Les sonnets occupent depuis longtemps une place importante dans le monde de la poésie. Issu du mot italien « sonetto », qui signifie « petite chanson », cette forme poétique est reconnue pour sa structure, sa musicalité, et sa capacité à explorer des idées et des émotions profondes dans un espace compact. Bien que leurs règles traditionnelles puissent sembler décourageantes au premier abord, s’engager avec des exemples de sonnets est le moyen le plus efficace de dévoiler leur beauté et de comprendre leur attrait durable.
Contents
- Qu’est-ce qu’un Sonnet ?
- Exploration d’Exemples de Sonnets Célèbres
- 1. « My Mistress’ Eyes Are Nothing Like the Sun » par William Shakespeare (Sonnet 130)
- 2. « Shall I Compare Thee To A Summer’s Day? » par William Shakespeare (Sonnet 18)
- 3. « That Time Of Year Thou Mayst In Me Behold » par William Shakespeare (Sonnet 73)
- 4. « If There Be Nothing New, But That Which Is » par William Shakespeare (Sonnet 59)
- 5. « Not Marble Nor the Gilded Monuments » par William Shakespeare (Sonnet 55)
- 6. « How Do I Love Thee? » par Elizabeth Barrett Browning (Sonnet 43 de Sonnets from the Portuguese)
- 7. « Sonnet 75 » d’Edmund Spenser, Amoretti
- 8. « When I Consider How My Light Is Spent » par John Milton (Sonnet 19)
- 9. « What My Lips Have Kissed, and Where, and Why » par Edna St. Vincent Millay
- 10. « Sonnet » par Billy Collins
- Ressources pour Aller Plus Loin
- Conclusion
Les sonnets offrent un riche paysage pour explorer des thèmes variés, des sommets de l’amour et des profondeurs du désespoir aux réflexions sur le temps, la nature, l’art et la société. Ils représentent un défi unique pour les poètes et une expérience enrichissante pour les lecteurs, démontrant comment des contraintes formelles strictes peuvent paradoxalement mener à une immense liberté créative et à une expression émotionnelle intense. En examinant des exemples célèbres de sonnets, nous pouvons obtenir des aperçus de la manière dont les maîtres de la forme ont utilisé leurs quatorze vers, leurs schémas de rimes spécifiques et leur mètre pour créer des chefs-d’œuvre miniatures qui résonnent à travers les siècles.
Cet article explore une sélection de sonnets renommés, offrant analyse et commentaire pour illuminer leur structure, leurs thèmes et leur signification artistique. Nous explorerons différents types de sonnets, en nous concentrant principalement sur le sonnet shakespearien (ou anglais) influent et le sonnet pétrarquien (ou italien) fondateur, aux côtés d’autres variations. Chaque exemple fournit une lentille unique à travers laquelle apprécier la puissance et la polyvalence de cette forme poétique classique. S’engager directement avec ces poèmes, appuyé par une analyse, permet une connexion plus profonde avec l’art de la poésie. Pour ceux intéressés à explorer la musicalité de la forme, comprendre les sonnets qui riment peut être particulièrement éclairant.
Qu’est-ce qu’un Sonnet ?
Avant d’explorer des exemples spécifiques, récapitulons rapidement les éléments fondamentaux qui caractérisent un sonnet. Indépendamment de son type (shakespearien, pétrarquien, spensérien, etc.), un sonnet possède universellement trois caractéristiques clés :
- Quatorze Vers : C’est la longueur déterminante d’un sonnet.
- Un Schéma de Rimes Spécifique : Le motif des rimes à la fin de chaque vers suit une structure prédéterminée qui varie selon le type de sonnet.
- Pentamètre Iambique : Traditionnellement, les sonnets sont écrits en pentamètre iambique, un mètre composé de dix syllabes par vers, alternant syllabes non accentuées et accentuées (da-DUM da-DUM da-DUM da-DUM da-DUM).
Bien que les sonnets modernes expérimentent parfois avec le mètre ou la rime, ces éléments traditionnels forment le socle de la forme. Comprendre ces composants renforce notre appréciation lors de la lecture d’exemples de sonnet classiques.
Image décorative représentant le nombre 10, soulignant la liste des exemples de sonnets.
Exploration d’Exemples de Sonnets Célèbres
Pour vraiment comprendre les sonnets, les lire et les analyser est essentiel. Voici dix exemples de sonnets célèbres, présentant l’évolution de la forme et sa portée thématique. Nous fournirons le texte du poème, identifierons son type, et offrirons une brève analyse pour mettre en évidence les aspects clés.
Nous commençons par plusieurs exemples de sonnets de Shakespeare emblématiques, connus pour leur structure distinctive et leurs explorations profondes de l’amour, du temps, de la beauté et de la mortalité. Après ceux-ci, nous examinerons d’autres sonnets significatifs qui illustrent la variété au sein de la forme.
1. « My Mistress’ Eyes Are Nothing Like the Sun » par William Shakespeare (Sonnet 130)
My mistress’ eyes are nothing like the sun;
Coral is far more red than her lips’ red;
If snow be white, why then her breasts are dun;
If hairs be wires, black wires grow on her head.
I have seen roses damask’d, red and white,
But no such roses see I in her cheeks;
And in some perfumes is there more delight
Than in the breath that from my mistress reeks.
I love to hear her speak, yet well I know
That music hath a far more pleasing sound;
I grant I never saw a goddess go;
My mistress, when she walks, treads on the ground.
And yet, by heaven, I think my love as rare
As any she belied with false compare.
C’est l’un des sonnets les plus célèbres de Shakespeare, appartenant à la séquence adressée à la « Dame Noire ». Contrairement à de nombreux sonnets conventionnels de l’époque élisabéthaine qui idéalisaient la bien-aimée avec des comparaisons extravagantes, souvent irréalistes, aux perfections de la nature (soleil, corail, neige, roses, musique), Shakespeare adopte une approche remarquablement différente.
Les douze premiers vers (trois quatrains) énumèrent systématiquement les façons dont sa maîtresse ne parvient pas à satisfaire ces comparaisons poétiques typiques. Ses yeux ne sont pas comme le soleil ; le corail est plus rouge que le rouge de ses lèvres ; ses seins sont ternes (brun/gris terne), pas blancs comme la neige ; ses cheveux sont comme des fils noirs, pas des fils d’or. Il poursuit ce schéma, notant que ses joues n’ont pas la beauté des roses damassées, son souffle est désagréable (« reeks »), sa voix moins agréable que la musique, et elle marche sur le sol, contrairement à une déesse.
Le poème utilise le schéma de rimes standard du sonnet shakespearien (ABAB CDCD EFEF) et se termine par un distique rimé (GG). La volta, ou tournant de pensée, se produit de manière dramatique dans le distique final, commençant par « And yet » (Et pourtant). Ici, le poète inverse complètement la trajectoire apparente du poème. Malgré toutes les comparaisons peu flatteuses, il affirme que son amour est aussi « rare » (précieux, de valeur) que celui de toute femme dénigrée par de fausses comparaisons.
La brillance du Sonnet 130 réside dans son commentaire satirique sur les conventions artificielles de la poésie amoureuse de l’époque. En décrivant sa maîtresse de manière réaliste, avec ses défauts, Shakespeare plaide pour un amour plus authentique et ancré dans la réalité. Il critique la superficialité de louer un idéal impossible et suggère que le véritable amour apprécie la bien-aimée pour ce qu’elle est, et non en fonction de comparaisons artificielles. C’est une vision rafraîchissante et honnête de l’amour qui semble étonnamment moderne, célébrant la beauté trouvée dans la réalité plutôt que dans la fantaisie.
2. « Shall I Compare Thee To A Summer’s Day? » par William Shakespeare (Sonnet 18)
Shall I compare thee to a summer’s day?
Thou art more lovely and more temperate:
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer’s lease hath all too short a date;
Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm’d;
And every fair from fair sometime declines,
By chance or nature’s changing course untrimm’d;
But thy eternal summer shall not fade,
Nor lose possession of that fair thou owest;
Nor shall death brag thou wander’st in his shade,
When in eternal lines to time thou growest:
So long as men can breathe or eyes can see,
So long lives this, and this gives life to thee.
Contrairement à l’approche satirique du Sonnet 130, le Sonnet 18 est une célébration directe de la beauté de la bien-aimée et, plus important encore, du pouvoir du vers du poète pour immortaliser cette beauté. Adressé à la figure du « Jeune Homme Blond » (Fair Youth) proéminente dans les sonnets de Shakespeare, ce poème est un exemple classique de la manière dont les poètes utilisent la forme du sonnet pour aborder les thèmes du temps et de la permanence.
Le poème commence par une question directe qui établit la comparaison centrale : « Shall I compare thee to a summer’s day? » (Dois-je te comparer à un jour d’été ?). La réponse est immédiatement : « Thou art more lovely and more temperate. » (Tu es plus charmante et plus tempérée.) Les huit premiers vers (deux quatrains, schéma de rimes ABAB CDCD) développent ensuite les défauts d’un jour d’été par rapport aux qualités durables de la bien-aimée. L’été est éphémère (« too short a date »), peut être rude (« Rough winds »), trop chaud (« too hot the eye of heaven shines »), ou parfois terne (« his gold complexion dimm’d »). De plus, toute beauté naturelle finit par s’estomper ou décliner (« every fair from fair sometime declines »).
La volta se produit au début du troisième quatrain (« But thy eternal summer shall not fade » – Mais ton été éternel ne s’estompera pas). Ce changement introduit l’idée que « l’été éternel » de la bien-aimée (sa beauté et sa jeunesse) est supérieur à l’été littéral car il ne s’estompera pas. La raison pour laquelle il ne s’estompera pas est révélée dans le dernier quatrain : il continuera à vivre dans les « eternal lines » (vers éternels) du poète.
Le distique final (GG) sert d’affirmation puissante de la revendication centrale du poème. Tant que l’humanité existera pour lire ces vers, la beauté et la présence de la bien-aimée continueront de vivre. Le poème lui-même devient le véhicule de l’immortalité, donnant vie au sujet longtemps après qu’il a succombé au temps et à la mort. Ce sonnet illustre magnifiquement le pouvoir durable de l’art à transcender la mortalité, un thème courant exploré dans les poèmes d’amour de Shakespeare.
3. « That Time Of Year Thou Mayst In Me Behold » par William Shakespeare (Sonnet 73)
That time of year thou mayst in me behold
When yellow leaves, or none, or few, do hang
Upon those boughs which shake against the cold,
Bare ruin’d choirs, where late the sweet birds sang.
In me thou see’st the twilight of such day
As after sunset fadeth in the west,
Which by and by black night doth take away,
Death’s second self, that seals up all in rest.
In me thou see’st the glowing of such fire
That on the ashes of his youth doth lie,
As the death-bed whereon it must expire,
Consum’d with that which it was nourish’d by.
This thou perceiv’st, which makes thy love more strong,
To love that well which thou must leave ere long.
Le Sonnet 73, également adressé au Jeune Homme Blond, présente une méditation poignante sur le vieillissement et la mortalité du point de vue du locuteur. Structuré comme un sonnet shakespearien avec ses trois quatrains caractéristiques et un distique final (schéma de rimes ABAB CDCD EFEF GG), le poème utilise une série de métaphores vives pour décrire l’âge avancé du locuteur.
Chacun des trois premiers quatrains offre une image distincte représentant le déclin associé à la « time of year » (période de l’année) que le locuteur voit en lui-même :
- Le premier quatrain compare son état à la fin de l’automne ou au début de l’hiver, lorsque les feuilles ont jauni et sont tombées, laissant les branches dénudées (« Bare ruin’d choirs » – chœurs ruinés et dénudés). Cela évoque un sentiment de froid, de vide et la fin d’une saison vibrante.
- Le deuxième quatrain compare son âge aux heures crépusculaires d’une journée, lorsque le soleil s’est couché et que l’obscurité approche (« twilight of such day As after sunset fadeth in the west » – le crépuscule de ce jour qui, après le coucher du soleil, s’estompe à l’ouest). La nuit est personnifiée comme « Death’s second self » (le second moi de la mort), liant la fin de la journée à la finalité de la mort.
- Le troisième quatrain emploie la métaphore d’un feu mourant, se consumant sur les cendres du bois qui l’alimentait autrefois (« glowing of such fire That on the ashes of his youth doth lie » – la lueur d’un tel feu qui gît sur les cendres de sa jeunesse). Le feu est consumé par la chose même qui le soutenait, une image puissante de la vie se nourrissant d’elle-même vers sa fin.
Image d'un coucher de soleil éclatant, reflétant les thèmes de la lumière déclinante et du temps dans un sonnet.
La volta déplace l’attention dans le distique final. Le locuteur reconnaît que la bien-aimée (« thou » – tu) perçoit ce déclin. Cependant, au lieu que cette perception n’entraîne distance ou affection diminuée, le locuteur suggère qu’elle intensifie l’amour de la bien-aimée, la faisant chérir le locuteur plus profondément car elle sait qu’elle le perdra bientôt (« To love that well which thou must leave ere long » – Pour aimer bien ce que tu dois quitter bientôt). Cela crée un impact émotionnel doux-amer, suggérant que la conscience de la mortalité peut rehausser la valeur de la connexion présente. Le sonnet construit magistralement son thème central à travers une imagerie superposée et évocatrice. C’est un exemple frappant de sonnet anglais utilisant une métaphore puissante.
4. « If There Be Nothing New, But That Which Is » par William Shakespeare (Sonnet 59)
If there be nothing new, but that which is
Hath been before, how are our brains beguil’d,
Which, labouring for invention, bear amiss
The second burthen of a former child!
O, that record could with a backward look,
Even of five hundred courses of the sun,
Show me your image in some antique book,
Since mind at first in character was done!
That I might see what the old world could say
To this composed wonder of your frame;
Whether we are mended, or whe’r better they,
Or whether revolution be the same.
O! sure I am, the wits of former days
To subjects worse have given admiring praise.
Ce sonnet de la séquence du Jeune Homme Blond contemple l’idée ancienne selon laquelle l’histoire se répète – qu’il n’y a « rien de nouveau sous le soleil », un concept repris dans le livre biblique de l’Ecclésiaste. Le locuteur lutte avec cette notion, l’appliquant spécifiquement au défi de louer la beauté de la bien-aimée.
Le premier quatrain (schéma de rimes ABAB) introduit la prémisse : si tout ce qui existe a existé auparavant, alors nos esprits, cherchant l’originalité (« labouring for invention » – travaillant pour l’invention), ne produisent que des copies (« The second burthen of a former child! » – Le second fardeau d’un enfant précédent !). Cela suggère une frustration face à l’idée que toute expérience et expression humaine n’est qu’une répétition du passé.
Le deuxième quatrain (CDCD) exprime un souhait – qu’il puisse d’une manière ou d’une autre remonter le temps de cinq cents ans (« five hundred courses of the sun » – cinq cents révolutions du soleil) dans des archives historiques (« some antique book » – quelque livre antique) pour voir si l’image de la bien-aimée ou quelque chose de comparable y était décrit à l’époque. Ce désir découle de la difficulté du locuteur à trouver un langage adéquat et sans précédent pour décrire la beauté unique de la bien-aimée.
Le troisième quatrain (EFEF) poursuit cette ligne de pensée, se demandant ce que les écrivains du passé (« the old world » – l’ancien monde) auraient dit de la forme remarquable de la bien-aimée (« this composed wonder of your frame » – cette merveille composée de ta forme). Il se demande si l’humanité s’est améliorée dans sa capacité à percevoir et à décrire la beauté (« Whether we are mended » – Si nous nous sommes améliorés), si les écrivains du passé étaient de meilleurs observateurs (« whe’r better they » – s’ils étaient meilleurs), ou simplement si le cycle d’admiration (« revolution » – révolution, ici dans le sens de cycle) reste le même.
La volta arrive dans le distique final (GG), où le locuteur rejette catégoriquement la prémisse du début du sonnet. Malgré la possibilité d’une histoire cyclique, il est certain que les écrivains du passé (« the wits of former days » – les esprits des jours anciens) ont loué des sujets moindres (« subjects worse » – sujets pires). Cela implique que la beauté de la bien-aimée est, en fait, quelque chose de nouveau et d’inégalé, défiant la nature cyclique de l’histoire et les limites du langage. Le sonnet devient ainsi un témoignage de la nature unique et exceptionnelle de la bien-aimée, utilisant un débat philosophique comme cadre pour une louange hyperbolique.
5. « Not Marble Nor the Gilded Monuments » par William Shakespeare (Sonnet 55)
Not marble nor the gilded monuments
Of princes shall outlive this powerful rhyme,
But you shall shine more bright in these contents
Than unswept stone besmear’d with sluttish time.
When wasteful war shall statues overturn,
And broils root out the work of masonry,
Nor Mars his sword nor war’s quick fire shall burn
The living record of your memory.
‘Gainst death and all-oblivious enmity
Shall you pace forth; your praise shall still find room
Even in the eyes of all posterity
That wear this world out to the ending doom.
So, till the Judgement that yourself arise,
You live in this, and dwell in lovers’ eyes.
Le Sonnet 55 est l’une des affirmations les plus confiantes et explicites de Shakespeare concernant l’immortalité conférée par sa poésie. Il se présente comme une déclaration puissante selon laquelle l’art, en particulier le vers, peut survivre même aux créations humaines les plus durables et aux ravages du temps, de la guerre et de la décomposition.
Le premier quatrain (schéma de rimes ABAB) établit immédiatement l’argument central du poème : les monuments physiques, même ceux faits de marbre et dorés par les princes, sont éphémères par rapport à la « powerful rhyme » (puissante rime) du locuteur. La bien-aimée (« you » – tu), immortalisée dans ces vers, brillera plus fort et durera plus longtemps que les statues de pierre détériorées par le « sluttish time » (le temps paresseux ou souillé).
Le deuxième quatrain (CDCD) développe les forces destructrices qui menacent la permanence – la « wasteful war » (guerre destructrice), les « statues overturn » (statues renversées), les « broils » (conflits), et la « masonry » (maçonnerie) détruite par Mars (le dieu de la guerre) et le feu. Contre ces puissants agents de destruction, le « living record of your memory » (témoignage vivant de ta mémoire) préservé dans le poème restera intact.
Le troisième quatrain (EFEF) souligne la victoire sur la mort et l’oubli (« all-oblivious enmity » – toute-oublieuse inimitié). La bien-aimée « shall you pace forth » (avancera) contre ces forces, sa louange trouvant toujours sa place dans les yeux des générations futures (« all posterity » – toute la postérité) jusqu’à la fin du monde (« the ending doom » – le jugement final).
La volta renforce cette affirmation dans le distique final (GG). La bien-aimée continuera à vivre dans le poème (« live in this » – vivre en cela) et résidera « in lovers’ eyes » (dans les yeux des amoureux) jusqu’au jugement dernier. Le poème lui-même est présenté non pas seulement comme une description, mais comme un véhicule de l’existence continue de la bien-aimée, un témoignage du pouvoir extraordinaire que le poète attribue à son propre acte créatif. Ce sonnet est un excellent exemple de la forme utilisée pour explorer la relation entre l’art, la mémoire et l’éternité.
6. « How Do I Love Thee? » par Elizabeth Barrett Browning (Sonnet 43 de Sonnets from the Portuguese)
How do I love thee? Let me count the ways.
I love thee to the depth and breadth and height
My soul can reach, when feeling out of sight
For the ends of being and ideal grace.
I love thee to the level of every day’s
Most quiet need, by sun and candle-light.
I love thee freely, as men strive for right.
I love thee purely, as they turn from praise.
I love thee with the passion put to use
In my old griefs, and with my childhood’s faith.
I love thee with a love I seemed to lose
With my lost saints. I love thee with the breath,
Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,
I shall but love thee better after death.
Au-delà de Shakespeare, nous rencontrons un célèbre sonnet pétrarquien (ou italien) d’Elizabeth Barrett Browning. Publié en 1850 dans le cadre de sa collection Sonnets from the Portuguese (adressée à son mari, Robert Browning), le Sonnet 43 est peut-être l’un des poèmes les plus cités de la langue anglaise, connu pour son expression fervente de l’amour.
La structure du sonnet pétrarquien se compose d’un octave (les huit premiers vers) et d’un sestet (les six derniers vers), suivant typiquement un schéma de rimes ABBAABBA CDECDE ou ABBAABBA CDCDCD. Ce poème utilise ABBAABBA CDCDCD. La volta se produit généralement entre l’octave et le sestet.
L’octave du Sonnet 43 tente de quantifier la profondeur incommensurable de l’amour de la locutrice. Commençant par la question directe, « How do I love thee? » (Comment t’aimé-je ?), la locutrice énumère les diverses dimensions et intensités de son amour. Elle décrit aimer jusqu’aux limites de la capacité de son âme, englobant à la fois le sublime (« ends of being and ideal grace » – les fins de l’être et la grâce idéale) et le banal (« level of every day’s Most quiet need, by sun and candle-light » – au niveau du besoin le plus silencieux de chaque jour, par le soleil et la lumière des bougies). Elle souligne la nature inconditionnelle de son amour, déclarant qu’elle aime « freely » (librement) et « purely » (purement).
La volta au début du sestet passe de l’expression présente de l’amour à des comparaisons tirées du passé et à une projection vers l’avenir. Elle compare son amour à l’intensité de ses anciennes douleurs et à la confiance inébranlable de sa foi d’enfant. Elle suggère que cet amour a ressuscité une dévotion qu’elle pensait avoir perdue.
Le poème culmine dans les derniers vers du sestet, décrivant un amour qui imprègne tous les aspects de son existence (« with the breath, Smiles, tears, of all my life » – avec le souffle, les sourires, les larmes de toute ma vie) et, avec un clin d’œil à la spiritualité, un amour qu’elle espère voir continuer et même s’approfondir (« love thee better » – t’aimer mieux) après la mort. La puissance de ce sonnet réside dans son accumulation simple mais profonde de manières d’articuler une émotion accablante, ce qui en fait une expression intemporelle de dévotion.
7. « Sonnet 75 » d’Edmund Spenser, Amoretti
One day I wrote her name upon the strand,
But came the waves and washed it away:
Again I write it with a second hand,
But came the tide, and made my pains his prey.
Vain man, said she, that doest in vain assay,
A mortal thing so to immortalize,
For I myself shall like to this decay,
And eek my name be wiped out likewise.
Not so, (quod I) let baser things devise
To die in dust, but you shall live by fame:
My verse, your virtues rare shall eternize,
And in the heavens write your glorious name.
Where whenas death shall all the world subdue,
Our love shall live, and later life renew.
Edmund Spenser, un contemporain de Shakespeare, a développé sa propre variation de la forme du sonnet, connue sous le nom de sonnet spensérien. Cette forme conserve les quatorze vers et le pentamètre iambique mais utilise un schéma de rimes imbriqué : ABAB BCBC CDCD EE. Le Sonnet 75, tiré de sa séquence Amoretti (publiée en 1595), est un exemple célèbre qui partage un terrain thématique avec le Sonnet 55 de Shakespeare : le pouvoir du vers à accorder l’immortalité.
Le premier quatrain (ABAB) établit la scène, décrivant la tentative futile du locuteur d’écrire le nom de sa bien-aimée sur la plage (« strand »), pour ensuite le voir effacé par les vagues. Cette action immédiate souligne la fugacité de l’existence physique et de l’effort humain face aux forces de la nature.
Le deuxième quatrain (BCBC) introduit un dialogue. La bien-aimée parle, appelant le locuteur « Vain man » (Homme vain) pour avoir tenté d’immortaliser une chose intrinsèquement mortelle – à la fois elle-même et son nom, qui se décomposeront tout comme l’écriture dans le sable. Cette voix de réalisme contraste avec l’aspiration poétique du locuteur.
Le troisième quatrain (CDCD) présente la réponse confiante du locuteur (« Not so, (quod I) » – Pas ainsi, dis-je). Il rejette le sort des « baser things » (choses plus basses) qui meurent dans la poussière et affirme que la bien-aimée vivra « by fame » (par la renommée) acquise grâce à sa poésie. Son vers, affirme-t-il, « shall eternize » (éternisera) ses vertus rares et écrira son nom « in the heavens » (dans les cieux).
Le distique final (EE) offre une résolution et une vision finales. Tandis que la mort finira par conquérir le monde physique, leur amour, capturé dans ses vers, « shall live » (vivra) et sera renouvelé pour les générations futures. Le schéma de rimes imbriqué renforce peut-être subtilement l’idée de connexion et de continuité – les quatrains ne sont pas entièrement séparés par la rime mais s’enchaînent, menant inévitablement à la déclaration de l’amour durable dans le distique final. C’est un bel exemple d’une forme de sonnet distincte et de la manière dont les sonnets qui riment selon des motifs spécifiques contribuent à l’effet global du poème.
8. « When I Consider How My Light Is Spent » par John Milton (Sonnet 19)
When I consider how my light is spent,
Ere half my days, in this dark world and wide,
And that one Talent which is death to hide
Lodged with me useless, though my Soul more bent
To serve therewith my Maker, and present
My true account, lest he returning chide;
“Doth God exact day-labour, light denied?”
I fondly ask. But patience, to prevent
That murmur, soon replies, “God doth not need
Either man’s work or his own gifts; who best
Bear his mild yoke, they serve him best. His state
Is Kingly. Thousands at his bidding speed
And post o’er Land and Ocean without rest:
They also serve who only stand and wait.”
John Milton, célèbre pour son poème épique Paradise Lost (Le Paradis perdu), a également écrit d’importants sonnets. Les sonnets miltoniens sont une variation de la forme pétrarquienne, conservant souvent le schéma de rimes ABBAABBA CDECDE ou CDCDCD, mais utilisant fréquemment la volta moins abruptement entre l’octave et le sestet, permettant à la pensée de s’écouler plus continuellement. Le Sonnet 19, parfois intitulé « On His Blindness » (Sur sa cécité), est un exemple puissant réfléchissant à sa propre perte de vue et à son devoir envers Dieu.
L’octave (ABBAABBA) s’ouvre avec le locuteur réfléchissant à sa cécité (« how my light is spent » – comment ma lumière est dépensée) survenue avant qu’il n’atteigne la moitié de sa vie (« Ere half my days » – Avant la moitié de mes jours). Il sent que sa capacité ou don principal (« one Talent » – un Talent, une référence à la Parabole des Talents dans la Bible, Matthieu 25:14–30, où un serviteur est réprimandé pour avoir enterré son talent au lieu de l’utiliser) lui est maintenant inutile pour servir Dieu, malgré le désir ardent de son âme de le faire. Il se demande si Dieu exige un « day-labour » (travail journalier) actif même de quelqu’un à qui la « light » (lumière) ou la vision est refusée.
La volta ici est légèrement moins prononcée que dans un sonnet pétrarquien strict, mais elle marque tout de même un changement. La « Patience », personnifiée, répond au murmure interrogateur du locuteur dans le sestet (CDECDE). La Patience explique que Dieu n’a pas besoin du travail de l’homme ni même des dons qu’Il accorde. Le véritable service vient de ceux qui acceptent humblement et portent Sa volonté (« who best Bear his mild yoke, they serve him best » – ceux qui portent le mieux son doux joug, ceux-là le servent le mieux).
Les derniers vers développent la grandeur de Dieu et les diverses manières de le servir. Dieu a d’innombrables serviteurs (« Thousands at his bidding speed » – Des milliers courent à son ordre) travaillant activement à travers le monde. Cependant, le poème se termine par le vers célèbre et réconfortant : « They also serve who only stand and wait. » (Ceux qui ne font que se tenir là et attendre servent aussi.) Cela suggère que l’acceptation de ses limites et l’attente patiente des directives de Dieu est une forme légitime de service, égale au travail actif. Ce sonnet miltonien combine magistralement l’expérience personnelle avec la réflexion théologique au sein de la structure du sonnet.
Image symbolique d'une personne aux yeux bandés, illustrant des thèmes de lutte intérieure ou de perception.
9. « What My Lips Have Kissed, and Where, and Why » par Edna St. Vincent Millay
What lips my lips have kissed, and where, and why,
I have forgotten, and what arms have lain
Under my head till morning; but the rain
Is full of ghosts tonight, that tap and sigh
Upon the glass and listen for reply,
And in my heart there stirs a quiet pain
For unremembered lads that not again
Will turn to me at midnight with a cry.
Thus in winter stands the lonely tree,
Nor knows what birds have vanished one by one,
Yet knows its boughs more silent than before:
I cannot say what loves have come and gone,
I only know that summer sang in me
A little while, that in me sings no more.
Edna St. Vincent Millay était une poétesse américaine connue pour son style lyrique et ses thèmes souvent peu conventionnels pour son époque. Ce sonnet pétrarquien (schéma de rimes ABBAABBA CDECDE) réfléchit aux amours passées et au sentiment poignant de leur perte, non pas par une recollection spécifique, mais par un sentiment généralisé d’absence et de changement.
L’octave se concentre sur l’incapacité de la locutrice à se souvenir des détails des rencontres romantiques passées – les personnes spécifiques, les lieux ou les raisons. L’imagerie vive de la pluie frappant comme des « ghosts » (fantômes) et soupirant à l’extérieur crée une atmosphère mélancolique, suscitant une « quiet pain » (douleur tranquille) dans son cœur non pas pour des individus spécifiques (« unremembered lads » – garçons oubliés) mais pour le sentiment collectif de connexions perdues.
La volta introduit une comparaison dans le sestet. La locutrice se compare à un « lonely tree » (arbre solitaire) en hiver. L’arbre ne se souvient pas des oiseaux individuels qui sont partis, mais il est très conscient du silence qui en résulte dans ses branches. De même, la locutrice ne peut pas nommer ou se souvenir des amants passés spécifiques, mais elle ressent la profonde absence qu’ils ont laissée derrière eux.
Les derniers vers soulignent ce sentiment de perte généralisée. Elle ne peut pas identifier les « loves that have come and gone » (amours qui sont venus et partis), mais elle sait qu’une période de vitalité et de joie (« summer sang in me » – l’été chantait en moi) a existé autrefois et n’existe plus (« that in me sings no more » – qui en moi ne chante plus). Le poème n’est pas une lamentation pour des amants perdus en tant qu’individus, mais plutôt une élégie mélancolique pour le sentiment perdu d’être amoureux, la vitalité et la joie associées à ces expériences passées. Il offre une perspective moderne et introspective sur les thèmes traditionnels du sonnet que sont l’amour et la mémoire.
Logo du site de ressources The Poetry Foundation.
10. « Sonnet » par Billy Collins
All we need is fourteen lines, well, thirteen now,
and after this next one just a dozen
to launch a little ship on love’s storm-tossed seas,
then only ten more left like rows of beans.
How easily it goes unless you get Elizabethan
and insist the iambic bongos must be played
and rhymes positioned at the ends of lines,
one for every station of the cross.
But hang on here while we make the turn
into the final six where all will be resolved,
where longing and heartache will find an end,
where Laura will tell Petrarch to put down his pen,
take off those crazy medieval tights,
blow out the lights, and come at last to bed.
Billy Collins, ancien Poète Lauréat des États-Unis, est connu pour sa poésie accessible et souvent pleine d’esprit. Son poème simplement intitulé « Sonnet » est un méta-commentaire sur la forme du sonnet elle-même, déconstruisant de manière ludique ses règles et conventions tout en s’y conformant ironiquement. Écrit comme un sonnet anglais lâche, il utilise quatorze vers et suit vaguement le pentamètre iambique, bien que le schéma de rimes soit moins strict et plus conversationnel.
Le poème commence par reconnaître l’exigence des 14 vers et décompte avec humour les vers au fur et à mesure qu’il écrit. Il fait référence au sujet typique des sonnets (« love’s storm-tossed seas » – mers d’amour agitées par la tempête) mais passe rapidement à la discussion des défis formels, se moquant de la rigueur des règles « élisabéthaines », de l’insistance sur les « iambic bongos » (une manière spirituelle de décrire le rythme du pentamètre iambique), et de l’exigence de rimes spécifiques. Il exagère même l’exigence des rimes en la comparant aux exigeantes « stations of the cross » (stations de la croix).
La volta se produit, comme on peut s’y attendre dans un sonnet anglais, avant le distique final, introduite par « But hang on here » (Mais attendez ici). Il signale le passage aux six derniers vers (bien qu’un sonnet anglais n’ait qu’un distique final après trois quatrains, Collins joue avec les attentes, faisant peut-être référence au sestet d’un sonnet pétrarquien ou utilisant simplement « final six » idiomatiquement pour la section de clôture du poème). Il note que c’est là que les thèmes sont résolus et suggère une résolution humoristique pour l’amour idéalement célèbre entre Pétrarque et Laure – elle lui dit de poser sa plume, d’enlever ces collants médiévaux fous, d’éteindre les lumières, et de venir enfin au lit.
Le sonnet de Collins est une œuvre intelligente et autoréférentielle qui rend la forme traditionnelle accessible et moins intimidante. En parlant des règles et de l’histoire du sonnet dans un sonnet, il le démystifie et invite les lecteurs à voir son potentiel de jeu et de pertinence contemporaine, plutôt qu’une simple forme historique rigide. C’est un excellent exemple moderne qui reconnaît l’héritage des exemples de sonnet anglais tout en subvertissant les attentes.
Ressources pour Aller Plus Loin
Le monde des sonnets est vaste et riche. L’exploration de ces exemples n’est qu’un début. Pour ceux désireux d’approfondir leur compréhension et de lire davantage, voici quelques ressources précieuses :
- The Poetry Foundation (poetryfoundation.org) : Une vaste archive en ligne offrant des milliers de poèmes, des biographies de poètes, des articles et des définitions de termes littéraires. Vous pouvez rechercher spécifiquement « sonnet » pour trouver de nombreux exemples et commentaires associés.
- Shakespeare’s Sonnets (shakespeares-sonnets.com) : Un site web dédié fournissant le texte intégral des 154 sonnets de Shakespeare avec une analyse détaillée ligne par ligne et des commentaires. Il comprend également des œuvres d’autres sonnettistes élisabéthains.
- The Making of A Sonnet: A Norton Anthology : Une collection complète retraçant l’histoire et le développement de la forme du sonnet à travers les siècles, présentant un large éventail de poètes et d’analyses.
- Pop Sonnets: Shakespearean Spins On Your Favorite Songs : Un livre amusant et accessible qui réimagine les paroles de chansons populaires dans le style des sonnets shakespeariens, faisant le pont entre la forme traditionnelle et la culture moderne.
- Shakespeare’s Sonnets, Retold : Ce livre présente des versions en langage moderne des sonnets de Shakespeare, conservant leur forme et leur rythme d’origine, les rendant plus immédiatement accessibles aux lecteurs contemporains.
Conclusion
L’exploration d’exemples de sonnets révèle l’incroyable polyvalence et la puissance durable de cette forme de quatorze vers. Des explorations intemporelles de Shakespeare sur l’amour et la mortalité aux déclarations passionnées de Barrett Browning et au méta-commentaire plein d’esprit de Collins, les sonnets ont servi de véhicules pour certaines des expressions les plus profondes et mémorables de la poésie.
En prêtant attention à la structure, au schéma de rimes, au mètre et au tournant crucial (volta), les lecteurs peuvent découvrir des couches de sens plus profondes et apprécier le savoir-faire derrière ces miniatures poétiques dramatiques. S’engager avec les sonnets n’est pas seulement un exercice académique ; c’est une invitation à se connecter avec des expériences et des émotions humaines universelles distillées dans une forme concentrée et musicale. Nous vous encourageons à rechercher d’autres exemples, à les lire à voix haute, et à découvrir la « petite chanson » unique en chacun d’eux. Partagez vos exemples de sonnets préférés et vos réflexions sur ces poèmes dans les commentaires ci-dessous !