Frankenstein de Mary Shelley aborde des questions profondes sur la nature humaine, la création et l’âme. Cette analyse explore l’âme fragmentée du monstre de Frankenstein, en examinant ses souvenirs, son intellect, son libre arbitre et la source même de son existence. Le cri plaintif de la Créature, « Abomination ! Et qu’en est-il de mon âme ? », résume le dilemme central de son être. Il est un être conscient de sa propre existence, mais totalement désorienté quant à sa nature et son origine.
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Une mosaïque de souvenirs et un intellect confus
Les souvenirs du monstre donnent un aperçu d’une vie antérieure marquée par le vol et, finalement, l’exécution par pendaison. Il conserve un vague sentiment d’amour, en déplorant son absence, mais la majorité de ses souvenirs sont soit perdus, soit déformés. Cette mémoire fragmentée contribue à sa désorientation et à sa lutte pour l’identité. Son intellect, bien que présent, est également obscurci. Il communique principalement par des expressions primaires – « Douleur ! Solitude ! » – rappelant l’ouverture gutturale de Robert Browning dans Soliloquy of the Spanish Cloister. Son raisonnement est défectueux, comme le démontrent son incapacité à comprendre la haine des villageois et sa perception déformée du monde naturel. Il attribue des émotions humaines à des objets inanimés, tels que les feuilles de tilleul « hurlantes », soulignant sa compréhension faussée de la réalité.
Le paradoxe du libre arbitre et de la fatalité
Le monstre de Frankenstein existe dans un état paradoxal de libre arbitre et de fatalité prédestinée. Il est un pion dans le jeu ambitieux de Frankenstein, manquant de la capacité ou de l’inclination pour la prière. Il fonctionne en partie comme un automate, poussé par des instincts primaires, et en partie comme une créature blessée cherchant le réconfort. Pourtant, au sein de cette existence contrainte, des étincelles de libre arbitre émergent. Il choisit son chemin, évitant la route bordée de peupliers et sélectionnant ses abris. Cependant, la barrière ultime demeure : il ne peut entrer dans le monde des hommes. Son âme, tout comme son corps rapiécé, est une mosaïque fracturée, reflétant la nature fragmentée de son existence.
La source de l’âme : Divine ou autre ?
La question de l’origine de l’âme conduit à un débat théologique crucial. Si Dieu est le seul dispensateur d’âmes, alors l’acte de création de Frankenstein représente une usurpation blasphématoire du pouvoir divin. Frankenstein, dans son orgueil démesuré, tente de reproduire le rôle de Dieu, mais il ne peut conférer une véritable âme. Cela soulève la possibilité que l’âme fragmentée du monstre soit, en fait, un fragment de celle de Frankenstein, fracturée dans l’acte de création. Cela fait écho au concept d’Horcruxe dans la série Harry Potter de J.K. Rowling.
Au-delà de la science : Une influence démoniaque ?
Bien que Frankenstein soit souvent considéré comme un récit édifiant sur les dangers d’une science débridée, le récit suggère subtilement une dimension plus profonde, surnaturelle. Alors que le Dr Frankenstein opère dans un cadre scientifique, le roman lui-même semble reconnaître des forces au-delà du purement scientifique. L’existence du monstre, son état « damné », suggère une influence démoniaque, facilitée par la quête amorale de Frankenstein. Une âme pure serait montée, non revenue sur ce plan terrestre. Le retour du monstre indique donc une intervention plus sombre, plus sinistre. Cette interprétation s’aligne sur la croyance personnelle de Mary Shelley en l’existence des âmes, malgré l’athéisme de son mari Percy Shelley. Le roman transcende donc une explication purement scientifique, suggérant une interaction complexe entre la science, l’orgueil démesuré et le surnaturel.
L’héritage durable d’une âme fragmentée
Le monstre de Frankenstein demeure un symbole puissant de la condition humaine fragmentée. Sa lutte pour l’identité, son aspiration à la connexion et l’ambiguïté entourant son âme continuent de résonner auprès des lecteurs. Frankenstein nous invite à contempler les implications profondes de la création, la nature de l’humanité et le mystère durable de l’âme.