Définir la « pire poésie de tous les temps » est intrinsèquement subjectif, une question de goût personnel, de standards littéraires évolutifs, et même de contexte historique. Ce qu’un lecteur trouve profond, un autre pourrait le trouver banal ou absurde. Cependant, il peut être instructif – et parfois divertissant – d’engager une discussion critique sur des œuvres célèbres qui, pour certains lecteurs ou critiques, manquent tout simplement leur cible. Cet article examine cinq poèmes de poètes renommés qui, d’un certain point de vue critique, ont mérité une place sur une liste des poésies potentiellement les pires jamais écrites en langue anglaise.
Contents
- 1. Le Chant de Hiawatha de Henry Wadsworth Longfellow
- 2. « Sir Galaad » d’Alfred Lord Tennyson
- 3. « À la bêche d’un ami (un agriculteur) » de William Wordsworth
- 4. « Lewti, ou le Chant d’amour circassien » de Samuel Taylor Coleridge
- 5. « Excelsior » de Henry Wadsworth Longfellow
- Conclusion : La Subjectivité du « Pire »
Ces sélections se concentrent intentionnellement sur des figures célébrées dont l’ensemble de l’œuvre est généralement respecté, rendant les échecs perçus dans ces cas spécifiques d’autant plus frappants. Nous examinerons les arguments contre ces poèmes, en nous penchant sur des éléments comme la forme, le contenu, le ton, et la manière dont ils résonnent (ou non) avec les sensibilités modernes.
1. Le Chant de Hiawatha de Henry Wadsworth Longfellow
Publié pour la première fois en 1855, le poème épique de Longfellow s’inspire des légendes amérindiennes pour raconter l’histoire du héros Hiawatha et de son amour pour Minnehaha. Bien qu’initialement populaire, sa réception critique fut mitigée dès le départ, et pour de nombreux lecteurs contemporains, il représente un faux pas littéraire majeur, sans doute l’une des pires poésies jamais produites par une figure majeure.
Illustration 1910 d'une figure dans une forêt près de l'eau, pour 'Le Chant de Hiawatha' de Longfellow, œuvre parfois jugée parmi les pires poésies.
Les critiques sont variées et découlent souvent des choix fondamentaux du poème :
- Longueur excessive : Une épopée comptant des milliers de vers, son volume même devient une barrière pour de nombreux lecteurs modernes. Maintenir l’engagement sur une telle durée exige une narration captivante et une finesse linguistique, ce qui, selon les critiques, fait défaut ici.
- Mètre monotone : Longfellow a utilisé le tétramètre trochée (DA-da, DA-da, DA-da, DA-da), qui, bien que peut-être novateur à l’époque, semble pour beaucoup implacablement répétitif et chantonnant. Le rythme constant et descendant peut devenir hypnotique et, pour certains, carrément agaçant sur de longs passages.
- Noms problématiques : Bien que « Hiawatha » soit généralement accepté, des noms comme « Minnehaha » (qui, malheureusement, ressemble à des rires) et « Gitche Gumee » (le nom du Lac Supérieur) sont cités comme des exemples de nomenclature malheureuse ou même comique qui nuit à l’intention sérieuse du poème.
Considérez les célèbres vers d’ouverture :
By the shores of Gitche Gumee, by the shining Big-Sea-Water,Stood the wigwam of Nokomis, daughter of the Moon, Nokomis.Dark behind it rose the forest, rose the black and gloomy pine-trees,Rose the firs with cones upon them; bright before it beat the water,Beat the clear and sunny water, beat the shining Big-Sea-Water.
Pour beaucoup, cet extrait résume parfaitement les défauts perçus : le mètre répétitif, les noms légèrement maladroits et un style descriptif qui semble plus laborieux qu’inspiré. C’est cette platitude perçue et cette insistance rythmique sur une vaste longueur qui positionnent Hiawatha comme un prétendant à certaines des pires poésies jamais écrites par un poète canonique.
2. « Sir Galaad » d’Alfred Lord Tennyson
Tennyson, maître artisan du vers victorien, s’est souvent inspiré de la légende arthurienne. Bien que beaucoup de ses poèmes arthuriens soient admirés, « Sir Galaad » est fréquemment cité comme un exemple où le thème mène à une poésie qui semble forcée ou peu convaincante pour les sensibilités modernes, incitant certains à la classer parmi ses œuvres les moins réussies, pouvant potentiellement être qualifiée de « pire poésie » dans son œuvre.
Illustration W.E.F. Britten de Sir Galaad, pour les poèmes arthuriens de Tennyson, parfois critiqués dans les débats sur la 'pire poésie'.
Le poème se concentre sur l’incarnation de la pureté et de la chevalerie. La première strophe donne le ton :
*My good blade carves the casques of men,My tough lance thrusteth sure,My strength is as the strength of ten,*Because my heart is pure.*
Bien que la pureté soit le trait distinctif de Galaad, l’insistance du poème sur son absence totale de conflit, notamment en ce qui concerne les désirs romantiques ou terrestres, semble pour de nombreux lecteurs contemporains invraisemblable ou simplement ennuyeuse. Tennyson aborde explicitement cela :
*How sweet are looks that ladies bendOn whom their favours fall!For them I battle till the end,To save from shame and thrall:But all my heart is drawn above,My knees are bow’d in crypt and shrine:I never felt the kiss of lovNor maiden’s hand in mine.More bounteous aspects on me beam,Me mightier transports move and thrill;So keep I fair thro’ faith and prayer*A virgin heart in work and will.
À une époque imprégnée de réalisme psychologique et d’une compréhension de la nature humaine complexe, la vertu inébranlable, presque robotique, de Galaad semble moins héroïque qu’un personnage vide. La célébration sincère de cette pureté immaculée dans le poème peut sembler naïve ou même mièvre, rendant difficile pour les lecteurs de se connecter avec le personnage ou la narration. Cette déconnexion amène certains critiques à considérer « Sir Galaad » comme un exemple de poésie bien intentionnée mais finalement peu engageante, sans doute l’une des pires poésies d’un poète victorien majeur.
3. « À la bêche d’un ami (un agriculteur) » de William Wordsworth
William Wordsworth est célébré comme un pionnier du Romantisme, trouvant une beauté et une signification profondes dans l’ordinaire. Ses meilleures œuvres élèvent la vie quotidienne et la nature avec un langage simple et évocateur. Cependant, même les grands poètes ont leurs moments moins inspirés. « À la bêche d’un ami », bien qu’obscur comparé à ses grands poèmes lyriques, est souvent cité comme un exemple où l’accent mis par Wordsworth sur l’humble confine à l’involontairement comique, une entrée étrange dans la discussion sur la poésie potentiellement la pire.
Composé alors que Wordsworth aidait apparemment un ami dans son jardin, le poème prend pour sujet un simple outil de jardinage. Il commence :
*SPADE! with which Wilkinson hath tilled his lands,And shaped these pleasant walks by Emont’s side,Thou art a tool of honour in my hands;*I press thee, through the yielding soil, with pride.
Wordsworth continue en louant le propriétaire de la bêche, mais consacre une attention considérable à l’outil lui-même, lui accordant un statut presque héroïque :
*Who shall inherit Thee when death has laidLow in the darksome cell thine own dear lord?That man will have a trophy, humble Spade!*A trophy nobler than a conqueror’s sword.
La dernière strophe imagine l’avenir de la bêche comme un bien précieux hérité :
*His thrift thy uselessness will never scorn;An ‘heir-loom’ in his cottage wilt thou be:–High will he hang thee up, well pleased to adorn*His rustic chimney with the last of Thee!
Bien que le sentiment de valorisation du travail et des outils simples soit cohérent avec la philosophie de Wordsworth, consacrer un poème entier et sérieux à une bêche et la déclarer un « trophée plus noble que l’épée d’un conquérant » semble, pour beaucoup, aller trop loin. Cela franchit la ligne entre l’appréciation de l’ordinaire et un niveau de fétichisation qui semble, franchement, ridicule. Cette incapacité à élever le sujet de manière convaincante, le rendant banal plutôt que significatif, conduit certains à classer cette pièce parmi les efforts mineurs d’un grand poète, peut-être même à la limite de la pire poésie qu’il ait produite. Cela souligne que même les maîtres peuvent mal juger le poids émotionnel qu’un sujet peut porter.
4. « Lewti, ou le Chant d’amour circassien » de Samuel Taylor Coleridge
Samuel Taylor Coleridge, contemporain et collaborateur de Wordsworth, était un maître de l’atmosphère, du surnaturel et de la profondeur psychologique dans des poèmes comme « La complainte du vieux marin » et « Kubla Khan ». Cependant, « Lewti », publié pour la première fois en 1798, est souvent considéré comme en deçà de son brio habituel, présentant une lamentation amoureuse qui semble à la fois banale et gâchée par une tentative peu convaincante d’exotisme, amenant certains à la considérer comme faible, peut-être même parmi la pire poésie de cette figure par ailleurs célébrée.
Le poème s’ouvre sur un trope romantique classique – un amant souffrant errant la nuit :
*At midnight by the stream I roved,To forget the form I loved.Image of Lewti! from my mind*Depart; for Lewti is not kind.
Le locuteur se lamente que « Lewti n’est pas gentille » – une manière plutôt euphémique d’exprimer le chagrin par rapport aux passions ardentes ou aux mélancolies profondes souvent explorées dans les vers romantiques.
*The Moon was high, the moonlight gleamAnd the shadow of a starHeaved upon Tamaha’s stream;But the rock shone brighter far,The rock half sheltered from my viewBy pendent boughs of tressy yew.—So shines my Lewti’s forehead fair,Gleaming through her sable hair,Image of Lewti! from my mind*Depart; for Lewti is not kind.
La référence à « Circassien » dans le titre, un groupe du Caucase, et le nom inventé « Lewti » sont considérés comme des tentatives d’exotisme qui semblent ajoutées artificiellement plutôt qu’organiquement intégrées. Contrairement aux décors mystérieux et réussis de « Kubla Khan », les éléments exotiques ici semblent non mérités et distrayants.
Le poème continue avec le locuteur essayant de concilier son désir ardent avec la méchanceté de Lewti :
*And so with many a hope I seekAnd with such joy I find my Lewti;And even so my pale wan cheekDrinks in as deep a flush of beauty!Nay, treacherous image! leave my mind,*If Lewti never will be kind.
Bien que la rime de « Lewti » et « beauty » (beauté) puisse être techniquement fonctionnelle, le nom lui-même reste dissonant pour certains lecteurs. L’impression générale est un poème qui manque de profondeur émotionnelle authentique, s’appuyant plutôt sur des scénarios et des noms artificiels. Comparé à l’intensité psychologique et à la puissance imaginative de ses meilleures œuvres, « Lewti » ressemble à un exercice superficiel, conduisant les critiques à l’inclure dans les discussions sur ses poèmes les moins réussis, potentiellement même parmi la pire poésie pour son sentiment forcé et son exotisme peu convaincant. Pour les lecteurs qui apprécient les luttes profondes capturées dans une poésie désespérée plus marquée, la focalisation simple, inébranlable (et fatale) ici semble peu convaincante.
5. « Excelsior » de Henry Wadsworth Longfellow
Le retour à Longfellow pour la dernière entrée souligne comment même des poètes immensément populaires peuvent produire des œuvres qui deviennent critiquement démodées, considérées par certains comme des exemples de la pire poésie malgré leur succès initial. « Excelsior », un poème narratif publié en 1841, raconte l’histoire d’un jeune homme déterminé qui ignore tous les avertissements pour gravir un pic alpin, portant une bannière avec le seul mot latin, signifiant « plus haut » ou « toujours plus haut ».
Illustration 1852 du jeune homme portant la bannière 'Excelsior' dans un village alpin, scène du poème de Longfellow souvent cité parmi les pires.
La première strophe plante le décor :
The shades of night were falling fast,As through an Alpine village passedA youth, who bore, ‘mid snow and ice,A banner with the strange device,Excelsior!
Malgré les avertissements des locaux et les supplications d’une demoiselle, le jeune homme persiste dans sa quête solitaire et ascendante :
« Try not the Pass! » the old man said;« Dark lowers the tempest overhead,The roaring torrent is deep and wide! »And loud that clarion voice replied,Excelsior!
« Oh stay, » the maiden said, « and restThy weary head upon this breast! « A tear stood in his bright blue eye,But still he answered, with a sigh,Excelsior!
Le poème culmine avec la fin prévisible du jeune homme, retrouvé gelé et mort sur la montagne, serrant toujours sa bannière.
A traveller, by the faithful hound,Half-buried in the snow was found,Still grasping in his hand of iceThat banner with the strange device,Excelsior!
There in the twilight cold and gray,Lifeless, but beautiful, he lay,And from the sky, serene and far,A voice fell like a falling star,Excelsior!
La critique centrale d’« Excelsior » se concentre souvent sur le protagoniste. Sa quête inébranlable, presque insensée, d’un idéal abstrait unique (« Excelsior ! ») au prix de sa vie et ignorant toute connexion humaine et toute sagesse pratique, semble à beaucoup non pas héroïque, mais stupide voire fanatique. Le poème semble approuver cet idéalisme fataliste, culminant dans la description problématique du cadavre gelé comme « beau » et une voix céleste apparemment approbatrice. Cette déconnexion entre la valorisation apparente par le poème de la quête du jeune homme et la perception potentielle par le lecteur de celle-ci comme une folie tragique rend le poème difficile à accepter selon ses propres termes. L’insistance sur cet idéal abstrait et autodestructeur, couplée au pathos perçu de la fin, contribue à sa réputation parmi les critiques comme l’un des poèmes les plus faibles de Longfellow, malheureusement cité dans les discussions sur la pire poésie. Pour ceux qui apprécient les luttes profondes capturées dans une poésie désespérée, la focalisation simple, inébranlable (et fatale) ici semble peu convaincante.
Conclusion : La Subjectivité du « Pire »
Cette exploration de cinq poèmes souvent pointés du doigt met en évidence la nature subjective et évolutive du jugement littéraire. Bien que ces œuvres proviennent de la plume de poètes historiquement importants, elles démontrent que la réputation ne garantit pas l’acclamation universelle pour chaque pièce. Les arguments contre elles reposent souvent sur des défauts perçus dans le mètre, le thème, la résonance émotionnelle, ou leur incapacité à se connecter avec les perspectives contemporaines façonnées par des compréhensions culturelles et psychologiques différentes.
Les qualifier de « pire poésie de tous les temps » est, bien sûr, une affirmation provocatrice et sujette à débat. Ces critiques ne sont qu’une perspective. S’engager avec des poèmes que nous n’aimons pas peut être aussi précieux que de s’engager avec ceux que nous aimons, nous aidant à articuler nos propres standards et à approfondir notre compréhension de ce qui rend la poésie efficace. Qu’en pensez-vous ? S’agit-il vraiment des pires ? Ou possèdent-ils des qualités insoupçonnées qui les rachètent ? Engager ces discussions contribue à maintenir vivante l’appréciation critique de la poésie.