La perception du bouddhisme zen comme une voie de détachement émotionnel et d’indifférence est une idée fausse répandue. Cet article explore cette méprise, soulignant la vraie nature du zen à travers une anecdote personnelle impliquant un homme d’affaires japonais de renom et un maître zen vénéré. Ce récit remet en question l’idée de « l’indifférence zen » et révèle une compréhension plus nuancée de cette pratique spirituelle.
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Au-delà du moine impassible : la vibrance du zen
L’image populaire du zen évoque souvent des moines à l’expression impassible, assis immobiles en méditation. Cette imagerie, bien qu’évocatrice, peut perpétuer l’idée fausse que le zen consiste à supprimer les émotions et à cultiver l’indifférence au monde. Cependant, c’est loin d’être la vérité. Le zen, comme toutes les formes de bouddhisme, met l’accent sur la compassion, la connexion et l’engagement avec la vie dans toute sa richesse. La joie du Dalaï-Lama sert de puissant contrepoint à ce stéréotype. Mais une histoire plus personnelle éclaire davantage ce point.
Un « génie » du golf et la fureur d’un maître zen
En 1972, je travaillais pour Yamada Mitsunari, le président de Nippon Shinpan, la plus grande société de crédit du Japon. M. Yamada, un homme à la personnalité excentrique et à l’approche non conventionnelle de l’apprentissage de l’anglais, m’a pris sous son aile. Il a même essayé de m’apprendre le golf sur le toit de son immeuble. Mon aptitude inattendue pour ce sport (grâce à une expérience d’enfance avec le minigolf et le cricket) m’a valu le titre éphémère de « génie » du golf et la promesse d’un nouvel ensemble de clubs, une promesse qui n’a finalement pas été tenue.
M. Yamada avait la curieuse habitude de fixer intensément les sourcils de son interlocuteur pendant une conversation, une tactique qu’il prétendait être conçue pour déconcerter. Un jour, au cours d’une telle discussion axée sur les sourcils, il a raconté une histoire à propos de Kajiura Itsugai Roshi, l’abbé en chef de la lignée Myoshinji des monastères zen, une figure très respectée dans le monde zen. Kajiura Roshi était connu pour sa pratique rigoureuse, incluant une méditation ardue de 18 heures au bord d’une falaise, une pratique où la perte de concentration pouvait signifier la mort.
M. Yamada, en tant que président du conseil d’administration soutenant la lignée Myoshinji, connaissait personnellement Kajiura Roshi. Il a avoué au Roshi son inquiétude quant au fait que les moines zen semblaient dépourvus de sentiments, faisant écho à la même idée fausse que nous abordons ici.
La description de la réaction du Roshi par M. Yamada est révélatrice : « Kajiura Roshi a carrément explosé », a-t-il dit, me fixant profondément dans les yeux. « Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi en colère! J’étais vraiment choqué! » Cette explosion de la part d’un maître zen renommé, un homme connu pour son calme et sa profondeur spirituelle, brise l’image du pratiquant zen impassible.
Le vrai cœur du zen : embrasser tout le spectre de la vie
Cette anecdote révèle le cœur du zen, une tradition qui ne concerne pas l’indifférence, mais l’expérience complète du monde, y compris tout le spectre des émotions humaines. La colère du Roshi n’était pas une contradiction de sa pratique zen, mais une démonstration de sa profondeur. Elle a mis en évidence un engagement passionné envers la vie, loin de l’apathie souvent attribuée à tort au zen.
Le zen consiste à être présent, à faire l’expérience du monde avec clarté et compassion. Cela inclut la joie, la tristesse, la colère et tout le reste. Il s’agit d’apprécier le vol d’un oiseau, la beauté d’une fleur et la complexité des relations humaines. Il s’agit de vivre pleinement, et non avec indifférence.
Conclusion : un appel à une compréhension plus profonde
L’idée de « l’indifférence zen » est une simplification, une mauvaise interprétation d’une tradition spirituelle riche et complexe. Le zen ne consiste pas à supprimer les émotions, mais à les gérer avec pleine conscience. Il s’agit d’être présent à chaque instant, de faire l’expérience du monde avec toutes ses joies et ses peines, ses triomphes et ses défis. L’histoire de l’explosion passionnée de Kajiura Roshi nous rappelle puissamment cette vérité. Allons au-delà des stéréotypes et adoptons une compréhension plus profonde de la vibrance et de la profondeur du bouddhisme zen.