Le Prologue des Contes de Canterbury : Analyse ligne par ligne

Le Prologue des Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer est un chef-d’œuvre de caractérisation et de commentaire social. Cette explication ligne par ligne plonge dans la riche tapisserie des vers du moyen anglais, révélant les nuances du langage et les portraits saisissants des pèlerins entreprenant leur voyage vers Canterbury.

Des averses d’avril au pèlerinage

Le Prologue s’ouvre sur une description vibrante du printemps :

1 Whan that Aprill with his shoures soote Quand avril avec ses averses douces
2 The droghte of March hath perced to the roote, A percé la sécheresse de mars jusqu’à la racine,
3 And bathed every veyne in swich licour Et a baigné chaque veine (des plantes) dans une telle liqueur
4 Of which vertu engendred is the flour; Par la vertu de laquelle la fleur est engendrée ;

Ces vers établissent un ton de renouveau et de renaissance, préparant le terrain pour le pèlerinage. Le langage de Chaucer est évocateur, faisant appel aux sens de l’odorat et de la vue. Les « douces averses » contrastent avec la « sécheresse de mars », soulignant la force vivifiante d’avril.

5 Whan Zephirus eek with his sweete breeth Quand Zéphyr aussi avec son doux souffle,
6 Inspired hath in every holt and heeth Dans chaque bois et champ a insufflé la vie
7 The tendre croppes, and the yonge sonne Les tendres nouvelles feuilles, et le jeune soleil
8 Hath in the Ram his half cours yronne, A parcouru la moitié de sa course dans le Bélier,

L’arrivée de Zéphyr, le vent d’ouest, renforce encore le thème de l’arrivée du printemps. Les « tendres nouvelles feuilles » et le « jeune soleil » symbolisent les nouveaux départs. La référence astronomique au soleil dans le Bélier situe le pèlerinage à la mi-avril.

9 And smale foweles maken melodye, Et les petits oiseaux font mélodie,
10 That slepen al the nyght with open ye Ceux qui dorment toute la nuit les yeux ouverts
11 (So priketh hem Nature in hir corages), (Ainsi la Nature les incite en leur cœur),

Les chants des oiseaux, poussés par leurs instincts naturels (« corages »), ajoutent à l’atmosphère vibrante. Même leur insomnie suggère une anticipation impatiente de la saison.

12 Thanne longen folk to goon on pilgrimages, Alors les gens désirent faire des pèlerinages,

Enfin, Chaucer relie le monde naturel à l’activité humaine. L’épanouissement du printemps inspire les gens à entreprendre des pèlerinages, une pratique courante à l’époque médiévale.

13 And palmeres for to seken straunge strondes, Et les palmiers [pèlerins professionnels] pour chercher des rivages étrangers,
14 To ferne halwes, kowthe in sondry londes; Vers des sanctuaires lointains, connus en diverses terres ;
15 And specially from every shires ende Et spécialement depuis chaque fin de comté
16 Of Engelond to Caunterbury they wende, D’Angleterre vers Canterbury ils se rendent,
17 The hooly blisful martir for to seke, Pour chercher le saint bienheureux martyr,
18 That hem hath holpen whan that they were seeke. Qui les a aidés quand ils étaient malades.

Ces vers introduisent le pèlerinage spécifique à Canterbury, se concentrant sur le sanctuaire de Thomas Becket, le « saint bienheureux martyr ». Les pèlerins recherchent son aide, espérant guérison et réconfort spirituel.

Le Rassemblement à l’auberge du Tabard

Chaucer se place ensuite dans le récit :

19 Bifil that in that seson on a day, Il arriva qu’en cette saison, un jour,
20 In Southwerk at the Tabard as I lay À Southwark, au Tabard, comme je logeais
21 Redy to wenden on my pilgrymage Prêt à partir pour mon pèlerinage
22 To Caunterbury with ful devout corage, Vers Canterbury avec un esprit très dévot,

Il décrit sa propre intention de se joindre au pèlerinage, logeant à l’auberge du Tabard à Southwark, un point de départ courant pour les voyages vers Canterbury.

23 At nyght was come into that hostelrye La nuit était venue dans cette hôtellerie
24 Wel nyne and twenty in a compaignye Bien neuf et vingt en une compagnie
25 Of sondry folk, by aventure yfalle De diverses sortes de gens, tombés par aventure [par hasard]
26 In felaweshipe, and pilgrimes were they alle, En compagnie, et ils étaient tous pèlerins,
27 That toward Caunterbury wolden ryde. Qui voulaient chevaucher vers Canterbury.

Il rencontre un groupe diversifié de vingt-neuf pèlerins, rassemblés par hasard (« aventure ») et une destination partagée.

28 The chambres and the stables weren wyde, Les chambres et les écuries étaient spacieuses,
29 And wel we weren esed atte beste. Et nous étions bien accommodés de la meilleure façon.

L’auberge du Tabard est dépeinte comme confortable et accueillante.

30 And shortly, whan the sonne was to reste, Et bref, quand le soleil fut couché,
31 So hadde I spoken with hem everichon J’avais ainsi parlé avec chacun d’eux
32 That I was of hir felaweshipe anon, Que j’étais aussitôt de leur compagnie,
33 And made forward erly for to ryse, Et fîmes accord de se lever tôt,
34 To take oure wey ther as I yow devyse. Pour prendre notre chemin là où je vous dirai.

Chaucer devient rapidement partie du groupe, acceptant de voyager avec eux.

Une Promesse de Contes

Avant de commencer le voyage, Chaucer établit le cadre des Contes eux-mêmes :

35 But nathelees, whil I have tyme and space, Mais néanmoins, tant que j’ai temps et espace,
36 Er that I ferther in this tale pace, Avant que je n’avance plus loin dans ce récit,
37 Me thynketh it acordaunt to resoun Il me semble conforme à la raison
38 To telle yow al the condicioun De vous raconter toute la condition
39 Of ech of hem, so as it semed me, De chacun d’eux, tel qu’il m’apparut,
40 And whiche they weren, and of what degree, Et qui ils étaient, et de quel rang,
41 And eek in what array that they were inne; Et aussi dans quel accoutrement ils étaient ;
42 And at a knyght than wol I first bigynne. Et par un chevalier alors je commencerai.

Il promet de décrire chaque pèlerin en détail, en commençant par le Chevalier. Cela prépare le terrain pour les portraits individuels qui forment le cœur du Prologue. À partir de là, Chaucer se lance dans ses descriptions saisissantes de chaque pèlerin, offrant une fenêtre sur la société médiévale et la condition humaine. Cette analyse ligne par ligne fournit un point de départ pour comprendre la richesse et la complexité de la langue de Chaucer et l’attrait durable des Contes de Canterbury.