Poèmes Calendaires : La Tradition des Travaux des Mois

J’ai trouvé ce poème latin écrit à la main dans les marges supérieures de douze pages de calendrier d’un missel d’autel imprimé à York (Angleterre) en 1533. Il s’agit d’un poème lyrique sur les « travaux des mois », un genre qui remonte à l’antiquité classique. Il abrège la matière que l’on trouve dans des poèmes plus longs tels que les Travaux et les Jours d’Hésiode et les Géorgiques de Virgile, Les Fastes d’Ovide étant le premier à utiliser un cadre mois par mois. Cette poésie correspond à une tradition dans les arts visuels, surtout connue grâce aux reproductions modernes de livres d’heures médiévaux richement illustrés, mais également présente dans les peintures murales, les vitraux, les mosaïques de sol et les sculptures sur bois.

L’auteur du poème a ressenti le besoin d’inclure les travaux des mois dans le calendrier de son missel imprimé simple. Ce n’était pas un poète accompli, il a écrit des vers rimés un peu rudes avec des images sommaires. Son choix des travaux mentionnés pour chaque mois est traditionnel, dans un éventail d’options dépendant des activités locales. Pour donner un sens clair à ses vers et assurer une métrique cohérente à ma traduction, j’ai légèrement allongé les vers et ajouté quelques clarifications. Par exemple, « avena » dans le vers de juillet peut signifier « avoine » ou « une pipe en avoine » comme celles conventionnellement jouées par les bergers et les poètes bucoliques. Comme l’auteur a pu vouloir suggérer les deux, j’ai inclus les deux dans mon vers de juillet.

Voici l’original latin suivi de la traduction :

Pocula janus amat Et februus algeo clamat Martius arua fodit Et aprilis florida nutrit Ros et frons nemorum mayo sunt fomes amorum Dat junius fena Julio refecatur avena Augustus spicas September conterit uvas Seminat october Spoliat virgulta november Duerit hime cibum porcum mactando december

Janvier aime ce que les coupes contiennent,
Février crie qu’il a froid, les corps se retiennent.
Mars laboure les champs de sillons tout neufs,
Et Avril nourrit la couleur des fleurs.
La rosée et le feuillage préparent les amours de mai,
Juin produit son foin, Juillet récolte l’avoine et la pipe bucolique.
Août fait mûrir les épis, Septembre écrase les raisins rouges.
Octobre sème, Novembre dépouille les bosquets de leurs feuilles.
Décembre, en abattant les porcs potelés,
Obtient une bonne viande pour les repas d’hiver.

Le choix de la cour comme travail de mai convient au joyeux mois printanier, mais fait aussi référence à l’astrologie. Les illustrations calendaires donnent souvent un aperçu du ciel tout en représentant les travaux sur terre. Leur zodiaque commence en janvier avec le Verseau, faisant de mai le mois des Gémeaux. Plutôt que des jumeaux, les artistes médiévaux montrent un couple d’amoureux.

Un autre poète, n’inscrivant pas de pages de calendrier mais écrivant sur une seule feuille, liste les mois dans des encadrés décoratifs. Il n’a pas la place de représenter les travailleurs, mais dessine les outils qu’ils utilisent entre ses vers. Voici les mots de son poème en moyen anglais du 15e siècle.

Januar By thys fyre I warme my handys Februar And with my spade I delfe my landys Marche Here I sette my thinge to springe Aprile And here I here the fowles singe Maij I am as lyght as byrde in bowe Junij And I wede my corne well I-now Julij With my scythe my mede I mawe Auguste And here I shere my corne full lowe September With my flayll I erne my brede October And here I sawe my whete so rede November At Martynesmasse I kylle my swine December And at Cristesmasse I drynke redde wine

Voici une version en orthographe moderne, avec de légers changements pour régulariser la métrique :

January By this fire I warm my hands February And with my spade I delve my lands March Here I set my thing to spring April And here I hear the fowls to sing May I am as light as bird on bough June And well I weed my corn just now July My scythe and I my meadow mow August And here I shear my corn full low September With my flail I earn my bread October And here I sow my wheat so red November At Martinmas I kill my swine December At Christmastime I drink red wine

Illustration montrant des scènes représentant les travaux ou activités de chaque mois de l'annéeIllustration montrant des scènes représentant les travaux ou activités de chaque mois de l'annéeLa Saint-Martin est le jour de fête de Saint Martin le 11 novembre. Les poèmes et illustrations calendaires avec référence religieuse suggèrent une conscience de vivre et de travailler au travers du temps sacré. Même les poèmes dépourvus de mots explicitement religieux considèrent le travail comme véritablement significatif car il participe au cycle établi du cosmos. De plus, c’est le devoir assigné par Dieu à Adam, et donc un moyen terrestre d’atteindre le paradis. Toutes les classes sociales ont leurs rôles dans les travaux mensuels, comme on le voit le mieux dans les séries d’illustrations. En tout mois, une personne des classes supérieures peut apparaître effectuant un travail de supervision ou de gestion, ou exerçant un devoir de charité. Et lorsqu’il s’agit des plaisirs printaniers et des fêtes de fin d’année, tous les rangs de la société se mêlent. Il peut même y avoir un renversement de rôle festif, avec des paysans en rois et reines de l’Épiphanie, servis par des individus vêtus des riches habits d’une station supérieure.

Il existe une grande variété de poèmes sur les « travaux », en partie à cause des différents types d’agriculture ou d’élevage pratiqués dans différentes localités. Mais le public visé et les intérêts particuliers créent également des variations. « The Garden Year » (L’Année du Jardin) de Sara Coleridge (1834) s’adresse aux enfants et se concentre sur le jardin fleuri anglais.

Janvier apporte la neige,
Fait nos pieds et doigts s’activer.

Février apporte la pluie,
Décongèle le lac à nouveau.

Mars apporte brises, fortes et stridentes,
Pour agiter la jonquille dansante.

Avril apporte la primevère douce,
Disperse les marguerites à nos pieds.

Mai apporte des troupeaux de jolis agneaux
Sautillant près de leurs mères laineuses.

Juin apporte tulipes, lis, roses,
Remplit les mains des enfants de bouquets.

Juillet chaud apporte averses rafraîchissantes,
Abricots et giroflées.

Août apporte les gerbes de maïs,
Puis la moisson est ramenée à la maison.

Septembre chaud apporte les fruits;
Les chasseurs commencent alors à tirer.

Octobre frais apporte le faisan;
Alors, ramasser des noix est plaisant.

Novembre morne apporte le souffle glacial;
Alors les feuilles tourbillonnent vite.

Décembre glacial apporte le grésil,
Feu ardent et délice de Noël.

Illustration représentant le travail traditionnel de décembre : la boucherie de porcs.Illustration représentant le travail traditionnel de décembre : la boucherie de porcs.Peu de travail ici, semble-t-il, mais il y a des éléments clairs de la tradition des « travaux », adaptés à la localisation. Mai correspond à la saison de l’agnelage en Angleterre, loin des agneaux d’automne des zones plus tempérées. Et pour remplacer la fauconnerie courtoise médiévale de mai, il y a la chasse au gibier en septembre, précisant même que la saison du faisan en Angleterre ne commence pas avant octobre. Le travail comme celui des poèmes médiévaux commence au moment des récoltes – du point de vue de l’enfant. Les enfants ne réalisent pas que les noix doivent être ramassées comme nourriture d’hiver pour le bétail non abattu. L’objectif de cette poète pour eux est une simple satisfaction avec un monde matériel fonctionnant confortablement comme il se doit.

Illustration montrant une figure, possiblement un moine, buvant du vin dans une cave.Illustration montrant une figure, possiblement un moine, buvant du vin dans une cave.Pour adapter les travaux des mois à mon propre intérêt particulier pour le vin, j’ai cherché une plus grande concentration sur la viticulture dans les poèmes et illustrations français et italiens. Mais les travailleurs dans ce type d’art ne se spécialisent pas autant que nous. Je n’ai jamais trouvé de référence aux vignes, vins ou accessoires pour plus de cinq mois. Le but de documenter les travaux est d’offrir une image de l’économie parfaite dans l’ensemble. Par conséquent, vivant dans une région où les banlieues empiètent sur des vignobles autrefois exploités par des Italiens, je m’appuie avec gratitude sur les informations modernes mois par mois résumées par Roberto Giuliani sur LaVINIum, Rivista di Vino e Cultura. Mon poème peut être reconnu comme moderne car les désastres comme les tempêtes et les parasites sont ignorés par la tradition idéaliste. Mais je suis heureux de dire que Giuliani note soigneusement plusieurs jours de fête religieux comme importants pour les travailleurs d’aujourd’hui dans les vignobles italiens.

Voici un poème reflétant les travaux du vigneron tout au long de l’année :

Travaux du Vigneron

À Janvier, joyeusement on boit — bien que bientôt Saint Vincent, notre patron, proclame qu’il faut tailler.

Nos soins de Février en cave contrôlent
La fermentation en barils, et font des piquets utiles.

Nous aérons le sol alors que les brises de Mars apportent la joie :
Sur les sarments nus usés par le temps, les premiers bourgeons apparaissent maintenant.

Au milieu des feuilles d’Avril et des fleurs fraîches, nous prions
Pour que les grêles et les insectes restent loin.

En Mai, nous maîtrisons le mildiou et arrachons les mauvaises herbes,
Puis fertilisons en profondeur pour répondre aux besoins de la vigne.

Les premières grappes mélangées de Juin, de variétés diverses
Nous éclaircissons, fixant les bonnes sur des supports plus fermes.

Juillet apporte la nouaison; nos efforts améliorent,
En taillant, la santé optimale et une expansion plus complète.

L’aoûtienne véraison ajoute de la couleur aux raisins;
Nous taillons pour aider la circulation de l’air à travers les épaisses capes feuillues.

En Septembre, la somptueuse récolte commence;
Nous pressons pour le jus, en gardant graines, rafles et peaux.

Novembre laisse tomber ses feuilles; les activités automnales tardives
Consistent à ranger le vignoble et à couvrir les racines.

En Décembre, Saint Nicolas vend le nouveau vin
Pour la dégustation de Noël avec Saint Jean le Divin.

Le bon vin prouve que nos travaux sont les meilleurs de tous :
Chaque jour sauf un, notre production est bénie.

Cette exploration montre l’attrait durable et l’adaptabilité de la tradition des « travaux des mois », reliant les activités saisonnières historiques dépeintes dans la poésie et l’art aux travaux et intérêts modernes.