Roméo, un flacon de poison serré dans sa main, fixait la silhouette immobile de Juliette. L’amour, pensait-il, exigeait qu’il la rejoigne dans la mort. Pourtant, le doute le rongeait. Seraient-ils même réunis dans l’au-delà ? Sa famille… la dévastation… pouvait-il vraiment les abandonner ?
Il remettait son amour en question, son pouce caressant le verre froid du flacon. La beauté radieuse de Juliette, autrefois son soleil et ses étoiles, semblait maintenant lointaine. Une douce caresse sur sa joue, un effleurement de ses cheveux, et un murmure étranglé, « Je suis désolé, Juliette », s’échappèrent de ses lèvres avant qu’il ne s’enfuie.
Il se heurta à Pâris, la rage brûlant dans les yeux du jeune Capulet. « Tu as tué Juliette ! » accusa Pâris, l’épée au clair.
« Jamais ! » s’écria Roméo, laissant tomber sa propre arme. « Elle est partie… Je quitte Vérone. Je l’aimais, Pâris… du moins je le croyais. »
« Lâche ! » cracha Pâris. « Comme tous les Montaigu. Les Capulet la vengeront ! »
« Ils me poursuivront », rétorqua Roméo, ramassant son épée et s’enfuyant. Pâris, consumé par la vengeance, retourna au manoir Capulet.
Quelques minutes plus tard, Juliette se réveilla, désorientée. La tombe était vide. La panique monta. Où était Roméo ? N’avait-il pas reçu le message de frère Laurent ? L’avait-il… abandonnée ?
Elle sortit de la tombe en trébuchant, se protégeant les yeux de la lumière soudaine. « Mère ? » cria-t-elle, apercevant Lady Capulet près de l’escalier. La femme se précipita pour l’embrasser.
« Tu es vivante ! Mais… tu étais morte ! » s’exclama Lady Capulet, la conduisant à l’intérieur auprès d’un Lord Capulet stupéfait.
« Juliette ? » murmura-t-il en la serrant dans ses bras. « Comment ? »
« Je suis vivante », dit-elle en s’éloignant. « Où sont les Montaigu ? »
« Pourquoi ? » demanda sa mère, la suspicion dans la voix. « Ont-ils essayé de te faire du mal ? »
« Non… je… » Juliette hésita. Pouvait-elle révéler son amour secret ? « Je ne sais pas », marmonna-t-elle.
« C’est merveilleux ! Tu peux encore épouser Pâris ! » déclara Lord Capulet. Comme sur commande, Pâris entra, rayonnant de confiance.
« J’ai hâte, Juliette », sourit-il en lui prenant la main pour l’embrasser. Elle recula tandis qu’il l’emmenait pour une conversation privée.
« Que veux-tu ? » demanda-t-elle en s’asseyant sur un canapé.
« Je sais que tu aimes Roméo », déclara-t-il sans ambages. « Mais il est mort. »
Juliette se figea. Un mensonge. Pâris, croyant Roméo un lâche, exploitait probablement la situation.
« Roméo… mort ? » Elle retint un sanglot. « Il ne m’aurait pas quittée… sachant que je suis vivante. » Pourtant, la sincérité de Pâris reflétait celle de Roméo… serait-ce vrai ?
« Il ne t’a jamais aimée. C’était toujours Rosaline », murmura Pâris, la cernant comme un prédateur.
« Mensonges ! » s’écria Juliette, mais le doute la rongeait.
« Je ne dis que la vérité », insista Pâris, la laissant sous le choc de la confusion. Roméo… mort ? Rosaline ? La pièce tournait.
Le lendemain, Juliette, le cœur brisé, épousa Pâris. Roméo, croyait-elle, était parti. Quel autre choix avait-elle ? Pourtant, son cœur souffrait pour son amour perdu.
Aux abords de Vérone, Roméo fit ses adieux à sa maison. Juliette était morte, les Capulet le traqueraient. Il n’avait plus rien. Il marcha vers l’inconnu, hanté par la perte.
« Je suis désolée, Roméo », murmura Juliette pendant la cérémonie, pleurant un amour perdu.
« Je suis désolé, Juliette », fit écho Roméo, à des kilomètres de là, le cœur brisé.
Leurs chemins, autrefois entrelacés, divergeaient maintenant, à jamais séparés par le malentendu et la tromperie. Une fin alternative tragique à un récit intemporel.