Beth McDermott : La Poésie en Dialogue avec les Arts

La poésie est souvent perçue comme une discipline littéraire autonome, mais son dialogue avec d’autres formes artistiques enrichit sa profondeur et élargit sa portée. Une entrevue avec la poète Beth McDermott offre des éclairages précieux sur cette relation dynamique. Cet extrait suggère que la poésie représente pour les autres formes d’art un partenaire de collaboration, un écho réactif et une lentille pour réexaminer les réalités visuelles et expérientielles. L’œuvre de McDermott, en particulier son recueil Figure 1, est ancrée dans l’ekphrasis — la tradition consistant à aborder l’art à travers la poésie — soulignant comment la peinture, la photographie et d’autres médias peuvent servir de tremplins pour l’exploration poétique.

McDermott décrit Figure 1 comme un recueil « en conversation avec l’art et le monde naturel », fermement inscrit dans la tradition ekphrastique. Son approche va au-delà de la simple description ; elle considère les peintures et les photographies comme « interprétables », invitant l’esprit à cadrer et démanteler les images, explorant ce qui se cache sous leurs surfaces. Ce processus implique un « nouvel élan historiciste », remettant en question ce qui se passe « en dehors du cadre, et ce qui s’est passé avant ou après ce que nous pensons savoir ? » En mettant en avant des détails comme « le ciseau et la poussière de pierre » sur une « étendue infinie », ses poèmes repoussent les limites perçues de l’œuvre visuelle, plaidant pour des perspectives et des histoires « au-delà du cadre ». Cela démontre la capacité de la poésie à étendre et approfondir le récit suggéré par les autres arts.

Son intérêt à mettre la poésie en dialogue avec d’autres disciplines artistiques découle de l’inspiration qu’elle trouve dans leurs discours, même sans participation directe (par exemple, jouer d’un instrument ou danser). Les discussions lors d’ateliers de poésie qui incluaient la réalisation de films documentaires, les pochettes d’albums et les entrevues musicales ont révélé comment l’exploration du vocabulaire spécifique et du contexte d’un autre médium peut inviter à des « connexions avec d’autres mots et mondes ». Cela souligne les frontières poreuses de la poésie et sa capacité à absorber et transmuter des éléments issus de divers domaines créatifs.

Au-delà de ce qui est visible dans le cadre, l’approche ekphrastique de McDermott souligne l’importance du silence et de l’absence. S’appuyant sur l’histoire de l’ekphrasis, qui est née en partie de la description d’œuvres d’art à ceux qui ne pouvaient pas les voir, elle note que la tradition implique intrinsèquement l’absence — l’œuvre visuelle n’est pas physiquement présente avec le lecteur. De plus, ses poèmes recherchent les « éléments microscopiques ou cachés » au sein d’une image ou d’une scène, offrant des récits parfois « mystérieux ou même effrayants ». Cette attention à ce qui n’est pas immédiatement apparent souligne la capacité unique de la poésie à illuminer des dimensions invisibles, qu’il s’agisse de détails physiques, de contextes historiques ou de courants émotionnels, suggérant que la poésie complète les autres arts en révélant leurs couches cachées.

Beth McDermott, autrice de Figure 1, debout dans une pièce avec des œuvres d'artBeth McDermott, autrice de Figure 1, debout dans une pièce avec des œuvres d'art

L’ekphrasis sert également d’outil puissant pour aller au-delà de l’autobiographie tout en ayant accès à des « vérités émotionnelles et philosophiques ». McDermott reconnaît que si les expériences personnelles informent inévitablement son œuvre (« J’apporte mes expériences et émotions personnelles à mes propres poèmes »), le locuteur dans un poème peut être une fiction distincte du poète. Cette technique, utilisée efficacement dans les poèmes qui analysent ou répondent à d’autres formes d’art, permet à un écrivain d’explorer des thèmes universels et des émotions complexes à travers la lentille médiatisée de l’œuvre d’art, plutôt que uniquement par le biais d’un récit personnel direct. En interprétant ou en répondant à une peinture ou une photographie, le poète peut canaliser des sentiments profonds et des éclairages qui résonnent universellement, produisant des poèmes profonds et significatifs sans être confiné aux modes purement confessionnels. Elle recommande d’explorer les œuvres de poètes comme Williams, Hejinian et Kim qui utilisent peu le « je » à la première personne, démontrant ainsi des voies alternatives pour la création de sens.

L’expérience de McDermott en tant qu’éducatrice façonne également sa pratique artistique. L’enseignement l’oblige à articuler le processus créatif de manière accessible aux étudiants de divers horizons, en mettant l’accent sur la rédaction (drafting), la lecture, les ateliers et la révision ancrés dans la technique. Cette attention portée au processus et à la technique en pédagogie nécessite une approche analytique similaire pour sa propre écriture, renforçant le métier derrière l’art. Comprendre comment construire un poème, pièce par pièce, ligne par ligne, est crucial, qu’il s’agisse de répondre à une peinture ou d’explorer un thème personnel.

Actuellement, McDermott expérimente la poésie en prose, attirée par ses contradictions formelles – parfois vue comme libératrice et expérimentale, d’autres fois comme une « boîte ou un bloc » contraignant. Cet intérêt reflète une fascination plus large pour la manière dont la forme façonne le contenu et la perception du lecteur, un thème cohérent avec son exploration des cadres artistiques dans Figure 1. Le format du poème en prose, en particulier, force l’attention sur le rythme des phrases sans dépendre des sauts de ligne, soulignant une autre dimension technique de la poésie.

En conclusion, la perspective de Beth McDermott, telle que révélée dans l’extrait d’entrevue, suggère fortement que la poésie n’est pas un art isolé, mais un art qui s’épanouit en interaction avec d’autres formes. Par l’ekphrasis, une attention portée à l’absence, une utilisation stratégique de la forme et un engagement profond dans le processus créatif, la poésie peut analyser, répondre et étendre les récits présentés par la peinture, la photographie et d’autres médias. Elle agit à la fois comme interprète et innovatrice, trouvant un nouveau langage pour articuler le visuel, le silencieux et le caché, enrichissant ainsi la compréhension du lecteur tant du poème que de l’art avec lequel il dialogue. Son œuvre sert d’exemple convaincant de la manière dont la poésie dialogue avec le monde de l’art, dévoilant des significations plus profondes et une résonance émotionnelle.