Elle cherche à faire entendre et sentir la voix ancienne par un nouveau public. La traduction d’A. S. Kline, présentée dans le texte original, est une telle tentative de rendre Catulle accessible, présentant les poèmes dans un anglais clair et moderne.

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Exploration des poèmes traduits de Catulle

La collection présentée ici propose un voyage à travers les œuvres les plus célèbres et les plus caractéristiques de Catulle. Numérotés selon la convention, ces poèmes révèlent l’étendue de ses intérêts poétiques et de sa gamme émotionnelle.

Poème 1 : La Dédicace

Commentaire : Catulle dédie son « petit livre frais » à Cornelius Nepos, reconnaissant le travail savant de son ami et espérant que ses propres « bagatelles » (vers légers) perdureront. Ce poème donne le ton d’une ambition modeste contrastant avec la qualité durable de ses vers.

À qui j’envoie ce petit livre frais d’esprit, tout juste poli à la pierre ponce sèche ? À toi, Cornelius : puisque tu avais l’habitude de considérer mes bagatelles comme valant quelque chose même alors, quand toi seul parmi les Italiens osais expliquer tous les âges, en trois ouvrages savants, par Jupiter, et avec le plus grand labeur. Alors prends ce petit livre pour tien : quel qu’il soit, et quelle que soit sa valeur : Vierge Muse, protectrice, qu’il dure, pour plus d’une vie.

Auteur romain dédiant un livreAuteur romain dédiant un livre

Poème 2 : Larmes pour le moineau de Lesbie

Commentaire : Un portrait affectueux de Lesbie jouant avec son moineau de compagnie. Le poème capture un moment de tendresse et suggère l’intensité des sentiments de l’orateur pour Lesbie, contrastant son interaction ludique avec l’oiseau avec sa propre « forte passion ».

Moineau, délice de ma douce fille, avec qui elle joue, qu’elle tient contre sa poitrine, à qui, gourmande, elle donne son petit doigt, te provoquant souvent à une morsure aiguë, chaque fois que mon brillant désir souhaite jouer avec quelque chose qu’elle aime, je suppose, pendant que la forte passion s’apaise, ce pourrait être un petit soulagement à sa douleur : puis-je jouer avec toi comme elle le fait et apaiser les soucis d’un esprit triste !

Poème 2b : Atalante

Commentaire : Un court poème elliptique faisant référence au mythe d’Atalante et des pommes d’or. Il est souvent interprété comme une image brève et suggestive du désir et de la soumission, peut-être un fragment ou une pièce complémentaire.

C’est aussi agréable pour moi que, dit-on, cette pomme d’or le fut pour la jeune fille rapide, qui dénoua sa ceinture, trop longtemps nouée.

Scène mythologique avec des figuresScène mythologique avec des figures

Poème 3 : La Mort du moineau de Lesbie

Commentaire : Une célèbre complainte pour la mort du moineau de Lesbie, contrastant la présence familière de l’oiseau avec sa descente aux enfers. Le ton est plaintif et exagéré, soulignant la profondeur du chagrin de Lesbie (et de l’orateur), et personnifiant l’oiseau comme un compagnon bien-aimé. Ce chagrin hyperbolique souligne la dévotion de l’orateur envers Lesbie.

Pleurez, vous les Amours et les Cupides et ceux d’entre vous qui aiment la beauté : le moineau de ma fille est mort, moineau, le délice de la fille, qu’elle aimait plus que ses yeux. Car il était doux comme le miel, et la connaissait aussi bien que la fille sa propre mère, il ne bougeait jamais de ses genoux, mais, sautillant çà et là, il gazouillait seulement pour sa maîtresse. Maintenant, il descend le chemin ombreux d’où l’on dit que personne ne revient. Maintenant, que le mal soit à vous, ombres mauvaises d’Orcus, qui dévorez tout ce qui est beau : vous m’avez volé ce charmant moineau. Ô acte maléfique ! Ô pauvre petit moineau ! Maintenant, par tes efforts, les yeux de ma fille sont enflés et rouges de pleurs.

Image d'une figure associée au monde souterrainImage d'une figure associée au monde souterrain

Poème 4 : Son Bateau

Commentaire : Ce poème, apparemment sur un bateau, se transforme en métaphore de la vie ou des expériences de l’orateur. Le bateau raconte son histoire, depuis le bois sur une montagne jusqu’à la navigation sur des mers dangereuses, pour finalement reposer en toute sécurité. Il réfléchit aux voyages, à la vitesse et au vieillissement tranquille éventuel.

Ce bateau que vous voyez, amis, vous dira qu’elle fut la plus rapide des embarcations, ne pouvant être défiée en vitesse par aucun navire à flot, qu’il soit poussé par la voile ou le labeur des rames. La côte menaçante de l’Adriatique ne le niera pas, ni les îles des Cyclades, ni la noble Rhodes, ni le Bosphore redoutable, ni la baie sinistre de la Mer Noire où, avant de devenir bateau, elle était du bois feuillu : car sur les hauteurs de Cytorus elle sifflait souvent aux feuilles murmurantes. Le bateau dit que ces choses vous étaient bien connues, et le sont encore, Amastris et Cytorus paré de buis : elle dit que depuis le tout début elle se tenait sur votre pente, qu’elle plongea ses rames dans votre eau, et y transporta son propriétaire à travers tant de lames obstinées, que le vent crie de tribord ou de bâbord, ou que Jupiter frappe les écoutes d’un côté et de l’autre, ensemble : et aucune prière aux dieux du rivage ne lui fut offerte, quand elle vint d’une mer étrangère ici, aussi loin que ce lac limpide. Mais c’est du passé : maintenant, cachée ici, elle vieillit tranquillement et s’offre à vous, Castor et son frère, Jumeaux célestes.

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 5 : Vivons et Aimons : à Lesbie

Commentaire : Peut-être le plus célèbre des poèmes de Catulle, « Vivamus, mea Lesbia, atque amemus » (Vivons, ma Lesbie, et aimons) est un plaidoyer passionné pour embrasser l’amour face à la désapprobation sociale et à la brièveté de la vie. L’accent mis sur les innombrables baisers devient un moyen de défier la convention et de mesurer l’intensité incommensurable de leur amour. C’est un poème romantique par excellence.

Vivons, ma Lesbie, aimons, et toutes les paroles des vieillards, si moralisateurs, qu’elles valent moins que rien pour nous ! Les soleils peuvent se coucher, et les soleils peuvent se lever à nouveau : mais quand notre courte lumière se sera couchée, la nuit est un long sommeil éternel. Donne-moi mille baisers, cent de plus, encore mille, et encore cent, et, quand nous aurons compté les nombreux milliers, mélange-les pour ne pas tous les connaître, afin qu’aucun ennemi ne puisse jeter un mauvais œil, en sachant qu’il y eut tant de baisers.

Poème 6 : La Fille de Flavius : à Flavius

Commentaire : Un poème ludique et suggestif s’adressant à un ami, Flavius, manifestement engagé dans une liaison passionnée et secrète. Catulle décrit avec humour les signes révélateurs des activités nocturnes de Flavius, le pressant de se confesser afin qu’il puisse immortaliser son amour en vers.

Flavius, à moins que tes délices ne soient insipides et peu élégants, tu voudrais raconter, et tu ne pourrais te taire. Sûrement es-tu amoureux d’une petite putain fiévreuse : tu as honte de le confesser. Maintenant, inutilement silencieux, tu ne sembles pas inactif la nuit, c’est proclamé par ton lit couronné, parfumé de parfum syrien, coussins et oreillers écrasés, ici et là, et le cadre tremblant secoué, frémissant et errant. Mais le silence ne te sert à rien. Pourquoi ? Les cuisses écartées le clament, sinon tout à fait la folie que tu commets. Comment et quoi que tu aies, bon ou mauvais, dis-le-nous. Je veux te nommer, toi et tes amours, aux cieux dans des vers charmants.

Poème 7 : Combien de Baisers : à Lesbie

Commentaire : Suite du poème 5, Lesbie demande combien de baisers seraient « suffisants ». Catulle répond par des comparaisons extravagantes – grains de sable en Libye, étoiles dans le ciel nocturne – suggérant que son désir est incommensurable et au-delà du calcul humain, les protégeant des regards envieux.

Lesbie, tu demandes combien de tes baisers seraient suffisants et plus encore pour me satisfaire. Autant que les grains de sable de Libye qui gisent entre l’oracle du chaud Jupiter, à Ammon, dans la Cyrène produisant de la résine, et le tombeau sacré du vieux Battiade : ou autant que les étoiles, quand la nuit est calme, contemplant les désirs humains secrets : autant de tes baisers sont suffisants, et plus encore, pour le fou Catulle, qu’ils ne peuvent être comptés par les espions ni ensorcelés par une langue mauvaise.

Tête d'une divinité antiqueTête d'une divinité antique

Poème 8 : Conseil : à lui-même

Commentaire : Un monologue intérieur poignant, peut-être la description la plus célèbre de sa lutte pour surmonter son amour dévastateur pour Lesbie. Catulle est aux prises avec la douleur du rejet, se pressant d’être fort et de passer à autre chose, tout en imaginant simultanément les regrets futurs et la solitude de Lesbie.

Triste Catulle, cesse de faire l’idiot, et laisse ce que tu sais te mène à la ruine, finir. Autrefois, des jours lumineux brillaient pour toi, quand tu venais souvent attiré par la fille aimée comme nulle autre ne le sera par toi. Alors il y eut beaucoup de plaisirs avec elle, que tu souhaitais, et la fille pas réticente, vraiment les jours lumineux brillaient pour toi. Et maintenant elle ne te veut plus : et toi, homme faible, refuse de chasser ce qui fuit, ou de vivre dans la misère : sois fort d’esprit, tiens bon. Adieu fille, maintenant Catulle est ferme, il ne te cherche pas, ne demandera pas malgré toi. Mais tu pleureras, quand personne ne demandera. Malheur à toi, fille méchante, quelle vie te reste-t-il ? Qui te supportera maintenant ? Qui verra ta beauté ? Qui aimeras-tu maintenant ? De qui diront-ils que tu seras ? Qui embrasseras-tu ? Dont mordras-tu les lèvres ? Mais toi, Catulle, résous-toi à être ferme.

Poème 9 : Retour d’Espagne : à Veranius

Commentaire : Un joyeux accueil pour son ami Veranius, de retour d’un voyage en Espagne. Le poème capture la chaleur de l’amitié, l’impatience d’entendre les récits de voyage et le simple plaisir des retrouvailles.

Veranius, le premier pour moi de tous mes trois cent mille amis, es-tu revenu chez toi, tes frères harmonieux, et ta vieille mère ? Tu es de retour. Ô heureuse nouvelle pour moi ! Je te verrai sain et sauf et écouterai tes récits des lieux espagnols que tu as parcourus, et des tribus, comme c’est ton habitude, et je m’accrocherai à ton cou, et embrasserai ta charmante bouche et tes yeux. Ô qui de tous les hommes est plus heureux que moi, le plus joyeux et le plus heureux ?

Poème 10 : Vérités crues pour la fille de Varus : à Varus

Commentaire : Une anecdote humoristique racontant la visite de Catulle avec Varus chez une prostituée, où il se vante faussement de la richesse qu’il a acquise en Bithynie. Son mensonge est démasqué lorsqu’elle lui demande d’emprunter ses porteurs de litière imaginaires, ce qui conduit à un moment d’embarras amusant.

Varus m’entraîne dans ses affaires hors du Forum, où l’on me voit oisif : chez une petite putain que j’ai immédiatement vue, pas très inélégante, pas peu attrayante, qui, quand nous sommes arrivés, nous a accueillis avec des bavardages variés, y compris, comment la Bithynie se portait-elle maintenant, comment était-elle, et où aurais-je pu en tirer profit en espèces. Je lui ai dit la vérité, rien du tout, tandis que ni les préteurs ni leurs aides ne revenaient plus riches, surtout depuis que notre préteur, Memmius, cet enfoiré, ne se souciait pas un brin de ses suivants. ‘Mais sûrement,’ dirent-ils, ‘vous auriez pu acheter des esclaves, on dit qu’ils sont faits pour la litière là-bas.’ Moi, pour que la fille me prenne pour un riche, je dis : ‘non, pour moi les choses n’étaient pas si mauvaises, qu’en traversant une mauvaise province, je ne pouvais pas acheter huit bons hommes.’ Mais je n’avais personne, ni ici ni là, qui pût même soulever sur son épaule le pied brisé d’un vieux divan. À cela, elle, comme l’impudente qu’elle était, dit : ‘Je t’en prie, cher Catulle, prête-les-moi, juste pour un moment : je voudrais être portée au temple de Serap.’ ‘Attends,’ dis-je à la fille, ‘ce que je viens de dire était mien, n’est pas réellement en ma possession : mon ami Cinna, c’est Caius, a acheté la chose pour lui-même. Qu’ils soient siens ou miens, quelle différence pour moi ? Je les utilise aussi bien que si je les avais achetés moi-même. Mais tu es tout à fait insipide, et agaçante, toi avec qui aucune inexactitude n’est permise.’

Relief antique représentant des figures devant une divinitéRelief antique représentant des figures devant une divinité

Poème 11 : Mots contre Lesbie : à Furius et Aurelius

Commentaire : Un adieu brutal et célèbre à Lesbie, délivré par l’intermédiaire d’amis qui sont chargés de transmettre son message amer. Le poème contraste des lieux exotiques et lointains avec la promiscuité de Lesbie, culminant avec la puissante métaphore de leur amour comme une fleur détruite par une charrue qui passe. Cela marque un tournant brutal par rapport aux poèmes affectueux antérieurs.

Furius et Aurelius, vous amis de Catulle, qu’il pénètre l’Inde la plus lointaine, où les vagues orientales frappent le rivage avec une profonde résonance, ou parmi les Hyrcaniens et les Arabes souples, ou les Sacians et les archers Parthes, ou là où le Nil à sept bouches colore les eaux, ou qu’il grimpe les hautes Alpes, voyant les grands monuments de César, les eaux du Rhin gaulois, et les fiers Bretons les plus lointains, quelle que soit la volonté des cieux, prêt maintenant à tout, dites ceci à ma fille en quelques mots de mauvais augure. Qu’elle vive et soit heureuse avec ses adultères, qu’elle tienne les trois cents dans son étreinte, vraiment sans amour, les usant tous encore et encore : qu’elle ne cherche plus mon amour comme autrefois, elle dont le crime l’a détruit, comme la dernière fleur du champ, touchée une fois par la charrue qui passe.

Poème 12 : Arrête de Voler les Serviettes ! : à Asinius Marrucinus

Commentaire : Un poème léger mais cinglant réprimandant un ami, Asinius Marrucinus, pour avoir volé des serviettes lors de réunions sociales. Catulle en plaisante mais insiste sur le retour de ses serviettes, qui sont des cadeaux sentimentaux d’autres amis.

Asinius Marrucinus, tu n’emploies pas très bien ta main gauche : dans le vin et la plaisanterie tu prends le linge de table négligé. Penses-tu que c’est spirituel ? Va-t’en, idiot : c’est une chose si sordide et si peu attrayante. Tu ne me crois pas ? Crois Pollionus ton frère, qui souhaite que tes vols puissent être réparés par de l’argent : c’est un garçon vraiment plein d’esprit et d’humour. Alors attends trois cents hendécasyllabes ou rends ma serviette, dont la valeur ne me dérange pas, vraiment, c’est un souvenir de mes amis. Fabullus et Veranius m’ont envoyé ce cadeau, des serviettes d’Espagne : elles doivent être chéries comme mes Veranius et Fabullus doivent l’être.

Poème 13 : Invitation : à Fabullus

Commentaire : Une charmante invitation à un ami, Fabullus, pour dîner. Catulle admet avec humour qu’il n’a lui-même ni nourriture ni vin, mais offre quelque chose de mieux : bonne compagnie, esprit, rires et un parfum spécial que lui a donné Lesbie, si exquis qu’il fera souhaiter à Fabullus d’être « tout nez ».

Tu dîneras bien, dans quelques jours, chez moi, si les dieux te sont favorables, mon cher Fabullus, et si tu apportes beaucoup de bonne nourriture avec toi, et ne viens pas sans une jolie fille, et du vin, et de l’esprit, et tous tes rires. Je dis que tu dîneras bien, et charmamment, si tu apportes tout cela : car la bourse de ton Catulle hélas est pleine de toiles d’araignées. Mais accepte des marques d’affection en échange du vin ou de ce qui est plus doux et plus fin : car je te donnerai un parfum que ma fille a reçu des Amours et des Cupides, et quand tu l’auras senti, tu demanderas aux dieux de faire de toi, Fabullus, tout nez.

Poème 14 : Quel Livre ! : au poète Calvus

Commentaire : Une plainte humoristique adressée à son ami, le poète Calvus, pour lui avoir envoyé une collection de poèmes affreuse en cadeau pendant le festival des Saturnales. Catulle plaisante en disant qu’un tel livre est une malédiction, promettant de riposter en envoyant à Calvus des œuvres tout aussi terribles d’autres mauvais poètes.

Si je ne t’aimais pas plus que mes yeux, très charmant Calvus, je ne t’aimerais pas pour ce cadeau, d’une vraie haine Vatinienne : Maintenant, qu’ai-je fait et qu’ai-je dit, pour être si mal maudit par les poètes ? Que les dieux envoient le malheur à ce client qui t’a envoyé tant de malheureux. Mais si, comme je le devine, Sulla le grammairien t’a donné ce cadeau nouveau et inventif, cela ne me fait aucun mal, c’est bon et bien que tes efforts ne soient pas tous gaspillés. Grands dieux, un livre incroyable, immortel ! Que tu as envoyé, bien sûr, à ton Catulle, pour qu’il meure immédiatement, au jour le plus favorable, pendant les Saturnales ! Non, tu ne t’en tireras pas avec ce crime. Maintenant, quand il fera assez clair, je courrai chez les libraires des copistes, j’acquerrai Caesius, Aquinus, Suffenus, tous les empoisonneurs. Et je te rembourserai pour cette souffrance. En attendant, adieu, va-t’en, là, d’où tes pieds malheureux t’ont amené, maudits de l’époque, pires des poètes.

Poème 15 : Un Avertissement : à Aurelius

Commentaire : Catulle confie un jeune garçon, peut-être son amant, aux soins de son ami Aurelius, mais exprime immédiatement une profonde méfiance quant à la nature sexuellement prédatrice d’Aurelius. Le poème est un avertissement brutal, utilisant des images crues, contre toute violation du garçon.

Je me confie, moi et mon amour, à toi, Aurelius. Je demande une indulgence modeste, ainsi, si tu as jamais eu un désir dans ton esprit que tu as poursuivi chastement et purement, garde ce garçon à moi modestement en sécurité, je ne parle pas aux masses – rien à craindre de ceux qui passent et repassent dans les rues occupés par leurs affaires – vraiment la peur vient de toi et de ta bite dangereuse pour les bons et les mauvais garçons. Secoue-la comme il te plaît, et avec autant de force que tu le souhaites, où que tu choisisses, dehors : je l’exclus de cela, avec modestie, je pense. Mais si les tempêtes d’esprit, et la passion folle t’incitent à trop de péchés, misérable, de sorte que tu remplis la tête de mon garçon de tromperies, alors que la misère, et un destin funeste, soient tiens ! Lui dont, les pieds écartés, une porte ouverte, des radis et des mulets passent à travers.

Poème 16 : Une Réprimande : à Aurelius et Furius

Commentaire : Une attaque virulente contre Aurelius et Furius, qui ont apparemment critiqué les vers de Catulle comme étant trop explicites ou efféminés en raison de leur contenu (faisant référence aux « mille baisers » du poème 5). Catulle soutient que si le poète lui-même doit être chaste, ses vers peuvent être licencieux et spirituels sans que cela ne reflète sa propre masculinité. Il termine par une menace choquante utilisant un langage grossier.

Je te baiserai et je te défoncerai le cul, Aurelius le pathique, et Furius le sodomite, vous qui pensiez me connaître par mes vers, puisqu’ils sont érotiques, pas assez modestes. Il convient au poète lui-même d’être consciencieusement chaste, ses vers pas nécessairement du tout : qui, en bref alors, ont de l’esprit et du bon goût même s’ils sont érotiques, pas assez modestes, et pour cela peuvent inciter à la luxure, je ne parle pas aux garçons, mais à ceux qui sont poilus et ne peuvent bouger leurs reins raides. Vous, qui avez lu tous ces mille baisers, vous pensez que je suis moins homme ? Je vous baiserai, et je vous défoncerai le cul.

Poème 17 : La Ville de Cologna Veneta

Commentaire : Ce poème s’adresse à une ville (Cologna Veneta) connue pour un pont branlant. Catulle espère un nouveau pont mais souhaite aussi voir un certain concitoyen « terne » tomber dans la boue en contrebas, contrastant l’insensibilité de l’homme envers sa jeune femme avec le potentiel animé du pont de la ville. (Note : Les poèmes 18-20 sont considérés comme faux et sont omis ici).

Ô Cologna, toi qui désires un long pont pour t’amuser, et es prête à danser, bien que tu craignes les supports de pont inutiles avec leurs planches debout très réparées, de peur qu’ils ne tombent et ne gisent dans la boue profonde : qu’un bon pont te soit construit comme tu le désires où même les prêtres sautant à la marelle sont en sécurité : mais Cologna, donne-moi ce plus grand cadeau, un bon rire. Je veux qu’un de mes concitoyens tombe tête baissée droit dans la boue profonde depuis ton pont, car vraiment tout le plan d’eau et le marais putride est le plus noir et le plus profond des abîmes. L’homme est totalement terne, ne sait pas plus qu’un enfant de deux ans, endormi dans les bras tremblants de son père. Lui, qui, bien qu’il ait épousé une jeune fille dans sa première floraison, une fille plus délicate qu’une jolie petite chèvre, ayant besoin d’être soignée plus attentivement que les raisins les plus choisis, la laisse jouer comme elle veut, ne s’en soucie pas un brin, ne s’est pas montré à la hauteur, mais comme un aulne dans un fossé ligure, estropié par la hache, en ressent autant que s’il n’y avait pas de femme là : Telle est sa stupeur qu’il ne voit pas, ni ne m’entend, lui, qui ne sait pas qui il est, ni s’il est ou non. Maintenant, je veux le jeter tête la première depuis ton pont, s’il est possible de faire naître soudainement cette stupidité stupéfaite, et d’abandonner cet esprit indolent dans le lourd bourbier, comme les mules jettent leurs fers dans les profondeurs tenaces.

Poème 21 : Cupide : À Aurelius.

Commentaire : Une autre attaque contre Aurelius, l’accusant de prédation sexuelle envers les amis de Catulle, en particulier le jeune garçon mentionné dans le poème 15. Catulle utilise un langage dur et explicite pour exprimer son dégoût et avertir Aurelius.

Aurelius, père des famines, tu désires baiser, pas seulement ceux-ci, mais tous mes amis qui l’ont été, le sont, ou le seront dans les années futures. Pas secrètement : maintenant en même temps que tu plaisantes avec l’un, tu essaies de t’accrocher à lui de tous côtés. En vain : maintenant ma bite insidieuse te défoncera d’abord. Et, si tu es rempli, je ne dirai rien : Maintenant, je souffre pour lui : tu enseignes à mon garçon, le mien, à avoir faim et soif. Alors laisse tomber : tant que tu as honte, ou tu finiras par être défoncé.

Poème 22 : Ceux qui vivent dans des maisons de verre : à Varus

Commentaire : Catulle se moque du poète Suffenus, qui se considère comme un écrivain sophistiqué mais produit de la poésie terrible. Catulle utilise cela comme exemple de tromperie de soi, notant que chacun a son propre point aveugle (« nous ne voyons pas le fardeau sur notre propre dos »).

Varus, ce Suffenus, que nous connaissons bien, est un homme charmant, spirituel, urbain, et le même homme a pendant des années écrit de nombreux vers. Je pense qu’il en a écrit mille, dix mille, ou plus, pas ceux qui sont faits sur du papier manuscrit bon marché : mais des papyrus princiers, de nouveaux livres, de nouveaux bouts de rouleaux, de nouveaux liens rouges pour le parchemin, réglés au plomb et lissés partout à la pierre ponce. Quand on les lit, ce charmant Suffenus urbain se transforme en chevrier ou en terrassier : il est si altéré et étrange. Qu’en devrions-nous penser ? Lui qui tout à l’heure jouait peut-être au fou, étant spirituel avec la chose, le même homme est grossier, grossier comme un rustre, il mentionne aussi ses poèmes, et il n’y a jamais rien de plus heureux que les poèmes qu’il écrit : il se plaît tellement, est si émerveillé par lui-même. Bien sûr, nous sommes tous trompés de la même manière, et il n’y a personne qui ne puisse d’une manière ou d’une autre être vu comme un Suffenus. Quel qu’il soit, il est sujet à l’erreur : nous ne voyons pas le fardeau sur notre propre dos.

Poème 23 : Pauvreté : à Furius

Commentaire : Un poème satirique s’adressant à son ami Furius, qui est incroyablement pauvre. Catulle suggère avec humour que la pauvreté de Furius est une sorte de richesse ou de santé, car il n’a rien à perdre et est physiquement « desséché » par manque de nourriture. L’humour est sombre et repose sur des descriptions physiques vives et peu flatteuses.

Furius, toi qui n’as ni esclaves ni argent ni scarabées ni araignées ni feu, tu as vraiment un père et une belle-mère, dont les dents peuvent mâcher comme des silex : c’est bien pour toi, et ton père, et la femme en bois de ton père. Pas étonnant : puisque vous allez tous bien, bonne digestion, rien à craindre, pas de flammes, pas de désastres pesants, pas de méfaits, pas de menace de poison, pas de risque de dangers supplémentaires. Et tu as un corps plus sec qu’un os ou que ce qui est le plus desséché par la chaleur et le froid et la faim. Pourquoi ne serais-tu pas bien et heureux ? Tu n’as pas de sueur, pas de flegme, pas de mucus, pas de mauvais rhume. À cette propreté ajoute plus de propreté, ton cul est plus pur qu’une petite salière, et ne chie pas dix fois par an : et ta merde est plus dure que des haricots ou des cailloux. Donc si tu la frottes et l’écrases entre tes doigts, tu ne peux pas salir un seul doigt : tout cela te convient si heureusement Furius, ne le méprise pas, ni ne le considère comme rien, et cesse de mendier ces cent sesterces que tu demandes toujours : la suffisance est richesse.

Poème 24 : La Pauvreté de Furius : à Iuventius

Commentaire : S’adressant à Iuventius, l’un de ses jeunes amants masculins, Catulle le met en garde contre Furius, soulignant l’extrême pauvreté de Furius malgré son apparence de personne décente. La répétition martèle le point central concernant le manque de richesse de Furius.

Iuventius, toi qui es notre fierté, pas seulement maintenant, mais pour tous les temps qui ont été, ou seront par la suite dans les années futures, plutôt lui céder les richesses de Midas, à celui qui n’a ni esclaves ni argent, que de te laisser aimer par lui. ‘Pourquoi, n’est-il pas un homme décent ?’ demandes-tu. Il l’est : mais cet homme décent n’a ni esclaves ni argent. Ignore-le : dénigre-le comme tu veux : il n’a toujours ni esclaves ni argent.

Peinture représentant une scène mythologiquePeinture représentant une scène mythologique

Poème 25 : Mes Affaires s.v.p. : à Thallus

Commentaire : Une invective dure et obscène dirigée contre Thallus, qui a volé les biens de Catulle. Catulle contraste la mollesse et l’efféminité de Thallus avec son comportement rapace, le menaçant d’un fouet s’il ne rend pas les objets volés.

Thallus le sodomite, plus mou que la fourrure de lapin ou la graisse d’oie, ou le petit bout de l’oreille, ou le pénis flasque d’un vieil homme moisi de toiles d’araignée, et ce même Thallus plus rapace qu’une tempête sauvage, quand la déesse de la mer révèle les brise-lames béants, rends mon manteau, que tu as bondi, et ma serviette espagnole, et ma vaisselle peinte de Bithynie, homme absurde, que tu ‘possèdes’ ouvertement comme des héritages. Maintenant, décolle-les de tes serres, et rends-les, de peur que ces flancs doux et ces doigts tendres ne soient honteusement marqués par la trace du fouet, et que tu te lances immodérément, comme un petit bateau pris dans une mer agitée, dans un vent déchaîné.

Poème 26 : L’Hypothèque : à Furius

Commentaire : Un court poème spirituel sur la villa de Furius. Au lieu d’être exposée aux éléments, Catulle prétend qu’elle n’est exposée qu’à des difficultés financières – une dette massive.

Furius, ta petite villa n’est pas exposée aux vents du sud, ni aux vents d’ouest, au vent du nord sauvage, ni à la brise de l’est, mais vraiment à quinze mille deux cents en espèces. Ô vent terrifiant et destructeur !

Poème 27 : Vin de Falerne

Commentaire : Un poème bref et festif sur la consommation de vin de Falerne fort, un millésime romain prisé. Catulle loue le vin et rejette l’eau, déclarant qu’elle n’est bonne que pour les « rigoureux » ou les abstinents, et dédie la boisson à Bacchus, le dieu du vin.

Servant, remplis-moi de coupes plus fortes de vieux Falerne, puisque les lois de Postumia, la maîtresse, l’exigent, elle qui est plus juteuse que le raisin juteux. Mais toi, l’eau, fatale au vin, va-t’en : loin, où que ce soit, va-t’en chez les rigoureux. Ce vin est celui de Bacchus lui-même.

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Poème 28 : Clientélisme : à Veranus et Fabullus

Commentaire : Catulle compatit avec ses amis Veranius et Fabullus quant à leur expérience décevante au service du gouverneur de province Pison. Il compare leur manque de gain financier et leur mauvais traitement à sa propre expérience négative sous Memmius, soulignant la nature corrompue de l’administration provinciale romaine.

Disciples de Pison, suite nécessiteuse, avec les sacs appropriés et prêts, Veranius, le meilleur, et toi, mon Fabullus, quelles possessions portez-vous ? N’avez-vous pas enduré assez la faim et le froid avec ce vaurien ? Des petits gains apparaissent-ils dans les comptes de dépenses, considérant que moi, suivant mon préteur, je rembourse ce qui a été dépensé, avec un petit gain ? Ô Memmius, vraiment, et quotidiennement, lentement, m’a baisé à reculons avec tout son arbre. Mais, pour autant que je puisse voir, votre cas est le même : maintenant vous êtes remplis par une bite circoncise non moins grande. Cherchez les nobles, mes amis ! Mais, à vous, que les dieux et les déesses apportent beaucoup de malchance, de déshonneurs à Romulus et Remus.

Poème 29 : Catamite

Commentaire : Une satire politique virulente dirigée contre Jules César et son amant présumé, Mamurra (« Mentula » ou « Bite »). Catulle condamne César pour avoir dilapidé la richesse provinciale (de la Gaule et de la Bretagne) au profit de l’extravagance de Mamurra, se demandant comment les Romains peuvent tolérer une telle corruption de la part de leur chef. Ce poème est un exemple puissant de la volonté de Catulle d’attaquer même les figures les plus puissantes.

Qui pourrait le voir, qui pourrait le supporter, à moins d’être sans vergogne, cupide, un joueur ? Mamurra possède des richesses que la Gaule transalpine et la Bretagne la plus lointaine possédaient autrefois. Sodomite romain, vois-tu cela et le supportes-tu ? Et maintenant, l’homme, arrogant, dominateur, volera-t-il à travers tous les lits comme une colombe blanchâtre ou un Adonis ? Sodomite romain, vois-tu cela et le supportes-tu ? Tu es sans vergogne, cupide, un joueur. Sûrement, ce n’était pas pour cela que toi, le chef unique, tu étais dans l’île la plus occidentale, pour que cet outil dissolu dilapide deux ou trois cents fois sa valeur ? Qu’est-ce d’autre qu’une générosité pervertie ? N’a-t-il pas assez dilapidé, ou n’a-t-il pas été assez élevé ? D’abord son héritage fut bien et vraiment dépensé, puis le butin du Pont, puis celui d’Espagne, pour faire trois, comme le sait le Tage aurifère : maintenant craignez pour ceux de la Gaule et de la Bretagne. Pourquoi chérir ce mal ? À quoi est-il bon sinon à dévorer son riche patrimoine ? Est-ce pour cela, le plus riche de la ville, que toi, beau-père, gendre, as gaspillé un monde ?

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 30 : Infidélité : à Alfenus

Commentaire : Une complainte s’adressant à un ami, Alfenus, qui a apparemment trahi la confiance de Catulle et l’a abandonné pendant une période de souffrance. Catulle questionne la loyauté et la confiance humaines, exprimant sa douleur face au lien brisé et avertissant Alfenus que les dieux se souviendront de son infidélité.

Alfenus, négligent, infidèle à la concorde des amis, n’as-tu plus de sympathie maintenant pour ton ami doux ? Les actes impies des hommes trompeurs ne plaisent pas aux dieux. Tu me négliges et m’abandonnes à une misérable maladie. Ah, dis, que doivent faire les hommes, en qui doivent-ils croire ? Sûrement toi, injustement, m’as ordonné de te faire confiance, m’as séduit à aimer, comme si tout était tout à fait sûr pour moi. Maintenant tu te retires, et toutes tes actions et paroles vaines tu les laisses s’envoler dans les vents, avec les nuages aériens. Si tu oublies, les dieux se souviendront, la Foi se souvient, de sorte que quoi que tu fasses, tu te repentiras bientôt de tes actes.

Poème 31 : Sirmio

Commentaire : Un hommage sincère à Sirmio, la villa de Catulle sur le lac de Garde. Le poème exprime son immense joie et son soulagement de revenir chez lui après des voyages à l’étranger. C’est un rare moment de pure contentement et d’appréciation d’un lieu spécifique.

Sirmio, joyau des îles, joyau des péninsules, joyau de tout ce qui est situé dans les eaux claires ou la grande mer, ou l’un ou l’autre océan, avec quelle joie, quel plaisir je te contemple, croyant à peine m’être libéré de la Thynie et des champs de Bithynie, te voyant en sécurité. Ô quelle liberté de souci est plus joyeuse que lorsque l’esprit dépose son fardeau, et fatigué, de retour chez soi après un labeur étranger, nous nous reposons dans le lit tant désiré ? Ce seul moment vaut tout le labeur. Salut, Ô charmante Sirmio, et réjouis-toi comme je me réjouis, et toi, Ô lac aux eaux lydiennes, ris avec tout ce qui vit ici de rire.

Poème 32 : Sieste : à Ipsíthilla

Commentaire : Une invitation sexuellement explicite à une femme nommée Ipsíthilla pour un rendez-vous de sieste. Catulle fait une demande directe pour plusieurs rencontres sexuelles, exprimée avec sa franchise caractéristique et une touche d’humour (« faisant un trou dans ma tunique et mon manteau »).

S’il te plaît, ma douce Ipsíthilla, mon délice, ma charmeuse : dis-moi de venir te voir à la sieste. Et si tu me le dis, aide cela, que personne ne couvre le panneau à ton seuil, ni que tu choisisses de sortir, mais reste chez toi, et prépare-toi à neuf baise, successivement, avec moi. Vraiment, si tu le souhaites, fais-le-moi savoir maintenant : car étendu ici, nourri, et paresseusement repu, je fais un trou dans ma tunique et mon manteau.

Poème 33 : Une Suggestion : à Vibennius

Commentaire : Une brève et grossière attaque contre un père (Vibennius) et son fils, les accusant d’être des voleurs et des déviants sexuels associés aux bains publics. Catulle suggère qu’ils devraient s’exiler en raison de leur réputation notoire.

Ô premier des voleurs de bains Vibennius le père, avec son fils sodomite (car la main droite du père est plus sale, et le cul du fils plus vorace), pourquoi ne pas vous exiler, dans un endroit vil ? Voyant que le pillage du père nous est à tous connu, et le cul velu du fils, vous ne pouvez pas le vendre pour un sou.

Poème 34 : Chant : à Diane

Commentaire : Un hymne dédié à Diane, déesse de la chasse, de la lune et de l’accouchement. Ce poème est une pièce formelle et révérencieuse, contrastant fortement avec les œuvres plus personnelles et satiriques de Catulle. Il démontre sa capacité à écrire dans différents styles et pour différentes occasions.

Sous la protection de Diane, nous, filles pures, et garçons : nous, garçons purs, et filles, nous chantons Diane. Ô, fille de Latone, la plus grande enfant du grand Jupiter, dont la mère a accouché près de l’olivier délien, maîtresse des montagnes et des bosquets verts, des clairières secrètes, et des ruisseaux sonores : toi, appelée Junon Lucina dans les douleurs de l’enfantement, toi, appelée toute-puissante Trivia, et Lune, de lumière artificielle. Ton passage mensuel mesure le cours de l’année, tu remplis le toit du fermier rustique de bonnes récoltes. Prends quel que soit le nom sacré qui te plaît, sois une douce aide pour le peuple de Rome, comme tu l’as été autrefois.

Peinture de figures mythologiques dans un paysagePeinture de figures mythologiques dans un paysage

Poème 35 : Cybèle : à Caecilius

Commentaire : Catulle demande à un morceau de papier de convoquer son ami, le poète Caecilius, à Vérone. Il mentionne qu’une jeune fille savante est profondément amoureuse de Caecilius après avoir lu son poème inachevé sur la déesse Cybèle. Cela montre l’engagement de Catulle avec les cercles littéraires et les thèmes contemporains.

Papier, je voudrais que tu dises à Caecilius, ce poète tendre, mon ami, qu’il quitte le lac de Côme, qu’il vienne maintenant à Vérone, qu’il abandonne la ville et le rivage. Car il y a certaines pensées que je veux qu’il entende, de son ami et du tien. Alors, s’il est sage, il dévorera le chemin, bien qu’une charmante jeune fille l’appelle, demande son retour, lui serrant les mains autour du cou, et implorant un délai. Qui, si la vérité m’a été dite, l’aime maintenant d’un désir violent. Car, depuis le moment où elle a lu sa Dame de Dindymus inachevée, la pauvre petite chose est rongée par le feu jusqu’à la moelle de ses os. Je te pardonne, jeune fille, plus savante que la Muse de Sappho : c’est vraiment charmant, la Grande Mère Cybèle inachevée de Caecilius.

Image représentant une divinitéImage représentant une divinité

Poème 36 : Offrande brûlée : aux déjections de Volusius

Commentaire : Catulle s’adresse aux terribles « Annales » du poète Volusius, les appelant « déjections de papyrus ». Il raconte un vœu fait par sa fille (Lesbie) de brûler la pire poésie en offrande si Catulle arrêtait d’écrire des vers en colère à son sujet. Comme elle considérait l’œuvre de Volusius comme la pire, il accomplit sarcastiquement le vœu. C’est une critique littéraire déguisée en acte religieux.

Annales, de Volusius, déjections de papyrus, acquittez l’offrande votive de ma fille. Car, par la sainte Vénus et Cupidon, elle a promis, que si on me lui rendait, et que je cessais de lancer des iambes sauvages, elle offrirait aux dieux les meilleurs mots, des pires poètes boiteux, consumés par un bois malin. Et la jeune fille pensait que c’était le pire, avec un rire charmant, pour émouvoir les dieux. Maintenant, ô déesse créée de la mer bleue, à qui appartiennent la sainte Idalie, Urii, Ancône, Cnidos ceint de roseaux, et Amathusia, Golgos, et Dyrrachium adriatique, rends le vœu acceptable, accompli, s’il ne manque pas d’esprit et de charme. Mais en attendant, toi, entre dans le feu, toi, plein de rusticités et de grossièretés, annales volusiennes, déjections de papyrus.

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Poème 37 : Entrée Libre : aux habitués et à Egnatius

Commentaire : Un poème de colère dirigé contre une taverne et ses clients qui sont apparemment impliqués avec Lesbie. Catulle utilise un langage cru pour exprimer sa jalousie et sa rage, désignant Egnatius, un homme aux dents d’une blancheur remarquable (moqué davantage dans le poème 39), comme un rival principal.

Taverne luxurieuse, et vous ses habitués, à neuf piliers des piliers des Jumeaux, croyez-vous que vous êtes les seuls à avoir des bites, les seuls à être autorisés à importuner les jeunes filles, et considérez-vous les autres comme des chèvres ? Ou, parce que cent ou deux d’entre vous sont assis à la queue, vous, idiots, que je n’ose pas enculer deux cents ensemble ? Réfléchissez : je vais dessiner partout sur la façade de la taverne avec vos restes. Parce que ma fille, qui a quitté mes bras, que j’ai aimée comme aucune autre fille n’a jamais été aimée, pour qui tant de grandes batailles ont été menées, est là. Vous, tous les riches et les fortunés, vous l’aimez, et, ce qui est si honteux, c’est vrai, tous les moins importants, tous les adultères qui fréquentent les chemins de traverse : toi, surtout, l’un des poilus, rejeton espagnol à tête de lapin, Egnatius. Qu’une barbe ombragée améliore, et des dents brossées avec de la pisse ibérique.

Poème 38 : Un mot, s’il te plaît : à Cornificius

Commentaire : Un poème plaintif adressé à son ami Cornificius. Catulle est malade et misérable et se sent négligé par Cornificius, qui ne lui a pas offert de mots de consolation. Il contraste sa tristesse avec le chagrin légendaire de Simonides.

Il est malade, Cornificius, ton Catulle, il est malade, par Hercule, et c’est mauvais, et pire de plus en plus chaque heure. Où es-tu, pour qui c’est la chose la plus petite et la plus facile, d’apporter de la consolation par des bavardages ? Je suis fâché contre toi. Tant pis pour mon amitié ? Même un peu pourrait me réconforter, plus triste que les larmes de Simonides.

Poème 39 : Tes Dents ! : à Egnatius

Commentaire : Un poème satirique ciblant spécifiquement Egnatius et son sourire constant, que Catulle attribue à ses dents d’une blancheur inhabituelle. Catulle trouve son sourire perpétuel inapproprié dans diverses situations et révèle le secret dégoûtant derrière ses dents blanches : elles sont nettoyées avec de l’urine, une pratique attribuée aux anciens Ibères.

Egnatius, parce qu’il a des dents blanches comme neige, sourit tout le temps. Si tu es défendeur au tribunal, quand l’avocat fait pleurer, il sourit : si tu es en deuil au bûcher de fils pieux, la mère seule et désolée pleurant, il sourit. Quoi que ce soit, où que ce soit, quoi qu’il fasse, il sourit : il a une maladie, ni polie, dirais-je, ni charmante. Donc, un rappel pour toi, de ma part, bon Egnatius. Si tu étais Sabin ou Tiburtin ou un gros Ombrien, ou un Étrusque potelé, ou un Lanuvien sombre et aux dents écartées, ou du nord du Pô, et je mentionnerai aussi mon propre Véronais, ou quiconque d’autre nettoie ses dents religieusement, je ne voudrais toujours pas que tu souris tout le temps : il n’y a rien de plus stupide que de sourire sottement. Maintenant, tu es Espagnol : dans le pays d’Espagne ce que chaque homme pisse, il a l’habitude de s’en brosser les dents et les gencives rouges, chaque matin, ainsi le fait que tes dents soient si polies montre simplement que tu es le plus plein de pisse.

Poème 40 : Tu veux la gloire ? : à Ravidus

Commentaire : Catulle met en garde Ravidus contre toute tentative de le provoquer en insultant sa bien-aimée (probablement Lesbie), affirmant que chercher la gloire en attaquant Catulle ne résultera qu’en une notoriété et une punition dans ses vers.

Quelle maladie mentale, pauvre petit Ravidus, te pousse tête baissée sur mes iambiques ? Quel dieu, mal disposé envers toi, a l’intention de déclencher une querelle folle ? Ou est-ce pour atteindre une gloire vulgaire ? Pourquoi l’assaut ? Tu veux être connu partout ? Tu le seras, puisque tu as voulu aimer mon amour, et avec une longue punition.

Poème 41 : Une Demande déraisonnable : à Ameana

Commentaire : Catulle se moque d’Ameana, une femme qu’il décrit sans flatterie, pour lui avoir réclamé une grosse somme d’argent. Il la dépeint comme cupide et illusionnée, suggérant qu’elle a besoin d’une aide psychiatrique plutôt que d’argent.

Ameana, une fille baisée par tous, me réclame dix mille, cette fille au grand nez laid, ‘amie’ du Formianus en faillite. Rassemblez-vous, vous qui vous souciez de la fille, assemblez-vous, médecins et amis : la fille n’est pas bien, ne demandez pas ce que c’est : elle souffre de fantasmes d’argent.

Poème 42 : Les Tablettes à écrire : aux Hendécasyllabes

Commentaire : Catulle appelle ses vers hendécasyllabes, les personnifiant comme des alliés, pour l’aider à récupérer ses tablettes à écrire auprès d’une « adultère vile » (probablement Lesbie ou l’une de ses associées) qui se moque de lui. Le poème dépeint une scène de confrontation publique et d’abus verbal, montrant l’utilisation de sa poésie par Catulle comme une arme.

Venez, hendécasyllabes, tous ceux qui sont là et de tous côtés, autant que vous êtes. Une adultère vile pense que je suis une blague, et refuse de me rendre mes tablettes une fois de plus, si vous le croyez. Nous allons la suivre : demandez-les-lui. Laquelle, demanderez-vous peut-être ? Celle que vous voyez se pavaner honteusement, rire ridiculement, folle, avec les mâchoires d’une chienne gauloise. Entourez-la : demandez-lui : ‘Adultère puante, rends mes lettres, rends, adultère puante, mes lettres !’ Tu ne le feras pas ? Ô dans la boue, le bordel, ou s’il y a quelque chose de plus ruineux, alors cela ! Mais ne pensez pas que ce soit suffisant. Appelez-la à nouveau d’une voix plus forte : ‘Adultère puante, rends mes lettres, rends, adultère puante, mes lettres !’ Mais c’est inutile : rien ne la dérange. Nous ferions mieux de changer de méthodes et de tactiques, si nous voulons qu’elles nous soient plus utiles : voyons si nous ne pouvons pas faire rougir le visage d’airain de cette chienne : ‘Honnête et chaste, rends mes lettres.’

Poème 43 : Aucune Comparaison : à Ameana

Commentaire : Catulle s’adresse à Ameana de nouveau, énumérant ses nombreuses caractéristiques physiques peu attrayantes (nez laid, pieds, yeux, doigts, bouche, langue). Il ridiculise ensuite l’idée qu’elle soit considérée comme belle dans sa province et ose être comparée à sa Lesbie, soulignant le manque de goût perçu dans sa société.

Salut, jeune fille au nez pas le plus court, aux pieds pas si charmants, aux yeux pas les plus sombres, aux doigts pas minces, à la bouche jamais guérie, et à la langue pas excessivement charmante, ‘petite amie’ du Formianus en faillite. Et la Province te proclame belle ? À comparer à ma Lesbie ? Ô époque sans esprit et ignorante !

Poème 44 : Son Domaine

Commentaire : Catulle écrit sur son domaine de banlieue, se demandant en plaisantant s’il doit l’appeler Sabin ou Tiburtin. Il raconte s’y être réfugié pour se remettre d’une toux attrapée après avoir assisté à un dîner terrible et lu un discours empoisonné. Le domaine sert de refuge et de source de santé.

Ô mon domaine, que tu sois Sabin ou Tiburtin (car ils t’appellent Tiburtin, ceux qui ne veulent pas blesser Catulle : mais ceux qui le souhaitent disent que quoi que ce soit le pari, tu es Sabin), mais que tu sois Sabin ou Tiburtin, j’habite volontiers ta villa de banlieue, et je me débarrasse d’une mauvaise toux bronchique, que m’a donnée un refroidissement de l’estomac, de ma faute, en me remplissant de dîners extravagants. Car je voulais être l’invité de Sestius, alors j’ai lu l’oraison dans l’affaire d’Antius, pleine de poison légal et de peste, elle m’a affaibli au point d’avoir des rhumes aqueux et une toux fréquente, jusqu’à ce que je m’enfuie dans ton sein, et que je retrouve la santé, avec du repos et de la soupe d’orties. Rafraîchi par cela, je te remercie grandement, toi qui ne te venge pas de mon erreur. Maintenant je ne me soucie pas, si je reprends ce texte odieux, si ce n’est pas moi mais Sestius lui-même, qui siffle et tousse, qui prend froid, qui ne m’a invité qu’après que j’aie lu cette vile œuvre.

Poème 45 : Une Pastorale : à Septimius

Commentaire : Un portrait doux et idéalisé d’un couple, Septimius et Acme, exprimant leur amour mutuel par des vœux confirmés par le dieu Amour (éternuant). C’est un moment d’affection pure et réciproque, contrastant avec l’amour turbulent pour Lesbie.

Septimius tenant sa bien-aimée Acme sur ses genoux, dit : ‘Acme, mienne, si je ne t’aime pas désespérément, et n’aime pas pour toujours, continuellement à travers toutes les années, autant que celui qui aime le plus, dans la Libye vide et l’Inde brûlée, je me battrai contre quelque lion aux yeux verts.’ Tandis qu’il parlait, l’Amour, à gauche et à droite, éternua son approbation. Mais Acme leva légèrement la tête et ses charmantes lèvres rouges parlèrent aux yeux ivres de son doux garçon : ‘Ainsi, Septimius, mea vita, servons toujours ce seul seigneur, afin que le feu brûle plus profondément et plus férocement ma moelle tendre.’ Tandis qu’elle parlait, l’Amour, à gauche et à droite, éternua son approbation. Maintenant, profitant de ces bons présages, leurs esprits mutuels aiment et sont aimés. Septimius place sa petite Acme, au-dessus des Syriens ou des Bretons : la fidèle Acme fait de Septimius son seul chéri et son désir. Qui pourrait voir des créatures plus bénies qui un amour plus fortuné ?

Poème 46 : Départ printanier

Commentaire : Un poème marquant l’arrivée du printemps et la fin du séjour de Catulle en Bithynie. Il exprime son impatience de voyager en Asie et fait ses adieux à ses amis qui se disperseront dans différentes directions. Il capture l’esprit agité associé au changement de saisons et au voyage.

Maintenant, le printemps revient doux et tempéré, maintenant les cieux équinoctiaux sauvages sont calmés par les brises plus heureuses du Zéphyr. Les champs de Phrygie seront abandonnés, Catulle, les riches fermes de la chaude Nicée : nous nous enfuirons vers les villes lumineuses d’Asie. Maintenant, les esprits agités aspirent au voyage, maintenant les pieds joyeux s’agitent de plaisir. Ô douce foule d’amis, adieu, vous qui êtes venus ensemble de lieux lointains, vous que des chemins divergents doivent emporter.

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 47 : Favoritisme : à Porcius et Socration

Commentaire : Catulle exprime sa consternation de voir deux individus indésirables, Porcius et Socration, être favorisés et dîner somptueusement avec Pison, tandis que ses dignes amis Veranius et Fabullus luttent. C’est une plainte contre l’injustice et le mauvais jugement dans les cercles sociaux.

Porcius et Socration, deux mains gauches de Pison, les démangeaisons et les famines du monde, ce Priape circoncis vous préfère-t-il à mes Veraniolus et à mes Fabullus ? Vous, gâtés par de grands banquets somptueux chaque jour : mes amis cherchant du travail aux carrefours ?

Poème 48 : Passion : à Iuventius

Commentaire : S’adressant à nouveau à Iuventius, Catulle exprime son intense désir d’embrasser ses yeux sans fin. Comme dans le poème 5, il utilise l’hyperbole (des milliers de baisers, plus que les épis de blé) pour transmettre la profondeur de sa passion pour ce jeune homme. Cela correspond au thème des poèmes pour l’homme que vous aimez, montrant les relations multiples de Catulle.

Iuventius, si j’étais toujours autorisé à embrasser tes yeux doux comme le miel, je pourrais t’embrasser trois cent mille fois, et ne jamais être rassasié, même si mes baisers étaient plus nombreux que les épis de blé mûr de la récolte.

Poème 49 : Un Compliment : à Marcus Tullius Cicéron

Commentaire : Un compliment apparemment élogieux adressé au célèbre orateur Cicéron, le qualifiant de descendant de Romulus le plus éloquent. Cependant, certains savants interprètent ce poème de manière ironique, car Catulle se positionne comme le « moindre de tous les poètes », soulignant potentiellement la grande différence entre leurs statuts respectifs ou le décalage perçu entre l’éloquence et la poésie.

Le plus éloquent des descendants de Romulus, ceux qui existent, qui ont existé, qui existeront à travers les âges, Marcus Tullius, Catulle te remercie chaleureusement, le moindre de tous les poètes, aussi moindre de tous les poètes que tu es le plus grand de tous les avocats.

Sculpture d'une figure romaineSculpture d'une figure romaine

Poème 50 : Hier : à Licinius Calvus

Commentaire : Catulle raconte une journée passée à écrire de la poésie en jouant et à échanger des vers avec son ami, le poète Calvus. L’expérience fut si stimulante qu’elle le laissa agité et incapable de dormir, soulignant l’intensité intellectuelle et émotionnelle de leur amitié et de leur passion partagée pour la poésie.

Hier, Calvus, jour oisif, nous avons joué avec mes tablettes à écrire, nous harmonisant pour être délicieux : griffonnant des vers, chacun de nous jouant avec les mètres, ci et là, récitant ensemble, à travers rires et vin. Et j’en suis parti enflammé par ton charme, Calvus, et par ton esprit, si bien que, agité, je ne pouvais pas profiter de la nourriture, ni fermer les yeux tranquillement en dormant, mais je me suis tourné et retourné sauvagement dans mon lit par passion, impatient de voir la lumière, pour pouvoir te parler, et être avec toi. Mais ensuite je suis resté là épuisé par l’effort, à moitié mort dans le lit, j’ai fait ce poème pour toi, agréablement, d’où tu pourrais percevoir ma douleur. Maintenant, prends garde d’être téméraire, ne rejette pas mes prières, je t’en prie, mon chéri, de peur que Némésis n’exige ta punition. C’est une déesse puissante. Prends garde de l’irriter.

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Poème 51 : Une Imitation de Sappho : à Lesbie

Commentaire : Une célèbre adaptation du Fragment 31 de Sappho, exprimant le trouble physique et émotionnel ressenti par l’orateur en voyant Lesbie interagir intimement avec un autre homme. Catulle ajoute sa propre strophe finale, un avertissement sévère à lui-même sur les dangers de l’oisiveté, qui est uniquement romain et déplace l’attention de la pure passion à la vertu civique.

Il me semble égal aux dieux, cet homme, si c’est possible plus que juste divin, qui assis face à toi, te voit sans cesse et t’entend rire si doucement, qu’avec une douleur féroce je suis privé de tous mes sens : car à l’instant où je te vois, Lesbie, rien ne me reste….. mais ma langue est engourdie, et à travers mes pauvres membres des feux font rage, l’écho de ta voix résonne dans mes deux oreilles, mes yeux sont couverts des ténèbres de la nuit. ‘Ton oisiveté est odieuse, Catulle : tu te plais dans l’oisiveté, et dans trop de postures : l’oisiveté a ruiné les rois et les cités d’autrefois.’

Poème 52 : Injustice : sur Nonnius

Commentaire : Un bref cri de désespoir et d’impatience. Catulle se demande pourquoi il devrait continuer à vivre alors que des hommes corrompus et indésirables (Nonnius et Vatinius) occupent des postes de pouvoir et d’influence à Rome.

Pourquoi, Catulle ? Pourquoi attendre de mourir ? Nonnius la tumeur siège dans une chaise de Magistrat, Vatinius se parjure pour un Consulat : Pourquoi, Catulle ? Pourquoi attendre de mourir ?

Poème 53 : Rire au Tribunal : à Gaius Licinius Calvus

Commentaire : Un court poème anecdotique décrivant un moment au tribunal où l’ami de Catulle, l’orateur Calvus, plaide éloquemment contre Vatinius (probablement le même homme du poème 52). Quelqu’un dans la foule, impressionné par le discours enflammé de Calvus, s’exclame : « Grands dieux, quel petit homme éloquent ! », une remarque que Catulle trouve amusante.

J’ai ri quand quelqu’un, de la foule, pendant que mon Calvus expliquait l’affaire Vatinienne merveilleusement bien, dit admirativement, levant les mains : ‘Grands dieux, quel petit homme éloquent !’

Poème 54 : Ô César ! : de la tête d’Othon

Commentaire : Un poème fragmentaire et quelque peu obscur contenant des insultes dirigées contre des figures mineures (Othon, Libo, Sufficio) et une attaque générale contre « notre seul et unique général » (vraisemblablement César). C’est un autre exemple de l’utilisation de l’invective personnelle par Catulle.

La tête d’Othon est toute petite, et les jambes de son propriétaire sont grossièrement sales, doux et délicat est le pet de Libo : sinon avec tout cela, alors qu’on me déplaise avec Sufficio, la vieillesse renouvelée… à nouveau, que mes iambiques sans valeur t’irritent, notre seul et unique général.

Poème 55 : Où es-tu ? : à Camerius

Commentaire : Catulle cherche frénétiquement son ami Camerius dans tout Rome, exprimant sa frustration et laissant entendre que Camerius pourrait être secrètement impliqué avec des femmes. Il se plaint de la difficulté à le trouver, comparant la tâche à l’un des travaux d’Hercule, et presse Camerius d’être ouvert sur ses allées et venues.

Je t’en supplie, si ce n’est pas trop de peine, indique où se trouve ton ombre. Toi, petit Camerius, je t’ai cherché, toi, dans le Cirque, toi, dans les librairies, toi, dans le sanctuaire sacré du grand Jupiter. J’ai retenu toutes les filles ensemble dans l’Arcade de Pompée, mon ami, dont les visages étaient vides, cependant. ‘Pire des filles, révèle mon Camerius’, leur ai-je donc demandé. L’une répondit, révélant sa nudité… ‘Regarde, il se cache dans ces seins roses.’ Mais, oh c’est un travail d’Hercule de te supporter : autant que ton orgueil le nie, mon ami. Puisque je ne suis pas ce gardien de bronze de Crète, pas Ladas ou Persée aux pieds ailés, puisque je ne suis pas porté par Pégase en vol, ni par l’attelage blanc et rapide de Rhésus, ajoutez à cela les pieds ailés et la rapidité et la vitesse collective des vents, Camerius, tu aurais pu dire avec qui tu étais : mais je serais fatigué jusqu’à la moelle et dévoré par une fatigue excessive si je continuais à te chercher, mon ami. Dis-nous où tu seras à l’avenir, prononce hardiment, engage-toi, fais confiance à la lumière. Est-ce que les filles blanches comme le lait te tiennent maintenant ? Si ta langue est collée dans ta bouche, tu banniras toutes les récompenses de l’amour. Vénus se délecte d’un langage abondant. Ou, si tu veux, ferme tes lèvres, tout en me laissant partager tes amours.

Peinture d'une figure mythologique accomplissant un travailPeinture d'une figure mythologique accomplissant un travail

Poème 56 : Trio : à Caton

Commentaire : Une brève anecdote grossière adressée à Caton (peut-être Caton le Jeune), dépeignant une scène sexuellement explicite dont Catulle a été témoin impliquant sa fille et un jeune élève. Il trouve l’incident amusant et espère que Caton le trouvera aussi. Le poème souligne la volonté de Catulle d’écrire sur des thèmes transgressifs et de les adresser à des figures respectées.

Ô Caton, chose amusante et ridicule, digne de tes oreilles et de ton rire ! Caton, ris comme tu aimes Catulle : la chose est amusante, et tout à fait ridicule. J’ai surpris le petit élève de ma fille en train de pousser : si seulement pour plaire à Dionée, je l’ai sacrifié à ma verge raide et succédante.

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 57 : Vous deux ! : à Gaius Julius César

Commentaire : Une autre attaque virulente contre César et Mamurra, les qualifiant explicitement de « salopes perverses ». Catulle se moque de leurs prétendus intérêts sexuels communs et de leur corruption morale perçue, renforçant les thèmes du poème 29.

Magnifiquement assorties les salopes perverses, Mamurra le catamite et César. Pas étonnant : tous deux également tachés, l’un de Formies, l’autre de la Ville, des marques qui restent, qui ne peuvent être diminuées. Malades de la même manière, ces deux jumeaux, tous deux quelque peu habiles au même lit, l’un pas plus avide adultère que l’autre, rivaux pour les petites filles partagées. Magnifiquement assorties les salopes perverses.

Poème 58 : Complainte pour Lesbie : à Marcus Caelius Rufus

Commentaire : Un court poème dévastateur déplorant la chute de Lesbie, la femme qu’il aimait autrefois intensément, à une vie de prostitution ordinaire (« se branle sur les fils courageux de Rome » aux carrefours et dans les ruelles). Il exprime un extrême déception et chagrin face à sa dégradation.

Caelius, notre Lesbie, cette Lesbie, cette Lesbie, que seul Catulle aimait plus que lui-même, et tout ce qui était à lui, maintenant aux carrefours, et dans les ruelles, se branle sur les fils courageux de Rome.

Poème 59 : Les Restes : sur Rufa

Commentaire : Un poème grossier et grotesque sur Rufa, l’épouse de Menenius, que Catulle décrit en train de chercher de la nourriture sur les bûchers funéraires dans le cimetière. C’est une description vivante de la misère et du désespoir utilisée à des fins satiriques ou méprisantes.

Rufa de Bologne suce Rufulus, c’est l’épouse de Menenius, que tu as souvent vue, arrachant de la nourriture, du bûcher lui-même, dans le cimetière, chassant le pain quand il roule des flammes, se faisant battre par le crémateur à moitié rasé.

Poème 60 : Lionne

Commentaire : Un poème bref et intense questionnant l’origine de l’extrême cruauté et insensibilité de quelqu’un. Catulle se demande s’ils sont nés d’une bête sauvage ou d’une figure mythologique monstrueuse, en raison de leur mépris dédaigneux pour la souffrance d’autrui.

Toi maintenant, est-ce une lionne, des montagnes africaines, ou les profondeurs des cuisses hurlantes de Scylla, qui t’ont créé aussi dur et aussi vil que cela, pour que tu montres du mépris pour la voix de la supplique, dans sa dernière infortune, de ce cœur oh trop cruel ?

Poème 61 : Épithalame : pour Vinia et Manlius

Commentaire : Un long et élaboré poème de mariage (épithalame) pour ses amis Vinia (ou Aurunculeia) et Manlius Torquatus. Adressé à Hyménée, dieu du mariage, il célèbre la beauté de la mariée, loue le marié et offre des bénédictions pour la fertilité et une union longue et heureuse. Il comprend des éléments rituels, des taquineries ludiques (comme le lancer de noix) et des moments de tendre solennité, démontrant la maîtrise de Catulle d’un genre formel.

Toi, qui habites sur les collines de l’Hélicon, fils d’Uranie, qui portes la tendre vierge à son homme, Ô Hyménée Hymen, Ô Hymen Hyménée : couronne ton front de douces fleurs de marjolaine parfumée, mets le voile joyeux, ici, viens, portant les chaussures couleur safran sur tes pieds blancs comme neige : convoqué pour le jour heureux chantant les chants nuptiaux d’une voix retentissante, frappe du pied le sol, secoue la torche de pin dans ta main. Maintenant Vinia vient à son Manlius, comme Vénus, ornant le mont Ida, vint à Paris, son juge phrygien, une fille rare mariée à un sort rare, comme le myrte d’Asie né sur les branches fleuries, que les divines Hamadryades tendrement entretiennent elles-mêmes de rosée brillante. Alors viens, laisse-toi approcher, quitte la grotte Aonienne parmi les falaises de Thespia, quitte la nymphe Aganippe et son ruisseau rafraîchissant. Et appelle la mariée à la maison aimante de son nouveau mari, son cœur lié solidement par l’amour, comme le lierre s’accrochant enlace l’arbre, s’enroulant ici et là. Et vous aussi, vierges chastes, dont le jour viendra, chantant harmonieusement criez, Ô Hyménée Hymen, Ô Hymen Hyménée. Pour que, s’entendant appeler à accomplir son service, il se laisse approcher, le commandant des joies nuptiales, le véritable unisseur-en-amour. Quel plus grand dieu aimes-tu recherché par les amants ? Quelle divinité les hommes adorent-ils davantage, Ô Hyménée Hymen, Ô Hymen Hyménée ? C’est toi que son père tremblant invoque : pour toi la ceinture virginale est déliée : pour toi le marié attend, effrayé par un nouveau désir. Tu donnes la jeune fille fraîchement sortie du sein maternel, aux mains du jeune novice, Ô Hyménée Hymen, Ô Hymen Hyménée. Vénus ne peut tirer aucun avantage de ce que la bonne coutume permet, sans toi, mais elle le peut si tu le veux. Quel dieu ose se comparer à toi en cela ? Aucune maison ne porte d’enfants sans toi, aucun parent ne peut être illuminé par des enfants : mais ils le peuvent si tu le veux. Quel dieu ose se comparer à toi en cela ? Aucun souverain ne peut fixer les limites de son pays : mais il le peut si tu le veux. Quel dieu ose se comparer à toi en cela ? Ouvre la serrure de la porte. La vierge arrive. Vois-tu comme les torches dispersent des étincelles brillantes ? ……………………………………………..**……………………………………………..La noble honte retient. Quelque obéissante qu’elle soit, elle pleure de devoir partir. Ne pleure pas. Il n’y a aucun danger pour toi Aurunculeia, et le jour lumineux ne verra pas de fille plus charmante que toi s’élever des vagues de l’Océan. Une fleur de jacinthe telle qu’elle s’épanouit dans le petit jardin coloré d’un homme riche. Mais tu t’attardes : le jour s’évanouit. Que la nouvelle mariée apparaisse. Que la nouvelle mariée apparaisse, afin qu’elle puisse maintenant être vue, et écouter mes paroles. Vois ? Les torches dispersent des étincelles dorées : que la nouvelle mariée apparaisse. Ton mari n’est pas inconstant, adonné à de coupables adultères, cherchant de honteux vices, ne souhaite pas fuir le sommeil dans tes seins tendres, et comme les vignes s’enroulent lentement autour des arbres qu’elles revendiquent, il sera enroulé dans ton étreinte. Mais le jour s’évanouit : que la nouvelle mariée apparaisse. Ô lit nuptial, qui pour tous ……………………………………………..**……………………………………………..au pied du canapé brillant, vient à ton maître, quelle joie, quelle nuit errante, quels délices de midi ! Mais le jour passe : que la nouvelle mariée apparaisse. Ô, vous les garçons, levez les torches : je vois la flamme approcher. Venez : que le chant résonne en harmonie ‘io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée.’ Ne retiens pas les rires Fescennins audacieux, ne laisse pas cette concubine obéissante abandonnant l’amour de son maître refuser leurs noix aux garçons. Donnez des noix aux garçons, concubine paresseuse ! Vous avez assez joué avec les noix : maintenant, veuillez servir Hyménée. Concubine, donnez-leur des noix. Les filles vous semblaient viles, concubine, hier, jusqu’à aujourd’hui : maintenant, le boucleur de cheveux lisse votre barbe. Malheureux parmi les malheureux, concubine, donnez-leur des noix. Vous parlerez mal de l’abstinence de vos esclaves, mari parfumé, mais abstenez-vous. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Nous savons ce qui vous est permis lorsque vous êtes célibataire, mais marié ce n’est pas permis. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Mariée, prends garde de ne pas refuser ce que ton homme vient chercher, de peur qu’il n’aille chercher ailleurs. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Puissant dans ta maison, et heureux de tes pouvoirs, qui agissent sans toi là, Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée, jusqu’à ce qu’un vieil âge tremblant acquiesce à tout et à chacun. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Dans tes chaussures couleur safran, franchis le seuil avec de bons augures, et entre par la porte brillante. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Regarde à l’intérieur où ton homme est étendu sur un lit de Tyr en t’attendant seule. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Il ne brûle pas moins que toi d’un feu dans son cœur, mais intérieurement beaucoup plus grand. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Page, lâche le bras bien fait de la jeune fille : maintenant elle atteint le lit de son mari. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Vous, bonnes épouses, qui connaissez les pouvoirs anciens pour amener les jeunes filles au mariage. Io Hymen Hyménée io, io Hymen Hyménée. Maintenant marié, tu peux venir : ta femme attend dans ton lit, son charmant visage brillant, comme un pavot blanc, sur un champ couleur safran. Mais, mari, que les dieux se réjouissent, tu n’es pas moins beau, Vénus ne te néglige pas non plus. Mais le jour s’envole : viens maintenant, ne tarde pas. Il n’a pas tardé : maintenant il vient. La gentille Vénus t’aidera, puisque tu désires ouvertement ce que tu désires, tu n’oublieras pas l’amour gentil. Celui qui voudrait compter tes joies, par milliers, doit d’abord compter les grains de sable d’Afrique, et les étoiles scintillantes. Jouez comme vous le souhaitez, et donnez-lui vite des enfants. Il n’est pas juste qu’un nom ancien soit sans enfants, mais il doit créer de la même racine. Je veux qu’un jeune Torquatus tende sa tendre main depuis les genoux de sa mère, souriant doucement à son père avec des lèvres entrouvertes. Qu’il soit comme son père Manlius, que tous ceux qui l’ignorent le sachent, et que son visage révèle la fidélité de sa mère. Ainsi notre éloge approuve celui qui est né d’une mère noble, tout comme la renommée inégalée résonne de Pénélope, mère de l’excellent Télémaque. Fermez les portes, vierges : nous sommes satisfaites de notre jeu. Mais vous, braves partenaires, vivez vraiment, et faites votre devoir constamment, avec vigueur et avec joie.

Peinture d'une figure mythologique en train de tisserPeinture d'une figure mythologique en train de tisser

Poème 62 : Chant de mariage

Commentaire : Un autre épithalame, celui-ci structuré comme un débat entre des chœurs de jeunes hommes et de jeunes femmes sur le moment et la nature du mariage. Les jeunes hommes soutiennent qu’il est temps de se marier dès l’apparition d’Hesperus (l’étoile du soir), tandis que les jeunes femmes déplorent de quitter leurs familles. Le poème utilise de puissantes métaphores naturelles (une fleur cachée, une vigne) pour discuter de la virginité et des avantages du mariage et de la communauté.

Le soir est là, jeunes gens, levez-vous : le soir, si longtemps attendu par les cieux, montre à peine encore la lumière. C’est maintenant le moment de se lever, de quitter le riche banquet, maintenant la vierge vient, maintenant le chant de mariage est chanté. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Voyez-vous les jeunes filles célibataires, vous les jeunes hommes ? Levez-vous pour les rencontrer : l’étoile du soir montre le feu de Thessalie. Tel est le concours : voyez comme elles s’élancent si lestement ? Ne craignez pas de vous lever, elles chantent pour gagner un partenaire. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! La palme n’est pas facilement remportée par nous, hommes égaux : considérez, les filles doivent se préparer entre elles. Pas une vaine préparation : elles savent vraiment ce qu’il en est : pas étonnant, puisqu’elles concentrent tout leur esprit. Nos esprits sont ailleurs : nos oreilles se tournent ailleurs : nous serons donc vaincus par la volonté : la victoire exige de l’attention. Alors tournez vos esprits vers cela au moins : maintenant elles commencent à chanter, maintenant vous devez répondre. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Hesperus, disent-ils, quel feu est plus cruel que le tien ? Qui peut arracher une fille des bras de sa mère, des bras retenant de sa mère arracher une fille, et donner une vierge à un jeune homme ardent. Qu’est-ce que font les ennemis de plus cruel, en prenant une ville ? Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Hesperus, toi qui brilles d’un feu plus heureux dans le ciel ? Toi qui fortifies le lien du mariage par ta flamme, par ce que les hommes jurent, le jurant aux parents, de ne pas être unis avant que ta propre clarté ne se lève. Quelle heure souhaitée par les dieux est accordée plus heureusement ? Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Hesperus nous a volé une pareille. ……………………………………………..**……………………………………………..**Et maintenant à ton lever le veilleur s’éveille toujours, les voleurs se cachent la nuit, qui souvent de même reviennent, Hesperus, tu les attrapes, comme ton nom change, à l’aube, mais les filles aiment te calomnier par de fausses plaintes. Pourquoi se plaignent-elles, si elles le souhaitent secrètement alors ? Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Comme la fleur cachée née dans le jardin clôturé inconnue des bêtes, intouchée par la charrue, que les brises adoucissent, le soleil renforce, la pluie nourrit : que beaucoup de jeunes hommes choisiraient, et beaucoup de jeunes filles : quand cette même fleur se fane, cueillie par une main tendre, aucun jeune garçon ne la choisirait, et aucune jeune fille : ainsi la vierge, tant qu’elle est intouchée, tant qu’elle est leur amour : si elle perd sa fleur de chasteté, son corps déshonoré, elle n’est plus le délice du garçon, l’aimée des filles. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Comme la vigne que nous voyons, poussée en plein champ, ne levant jamais la tête, ne portant jamais de raisins doux, sa tige délicate se penchant vers le bas sous le poids, si bien qu’en un instant sa plus haute pousse touchera ses racines : aucun paysan, aucun ouvrier agricole ne la chérira : mais si la même plante est solidement attachée, mariée à un orme, beaucoup de paysans et d’ouvriers agricoles la chériront. Ainsi une vierge qui reste intouchée, et incultivée, vieillit : tandis que prise en mariage égal, quand le temps est mûr, elle est plus aimée par l’homme, moins haïe par ses parents. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée ! Et ne lutte pas avec un tel mari, jeune fille. Il n’est pas juste de lutter, toi, que ton père donne, ton père et ta mère, qui te préparent. Ta virginité n’est pas entièrement tienne : une partie appartient à tes parents : un tiers à ton père, un tiers à ta mère, seulement un tiers est tien : ne combats pas ces deux-là, qui accordent leurs droits au gendre avec la dot. Hymen Ô Hyménée, Hymen sois près, Ô Hyménée !

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 63 : De Berecynthia et Attis

Commentaire : Un long poème narratif dramatique racontant le mythe d’Attis, qui, dans un accès de frénésie religieuse inspiré par la déesse Cybèle, se castre et se voue à son service. Le poème dépeint vivement la folie du culte, les regrets ultérieurs d’Attis et le pouvoir de Cybèle. Il est écrit en Galliambiques, un mètre difficile et frénétique, reflétant le sujet sauvage du poème.

Dès qu’Attis, porté sur les mers profondes dans un bateau rapide, eut atteint les bois phrygiens, à pas rapides et ardents, eut retrouvé un coin sombre du bosquet de la déesse, aiguillonné par une fureur folle, et là, l’esprit errant, s’était tranché les testicules avec une pierre tranchante, et avait vu ses membres restants dépourvus de puissance, et le sol de ce pays taché de sang frais, il prit légèrement le tambour dans ses mains pâles, ton tambour, Cybèle, le tien, Grande Mère, dans ton rite, et frappant la peau de bœuf sonore avec des doigts délicats, chanta à ses disciples, alors qu’elle tremblait sous son assaut : ‘Gallae, venez, levez-vous, vers les hauts bois de Cybèle, maintenant, venez, maintenant, bétail errant de la Dame de Dindymus, comme des exilés errant ici sur un rivage étranger, disciples de ma voie, menés par moi, mes amis, vous avez souffert les mers rapides et les vagues sauvages et vous avez rasé votre sexe de votre corps avec une grande haine : réjouissez l’esprit de la Dame par des mouvements rapides. Bannissez l’ennui de l’esprit : venez, maintenant, suivez, vers la maison de la Cybèle phrygienne, le bosquet de la déesse phrygienne, où la voix de la cymbale résonne, le tambour retentit, où le flûtiste phrygien joue sur un roseau courbe, où les Ménades couronnées de lierre jettent violemment leurs têtes, où elles jouent les rites sacrés avec des hurlements aigus, où la suite errante de la déesse a l’habitude de planer, où nous devrions nous dépêcher de notre triple pas rapide.’ Tandis qu’Attis, la femme contrefaite, chante ceci à ses amis, le chœur bachique crie soudainement avec des langues tremblantes, le tambour le répercute doucement, les cymbales creuses résonnent. Le chœur rapide arrive au vert Ida sur des pieds pressés. Attis, menant, haletant sauvagement, aiguillonnant ses esprits dispersés, entre dans le bosquet sombre accompagné du tambour, comme une génisse sauvage échappant au poids du joug : Les agiles Gallae suivent leur chef aux pieds rapides. Puis, fatigués, affamés, ils atteignent le bosquet de Cybèle, saisis par le sommeil de leurs labours excessifs. La fatigue pesante submerge les yeux cédant à la langueur : la folle frénésie s’évanouit dans le calme de la douce respiration. Mais quand le Soleil de son visage doré balaya les cieux lumineux d’un œil radieux, la terre dure, et la mer sauvage, et dissipa les ombres de la nuit avec ses coursiers vifs, alors la Grâce, Pasithée, prend le sommeil rapide, s’envolant de l’Attis réveillé, dans son cœur battant. Ainsi, rapidement, sorti du doux rêve et libre de la folie, Attis se remémora ses actions dans ses pensées, et vit d’un cœur clair ce qu’il avait été et où il avait été, se tournant à nouveau avec un esprit passionné vers la mer. Là, contemplant les vastes eaux avec des yeux larmoyants, il éleva la voix et déplora tristement sa patrie : ‘Terre qui m’a enfanté, terre qui m’a donné le jour, moi, qui t’ai quittée si tristement, ai atteint les bosquets d’Ida, comme un esclave fuyant son maître, ainsi suis-je parmi les neiges, et les tanières gelées des créatures sauvages, et devrais-je en folie entrer dans une de leurs tanières où penserais-je te trouver enterrée en ces lieux ? L’œil vif lui-même désire se tourner vers toi, tant que ma pensée est libre un moment des créatures sauvages. Ai-je été amené de ma lointaine demeure pour ce bosquet ? Perdrai-je pays, possessions, amis, parents ? Perdrai-je forum, arène, stade et gymnase ? Chagrins sur chagrins, encore et encore plaintes dans le cœur. Quelle forme n’ai-je pas été, qu’ai-je accompli ? Moi, une femme, moi, un jeune homme, un adolescent, un garçon, moi, la fleur des athlètes, la gloire de l’arène : ma porte fréquentée, mon seuil chaud, ma maison était couronnée de guirlandes de fleurs, au matin séparation de mon lit. Maintenant, suis-je amené ici prêtre et esclave de la divine Cybèle ? Moi, pour être Ménade : une partie de moi-même : un homme stérile ? Moi, pour adorer sur le vert Ida dans un lieu couvert de neige gelée ? Moi, pour vivre ma vie sous les hauts sommets de Phrygie, où le cerf hante les bois, où le sanglier rôde ? Maintenant je regrette ce que j’ai fait, maintenant je me repens.’ Alors que les sons rapides quittent ses lèvres roses, les mots frais atteignent les deux oreilles de la déesse, alors que Cybèle lâche les lions de leur joug et aiguillonne la bête gauche : elle lui parla, disant : ‘Va maintenant, sois féroce, de sorte que tu le rendes fou, de sorte qu’il soit forcé de retourner dans le bosquet par la douleur de sa folie, lui qui désire échapper à ma loi si librement. Que ta queue blesse ton dos, que les coups de fouet se voient, que tout l’endroit résonne de ton rugissement, secoue ta crinière rouge férocement sur ton cou tendu.’ Ainsi parla Cybèle en menace et lâcha la laisse. La bête sauvage s’incitant à la vitesse, animée d’esprit, s’éloigna, rugit, déchira follement les fourrés. et quand elle atteignit la marge humide des sables blancs, et vit le délicat Attis près des vagues de l’océan, elle chargea. Il s’enfuit dément vers le bois sauvage : là pour être jamais asservi, pour le reste de sa vie. Déesse, Grande Déesse, Cybèle, Dame de Dindymus, Maîtresse, que toute ta colère soit loin de ma maison : excite les autres, rends les autres hommes fous furieux.

Peinture de figures mythologiques dans un paysagePeinture de figures mythologiques dans un paysage

Poème 64 : Des Argonautes et un Épithalame pour Pélée et Thétis

Commentaire : C’est le poème le plus long et le plus ambitieux de Catulle, une épopée miniature combinant mythologie et émotion humaine. Il décrit le voyage de l’Argo, le mariage du mortel Pélée et de la déesse marine Thétis, et, surtout, l’histoire tragique d’Ariane, abandonnée par Thésée à Naxos (dépeinte sur le lit nuptial). Le poème contraste l’âge héroïque, où les dieux se mêlaient aux mortels, avec le présent corrompu. La longue complainte d’Ariane est une puissante expression de trahison et de chagrin.

On dit que jadis des pins nés sur les hauteurs du Pélion flottèrent à travers les vagues claires de Neptune, vers le fleuve Phase et les frontières d’Éétès, avec des hommes choisis, des chênes du peuple Argien, espérant voler la Toison d’Or de Colchide osant parcourir les profondeurs salées dans leur rapide navire, balayant les eaux bleues avec des rames de sapin. La déesse elle-même qui garde les hauteurs de la ville, qui joignit le tissu courbe à la quille de bois de pin, fit avancer leur navire par des vents légers. Ce navire fut le premier à explorer la mer inconnue : ainsi, tandis qu’elle labourait les eaux balayées par le vent avec sa proue, et blanchissait les vagues agitées par l’écume des rames, les Néréides s’élevèrent des profondeurs éblouissantes de la mer, étonnées par cette merveille de l’océan. En ces temps, et d’autres, les yeux mortels virent les nymphes marines s’élever, corps entièrement nus, jusqu’aux tétons, des profondeurs blanches. Alors Pélée, dit-on, fut enflammé d’amour pour Thétis, alors Thétis ne dédaigna pas le mariage avec un mortel, alors Jupiter lui-même accepta le mariage de Thétis. Ô héros, nés en un âge choisi, salut, race divine ! Ô progéniture d’une mère bénie, salut encore une fois. Souvent je m’adresserai à vous, dans mon chant. Et je m’adresse à toi, si béni dans ton heureux mariage, chef de la Thessalie Pélienne, à qui Jupiter lui-même, créateur des dieux, céda sa bien-aimée : Thétis, la plus belle des Néréides, ne t’a-t-elle pas possédé ? Téthys ne t’a-t-elle pas permis d’emmener sa petite-fille, et Océan, qui embrasse le monde entier de la mer ? Quand au temps fixé les flammes tant désirées s’élevèrent, toute la Thessalie se pressa vers le palais, les salles se remplirent d’une joyeuse assemblée : ils apportèrent des cadeaux, déclarant leur joie par leurs regards. Cieros est déserté : ils quittent Tempe Phthiotique, les maisons de Crannon, et les murs de Larissa, ils se rassemblent à Pharsalie, se pressent sous les toits de Pharsalie. Personne ne cultive les champs, les cous des bœufs s’amollissent, ni la houe courbe ne nettoie sous les vignes, ni le bœuf ne traîne la terre vers l’extérieur avec la lame, ni la faucille n’éclaircit l’ombre des arbres feuillus, une rouille grossière attaque la charrue négligée. Mais le palais resplendit d’or et d’argent à travers toutes les riches salles en retrait. Les chaises d’ivoire brillent, les coupes scintillent sur les tables, tout le palais réjoui par la splendeur de la richesse royale. Au milieu du palais, un lit sacré, véritablement joyeux pour le mariage de la déesse, scintillant d’ivoire indien, teint des colorants rouges obtenus du murex pourpre. Le tissu représente en formes antiques, avec un art merveilleux, dans toute leur variété, l’excellence des dieux et des hommes. On y voit les rivages de Naxos retentissant des vagues, Thésée, à bord de son navire, disparaissant rapidement, observé par Ariane, une passion incontrôlable dans son cœur, ne croyant pas encore qu’elle voit ce qu’elle voit, tout juste réveillée d’un sommeil trompeur, se retrouvant abandonnée misérablement sur des sables vides. Mais indifférent, le héros fuyant frappe les profondeurs avec ses rames, jetant ses vaines promesses aux vents tempétueux. La fille minoenne continue de regarder au loin, les yeux mélancoliques, comme la statue d’une Bacchante, regarde, hélas, et gonfle de grandes vagues de chagrin, le fin turban ne reste plus sur ses cheveux dorés, elle n’est plus cachée par sa robe légèrement dissimulante, la bande bien formée ne retient plus ses seins blancs comme du lait, tout cela dispersé, glissant entièrement de son corps, joue autour de ses pieds dans le flot salé. Mais, ne se souciant plus maintenant du turban ou de la robe flottante, la jeune fille perdue regardait vers toi, Thésée, de tout son cœur, son esprit, sa pensée. Misérable chose, pour qui la brillante Vénus a réservé les soucis épineux d’un deuil constant dans ton cœur, depuis le moment où il convint au belliqueux Thésée, quittant les rivages courbes du Pirée, d’atteindre les régions crétoises du roi inflexible. Car alors forcé par une cruelle peste, dit-on, en punition, pour absoudre le meurtre d’Androgeos, dix jeunes hommes athéniens choisis et dix jeunes filles célibataires étaient donnés ensemble en sacrifice au Minotaure. Avec ce mal les murs étroits furent troublés jusqu’à ce que Thésée choisisse de s’offrir pour sa chère Athènes plutôt que de voir de tels morts athéniens portés non morts en Crète. Et ainsi dans un navire rapide et par des vents doux il vint au grand Minos et à ses fiers halls. Dès que la jeune fille royale jeta sur lui un œil de désir, elle que le lit chaste nourrissait, respirant de doux parfums dans la douce étreinte de sa mère, même comme les ruisseaux d’Eurotas entourent un myrte qui répand ses couleurs variées sur la brise printanière, elle ne détourna pas ses yeux ardents de lui, jusqu’à ce qu’elle conçût une flamme à travers tout son corps qui brûla entièrement jusqu’au fond de ses os. Ah, malheureusement le Jeune incite une passion inexorable dans les cœurs chastes, lui qui mêle joies et peines aux mortels, et celle qui règne sur Golgos et l’Idalie feuillue, même elle, qui secoue l’esprit d’une jeune fille éprise, soupirant souvent pour un étranger aux cheveux blonds ! Combien de peurs la jeune fille souffre dans son cœur faible ! Combien de fois elle pâlit : plus encore que l’or pâle. Tandis que Thésée partait ardent pour combattre le monstre sauvage, soit la mort approchait, soit la récompense de la gloire ! Promettant de petits cadeaux, non désagréables ou vains, elle fit ses prières aux dieux, les lèvres closes. Maintenant, comme une tempête déracine une branche de chêne tremblante, ou un pin porteur de cônes à l’écorce résineuse, sur les hauteurs du mont Taurus, tordant sa force invaincue dans le vent (il tombe tête baissée, loin, arraché par les racines, brisant tout sur son passage) ainsi Thésée renversa le corps vaincu de la bête, ses cornes inutiles renversées, vidé de son souffle. Puis il fit demi-tour, indemne, vers une grande gloire, guidé par la trace errante d’un fil fin, afin que sa sortie du labyrinthe inconstant du palais ne soit pas empêchée par quelque erreur inaperçue. Mais que devrais-je raconter, m’écartant davantage du thème de mon poème : la fille, abandonnant la vue de son père, les embrassades de ses sœurs, et enfin celles de sa mère, elle malheureuse de la joie de sa fille perdue préférant le doux amour de Thésée à tout cela : ou son transport en bateau vers le rivage écumant de Naxos, ou sa compagnie s’évanouissant sans souci, elle vaincue, ses yeux s’amollissant dans le sommeil ? Souvent de forts cris crièrent la frénésie dans son cœur ardent, versés des profondeurs de sa poitrine, puis elle grimperait les falaises abruptes dans son chagrin, où la vaste houle marine s’étend à la vue, puis courrait contre les vagues dans le frisson salé, tenant ses doux vêtements au-dessus de ses mollets nus, et crierait tristement cette dernière plainte, un sanglot glacé sortant de son visage mouillé : ‘Faux Thésée, est-ce pour cela que tu m’emmènes de la terre de mon père, homme infidèle, pour m’abandonner sur un rivage désert ? Est-ce ainsi que tu disparais, insouciant du pouvoir des dieux, hélas, insouciant, rapportant tes parjures maudits ? Rien n’a pu modifier la mesure de ton esprit cruel ? Aucune pitié n’était près de toi, homme inexorable, pour que tu aies pitié de mon cœur ? Pourtant, une fois, tu m’as fait des promesses de cette voix flatteuse, tu m’as dit d’espérer, non pas pour cette misère, mais pour un mariage joyeux, les chants de mariage tant désirés, tout cela en vain, dispersé sur les brises aériennes. Maintenant, aucune femme ne devrait croire les engagements d’un homme, ni croire qu’il y a une quelconque vérité dans les paroles d’un homme : quand leurs esprits sont fixés sur leur désir, ils n’ont aucune crainte des serments, n’épargnent pas leurs promesses : mais dès que la luxure de leur esprit ardent est assouvie, ils ne craignent aucun mot, ils ne se soucient pas du parjure. Sûrement je t’ai sauvé du milieu de la tempête du destin, et plus encore, j’ai abandonné mon demi-frère, que je t’ai abandonné avec perfidie à la fin. Pour cela, je suis laissée pour être déchirée par les bêtes, et une proie pour les oiseaux marins, sans sépulture, morte, dans la terre dispersée. Quelle lionne t’a mis bas sous un rocher désertique, quelle mer t’a conçue et crachée de ses vagues écumantes, quelle Syrtes, quelle Scylla féroce, quelle vaste Charybde, toi qui me rends ceci, pour le don de ta douce vie ? Si le mariage avec moi n’était pas dans ton cœur, parce que tu craignais les préceptes cruels de ton vieux père, tu aurais pu encore me ramener à ta maison, où je t’aurais servi, esclave heureuse dans sa tâche, lavant tes beaux pieds dans de l’eau claire, couvrant ton lit du tissu pourpre. Mais pourquoi me plaindre au vent indifférent en vain ? C’est au-delà du mal, et sans sens, incapable d’entendre ce qui est dit, sans voix pour répondre. Il se tourne déjà maintenant vers le milieu de l’océan, et rien d’humain n’apparaît dans ce désert de mauvaises herbes. Ainsi, la chance cruelle me tourmente dans mes derniers instants, me privant même de mes oreilles de ma propre complainte. Tout-puissant Jupiter, si seulement les navires athéniens n’avaient pas touché les rivages de Cnossos, dès le début, transportant leur cargaison fatale pour le taureau indomptable, un capitaine infidèle amarrant ses cordages à Crète, un invité maléfique, cachant une intention cruelle sous une belle apparence, trouvant repos dans nos halls ! Maintenant, où puis-je retourner ? Sur quelle espérance désespérée puis-je compter ? Chercherai-je les pentes d’Ida ? Mais la mer cruelle, avec ses profondeurs d’eau divisantes, me sépare d’elles. Ou dois-je espérer l’aide de mon père ? Ne l’ai-je pas quitté pour suivre un homme taché du sang de mon frère ? Ou devrais-je faire confiance à l’amour d’un mari pour me consoler ? Lui qui plie à peine de lentes rames en me fuyant ? Plus encore, je suis vivante sur une île solitaire sans abri, et aucune échappatoire n’est visible des vagues de l’océan qui m’encerclent. Pas de moyen de fuir, pas d’espoir : tout est muet, tout est désert, tout annonce la ruine. Pourtant mes yeux ne s’affaissent pas dans la mort, pas avant que mes sens n’aient quitté mon corps fatigué, pas avant que la vraie justice ne soit rendue par les dieux, et l’aide divine que je prie dans ma dernière heure. Alors, vous, Euménides, qui punissez en vengeant les crimes des hommes, le front couronné de cheveux serpentins, portant la colère dans votre souffle, ici, ici, venez à moi, écoutez mes plaintes, que moi, malheureuse hélas, je force, affaiblie, brûlante, de la moelle de mes os, aveugle de rage folle. Puisque ces vérités sont nées dans les profondeurs de ma poitrine, vous ne permettrez pas que ma complainte vous échappe, mais comme Thésée m’a laissée seule, par son intention, déesses, par cette volonté, poursuivez-le et les siens par le meurtre.’ Lorsque ces mots eurent coulé de sa poitrine triste, la jeune fille troublée priant pour des actions cruelles, le chef des dieux acquiesça d’une volonté invincible : à cela la terre et la mer cruelle tremblèrent et les étoiles scintillantes secouèrent dans les cieux. Maintenant l’esprit de Thésée fut rempli d’une brume sombre et toutes les instructions qu’il avait tenues fixées dans sa mémoire auparavant, furent effacées de ses pensées, ne parvenant pas à élever le doux signal à son père en deuil, quand le port d’Athènes apparut en vue en toute sécurité. Car ils disent que lorsque Égée se sépara de son fils, tandis que le navire de la déesse quittait la ville, il le remit à l’étreinte du vent par ces mots : ‘Fils, plus cher pour moi que ma longue vie, fils, que j’ai abandonné par une incertitude fortuite, récemment revenu à moi dans les derniers jours de ma vieillesse, puisque mon destin et ta vertu féroce t’arrachent à moi, malgré ma volonté, moi dont les yeux défaillants ne sont pas encore rassasiés du visage de mon cher fils, je ne te renvoie pas joyeusement avec un cœur joyeux, ni ne te permets de porter des drapeaux de bonne fortune, mais je commence par les nombreux chagrins dans mon esprit, souillant mes cheveux blancs de terre et de cendres saupoudrées, puis je suspends une toile inachevée au mât errant, afin que la voile assombrie de lin espagnol morne puisse exprimer le chagrin et la passion dans mon esprit. Mais si celui qui demeure dans l’Iton sacré, qui a promis de défendre le peuple et la cité d’Érecthée, te permet de mouiller ta main du sang du taureau, alors assure-toi que cet ordre est accompli, enterré dans ton cœur qui se souvient, pour ne pas être effacé par le temps : qu’aussitôt que tu apercevras nos collines, retire entièrement le tissu sombre des verges, et hisse des voiles blanches avec tes cordes torsadées, afin que, les voyant dès le début, je connaisse la joie dans mon cœur joyeux, quand un temps heureux révélera ton retour.’ Ces mots à Thésée, jadis constamment gardés à l’esprit, s’évanouirent comme des nuages de neige frappés par une rafale de vent sur les sommets des hautes montagnes. Mais quand son père, scrutant la vue depuis la hauteur de la citadelle, des larmes sans fin inondant ses yeux anxieux, vit d’abord les voiles de tissu sombre, il se jeta tête la première de la hauteur de la falaise, croyant Thésée perdu pour un destin inexorable. Ainsi, le féroce Thésée entra dans le palais en deuil de la mort de son père, et connut le même chagrin d’esprit qu’il avait causé à l’Ariane négligée, elle qui regardait alors là où son navire avait disparu, méditant les nombreux soucis dans son cœur blessé. Mais le brillant Bacchus se hâte d’ailleurs avec son chœur de Satyres et de Silènes de Nysa, te cherchant, Ariane, brûlant d’amour pour toi. ……………………………………………..**……………………………………………..*En extase ses Bacchantes délirèrent follement, égarées d’esprit, avec des cris de ‘euhoe*’ et des têtes lancées, certaines brandissaient le thyrse à la pointe cachée, certaines agitaient les membres déchirés de bœufs, certaines s’enlaçaient de serpents entrelacés, certaines célébraient les rites secrets de la boîte creuse, rites qu’elles souhaitaient en vain que les profanes entendent : d’autres battaient les tambours avec la paume de leurs mains, ou faisaient résonner un son clair de cymbales rondes : elles soufflaient des appels stridents sans fin sur les cors et la flûte barbare sifflait des airs effrayants. Tels furent les œuvres splendides de la tapisserie figurée recouvrant le lit sacré que son tissu embrassait. Le peuple de Thessalie, après avoir regardé avidement, fut satisfait, il commença à quitter le sanctuaire de la déesse. Comme le Zéphyr agite les vagues consentantes, ridant la mer placide d’une brise matinale, tandis qu’Aurora s’élève vers le seuil du Soleil errant, de sorte qu’au début elles se meuvent lentement frappées par une douce rafale, et que leurs éclaboussures résonnent d’une légère lamentation, tandis qu’ensuite elles augmentent, enflant de plus en plus, et reflètent le rouge du lever du soleil au loin en s’élevant : ainsi, çà et là, à pieds errants la foule se disperse vers ses foyers, quittant la cour du palais royal. Après leur départ, Chiron, le chef des Centaures, arriva du Pelion escarpé, portant des cadeaux forestiers : car ce que les champs portent, tout ce que le pays de Thessalie produit sur les hauts sommets, toutes les fleurs près des vagues du fleuve que le souffle fécond du chaud vent d’ouest produit, il les apporta tissées ensemble en guirlandes confuses, de sorte que le palais sourit, charmé par les parfums heureux. Aussitôt, Peneus vint au vert Tempe, Tempe, dont les bois suspendus l’encerclent au-dessus, laissant Pasiphaé être honorée par la danse de la mer : non les mains vides, car il portait un haut hêtre par les racines, et un laurier à longues feuilles d’un tronc droit, et n’était pas sans platane incliné, et peuplier souple, sœur du brûlé Phaéton, et cyprès aérien. Il les plaça tissés, ici et là, autour de la maison jusqu’à ce que la cour soit verte, voilée de feuillage frais. Prométhée le suivit, habile d’esprit, montrant de faibles traces de son ancien châtiment, quand jadis il souffrit, suspendu par de solides chaînes à la haute corniche rocheuse. Puis le père des dieux avec sa sacrée épouse, et ses fils, descendirent des cieux, ne laissant derrière eux que toi, Phœbus, et celle née avec toi, elle qui vit sur les pentes d’Ida : Pélée est encore dédaigné par toi et ta sœur, et vous ne célébrerez pas les torches de mariage de Thétis. Alors les dieux assirent leurs membres sur les bancs blancs, à des tables richement garnies de divers aliments, tandis que, mouvant leurs corps en une danse tremblante, les Parques commencèrent à prononcer leur chant prophétique. Des tremblements saisirent leurs corps, leurs chevilles blanches entièrement couvertes par l’ourlet rouge de leurs robes, et une bande rouge encerclant leurs cheveux blancs, et leurs mains étaient occupées, comme toujours, à leur travail éternel. La main gauche tenait le fuseau, enroulé de laine douce, puis la droite, tirant légèrement le fil, le formait avec des doigts relevés, puis, le tordant sous le pouce, faisait tourner le fuseau nivelé en rotation régulière, et souvent une dent pincée rendait les brins égaux, et des fragments de laine, qui jadis dépassaient des fils légers, s’accrochaient à leurs lèvres sèches : et, devant leurs pieds, de la laine brillante d’une toison douce était gardée par un panier tressé d’osier. Puis d’une voix claire, repoussant la toison, elles versèrent ces prophéties en chant divin, chant qui ne pouvait être démenti par aucun nombre d’années. ‘Défense de la Thessalie, le plus cher des rejetons de Jupiter, ajoutant une gloire merveilleuse à tes grandes puissances, accepte ce que les sœurs joyeuses apportent à la lumière, de vrais oracles : mais toi qui accompagnes le destin, vole, guidant les fils : vole, fuseau. Maintenant Hesperus vient à toi portant la mariée tant désirée, l’épouse approche sous une étoile fortunée, qui te déverse son cœur d’un tendre amour, et se prépare à se coucher avec toi dans un sommeil languissant, étendant ses bras délicats sous ton cou fort. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Aucune maison n’a jamais abrité un tel amour, aucun amour n’a jamais uni des amants dans une telle union, même comme l’harmonie vient à Thétis, et Pélée. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Un enfant Achille t’est né, sans peur, connu pour ne jamais tourner le dos à un ennemi, fort de cœur, qui, souvent vainqueur dans la course incertaine, dépasse le cerf rapide aux sabots de feu. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Aucun héros n’oserait l’affronter au combat, quand les fleuves phrygiens couleront du sang du peuple de Teucer, et le troisième héritier du perfide Pélops ravagera les murs de Troie, assiégée dans la guerre épuisante. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Souvent les femmes aux funérailles de leurs fils lamentent ses pouvoirs illustres et ses hauts faits, alors que des cheveux négligés ruissellent de leurs têtes blanches, et que des mains faibles marquent leurs poitrines flétries. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Maintenant, comme un moissonneur fauchant prématurément les tiges denses, fauche les champs dorés sous ses pieds ardents, il détruit les corps troyens avec sa lame féroce. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Les vagues du Scamandre qui se déversent en cascade vers le rapide Hellespont témoigneront de son grand courage, son passage rétréci par les corps entassés des morts, les eaux profondes mêlées de sang chaud. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Enfin, ce sera aussi le témoin d’un prix de mort payé, quand un tombeau entassé près du haut rempart recevra le corps blanc et lisse d’une jeune fille vierge sacrifiée. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Puis, comme la chance accorde les richesses de la ville troyenne aux Grecs fatigués, desserrant le lien de Neptune, le haut tertre sera trempé du sang de Polyxène : qui, s’inclinant comme une offrande à la lame à double tranchant, tombera à genoux, un cadavre mutilé. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. Alors accomplissez les désirs de vos cœurs, unissez-vous dans l’amour. Que le mari accepte sa déesse dans un contrat joyeux, maintenant que la mariée est donnée à son partenaire aimant. Vole, guidant les fils : vole, fuseau. La nourrice revenant à l’aube n’encerclera pas son cou d’un ruban d’hier, ni la mère anxieuse près du lit triste d’une fille troublée, ne renoncera à l’espoir de chers petits-enfants. Vole, guidant les fils : vole, fuseau.’ Tel fut le chant jadis chanté en heureuse prophétie à Pélée, des cœurs divins des Parques. Autrefois les dieux en personne visitèrent les maisons pures des héros, et se montrèrent à la foule mortelle, les dieux n’étaient pas encore habitués au mépris de la piété par les hommes. Souvent le père des dieux visitant à nouveau son temple lumineux, quand les rites annuels arrivaient aux jours saints, voyait cent taureaux gisant sur le sol. Bacchus errant menait souvent les Bacchantes hurlantes, aux cheveux flottants, sur le haut sommet du Parnasse, quand tous se précipitant en émulation de la ville heureuse de Delphes recevaient le dieu avec des autels fumants. Souvent dans les luttes funestes de la guerre, Mars, ou la rapide Minerve, dame du lac Tritonis, ou la vierge Artémis apparurent pour exhorter les foules d’hommes armés. Mais ensuite la terre fut souillée par l’impiété scélérate et tous fuirent la justice avec des esprits avides, la main du frère fut tachée du sang d’un frère, l’enfant cessa de pleurer ses parents morts, le père choisit la mort du fils cadet pour acquérir une seule femme dans sa fleur de l’âge, la mère impie se répandit sous le fils ignorant, n’ayant pas peur de profaner le sanctuaire domestique. Toute piété fut confondue avec l’impiété dans une frénésie maléfique détournant de nous la volonté juste des dieux. Ainsi tels qu’ils sont ne visitent pas nos mariages, ni ne se permettent de nous approcher, à la lumière du jour.

Peinture représentant une scène mythologique avec des figures dansantesPeinture représentant une scène mythologique avec des figures dansantes

Poème 65 : La Promesse : à Hortalus

Commentaire : Catulle s’excuse auprès de son ami Hortalus (peut-être Quintus Hortensius Hortalus, un orateur) de ne pas pouvoir lui envoyer de poésie en raison de son chagrin accablant pour la mort de son frère. Il compare son incapacité à composer à une jeune fille perdant une pomme cachée, un cadeau de son amant. Il promet d’envoyer des vers en imitation de Callimaque malgré son chagrin.

Bien que je sois continuellement épuisé par la douleur du chagrin, retiré, Hortalus, des jeunes filles savantes, incapable de porter le doux fruit des Muses, l’esprit troublé par tant de sentiments sombres (car récemment l’eau courante dans les profondeurs du Léthé lave les pieds pâles de mon frère, que, arraché à mes yeux, la terre écrase sous le rivage du Rhéteum troyen. Ne te verrai-je jamais par la suite, frère plus charmant que la vie ? Mais je t’aimerai toujours, c’est vrai, toujours je chanterai ta mort en chant funèbre, comme la Procne Daulienne chante dans l’ombre dense des branches, lamentant le sort du mort Itylus) même dans une si grande tristesse, Hortalus, je t’envoie quand même ces vers en imitation de Callimaque, de peur que tu ne penses que tes paroles pour aucune bonne raison n’ont été perdues de mon esprit sur le vent qui passe, comme la pomme envoyée en cadeau secret par un amant roule de la poitrine de la jeune fille chaste, placée sous le vêtement doux, malheureusement oubliée, jusqu’à ce que, tandis qu’elle se lève à l’approche de sa mère, elle soit secouée, et roule en chute précipitée, laissant une rougeur significative sur son visage triste.

Poème 66 : La Mèche de cheveux : Bérénice

Commentaire : Une traduction du « Mèche de Bérénice » de Callimaque. Le poème est prononcé par une mèche de cheveux de la reine Bérénice, qu’elle a dédiée en vœu pour le retour en toute sécurité de son mari et qui fut ensuite transformée en constellation. La mèche raconte son voyage vers les cieux et exprime son désir de sa maîtresse. La traduction de Callimaque par Catulle démontre son engagement envers la poésie hellénistique et son habileté à traiter des thèmes savants et mythologiques.

Celui qui contempla toutes les lumières dans les vastes cieux, qui apprit le lever et le coucher des étoiles, comment la beauté ardente du soleil rapide s’obscurcit, comment les constellations disparaissent à des moments fixes, comment un doux amour attire Diane, passant secrètement près des falaises de Latmée, dans sa course aérienne : ce même Conon, l’astronome, me vit briller vivement au seuil du ciel, une mèche de cheveux de la tête de Bérénice, elle qui, tendant ses bras délicats, fit des promesses à une multitude de dieux, à ce moment où le grand roi nouvellement marié était parti dévaster les frontières d’Assyrie, portant de douces traces de la lutte nocturne, celles qui sont causées par les dépouilles virginales. Vénus est-elle vraiment haïe par les nouvelles mariées ? La joie des parents est-elle trompée par leurs fausses larmes, versées abondamment sur le seuil du lit ? Si leurs soupirs étaient sincères, elles n’auraient pas tant soutenu ma divinité. Ma reine m’a appris cela, par ses nombreux cris plaintifs, lorsque son nouveau mari partit pour la sombre bataille. Et n’est-ce pas le deuil d’un lit vide que tu pleures, mais la séparation larmoyante d’un cher frère ? Que de chagrins ronge la moelle du cœur de l’intérieur ! Comme si, troublé, ton esprit était entièrement perdu, privé de tout sentiment dans ta poitrine ! Mais je reconnais la vraie grandeur chez une jeune fille. Sûrement cet acte courageux n’est pas oublié par lequel un royaume de mari fut gagné, qu’aucun plus fort n’osa ? Mais quels mots tristes furent dits en renvoyant ce mari ! Jupiter, combien de fois tes yeux furent-ils effleurés par ta main ! Quel dieu t’a changé ainsi ? Ou est-ce le souhait d’un amant de ne pas être absent du corps bien-aimé longtemps ?’ Et, là aussi, tu m’as promis, à tous les dieux, non sans sang de taureaux, pour ton cher mari, si cela apportait son retour. Il ne lui fallut pas longtemps pour ajouter l’Asie captive aux confins de l’Égypte. J’acquitte les promesses antérieures, pour ces actes, par ce nouvel hommage qui me joint aux cieux. À contre-cœur, ô Reine, j’ai été séparée de tes cheveux, à contre-cœur : je le jure par toi et par cette tête qui est tienne, qui est digne, même si l’on jurait en vain : mais qui pourrait prétendre être égal à l’acier lui-même ? Même la montagne est renversée par lui, le plus grand brillant enfant des rivages de Macédoine, franchi lorsque les Perses créèrent une nouvelle mer, quand les barbares conduisirent leur flotte au milieu de l’Athos. Que peuvent faire les cheveux quand de telles choses tombent sous la lame ? Par Jupiter, que la tribu des Chalybes périsse, et ceux qui cherchèrent les premiers les veines de métal sous la terre, et comment couper les choses dures avec du fer ! Il y a peu de temps les sœurs pleuraient mon sort comme une mèche coupée, quand, de Locres, Arsinoé envoya les chevaux ailés de Memnon d’Éthiopie lui-même, battant, avec des ailes tremblantes, l’air de Zéphyr, le Vent d’Ouest, le frère né avec lui, et me portant à travers le ciel ombragé, il vola, et me plaça dans les genoux de la chaste Vénus. Arsinoé elle-même envoya son serviteur là-bas, habitant grec du rivage de Canope. Mon arrivée changea les cieux, de sorte que la couronne d’or du front d’Ariane ne soit pas fixée seule dans le ciel lumineux : mais, afin que moi aussi je brille, dépouille fidèle de ces cheveux d’or, la déesse passant, mouillée par le flot, vers le temple des dieux, me plaça comme une nouvelle constellation parmi les anciennes. Car, touchant les étoiles de la Vierge et le Lion sauvage, jointe à Callisto fille de Lycaon, je descends vers l’ouest, menant le lent Bootès, qui se fond tardivement dans l’Océan profond. Mais bien que les pas des dieux me touchent la nuit, la lumière me rend quand même à la mer ancienne. (Que cela soit connu, avec votre permission, Destin, Vierge Ramnusienne, car je ne cache rien de la vérité par peur, ni, bien que les étoiles me dispersent par des mots de colère, je ne choisis de cacher la vérité enfouie du cœur.) Je ne me délecte pas de ces choses, autant que je souffre d’être séparée, séparée des cheveux de ma dame, avec lesquels, lorsque la jeune fille essayait tous les parfums, j’absorbais moi-même plusieurs milliers. Maintenant vous, que les torches de mariage tant désirées unissent, ne livrez pas vos corps à l’étreinte mutuelle, dénudant vos poitrines les vêtements retirés, avant que l’onyx ne me délecte de son don agréable, votre onyx, vous qui à juste titre ornez le lit chaste. Mais celle qui se livre à des adultères impurs, qu’elle absorbe du péché le vain don de la poussière légère : car je ne cherche aucune récompense de l’indigne. Mais que la grande harmonie, Ô épouses, habite toujours votre maison, un amour continuel toujours. Toi, ma Reine, quand tu verras ta constellation divine, tandis que tu apaises Vénus par des lumières festives, ne me laisse pas libre de tes parfums, mais dote-moi de dons plus grands. Je souhaite que les étoiles tombent ! Je deviendrais des cheveux royaux, et alors qu’Orion brille près d’Aquarius !

Peinture représentant des figures mythologiquesPeinture représentant des figures mythologiques

Poème 67 : De la Porte adultère de quelqu’un

Commentaire : Un poème unique dans lequel Catulle interroge la porte d’une maison sur les scandales sexuels qui y ont eu lieu. La porte raconte des histoires d’adultère et d’inceste impliquant la famille du nouveau propriétaire. Cette perspective inhabituelle permet à Catulle de livrer des potins et des satires du point de vue d’un objet inanimé.

Ô salut, douce porte, agréable à un mari, agréable à un père, et que Jupiter ajoute son pouvoir vertueux à toi, qui servis Balbus fidèlement, dit-on, pendant un bon moment, quand le vieil homme possédait la maison lui-même, et servis le fils, au contraire, assez mal, dit-on, quand tu devins un cadeau de mariage à la mort du vieil homme. Allons, dis-nous, pourquoi montrer ce changement, abandonnant les anciennes loyautés de propriété ? ‘Ce n’est pas ma faute (je plais à ce Caecilius, je lui suis remise maintenant), bien qu’on dise que c’est la mienne, ce n’est aucun péché de ma part si quelqu’un peut dire n’importe quoi : vraiment une porte de votre peuple vous répond, moi, à qui chaque fois qu’un méfait est découvert, tous s’écrient : « C’est ta faute, porte. »‘ Il ne suffit pas de dire cela, par un mot, mais tu dois faire ce que tout le monde pourrait voir et savoir. ‘Comment puis-je ? Personne ne demande ni ne prend la peine de savoir ?’ Je le ferai, dis-moi, n’hésite pas. ‘Eh bien, d’abord, la vierge, dit-on, qui nous fut remise, était fausse. Le mari ne fut pas le premier à la toucher, lui dont l’épée pend plus flasque qu’une tendre betterave, ne soulevant jamais le milieu de sa tunique : mais on dit que le père viola le lit de son fils, et déshonora la malheureuse maison, soit parce que son esprit impie brûlait d’une luxure aveugle, soit parce que le fils était inutile, avec une semence stérile, de sorte qu’il fut nécessaire d’en chercher un plus vigoureux, qui pourrait défaire son lien virginal.’ Tu racontes un père illustre d’une piété étonnante. qui vient sur les genoux de son propre fils. ‘Et Brescia sous les falaises de Cycnea, que la Mella dorée à l’eau douce longe, Brescia chère mère de ma Vérone, dit qu’il n’est pas le seul connu pour l’avoir eue, mais parle de Postumius et de Cornelius avec passion, avec qui elle commit un adultère scélérat. Ici quelqu’un aura dit ? « Comment sais-tu, porte, jamais autorisée à quitter le seuil de ton maître, ni à entendre les gens, mais fixée à ce poteau, si habituée à ouvrir et fermer la maison ? » Je l’ai souvent entendue seule, d’une voix furtive, parler à ses servantes de ses péchés, les noms que j’ai dits étant prononcés, elle s’attendant à ce que je n’aie ni parole ni ouïe. De plus, elle ajouta, quelqu’un d’autre, dont je ne veux pas dire le nom, de peur qu’il ne lève son sourcil rouge. C’est un homme de grande taille, qui a mené une grande affaire en justice une fois, au sujet d’une fausse grossesse dans un ventre menteur.’

Poème 68b : Commémoration : à Allius

Commentaire : Considéré par certains comme une continuation du Poème 68, ce poème commémore la gentillesse d’Allius (ou Mallius/Manlius), qui a fourni à Catulle et à sa maîtresse (probablement Lesbie) une maison pour leur liaison. Catulle exprime une profonde gratitude, contrastant la fidélité d’Allius avec l’infidélité d’autres. Il inclut la complainte poignante pour son frère décédé et une digression mythologique sur Laodamie et Protesilaüs.

Je ne peux pas dissimuler, déesses, les choses de moi que Allius m’a aidées, ni combien de services il a rendus, de peur que le temps fugace dans des âges oublieux cache cette gentillesse de sa part dans la nuit aveugle : mais je vous le dis : parlez à de nombreux milliers futurs et que ce papier parle dans sa vieillesse, ……………………………………………..**……………………………………………..et que les morts deviennent de plus en plus célèbres, ne laissez pas l’araignée tissant sa fine toile en hauteur accomplir sa tâche sur le nom négligé d’Allius. Car vous savez combien Vénus inconstante m’aurait troublé, et de quelle manière elle m’aurait brûlé, quand j’aurais pu brûler comme les rochers siciliens, ou les eaux de Malis aux Thermopyles œtaéennes, mes yeux endeuillés n’ayant pas cessé de fondre en larmes sans fin, mes joues d’être trempées par une pluie triste. Alors comme un ruisseau de montagne brillant sur les hauteurs aériennes, jaillissant du rocher moussu, qui, étant tombé tête baissée des vallées en pente, traverse le milieu de régions densément peuplées, doux réconfort au labeur fatigué des voyageurs, quand une chaleur féroce fend les champs desséchés : comme à un vent favorable qui vient souffler légèrement sur le marin ballotté dans la tempête noire, priant tantôt Pollux, implorant tantôt Castor, telle fut l’aide d’Allius pour moi. Il ouvrit le champ fermé par un large chemin, et accorda à moi-même et à ma fille une maison, où nous menâmes notre liaison mutuelle, vers laquelle ma brillante déesse se rendit à pas doux, posa ses sandales gracieuses sur le seuil usé, reposa ses pieds brillants, comme jadis avec une passion ardente Laodamie vint à la maison, commencée en vain, de Protesilaüs son mari, le sacrifice n’ayant pas encore apaisé l’amour des dieux pour le sang sacré. Que rien ne me plaise beaucoup, Destin, Vierge Ramnusienne, que tu pourrais par hasard recevoir à contrecœur. Laodamie apprit par la perte de son mari combien l’autel affamé désire le sang sacré : elle fut forcée de dénouer le cou de son nouveau mari, avant qu’un hiver, et un autre revenant, n’eussent rassasié l’amour ardent de leurs longues nuits, afin qu’elle apprenne à vivre sans un mari perdu, que les Parques savaient ne pas vivre longtemps s’il partait comme soldat aux murs de Troie. Car maintenant l’enlèvement d’Hélène avait forcé les nobles grecs à réveiller leurs hommes pour Troie, Troie (le mal !) une tombe commune pour l’Asie et l’Europe, Troie la ruine amère des hommes et de toute vertu, n’as-tu pas même apporté la mort de mon frère. Oh hélas pour le frère qui m’a été enlevé, oh hélas la lumière brillante d’un frère perdu, avec toi toute notre maison est enterrée ensemble, avec toi toutes nos joies périssent en une seule, que ton amour nourrissait dans une douce vie. Toi qui, loin, n’es pas enterré parmi les tombes célèbres, ni près des cendres connues, mais la vile Troie, la malheureuse Troie, tient ta tombe, dans le sol le plus lointain d’une terre étrangère. Vers laquelle, dit-on, les hommes de Grèce se sont hâtés de toutes parts, abandonnant leurs sanctuaires domestiques, de peur que Paris, ravi, n’emporte tranquillement, vers un lit paisible, l’adultère qu’il avait enlevée. Par ton infortune, alors, très charmante Laodamie, ton mari t’a été enlevé, plus cher pour toi que la vie et l’esprit : la passion de l’amour, t’avalant dans un tourbillon, t’a emportée dans l’abîme escarpé, comme on dit que le sol du Pheneus grec près de Cyllène s’est desséché, quand le marais épais a été asséché, qu’Hercule, divinement engendré, a jadis osé percer, dans la moelle taillée des montagnes, quand ses flèches sûres frappèrent les oiseaux Stymphaliens, sur l’ordre d’un maître pire, afin que le seuil des cieux soit fréquenté par plus de dieux, et qu’Hébé ne reste pas longtemps vierge. Mais ton amour profond, qui enseigna à une fille indomptée à porter le joug, était plus profond encore que cet abîme. Puisque la petite-fille nourrie par une fille unique n’est pas aussi chère à son père, enfant de sa vieillesse, qui, lorsque le nom de l’enfant est à peine entré dans le testament du grand-père, disposant de ses richesses, écartant la joie impie de la famille dédaigneuse, disperse les vautours de sa tête blanche : aucun époux ne fut jamais aussi agréable à une colombe blanche, dont on dit qu’elle donne souvent impudemment beaucoup plus de baisers, mordant avec son bec, que toute femme qui au-delà de toute mesure désire autant. Mais toi seule surpasses leur grande passion, toi qui es gagnée pour toujours par un homme aux cheveux dorés. Toi à qui la lumière de ma vie concéda peu ou rien en valeur, quand elle se donna dans mes genoux, qui brillait souvent, avec Cupidon courant autour d’elle, brillante dans sa tunique couleur safran. Même si elle n’est toujours pas contente du seul Catulle, je souffrirai les affaires peu fréquentes d’une maîtresse timide, de peur d’être trop agaçant à la manière des fous. Souvent même Junon, la plus grande des déesses, avale sa colère brûlante face aux péchés de son époux, connaissant les nombreuses affaires de Jupiter tout disposé. Et les hommes ne doivent pas être comparés aux dieux, ……………………………………………..**……………………………………………..porter le fardeau ingrat d’un père inquiet. Pourtant, menée par aucune main paternelle, elle vient à moi, à la maison, parfumée de parfums assyriens, m’apporte le merveilleux cadeau dans la nuit secrète, elle-même, dérobée à la poitrine de son mari. Et cela suffit, si cela seul m’est accordé, qu’elle marque ce jour d’une lumière plus brillante. Ceci alors Allius, pour toi, ce que je peux, un cadeau fait de chant, en échange de ton amitié, de peur que ce jour et celui-là, et d’autres après d’autres, ne touchent ton nom de corrosions de rouille. Et que les dieux y ajoutent davantage, ces dons que Thémis avait l’habitude d’apporter aux pieux d’autrefois. Puissiez-vous être heureux, vous et votre vie, vous et votre maison dans laquelle nous nous sommes réjouis, et la dame, et celui qui vous a d’abord donné à moi, d’où est née toute notre fortune, et elle, avant tout, plus chère pour moi que lui, lumière de ma vie, par l’existence de qui, vivre m’est doux.

Peinture de figures mythologiques entrant dans une piècePeinture de figures mythologiques entrant dans une pièce

Poème 69 : Odorant : à Rufus

Commentaire : Catulle s’adresse à Rufus, expliquant pourquoi aucune femme ne le désire : il a une odeur terrible (« une chèvre sauvage sous les aisselles »). Il conseille brusquement à Rufus de se débarrasser de l’odeur s’il veut attirer les femmes.

Je ne suis pas surpris de savoir pourquoi aucune fille ne désire placer ses tendres cuisses sous toi, Rufus, même si tu l’affaiblissais par des cadeaux de robes les plus rares, les délices des pierres les plus claires. Une certaine mauvaise histoire te blesse : celle qu’on raconte sur toi : que tu as une chèvre sauvage sous les aisselles. Tout le monde déteste ça, pas étonnant : car c’est une bête vraiment malodorante, pas une avec qui les filles couchent. Alors, tue cette cruelle peste pour leurs nez, ou cesse de t’étonner de les voir s’enfuir.

Poème 70 : La Fidélité de la femme

Commentaire : Un court épigramme cynique sur la nature éphémère des promesses amoureuses d’une femme. Catulle déclare que sa fille dit qu’elle n’épouserait que lui, mais que de tels mots devraient être considérés comme aussi transitoires que le vent ou l’eau courante.

Ma fille dit qu’elle préférerait n’épouser personne d’autre que moi, pas même si Jupiter lui-même le lui demandait. Elle dit : mais ce qu’une fille dit à son amant ardent, devrait être écrit sur le vent et dans l’eau courante.

Poème 71 : Vengeance

Commentaire : Un poème bref et cru prenant une sombre satisfaction dans les maux physiques (odeur corporelle et goutte) d’un rival qui est impliqué avec son amante. Catulle voit leur souffrance pendant les rapports sexuels comme une forme de vengeance.

Si l’odeur de chèvre sous les bras empêche à juste titre quiconque, ou si une goutte lente les estropie à juste titre, ton rival, qui occupe ton amante, est découvert par toi comme merveilleusement malade des deux. Maintenant, chaque fois qu’il la baise, tu es vengé des deux : elle est troublée par l’odeur, il est ruiné par la goutte.

Poème 72 : Familiarité : à Lesbie

Commentaire : Un poème pivot dans le cycle de Lesbie, exprimant le paradoxe douloureux de l’amour et de l’estime. Catulle dit à Lesbie que la connaître mieux l’a paradoxalement fait brûler plus férocement d’amour, mais l’estimer moins. La familiarité a érodé le respect qu’il ressentait autrefois pour elle comme un père pour ses enfants, ne laissant qu’une passion tourmentée.

Autrefois tu disais que tu préférais Catulle seul, Lesbie : tu n’aurais pas voulu Jupiter avant moi. Je t’estimais alors non pas comme un amant ordinaire, mais comme un père estime ses enfants, sa famille. Maintenant je te connais : ainsi, bien que je brûle plus férocement, pourtant tu vaux beaucoup moins pour moi, et plus légèrement. Comment cela, demandes-tu ? La douleur d’un tel amour fait qu’un amant aime plus, mais aime moins.

Peinture de figures mythologiquesPeinture de figures mythologiques

Poème 73 : Ami déchu

Commentaire : Une réflexion amère sur l’ingratitude humaine. Catulle déconseille d’être gentil avec tout le monde, car cela est souvent accueilli par de l’ingratitude. Il se sent le plus blessé par quelqu’un qu’il considérait comme son ami le plus proche, illustrant sa désillusion quant à la loyauté.

Cesse de vouloir être gentil avec tout un chacun, ou de croire que quelqu’un peut devenir bon. Tous sont ingrats : être généreux n’accomplit rien, plutôt cela fatigue même, et nuit grandement : ainsi en est-il de moi, que personne n’opprime aussi lourdement, amèrement, que celui qui jadis me considérait comme son seul et unique ami.

Poème 74 : Sécurité : à Gellius

Commentaire : Un épigramme scandaleux sur Gellius, qui évite la critique potentielle de son oncle concernant les questions sexuelles en séduisant l’épouse de l’oncle. En se livrant à un adultère incestueux, Gellius s’assure que son oncle reste silencieux, le transformant effectivement en un « Harpocrate silencieux ».

Gellius avait entendu dire que son oncle avait l’habitude de réprimander, quiconque accomplissait ou parlait des délices de l’amour. Pour éviter ce malheur lui-même, il séduisit l’épouse de son oncle, et fit de son oncle un Harpocrate silencieux. Ce qu’il voulait, il le fit : car, maintenant bien qu’il ait lui-même sodomisé son oncle, son oncle ne dirait pas un mot.

Image d'une statueImage d'une statue

Poème 75 : Enchaîné : à Lesbie

Commentaire : Une expression courte et puissante de la profondeur de l’enchevêtrement émotionnel de Catulle avec Lesbie. Son esprit a été tellement corrompu et ruiné par ses défauts et son service envers elle qu’il est paradoxalement incapable de lui souhaiter du bien même si elle était vertueuse, ni de cesser de l’aimer même si elle était au pire. Il est émotionnellement piégé.

Mon esprit en est réduit à ceci, par tes fautes, Lesbie, et s’est ainsi ruiné à ton service, que maintenant il ne pourrait pas te souhaiter du bien, même si tu devenais ce qu’il y a de meilleur, ni cesser de t’aimer si tu fais ce qu’il y a de pire.

Poème 76 : Gentillesse passée : aux Dieux

Commentaire : Une prière sincère aux dieux, dans laquelle Catulle réfléchit à sa vertu et sa fidélité passées (contrastant avec le comportement de Lesbie) et implore d’être libéré du tourment de son amour pour elle. Il reconnaît la difficulté de lâcher prise mais le présente comme son unique salut. Il ne demande plus son amour ou sa chasteté, seulement la liberté de sa souffrance.

S’il est agréable à un homme de se souvenir des bonnes actions passées, quand il se considère vertueux, n’ayant pas violé les liens sacrés, ni utilisé les noms des dieux dans un contrat quelconque pour tromper les hommes, alors il te reste de nombreux plaisirs, Catulle, pour le reste de ta vie, grâce à cette passion ingrate. Car tout ce qu’un homme peut faire ou dire de bon à quiconque, a été dit et fait par toi. Tout, ce qui confié à un cœur ingrat est perdu. Pourquoi te tourmenter plus longtemps alors ? Pourquoi ne pas endurcir ton esprit, et t’en détourner, et cesser d’être malheureux, puisque les dieux sont hostiles ? Il est difficile d’abandonner soudainement un ancien amour, c’est difficile, mais cela te satisferait de le faire : C’est ton unique salut. C’est à toi de le prouver, à toi d’essayer, si tu peux ou non. Ô dieux, si la miséricorde est vôtre, ou si vous avez jamais apporté de l’aide à un homme au moment même de sa mort, regardez ma douleur et, si j’ai vécu purement, levez cette peste, cette destruction de moi, afin que la torpeur qui rampe dans les profondeurs de mon corps chasse toute joie de mon cœur. Je ne demande plus qu’elle m’aime en face, ou, l’impossible, qu’elle soit chaste : je choisis la santé, et de me débarrasser de cette sale maladie. Ô dieux, accordez-moi ceci pour toute ma bonté.

Poème 77 : Traître : à Rufus

Commentaire : Un poème court et intense accusant Rufus, un ancien ami, de trahison. Catulle sent que Rufus l’a insidieusement blessé et a détruit son bonheur, le qualifiant de « poison cruel » et de « ruine de mon amitié ».

Rufus, en qui j’ai eu confiance comme ami, inutilement et sans raison, (Inutilement ? Plutôt, à un prix grand et mauvais), t’es-tu introduit dans ma vie ainsi, et as-tu rompu mes entrailles, ah hélas, m’as-tu volé tout mon bien ? Tu m’as volé, oh cruel poison de ma vie, oh ruine de mon amitié.

Poème 78 : Le Maquereau : à Gallus

Commentaire : Un épigramme bref et sardonique sur Gallus, qui facilite une relation entre l’épouse de son frère et son fils. Catulle qualifie Gallus de « mignon » pour avoir arrangé cette affaire scandaleuse, mais aussi de « stupide » car il permet essentiellement l’adultère au sein de sa propre famille.

Gallus a des frères, dont l’un a la plus charmante épouse, l’autre le plus charmant fils. Gallus est un homme mignon : puisqu’il les unit en amants, de sorte que ce beau garçon couche avec cette belle fille. Gallus est un homme stupide, ne se considérant pas comme un mari, qui instruit un neveu dans l’adultère de l’épouse d’un oncle.

Poème 78b : Immortalité

Commentaire : Un fragment bref, potentiellement lié, déplorant la pollution des lèvres pures d’une jeune fille par la « salive immonde » de quelqu’un. Il contient une menace selon laquelle les actions de l’agresseur seront rappelées et exposées pour l’éternité par la tradition.

Mais maintenant je déplore que ta salive immonde ait pollué les lèvres pures d’une fille pure. Pourtant tu ne le feras pas impunément : maintenant tous les âges te connaîtront, et l’ancienne tradition racontera ce que tu es.

Poème 79 : Pas si juste : à Lesbius

Commentaire : Catulle commente sarcastiquement « Lesbius » (le frère de Lesbie, probablement Clodius Pulcher), que Lesbie préfère même à Catulle. Il remarque que Lesbius est peut-être beau, mais que sa vraie nature ou sa lignée est discutable, suggérant qu’il ne serait pas reconnu comme tel par beaucoup.

Lesbius est joli. Pourquoi pas ? Puisque Lesbie l’aime plus que toi et tous les tiens, Catulle. Mais laisse quand même ce joli garçon vendre Catulle et tous les siens s’il trouve trois pour reconnaître sa naissance.

Poème 80 : Révélation : à Gellius

Commentaire : Un poème cru et explicite s’adressant à Gellius, se demandant pourquoi ses lèvres deviennent pâles le matin ou tard dans la journée. Catulle suggère que la pâleur est due à des actes sexuels oraux, citant les cuisses tendues de Victor et les lèvres de Gellius marquées de sperme comme preuve.

Que puis-je dire, Gellius, pourquoi ces lèvres rouges deviennent-elles plus blanches que la neige hivernale, quand tu quittes ta maison le matin ou quand la huitième heure te réveille placide et faible dans la longue journée ? C’est quelque chose, c’est sûr : peut-être le murmure de la rumeur est-il vrai que tu avales le grand jet de l’aine d’un homme ? C’est sûr : les cuisses tendues de Victor le proclament, et tes lèvres marquées de sperme séché.

Poème 81 : Goût étrange : à Iuventius

Commentaire : S’adressant à nouveau à Iuventius, Catulle exprime son incrédulité qu’il puisse préférer un certain invité « jaunâtre » de Pesaro à Catulle lui-même. Il questionne le goût et le jugement de Iuventius dans le choix de cet homme.

N’y a-t-il personne parmi tout ce peuple, Iuventius, aucun homme gentil que tu pourrais commencer à aimer, à part cet invité à toi, plus jaune qu’une statue dorée, des environs du Pesaro mortel, qui te plaît maintenant, que tu oses me préférer, et avec qui tu fais on ne sait quoi ?

Poème 82 : Dette d’yeux : à Quintius

Commentaire : Un poème court et intense s’adressant à Quintius, l’avertissant de ne pas voler quelque chose de « plus cher que les yeux » (vraisemblablement Lesbie) s’il veut que Catulle l’estime beaucoup ou lui doive même ses propres yeux. Cela souligne l’extrême importance que Catulle attache à son amour.

Quintius, si tu veux que Catulle te doive ses yeux ou quelque chose qui pourrait être plus cher que ses yeux, ne lui vole pas ce qui lui est beaucoup plus cher que ses yeux, ou quelque chose de plus cher que ses yeux.

Poème 83 : Le Mari : à Lesbie

Commentaire : Catulle observe Lesbie l’insultant devant son mari, qui s’en réjouit sottement. Catulle interprète son comportement comme un signe de sentiments forts persistants, suggérant que si elle était vraiment passée à autre chose, elle serait silencieuse. Sa colère montre qu’elle est toujours « enflammée ».

Lesbie dit de mauvaises choses sur moi au visage de son mari : c’est le plus grand plaisir pour cet idiot. Mule, ne vois-tu pas ? Si elle m’oubliait et se taisait à mon sujet, ce serait juste : maintenant puisqu’elle gémit et abuse, elle ne se souvient pas seulement, mais quelque chose de plus sérieux, elle est en colère. C’est-à-dire qu’elle est enflammée, alors elle parle.

Poème 84 : Naturellement : à Arrius

Commentaire : Un poème humoristique se moquant d’Arrius pour son affectation à ajouter des sons aspirés ‘H’ là où ils n’ont pas leur place en latin (par exemple, dire « chonvenient » pour « convenient »). Catulle plaisante en disant que cette habitude linguistique est génétique et que son départ en Syrie a fourni un répit, mais hélas, même la mer est devenue « ‘H’ionienne » sous son influence.

Arrius disait chonvenient quand il voulait dire convenient, et embuscade était hembuscade, et croyait avoir parlé merveilleusement bien, quand il avait dit hembuscade autant qu’il le pouvait. Ainsi, je suppose, parlaient librement sa mère et son oncle, ainsi son grand-père maternel, sa grand-mère. Quand il fut posté en Syrie, nos oreilles eurent du repos, elles entendirent les mêmes choses dites doucement et facilement, ni ne craignirent d’entendre de tels mots à l’avenir, quand soudain une terrible nouvelle est apportée, la Mer Ionienne, depuis qu’Arrius y est arrivé, n’est plus Ionienne, mais Hionienne.

Poème 85 : Amour-Haine

Commentaire : Le poème le plus court et peut-être le plus célèbre de Catulle, une expression concise et puissante d’émotions conflictuelles. Il capture l’expérience simultanée d’un amour intense et d’une haine amère envers la même personne (Lesbie), reconnaissant la douleur sans en comprendre pleinement la cause. Cela résume parfaitement la nature tourmentée de leur relation. C’est sans aucun doute parmi les 10 meilleurs poèmes jamais écrits pour sa brièveté et sa profondeur émotionnelle.

Je hais et j’aime. Et pourquoi, tu demanderas peut-être. Je ne sais pas : mais je ressens, et je suis tourmenté.

Poème 86 : Vraie Beauté : à Lesbie

Commentaire : Catulle contraste Quintia, considérée comme belle par beaucoup mais manquant de charme (« venustas »), avec sa Lesbie, qui possède non seulement la beauté physique mais aussi cette qualité essentielle de charme. Pour Catulle, la vraie beauté réside dans la combinaison de la forme et de la grâce.

Quintia est charmante pour beaucoup. Pour moi, elle est blanche, longue et droite : je reconnais que c’est ainsi. Mais je ne suis pas d’accord que ce soit de la beauté : il n’y a pas de charme, pas une once de bon goût dans tout ce long corps. Lesbie est charmante, possédant tout ce qu’il y a de plus beau, de plus elle seule a volé tout le charme à toutes les autres femmes.

Poème 87 : Incomparable : à Lesbie

Commentaire : Catulle déclare qu’aucune femme n’a jamais été aimée autant que Lesbie ne l’a été par lui, et qu’aucun lien de fidélité n’a été aussi fort que le sien envers elle. Ce poème reflète la nature unique et absolue de l’amour qu’il a initialement ressenti.

Aucune femme ne peut dire qu’elle a été autant aimée, comme ma Lesbie en vérité a été aimée par moi. Aucune foi en aucun lien ne fut jamais aussi grande, que celle qui a été trouvée, de ma part, dans l’amour de toi.

Poème 88 : Inceste dans la famille : à Gellius

Commentaire : Catulle poursuit ses attaques contre Gellius, se concentrant sur ses prétendues relations incestueuses avec sa mère et sa sœur. Il utilise un langage hyperbolique pour décrire l’immense péché de ces actes, affirmant que pas même les vastes océans ne pourraient laver une telle culpabilité.

Qu’est-ce qu’il fait, Gellius, l’homme qui s’ébat avec mère et sœur, debout toute la nuit, sans vêtements ? Qu’est-ce qu’il fait, lui qui ne laisse pas son oncle jouer le rôle de mari ? Sais-tu combien de péchés un homme peut encourir ? Ô Gellius, il en encourt tellement que la lointaine Téthys ne peut les laver, ni l’Océan, père des Nymphes : car il n’y a aucun péché qui existe au-delà de celui-là, pas même s’il penchait la tête, et s’avalait lui-même.

Peinture d'une figure mythologiquePeinture d'une figure mythologique

Poème 89 : Maigreur : à Gellius

Commentaire : Catulle attribue la maigreur de Gellius à ses activités sexuelles continues au sein de sa famille (mère, sœur, cousins via l’oncle), suggérant que son manque de nourriture est une conséquence de son comportement incestueux. C’est un autre exemple de l’utilisation par Catulle de la description physique pour la condamnation morale.

Gellius est maigre : pourquoi ne le serait-il pas ? Lui dont la mère jouit de la vie, si gentille et si saine, et une sœur si charmante, et un oncle si gentil, et partout rempli de filles apparentées, pourquoi devrait-il cesser d’être maigre ? Même s’il ne touchait rien, que ce qu’il est illégal de toucher, tu trouverais n’importe quel nombre de raisons pour lesquelles il serait maigre.

Poème 90 : Trop ! : à Gellius

Commentaire : Un poème bref et satirique poursuivant le thème de l’inceste de Gellius. Catulle incorpore une croyance religieuse perse (peut-être fabriquée) selon laquelle un Mage (un prêtre) devrait naître d’un inceste mère-fils. Il suggère que Gellius et sa mère pourraient produire une telle figure, utilisant l’idée pour se moquer davantage de leur péché.

Qu’un Mage naisse de l’union coupable de Gellius et de sa mère, et qu’il apprenne la divination perse : car un Mage doit naître d’une mère et d’un fils, si la religion impie des Perses est vraie, ainsi par des chants acceptables il adorera agréablement les dieux, faisant fondre les entrailles dans la flamme graisseuse.

Peinture d'une scène bibliquePeinture d'une scène biblique

Poème 91 : Mon Erreur : à Gellius

Commentaire : Catulle s’adresse à Gellius, expliquant qu’il a eu tort de lui faire confiance avec son « amour désespéré et ruineux » (pour Lesbie). Il n’a pas fait confiance à Gellius parce qu’il le pensait fidèle ou vertueux, mais simplement parce que Lesbie n’était pas la mère ou la sœur de Gellius. Cependant, il réalise que Gellius jouit de tout péché, et leur amitié n’était pas suffisante pour le retenir.

Ce n’est pas parce que je te connaissais bien ou que je te croyais fidèle, Gellius, ou que je pensais que tu pouvais garder ton esprit du péché vil, que je m’attendais à ce que tu me sois fidèle dans cet amour désespéré et ruineux qui est le mien : mais parce que j’étais conscient que celle, pour qui un vaste désir me consume, n’était ni ta mère ni ta sœur. Et bien que moi je fusse étroitement lié à toi par l’amitié, je ne pensais pas que ce fût une excuse suffisante pour toi. Tu l’as considérée comme suffisante : il y a tant de plaisir pour toi dans chaque jeu, dans lequel il y a quelque péché.

Poème 92 : Signe d’amour : à Lesbie

Commentaire : Un poème court et paradoxal suggérant que les critiques et les insultes constantes de Lesbie envers Catulle sont en réalité des signes qu’elle l’aime toujours. Il établit un parallèle avec son propre comportement, où ses plaintes fréquentes démontrent son amour continu pour elle.

Lesbie dit toujours du mal de moi, ne se tait jamais à mon sujet : que je sois damné si elle ne m’aime pas. Quel est le signe ? Car c’est la même chose pour moi : je me plains continuellement, mais que je sois damné si je ne l’aime pas.

Poème 93 : Indifférence : à Gaius Julius César

Commentaire : Un poème célèbrement concis et dédaigneux adressé à Jules César. Catulle déclare son manque d’intérêt total à plaire à César ou même à savoir quoi que ce soit de lui (« noir ou blanc »). C’est une déclaration audacieuse d’indépendance poétique face au pouvoir politique.

Je n’ai aucune grande inclination à vouloir te plaire, César, ni à savoir lequel des deux tu es, noir ou blanc.

Poème 94 : Naturellement : à Mentula

Commentaire : Un épigramme très court et grossier associant « Mentula » (Mamurra) à la promiscuité sexuelle, déclarant que c’est simplement sa nature. Le proverbe « la marmite choisit ses propres herbes » implique qu’il gravite naturellement vers le vice.

Mentula la Bite fornique. Est-ce qu’une Bite baise ? Sûrement. C’est ce qu’on dit : la marmite choisit ses propres herbes.

Poème 95 : Smyrna : à Gaius Helvius Cinna

Commentaire : Catulle loue le long et savant poème « Smyrna » de son ami Cinna, notant le grand effort (neuf ans) qui y a été consacré. Il le contraste avec la poésie prolifique mais terrible de Volusius, dont l’œuvre ne convient qu’à emballer du poisson. Cela renforce la valeur des « nouveaux poètes » pour la qualité et le poli plutôt que la quantité.

Le Smyrna de mon Cinna est enfin publié, neuf étés et hivers après qu’il fut commencé, tandis que d’Hatria il y a un demi-million de vers par an ……………………………………………..**……………………………………………..**Smyrna, atteignant les profonds courants du Satrachus cypriote, les siècles aux cheveux blancs liront longtemps Smyrna. Mais les annales Volusiennes seront mort-nées à Padoue, et fourniront souvent un emballage mou pour les maquereaux. Que le petit monument de mon ami me soit cher, et que les masses se délectent de l’Antimachus gonflé.

Poème 96 : Au-delà de la tombe : à Gaius Licinius Calvus

Commentaire : Adressé à son ami Calvus sur la mort de l’épouse de Calvus, Quintilia. Catulle suggère que si le chagrin peut atteindre les morts, le chagrin de Quintilia pour sa mort prématurée pourrait être atténué par la connaissance de l’amour et du deuil de Calvus pour elle. C’est un poème tendre de consolation.

S’il est quelque chose de notre chagrin qui puisse atteindre au-delà de la tombe muette, Calvus, et être agréable et bienvenu, chagrin par lequel, dans le désir, nous faisons revivre nos amours perdues, et pleurons les amitiés disparues autrefois connues, sûrement Quintilia n’est pas tant triste de sa mort précoce, que joyeuse de ton amour.

Poème 97 : Dégoûtant : à Aemilius

Commentaire : Une attaque très offensante et graphique contre Aemilius, décrivant sa bouche immonde et suggérant que son anus est plus propre. Catulle utilise des images répugnantes (dents longues, gencives malades, mâchoires béantes) pour exprimer son dégoût et se demander comment une femme pourrait être impliquée avec lui.

Je n’ai pas (que les dieux m’aiment) pensé que cela importait, que je sente la bouche ou le cul d’Aemilius. L’un n’est pas plus propre, l’autre n’est pas plus sale, en fait son cul est à la fois plus propre et plus agréable : car il n’y a pas de dents. En effet, l’autre a des dents d’un pied de long, des gencives comme une vieille charrette, et des mâchoires qui bâillent habituellement comme la chatte ouverte d’une mule qui pisse en chaleur. Il baise beaucoup de femmes, et se fait passer pour charmant, et n’est pas mis au moulin avec l’âne ? Ne devrions-nous pas penser, de toute fille qui le touche, qu’elle est capable de lécher le cul d’un bourreau répugnant ?

Poème 98 : Bien armé : à Victius

Commentaire : Une autre invective grossière, cette fois dirigée contre Victius, que Catulle appelle « Puanteur ». Il suggère que la langue de Victius est si immonde qu’elle pourrait servir à lécher des choses sales, et que le simple fait d’ouvrir la bouche suffit à détruire quiconque.

À ton sujet, si quelqu’un, Puanteur Victius, peut être dit ce qu’on dit des verbeux et des fatuits. Avec cette langue, si le besoin s’en faisait sentir, tu pourrais lécher des culs, et des sandales à semelle de cuir. Si tu veux nous détruire complètement, Victius, bâille devant nous : ce que tu désires, tu l’atteindras entièrement.

Poème 99 : Baisers volés : à Iuventius

Commentaire : Catulle raconte avoir volé un baiser à Iuventius, le décrivant comme initialement doux mais lui apportant finalement douleur et punition en raison de la réaction en colère d’Iuventius. La réponse dégoûtée de Iuventius (se rincer les lèvres) rend la douceur amère, enseignant à Catulle une leçon sur l’affection non désirée.

J’ai volé un doux baiser pendant que tu jouais, doux Iuventius, un plus doux que la plus douce ambroisie. Pas pris impunément : car plus d’une heure je me souviens, j’ai pendu en haut de la potence, tandis que je me justifiais auprès de toi, et pourtant avec mes larmes je n’ai pu diminuer ta colère d’un minuscule morceau. À peine fut-ce fait, qu’ayant rincé tes lèvres avec beaucoup d’eau, tu l’as chassé avec tes doigts, afin que rien contracté de mes lèvres ne puisse rester, comme s’il s’agissait de la salive immonde d’une putain souillée. Plus encore, tu m’as remis tristement à un amour vicieux qui n’a pas manqué de me tourmenter de toutes les manières, de sorte que ce doux baiser, altéré pour moi de l’ambroisie, fut plus amer que l’ellébore amer alors. Puisque tu infliges de telles punitions à l’amour malheureux, maintenant, après cela, je ne volerai plus jamais de baisers.

Poème 100 : Un Choix : à Marcus Caelius

Commentaire : Catulle s’adresse à Caelius (vraisemblablement le même ami du poème 58) et discute de deux couples à Vérone : Caelius avec Aufilenus, et Quintius avec Aufilena (la sœur d’Aufilenus). Les deux frères sont impliqués avec la sœur de l’autre paire. Catulle favorise Caelius parce qu’il était un ami pendant ses luttes passionnées, lui souhaitant du succès dans l’amour avec Aufilenus.

Caelius avec Aufilenus, et Quintius avec Aufilena, tous deux follement amoureux du frère, de la sœur, la fleur de la jeunesse véronaise. Cela, comme on dit, est vraiment doux, cette camaraderie de frères. Qui favoriserai-je davantage ? Toi, Caelius, puisque ton amitié, seule, m’a accompagné dans ma passion, quand les flammes furieuses me brûlaient jusqu’à la moelle. Sois heureux, Caelius, sois heureux en amour.

Poème 101 : Ave Atque Vale : Une Offrande aux morts

Commentaire : Une élégie profondément émouvante et célèbre pour son frère décédé. Catulle décrit son voyage sur une grande distance pour assister aux rites funéraires et offrir des offrandes traditionnelles aux cendres silencieuses. Il exprime son amour et son chagrin durables, concluant par la phrase de vœu poignante, « Ave atque vale » (Salut et Adieu).

Porté sur de nombreuses mers, et à travers de nombreuses nations, frère, je viens à ces tristes rites funéraires, pour t’accorder les derniers présents aux morts, et parler en vain à tes cendres muettes. Voyant que le destin m’a volé toi-même. Ah hélas, mon frère, honteusement enlevé, pourtant, selon l’ancienne coutume de nos parents, reçois ces tristes présents, offrandes aux morts, profondément trempées des larmes d’un frère, et pour l’éternité, frère : « Salut et Adieu ! »

Poème 102 : Secret : à Cornelius

Commentaire : Un poème bref assurant son ami Cornelius de sa discrétion et de sa fiabilité absolues. Catulle se compare à Harpocrate, le dieu du silence, soulignant que toute confidence partagée avec lui est entièrement sûre.

Si jamais quelque chose a été confié par un ami à un confident silencieux et sûr, dont la loyauté d’esprit est profondément connue, tu trouveras que je suis également lié par ce rite sacré, Cornelius, et transformé en un pur Harpocrate.

Poème 103 : Choisis : à Silo

Commentaire : Catulle s’adresse à Silo, lui réclamant le retour de dix sesterces. Il donne à Silo un choix : rendre l’argent et être aussi sauvage qu’il le souhaite, ou garder l’argent mais cesser d’être un proxénète et mettre fin à son comportement indiscipliné.

Silo, s’il te plaît, rends les dix sesterces, et alors sois aussi sauvage et indiscipliné que tu le souhaites : ou, si tu aimes l’argent, s’il te plaît, cesse d’être un proxénète, et sauvage et indiscipliné aussi.

Poème 104 : Monstrueux

Commentaire : Un court poème réfutant l’idée qu’il puisse dire du mal de Lesbie (« ma propre vie »), qu’il aime intensément. Il se tourne ensuite pour s’adresser à quelqu’un d’autre (« toi, avec Tappo ») dont il dit qu’il fait « tout ce qui est monstrueux », contrastant implicitement leur comportement avec sa propre dévotion inébranlable (bien que douloureuse).

Penses-tu que je pourrais dire du mal de ma propre vie, elle qui m’est plus chère que mes deux yeux ? Je ne le pourrais pas, ni, si je le pouvais, je n’aimerais si désespérément : mais toi, avec Tappo, tu fais tout ce qui est monstrueux.

Poème 105 : Pas Poète : à Mentula

Commentaire : Un épigramme bref et dédaigneux dépeignant Mamurra (« Mentula » ou « Bite ») tentant d’atteindre le sommet du Parnasse (la montagne des Muses, symbolisant l’aspiration poétique) seulement pour être violemment éjecté par les Muses elles-mêmes. C’est une déclaration métaphorique selon laquelle Mamurra n’a pas sa place dans la vraie poésie.

Mentula la Bite essaie de gravir le Mont Parnasse : les Muses avec des fourches le jettent dehors, tête la première.

Poème 106 : C’est évident

Commentaire : Une courte observation cynique sur un commissaire-priseur vu avec un beau garçon. Catulle suggère que le commissaire-priseur fait simplement sa propre publicité ou celle de ses services (comme proxénète) en s’associant au garçon.

Quand tu vois quelqu’un qui est un commissaire-priseur avec un joli garçon, que penser, sinon qu’il veut se faire de la publicité ?

Poème 107 : De Retour : à Lesbie

Commentaire : Un poème exprimant une immense joie et un soulagement face au retour ou au possible retour de Lesbie auprès de lui. Catulle décrit le bonheur inattendu comme le plus grand délice et célèbre le jour où elle revient comme le plus lumineux des jours. Il montre un moment d’espoir renouvelé dans leur relation tourmentée.

Si quelque chose arrive à celui qui le désire, et le souhaite, et ne l’attend jamais, c’est un délice spécial pour l’esprit. De même, c’est un délice, plus cher que l’or, pour moi, que tu reviennes à moi, Lesbie, dans mon désir ardent. reviens, désirée et inespérée, rends-toi à moi. Ô jour marqué d’une plus grande clarté ! Qui existe plus heureux que moi, ou peut dire qu’il souhaite une vie plus grande que celle-ci ?

Poème 108 : Cher Cominius

Commentaire : Un vœu brutal pour la mort et le démembrement de Cominius, une figure politique que Catulle méprise clairement. Il imagine des vautours, des corbeaux, des chiens et des loups dévorant les parties du corps de Cominius, en particulier sa langue (considérée comme un instrument de nuisance).

Si ta vieillesse aux cheveux blancs, souillée par tes manières impures, prend fin par la volonté du peuple, Cominius, je n’ai aucun doute, pour ma part, que ta langue, d’abord, l’ennemie du bien, sera coupée, et donnée à des vautours avides, tes yeux arrachés, avalés par des corbeaux à gorge noire, tes intestins par des chiens, le reste de ton corps par des loups.

Poème 109 : Une Prière : à Lesbie

Commentaire : Un poème plein d’espoir rapportant la déclaration de Lesbie selon laquelle leur amour sera éternel. Catulle prie les dieux pour qu’elle soit sincère et véridique, souhaitant que leur lien d’amitié et d’amour dure toute leur vie. C’est un moment touchant de foi au milieu du cycle souvent turbulent.

Tu déclares que cet amour qui est le nôtre sera heureux, mea vita, et éternel entre nous. Grands dieux, qu’il soit vrai qu’elle promet sincèrement, et le dit sincèrement, et du fond du cœur, afin que nous puissions étendre, tout au long de notre vie, ce lien sans fin d’amitié sacrée.

Poème 110 : Pas de Triche : à Aufilena

Commentaire : Catulle s’adresse à Aufilena, discutant du comportement attendu d’une maîtresse ou d’une prostituée. Il contraste une maîtresse « juste » qui accepte son paiement avec Aufilena, qui a apparemment rompu ses promesses et ne fait que prendre, ce qu’il trouve pire qu’une prostituée ordinaire.

Aufilena, les maîtresses justes sont toujours louées : elles acceptent leur récompense, pour ce qu’elles acceptent. Toi, qui as promis, hostile malhonnêtement, à moi, qui ne donne pas mais ne fait que prendre, tu agis mal. Mener cela à bien serait bien, Aufilena, ne pas promettre est chaste : mais arracher ce qui est donné dans un service frauduleux, est pire que la putain la plus avide qui s’offre de tout son corps.

Poème 111 : Préférable : à Aufilena

Commentaire : Un autre poème s’adressant à Aufilena, celui-ci comparant son comportement à celui d’une mariée. Il déclare que la gloire d’une mariée est la fidélité à un seul homme, mais il est préférable pour Aufilena de coucher avec qui elle veut plutôt que d’avoir des enfants avec son oncle (« mère de ses cousins par son oncle »), faisant allusion à un inceste potentiel dans sa famille.

Vivre contente d’un seul homme, Aufilena, est la gloire des plus hautes gloires pour une mariée : mais il vaut mieux coucher avec qui elle veut, que d’être mère de ses cousins par son oncle.

Poème 112 : À Naso

Commentaire : Un épigramme très bref et percutant qualifiant Naso de « beaucoup d’homme » par sa taille, mais aussi de « pathique » (recevant une attention sexuelle masculine), suggérant un contraste ou peut-être un double sens lié à sa taille et à son rôle sexuel.

Tu es beaucoup d’homme, Naso, mais beaucoup d’hommes ne se rabaisseraient pas à toi : Naso, beaucoup d’homme et un pathique.

Poème 113 : Fructueux : à Gaius Helvius Cinna

Commentaire : S’adressant à Cinna, Catulle observe l’adultère rampant impliquant une femme nommée Maecilia. Il note que lors du premier consulat de Pompée, seuls deux hommes étaient impliqués avec elle, mais lors de son deuxième consulat, ce nombre a été multiplié par mille, qualifiant sarcastiquement cela de « semence fructueuse de l’adultère ».

Lors du premier Consulat de Pompée, deux hommes fréquentaient Maecilia, Cinna : maintenant qu’il est à nouveau Consul, ces deux-là restent, mais chacun a augmenté de mille. La semence fructueuse de l’adultère.

Poème 114 : Mirage : à Mentula

Commentaire : Catulle se moque de Mamurra (« Mentula ») pour ses vastes propriétés foncières près de Firmum, censées être riches en ressources. Cependant, Catulle affirme que les dépenses de Mamurra dépassent ses revenus, faisant de sa richesse une illusion. Il est riche en possessions mais manque de réalité.

On dit, sans mentir, que Mentula la Bite est riche des pâturages de Firmum, pleins de bonnes choses, de toutes sortes de gibier à plumes, de poissons, de prairies, de champs et de gibier. En vain : ses revenus sont dépassés par ses coûts. Ainsi, je concède qu’il est riche, alors que tout lui manque. louons les pâturages, tant qu’il est dans le besoin.

Poème 115 : Menace : à Mentula

Commentaire : Une autre attaque contre la richesse et les propriétés foncières exagérées de Mamurra. Catulle énumère les diverses parties de son domaine mais conclut que Mamurra lui-même est le « plus grand de tous », non pas en tant qu’homme, mais en tant que « grande Bite saillante », utilisant son surnom pour une dernière insulte grossière liée à sa prétendue prouesse sexuelle ou à son apparence physique.

Mentula a trente acres de prairies, quarante de champs : le reste est un marais. Pourquoi ne dépasserait-il pas Crésus en richesses, lui qui possède tant de biens, en terre, prairies, champs, vastes bois et pâturages, et étangs aussi loin que les Hyperboréens, et les mers de l’Océan ? Tout cela est grand, mais il est le plus grand de tous, pas un homme, mais, en vérité, une grande Bite saillante.

Poème 116 : Le Dernier mot : à Gellius

Commentaire : Catulle s’adresse à Gellius pour la dernière fois dans la collection. Il explique qu’il a envisagé de lui envoyer les poèmes de Callimaque dans l’espoir de l’adoucir, mais réalise maintenant que c’était inutile étant donné la nature hostile de Gellius. Catulle conclut en déclarant qu’il évitera les attaques de Gellius mais promet que Gellius sera puni et immortalisé négativement dans ses propres vers.

J’ai souvent cherché, mon esprit occupé cherchant, comment je pourrais t’envoyer les poèmes de Callimaque, pour qu’ils t’adoucissent envers moi, pour que tu n’essaies pas de lancer tes traits hostiles sur ma tête, maintenant je vois que je me suis fatigué en vain, Gellius, mes bonnes intentions étaient sans valeur. J’éviterai les traits que tu me tires, mais tu seras puni, fixé pour toujours par les miens. Note : Les fragments I-III ne sont pas traduits et sont considérés comme faux.

La Voix durable de Catulle

Explorer Catulle à travers les traductions des poèmes de Catulle nous permet de nous connecter à une voix de l’Antiquité qui semble étonnamment moderne. Sa volonté de plonger dans les méandres des relations humaines, de l’amour passionné et du chagrin profond aux rivalités mesquines et à la critique sociale cinglante, le distingue de beaucoup de ses contemporains.

Son impact sur les poètes ultérieurs, romains et d’ailleurs, est indéniable. Des poètes élégiaques comme Properce et Tibulle aux écrivains de la Renaissance et aux paroliers modernes, le style personnel, intense et souvent transgressif de Catulle a inspiré d’innombrables artistes. Les traductions comme celle présentée ici sont essentielles pour maintenir cette voix puissante vivante et accessible, démontrant que si les langues changent, le cœur de l’émotion et de l’expérience humaine, si vivement capturé par Catulle, reste éternel.

Références

Traductions par A. S. Kline © Copyright 2001 Tous droits réservés, de Poetry in Translation (www.poetryintranslation.com).