Les murs imposants de la Tour de Londres renferment des siècles de secrets, et peut-être aucun n’est aussi poignant que l’histoire du tombeau d’Anne Boleyn. Exécutée sur Tower Green en 1536, sa dernière demeure dans la chapelle Saint-Pierre-aux-Liens est devenue un lieu de pèlerinage pour les passionnés d’histoire des Tudor. Cet article explore les circonstances sombres de l’inhumation d’Anne, la riche histoire de la chapelle et le récit fascinant de son exhumation des siècles plus tard.
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La Tour Blanche de la Tour de Londres, où Anne Boleyn fut emprisonnée.
Une inhumation hâtive pour une reine déchue
Condamnée pour trahison, Anne Boleyn a connu son destin le 19 mai 1536. Sans grande cérémonie, sa dépouille a été placée dans un coffre à flèches, un cercueil de fortune, et transportée à la chapelle Saint-Pierre-aux-Liens toute proche. Ses dames d’honneur, elles-mêmes accablées de chagrin, ont enveloppé son corps dans un drap avant de l’enterrer dans une tombe anonyme près du maître-autel. Deux jours auparavant, son frère, George Boleyn, avait été enterré au même endroit, faisant d’eux les premiers de nombreuses personnalités à y être inhumées pendant la tumultueuse ère Tudor.
La chapelle Saint-Pierre-aux-Liens : un sanctuaire d’histoire
L’une des deux chapelles de la Tour de Londres, Saint-Pierre-aux-Liens, se trouve dans la basse-cour extérieure, surplombant Tower Green. Bien que sa structure actuelle date du début du XVIe siècle, l’histoire de la chapelle remonte à plus loin. Une chapelle médiévale antérieure, possiblement antérieure à la Tour elle-même, se dressait à l’extérieur des fortifications et servait d’église paroissiale. Ce n’est qu’au XIIIe siècle, sous Henri III, qu’elle fut intégrée aux murs de la Tour. Un incendie en 1512 a nécessité la reconstruction qui a donné naissance à la chapelle de l’ère Tudor que l’on voit aujourd’hui. D’architecture modeste, la chapelle tire son importance de son association avec les personnages tragiques qui ont trouvé leur dernier repos entre ses murs.
La chapelle Saint-Pierre-aux-Liens à la Tour de Londres, vue du parc.
Tombes anonymes et sol instable
La tombe d’Anne Boleyn, comme celles d’autres personnes exécutées, est restée anonyme. Au fil des siècles, Saint-Pierre-aux-Liens a servi de lieu de sépulture aux résidents de la Tour et même à ceux des environs. Il en a résulté une surpopulation et, au milieu du XIXe siècle, la nécessité de rénovations importantes. En 1876, un projet de restauration visait à résoudre les problèmes structurels et sanitaires. En soulevant le dallage inégal, il est devenu évident que des tombes antérieures avaient été perturbées par des inhumations ultérieures.
L’exhumation : la découverte d’une reine
Le 9 novembre 1876, une équipe a commencé à fouiller la zone supposée être la tombe d’Anne Boleyn. À une profondeur de deux pieds, ils ont découvert un ensemble d’ossements, identifiés plus tard comme ceux d’une femme âgée de 25 à 30 ans. Des fouilles plus approfondies ont révélé le cercueil effondré d’une inhumation ultérieure, expliquant la perturbation. Le Dr Frederic J. Mouat, un chirurgien, a examiné les os, notant la petite stature, les proportions minces et, notamment, les petites vertèbres du cou, correspondant aux descriptions contemporaines du « petit cou » d’Anne.
Diagramme illustrant la disposition des sépultures dans le chœur de Saint-Pierre-aux-Liens.
La réinhumation d’une reine
Les restes exhumés ont été soigneusement recueillis et conservés pendant cinq mois. Le 13 avril 1877, ils ont été placés dans des cercueils de plomb et réinhumés dans de nouveaux cercueils de chêne, chacun portant une plaque identifiant le défunt. Un nouveau sol carrelé a été posé, marquant l’emplacement de la sépulture de chaque individu, et un registre des réinhumations a été conservé.
L’héritage d’Anne Boleyn à la Tour
L’histoire d’Anne Boleyn, de son bref règne en tant que reine à son exécution tragique et à son inhumation hâtive, continue de résonner entre les murs de la Tour de Londres. Bien que perturbée lors de la rénovation de la chapelle, sa dernière demeure est maintenant marquée, offrant un lieu de recueillement et de souvenir. La chapelle Saint-Pierre-aux-Liens, témoin silencieux de siècles d’histoire, demeure un rappel poignant des vies et des morts liées à l’héritage durable de la Tour.