William Hogarth (1679-1764) demeure une figure incontournable de l’art britannique du 18e siècle, reconnu pour ses commentaires sociaux mordants, ses séries narratives et ses portraits perspicaces. Bien que souvent célébré pour ses représentations satiriques de la vie londonienne, telles que A Rake’s Progress ou Marriage A-la-Mode, ses portraits révèlent un engagement plus nuancé envers le caractère individuel et l’évolution des attitudes sociales. Un exemple particulièrement frappant, et une œuvre notable souvent discutée lors des expositions de ses travaux, est le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth. Cette peinture offre un aperçu fascinant de la relation entre deux figures éminentes de l’époque – l’acteur célèbre David Garrick et son épouse, Eva Marie Veigel – et offre un terrain fertile pour interpréter l’approche de Hogarth dans la représentation des dynamiques personnelles.
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Au milieu du 18e siècle, la portraiture britannique évoluait lentement des poses rigides et formelles des périodes antérieures vers des représentations plus informelles et naturalistes. Hogarth était à l’avant-garde de ce changement, cherchant à saisir non seulement la ressemblance, mais aussi la personnalité et l’interaction. Ses portraits, comme ses scènes narratives, portent souvent un sens d’histoire implicite ou d’étude de caractère. Le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth, peint entre 1757 et 1764, illustre cette approche, présentant le couple dans ce qui semble être un moment domestique, rempli d’une tension subtile ou peut-être d’un engagement ludique, plutôt qu’une formalité rigide.
Portrait par William Hogarth de David Garrick et de son épouse Eva Marie Veigel. Garrick tient une plume et Veigel tend la main vers elle.
David Garrick (1717-1779) fut sans doute l’acteur le plus célèbre de son époque, célébré pour ses performances dynamiques, particulièrement dans des rôles shakespeariens comme Richard III. Son épouse, Eva Marie Veigel (1724-1822), connue professionnellement sous les noms de ‘La Violette’ ou ‘Violetti’, était une danseuse très estimée qui avait dansé dans des cours royales européennes avant d’épouser Garrick. Leur union était considérée comme réussie et généralement heureuse, bien que sans enfants. Ce contexte ajoute des couches de contexte à la représentation de Hogarth.
Composition et interprétation du portrait de Garrick
La composition du portrait David Garrick et sa femme par Hogarth est au cœur de son intrigue. Garrick est assis à une table, une plume à la main, semblant plongé dans ses pensées ou sur le point d’écrire sur le papier devant lui. Sa pose suggère le processus créatif d’un dramaturge ou d’un intellectuel. Debout derrière lui, penchée par-dessus son épaule, se trouve Eva Marie Veigel. Son bras est tendu, la main tendant vers la plume. C’est ce geste qui a suscité un débat et une interprétation considérables parmi les historiens de l’art et les critiques.
Une interprétation courante est que Veigel est représentée comme la muse de Garrick, guidant ou inspirant doucement sa créativité. Sa façon de se pencher vers lui et son regard concentré pourraient suggérer une connexion de soutien et intime, symbolisant son influence sur ses entreprises artistiques. Cela s’aligne avec l’idée d’une épouse de soutien essentielle à un esprit créatif.
Cependant, une autre interprétation, peut-être plus provocante, est que Veigel tente de manière ludique de distraire Garrick ou même de l’empêcher de travailler – une « farceuse » l’empêchant de terminer sa tâche, comme le suggèrent certaines analyses. Sa main tendant vers la plume pourrait être vue comme une interruption plutôt qu’une inspiration. Cette lecture introduit une touche de l’esprit caractéristique de Hogarth et de son intérêt pour les faiblesses humaines, même dans un portrait d’individus estimés.
Compte tenu du penchant de Hogarth pour l’incorporation de récits et de symbolisme subtil dans ses œuvres, il est plausible qu’il ait voulu cette ambiguïté. Il représentait souvent les complexités et les aspects parfois humoristiques des relations humaines, qu’elles soient satiriques ou affectueuses. Le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth semble capturer une dynamique vivante, peut-être légèrement taquine, entre le couple, ce qui s’alignerait avec le caractère connu des deux individus et leur mariage présumé heureux.
La réaction de Garrick et le style de Hogarth
Il est intéressant de noter que David Garrick aurait détesté la peinture terminée et aurait initialement refusé de l’accepter. Les raisons exactes de son mécontentement ne sont pas connues avec certitude, mais la spéculation se concentre sur la manière dont il percevait sa représentation et celle de son épouse. Une théorie suggère que Garrick, fier de son succès bâti par lui-même, pourrait ne pas avoir voulu que la peinture insinue que ses réalisations (symbolisées par l’acte d’écrire) étaient influencées ou guidées par son épouse, surtout compte tenu des antécédents distingués de Veigel, que certains auraient pu considérer comme étant « au-dessus » des siens.
Cette réaction négative du modèle est notable car elle souligne l’éloignement de Hogarth par rapport à la portraiture flatteuse conventionnelle. Contrairement aux artistes qui cherchaient principalement à plaire à leurs riches mécènes avec des images idéalisées, Hogarth était souvent plus préoccupé par la capture de ce qu’il percevait comme la vérité du caractère ou un moment révélateur. Bien que n’étant pas ouvertement satirique comme dans ses séries, le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth possède une qualité active et dynamique qui le distingue des portraits formels plus statiques. Il cherche à transmettre un moment d’interaction plutôt qu’une simple ressemblance.
L’ensemble de l’œuvre de Hogarth démontre un intérêt constant pour la condition humaine, la stratification sociale et les coutumes changeantes de son époque. Sa capacité à observer et à représenter ces éléments dans de grandes scènes narratives comme dans des portraits intimes est une marque de son génie. Le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth s’inscrit dans ce contexte plus large en montrant un couple célèbre non pas comme des icônes intouchables, mais dans un moment auquel de nombreuses relations peuvent s’identifier – un mélange d’activité partagée, de distraction potentielle et d’affection sous-jacente.
La comparaison du portrait David Garrick et sa femme par Hogarth à d’autres portraits de Hogarth éclaire davantage sa signification. Alors que son Autoportrait peignant la Muse comique offre un aperçu de son identité artistique et de son cadre domestique, et des œuvres comme Mary Edwards affirment l’indépendance féminine par des poses non conventionnelles, le portrait de Garrick se concentre intensément sur la relation entre deux personnes. Il partage un sentiment d’informalité détendue vu dans des peintures comme La famille Cholmondeley, mais contrairement à l’énergie quelque peu dispersée des enfants dans cette œuvre, l’énergie dans le portrait de Garrick est concentrée sur l’interaction entre les figures centrales et la plume symbolique.
L’héritage du portrait
Malgré les réserves initiales de Garrick, le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth est devenu l’un des portraits les plus connus de Hogarth. Il est aujourd’hui valorisé non seulement pour sa représentation de deux individus célèbres, mais aussi pour son mérite artistique et sa représentation des conventions de portraiture en évolution. Il illustre l’habileté de Hogarth à saisir un sens de la vie et de la personnalité, allant au-delà de la simple représentation pour suggérer une histoire dans le cadre.
Vu dans le contexte de l’ensemble de la carrière de Hogarth, qui documentait et commentait souvent le tissu social de l’Angleterre du 18e siècle, le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth témoigne de sa capacité à appliquer ses compétences d’observation aiguisées à des études individuelles ainsi qu’à une vaste satire sociale. C’est un portrait qui invite à la contemplation et au débat, incarnant la complexité qui rend l’œuvre de Hogarth durablement fascinante. L’interaction entre l’acteur, la danseuse et l’artiste donne naissance à une peinture qui continue de susciter des discussions sur la créativité, le partenariat et l’art de saisir une relation vivante sur toile.
En conclusion, le portrait David Garrick et sa femme par Hogarth est bien plus qu’une simple ressemblance d’un couple célèbre. C’est une œuvre vibrante, riche en interprétations, qui reflète le style distinctif de Hogarth et son intérêt pour les dynamiques de la connexion humaine. Il représente une étape dans l’évolution de la portraiture britannique vers un plus grand naturalisme et une profondeur psychologique, offrant aux spectateurs un aperçu convaincant, quoique peut-être subtilement ambigu, du monde privé de figures publiques, filtré à travers la vision unique de William Hogarth.