La vaste étendue de l’océan, la vie disciplinée du service et la machinerie complexe des navires de guerre ont longtemps constitué un terrain fertile pour l’expression créative. Bien que de nombreux poètes extérieurs au service aient écrit des « poèmes sur la Marine », capturant la romance, le danger et le devoir de la vie en mer, la Marine américaine elle-même abrite une tradition poétique moins connue, mais fascinante : l’entrée de journal de bord du quart de minuit du Nouvel An. Cette coutume unique offre un aperçu de la voix du marin lui-même, mêlant les exigences strictes de la tenue de registres officiels à des moments inattendus de vers.
Contents
- Le monde structuré du journal de bord de la Marine : Une base pour le vers
- L’exception : La poésie du quart de minuit du Nouvel An
- Vers de l’USS America : Capturer la vie en mer
- 1966 : Salutations de Livourne, Italie
- 1973 : Mouillé dans le port de Hong Kong
- Le mélange du devoir et de la diction : Ce que révèlent ces poèmes navals
- Conclusion
Le monde structuré du journal de bord de la Marine : Une base pour le vers
Un journal de bord est un registre méticuleusement tenu, prescrit par les règlements de la Marine, chroniquant les activités quotidiennes d’un navire. Maintenu par le Maître de quart de la passerelle et examiné par l’Officier de quart, il sert de registre officiel essentiel. Son objectif est strictement factuel et administratif, documentant les positions, les mouvements, les événements importants, l’état des systèmes du navire et les changements de personnel. Le Commandement de l’histoire et du patrimoine de la Marine américaine souligne sa nature « efficace et succincte… et certainement pas un forum pour la créativité ».
Vue de l'avant bâbord du porte-avions USS Saratoga (CV-60) en mer
Ce format strict rend l’incursion occasionnelle dans la poésie d’autant plus remarquable. Les archivistes des Archives nationales ont participé à la numérisation de millions de journaux de bord de la Marine américaine et de la Garde côtière datant de l’époque du Vietnam, principalement pour appuyer les demandes d’indemnisation des anciens combattants. Ces registres, bien que principalement factuels, révèlent occasionnellement la pratique surprenante des entrées poétiques.
L’exception : La poésie du quart de minuit du Nouvel An
La seule dérogation à la structure rigide survient pendant le premier quart de minuit du Nouvel An (minuit à 04h00). Pendant cette période de quatre heures, les navires étaient parfois autorisés à enregistrer la première entrée du journal de bord de l’année en vers. Tout en permettant une licence artistique, cette tradition exigeait toujours l’inclusion de toutes les informations obligatoires requises par les règlements de la Marine pour le journal de bord : sources d’énergie, conditions de mer et météorologiques, position du navire, état de l’ingénierie, cap et vitesse, observations, changements de personnel, et même la tension de la chaîne d’ancre ou le placement des amarres lorsque mouillé.
Cette pratique semble avoir émergé au 20e siècle, atteignant potentiellement son apogée de popularité durant l’époque de la guerre du Vietnam. Le Navy Times aurait même organisé un concours pour le meilleur poème du journal de bord du réveillon du Nouvel An. Cependant, comme beaucoup de traditions, sa prévalence a diminué, des rapports montrant un déclin significatif des entrées poétiques ces dernières années.
Vue aérienne de l'avant tribord du porte-avions USS America (CV-66)
Vers de l’USS America : Capturer la vie en mer
Le porte-avions de classe Kitty Hawk USS America (CVA-66), mis en service en 1965, fournit des exemples notables de cette tradition. Ses journaux de bord, conservés aux Archives nationales et en cours de numérisation, comprennent plusieurs exemples de poèmes du journal de bord du Nouvel An de ses années de service, y compris lors de déploiements pendant la guerre du Vietnam.
1966 : Salutations de Livourne, Italie
Le journal de bord du 1er janvier 1966 trouve l’America mouillé à Livourne, en Italie, lors de son premier déploiement en Méditerranée. Le poème personnifie la « nouvelle année » arrivant et étant accueillie à bord, tout en rapportant diligemment les statistiques vitales du navire à l’intérieur des vers :
*A visitor boardingnew from the East!To the OOP a reportis due at least.*
*"Reporting for dutyand full of good cheer,Permission to board sir,for I’m the new year."*
*"Permission granted,and welcome to the crew.But be assured, friend,your name is not new.*
*"For 66 here,with numbers of goldHas had a head start –almost a year old.*
*She’s taut and she’s bold;her performance is true.Her record stands outabove quite a few.*
*"From Commissioning thru Shake Downon into the Fleet,She’s sailed and she’s flowna record to meet.*
*In service of country, far from home this night,She stands a mighty vanguardin the half-moon’s shimmering light.*
*"In 10 fathoms of waterat anchorage XRay-3America is anchoredat Liverno, Italy.*
*With 90 fathomsof chain to her bowShe’s anchored – secure from the Northwind’s howl*
*"The Liverno light at 028.8°shines its silent goriaAnd America lies 293°from Torre Della Meloria.*
*"The quartermaster is recording the lore.Her reading tonightis condition Four.*
*"The Marines are on guard,that you may betAnd the engineers provideus with condition Yoke set.*
*"In Liverno tonightyour eyes will meetVarious units of theU.S. Sixth Fleet*
*"Naturally SOPA haschosen the best.Rear Admiral COBB, CCDII,makes America his nest.*
*"Under the keen eyeof Polaris to the northHer lights thier [sic] good willare sending forth.*
*"Her reputation withhard work was won,For being 66means being number one.*
*"I’m proud to be aboardthis brave and true ship."Our visitor impressed,he replied with a tip.*
*"I offer you hope –as the spirit of peace.Together we’ll sailfrom Naples to Greece.*
*"By joining our missionsof peace and of strength,We’ll make this a yearwith happiness in length!"*
*With all best wishes for the year of the “66”!*
Cette entrée illustre le défi unique d’incorporer des données nautiques précises (profondeur, longueur de la chaîne, relèvements, conditions) dans un poème narratif, reflétant la position et l’état opérationnel du navire au moment où la nouvelle année a commencé.
1973 : Mouillé dans le port de Hong Kong
Sept ans plus tard, après de multiples déploiements, y compris en service au Vietnam, l’USS America était mouillé dans le port de Hong Kong le jour du Nouvel An 1973. L’entrée du journal de bord prend à nouveau une forme poétique, énumérant la position du navire, la profondeur, la chaîne d’ancre et les conditions de préparation :
*Anchored in Hong Kong Harbor, Hong Kong, B.C.C.Eight fathoms of water, mud bottom below us, weLayed forty-eight fathoms of chain from the waters edgeTo the bow anchor beneath the sea.*
*This anchor bearing holds true tonightIt’s 324, 3000 yards to Stone Cutter’s Light.With the ship in readiness Condition IV, we’ve pledged,To set material condition Yoke and the following sights:*
*Normal lighting is in effect and anchor lights too,Plus aircraft warning, to name just a few;With Comcardin Seven, as SOPA, embarked aboard ship,The officers are safe, and so is the crew.*
Cette entrée plus courte démontre la continuation de la tradition, privilégiant les faits requis tout en maintenant une structure rimée. Elle capture la réalité spécifique et ancrée d’être un grand navire naval mouillé dans un port étranger.
Le mélange du devoir et de la diction : Ce que révèlent ces poèmes navals
Ces poèmes de journal de bord sont des exemples fascinants de « poèmes sur la Marine » du point de vue de ceux qui vivent l’expérience. Ce ne sont pas des œuvres littéraires traditionnelles destinées à une large publication, mais des documents fonctionnels infusés de moments d’expression créative. Ils révèlent le défi unique de fusionner les exigences factuelles strictes de la tenue de registres navals avec l’impulsion de marquer un moment significatif poétiquement.
Dans leurs vers, on trouve non seulement les points de données requis, mais aussi des aperçus de fierté pour le navire (« being 66 means being number one »), le contexte du déploiement (« far from home this night »), et les détails quotidiens de la vie en mer (mentionnant les Marines de garde, les ingénieurs, les officiers et l’équipage). Bien que n’étant peut-être pas des chefs-d’œuvre de forme poétique, ils sont de véritables artefacts de la culture navale, démontrant comment, même au sein de la hiérarchie rigide et des exigences opérationnelles de la Marine, il y avait de la place, au moins une fois par an, pour une touche de vers. Ils constituent un sous-ensemble unique de « poèmes sur la Marine », documentant l’histoire et la routine à travers une lentille lyrique inattendue.
Conclusion
La tradition du poème de journal de bord du Nouvel An est un exemple charmant et éclairant de la manière dont la poésie peut faire surface dans les endroits les plus inattendus, même au sein des registres officiels du service militaire. Ces « poèmes sur la Marine », créés par les marins eux-mêmes, mêlent les rapports factuels à l’esprit créatif, offrant une perspective historique et littéraire distinctive sur la vie à bord d’un navire naval au tournant de l’année. Ils nous rappellent que l’impulsion de saisir l’expérience en vers est profondément humaine, persistant même au milieu de la discipline stricte de la mer.