Contes de Canterbury : Meilleure traduction, accessibilité et poésie

Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer constituent une pierre angulaire de la littérature anglaise, une tapisserie vibrante tissée d’histoires diverses et de personnages inoubliables. Cependant, accéder à ce chef-d’œuvre présente un défi unique pour les lecteurs modernes : le texte a été écrit en moyen anglais, un paysage linguistique significativement différent du nôtre. Cette fracture linguistique a donné lieu à une multitude de traductions et d’éditions, laissant de nombreux lecteurs se demander : quelle est la meilleure traduction des Contes de Canterbury ? Est-ce celle qui aplanit les difficultés pour faciliter la lecture, ou celle qui s’efforce de préserver la musique et le sens complexes de l’original ?

La quête de la traduction idéale commence souvent par la compréhension de l’obstacle initial. Le moyen anglais, parlé en Angleterre approximativement de la fin du 11e à la fin du 15e siècle, possède un vocabulaire, une grammaire et des schémas de prononciation différents de l’anglais moderne. Bien que la langue soit reconnaissable, la lire couramment demande un effort. Pour les étudiants comme pour les lecteurs généraux, cela peut être une barrière à l’appréciation de l’esprit, du commentaire social et des observations profondes de Chaucer sur la nature humaine.

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Différentes approches pour traduire Chaucer

Les traducteurs sont confrontés à des questions fondamentales lorsqu’ils transposent Chaucer en anglais moderne. La traduction doit-elle être en prose ou en vers ? Doit-elle privilégier un rendu littéral mot à mot ou capturer l’esprit et le flux de l’original, même si cela implique une légère déviation ? Deux approches majeures émergent :

  1. Traductions en vers anglais moderne : Ces traductions visent à recréer la structure versifiée rimée originale de Chaucer (souvent des distiques en pentamètre iambique) en anglais moderne. Le but est de rendre la poésie accessible tout en conservant sa forme et son rythme.
  2. Traductions en prose anglaise moderne : Celles-ci abandonnent le vers original, présentant les histoires sous forme de prose narrative. Cette approche privilégie la clarté et la facilité de compréhension plutôt que de reproduire la forme poétique de Chaucer.
  3. Éditions en moyen anglais avec glossaires/notes : Ces éditions présentent le texte original de Chaucer, souvent avec une orthographe modernisée pour faciliter la lecture, accompagné de glossaires et d’annotations étendus pour expliquer les mots et expressions difficiles. Cette approche exige plus d’effort mais permet un engagement direct avec la langue propre à Chaucer.

Le choix entre ces approches dépend souvent du but du lecteur. Quelqu’un étudiant les caractéristiques linguistiques ou la technique poétique pourrait préférer une édition en moyen anglais, tandis qu’un lecteur occasionnel cherchant à apprécier les histoires pourrait s’orienter vers une version en prose moderne.

Comparaison de traductions clés : Coghill contre l’original

Pendant des décennies, la traduction en vers anglais moderne de Nevill Coghill, largement disponible dans l’édition Penguin Classics, a été un point d’entrée populaire dans Les Contes de Canterbury. Elle est célébrée pour sa lisibilité et sa réussite à rendre les contes de Chaucer en vers modernes captivants. Cependant, comme pour toute traduction, en particulier de poésie, quelque chose est inévitablement gagné et quelque chose est perdu.

Une critique courante, partagée par beaucoup, y compris des universitaires chevronnés et même ceux qui ont découvert Chaucer par le biais de Coghill, est que si la traduction est accessible, elle peut parfois sembler… trop lissée. L’énergie brute et rythmique, la texture spécifique des choix de mots de Chaucer en moyen anglais, peuvent sembler diluées. Considérez les célèbres premières lignes du Prologue Général :

When in April the sweet showers fall
And pierce the drought of March to the root, and all
The veins are bathed in liquor of such power
As brings about the engendering of the flower,
When also Zephyrus with his sweet breath
Exhales an air in every grove and heath
Upon the tender shoots, and the young sun
His half-course in the sign of the Ram has run,
And the small fowl are making melody
That sleep away the night with open eye
(So nature pricks them and their heart engages)
Then people long to go on pilgrimages
And palmers long to seek the stranger strands
Of far-off saints, hallowed in sundry lands,
And specially, from every shire’s end
Of England, down to Canterbury they wend
To seek the holy blissful martyr,* quick
To give his help to them when they were sick.

Comparez cela avec le moyen anglais original de Chaucer :

Whan that Aprille with his shoures sote
The droghte of Marche hath perced to the rote,
And bathed every veyne in swich licour,
Of which vertu engendred is the flour;
Whan Zephirus eek with his swete breeth
Inspired hath in every holt and heeth
The tendre croppes, and the yonge sonne
Hath in the Ram his halfe cours y-ronne,
And smale fowles maken melodye,
That slepen al the night with open yë,
(So priketh hem nature in hir corages):
Than longen folk to goon on pilgrimages
(And palmers for to seken straunge strondes)
To ferne halwes, couthe in sondry londes;
And specially, from every shires ende
Of Engelond, to Caunterbury they wende,
The holy blisful martir for to seke,
That hem hath holpen, whan that they were seke.

Portrait de Geoffrey ChaucerPortrait de Geoffrey ChaucerPortrait de Geoffrey ChaucerPortrait de Geoffrey Chaucer

Lire le moyen anglais de Chaucer à voix haute, même avec une prononciation imparfaite, révèle une cadence et une vigueur différentes dans la langue. Des mots comme « shoures sote » (douces averses), « perced to the rote » (percé à la racine), et « swich licour » (tel liquide) ont un poids sonore et sémantique spécifique difficile à reproduire parfaitement dans les équivalents anglais modernes, qui peuvent sembler plus conventionnels ou « prosaïques » lorsqu’ils sont placés côte à côte, comme l’ont noté de nombreux lecteurs comparant Coghill à l’original.

Les éditions savantes, telles que la très respectée The Riverside Chaucer (éditée par F.N. Robinson puis par d’autres), présentent le texte en moyen anglais avec des notes et des glossaires rigoureux. Cette approche honore la langue de Chaucer et exige des lecteurs un certain travail, mais la récompense est une connexion directe avec la voix du poète. Pour ceux qui font l’effort, lire Chaucer dans son original (avec de l’aide) peut ressembler moins à une traduction et plus à une rencontre authentique avec le passé.

Alors, quelle est la « meilleure » traduction des Contes de Canterbury ?

La réponse, comme c’est souvent le cas en matière littéraire, est qu’il n’y a pas une seule « meilleure » traduction pour tout le monde.

  • Pour l’étudiant cherchant une compréhension approfondie de l’art et de la langue de Chaucer, ou le chercheur analysant la technique poétique, une édition en moyen anglais avec des notes complètes (comme le Riverside Chaucer) est sans doute la plus précieuse. Elle exige du dévouement mais offre l’accès le plus direct à la source.
  • Pour le lecteur général principalement intéressé par les histoires, les personnages et les thèmes sans s’enliser dans les défis linguistiques, une traduction habile en vers ou en prose anglais moderne peut être un excellent choix. Les traductions de Nevill Coghill, Burton Raffel (souvent plus dynamiques) ou Seamus Heaney (connu pour sa sensibilité poétique) offrent chacune des forces et des expériences de lecture différentes.

En fin de compte, la « meilleure » traduction dépend de vos objectifs de lecture et de votre volonté de vous engager avec le texte selon ses propres termes. Bien que les traductions modernes offrent une accessibilité, elles peuvent involontairement sacrifier une partie de la magie poétique unique du moyen anglais de Chaucer. S’engager avec la langue originale, même si cela est difficile au début, peut être une expérience profondément enrichissante qui révèle le pouvoir durable et la beauté de la voix de Chaucer.

Conclusion

Explorer Les Contes de Canterbury est un voyage qui en vaut la peine, quelle que soit la traduction que vous choisissez. Alors que les versions modernes offrent un cheminement pratique, passer du temps avec le moyen anglais de Chaucer, aidé par de bonnes ressources universitaires, peut débloquer une appréciation plus profonde de son génie et du monde vibrant qu’il a créé. L’effort requis pour naviguer dans la langue originale n’est pas simplement académique ; il fait partie de la connexion au contexte historique et artistique qui rend l’œuvre de Chaucer si vitale. Peut-être que la véritable « meilleure » approche est d’échantillonner différentes versions et de découvrir celle qui résonne le plus profondément en vous, permettant aux mots, qu’ils soient du moyen ou du moderne, de s’épanouir en poésie.