L’arrivée du commodore Matthew Perry au Japon en 1853 constitue un moment charnière de l’histoire japonaise et américaine, marquant la fin de la politique isolationniste séculaire du Japon et son entrée forcée dans le monde moderne. Bien que souvent crédité de l' »ouverture » du Japon, l’expédition de Perry s’inscrivait dans un contexte mondial plus large d’expansion de l’influence occidentale et des intérêts économiques et politiques spécifiques des États-Unis. Cet article explore le contexte historique de la mission de Perry, son impact sur le Japon et son héritage durable.
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Le commodore Matthew Perry arrive au Japon.
Le contexte de l’expédition de Perry
Contrairement à la croyance populaire, Perry ne fut pas le premier Occidental à rencontrer le Japon. Des commerçants portugais, espagnols et néerlandais y avaient établi des relations commerciales aux 16e et 17e siècles. Cependant, le prosélytisme européen et les pratiques commerciales perçues comme inéquitables conduisirent à l’expulsion de la plupart des étrangers et à la mise en œuvre du sakoku, une politique isolationniste stricte, en 1639. Pendant plus de deux siècles, les interactions du Japon avec le monde extérieur furent sévèrement limitées, seuls les Néerlandais et les Chinois bénéficiant de privilèges commerciaux restreints.
Plusieurs facteurs convergèrent au milieu du 19e siècle pour susciter l’intérêt américain à rétablir le contact avec le Japon. L’ouverture des ports chinois au commerce et l’acquisition de la Californie placèrent les États-Unis en position d’accroître le commerce transpacifique. Le passage des navires à voile aux navires à vapeur nécessitait des stations de charbon le long de ces routes, et la position stratégique du Japon, ainsi que des rumeurs sur ses réserves de charbon, en firent un candidat de choix. De plus, l’industrie baleinière américaine florissante dans le Pacifique Nord nécessitait des ports sûrs et des provisions, tandis que les rapports de mauvais traitements infligés aux marins américains naufragés attisèrent les appels à une intervention diplomatique.
Townsend Harris, le premier consul des États-Unis au Japon.
La mission de Perry et la diplomatie de la canonnière
Motivés par des considérations économiques et un sentiment de Destinée manifeste, les États-Unis visaient à « moderniser » et « civiliser » le Japon. Tandis que certains préconisaient la conversion religieuse, d’autres considéraient le commerce forcé comme mutuellement bénéfique. Les tentatives américaines antérieures d’engager le dialogue avec le Japon avaient été repoussées, mais en 1851, le président Millard Fillmore autorisa une expédition navale formelle dirigée par le commodore Matthew Perry.
La stratégie de Perry impliquait une démonstration calculée de puissance navale combinée à des ouvertures diplomatiques. Il visita d’abord les îles Ryūkyū et Bonin, affirmant les revendications américaines et exigeant une coopération, avant de se diriger vers la baie d’Edo (Tokyo). Portant une lettre du président Fillmore adressée à l’Empereur (une méprise sur la structure politique japonaise), l’arrivée de Perry avec un escadron de navires de guerre signalait la puissance américaine. Simultanément, il présenta des cadeaux mettant en valeur la technologie occidentale – une locomotive à vapeur, un télégraphe, et plus encore – destinés à impressionner les Japonais par la supériorité occidentale.
Le Traité de Kanagawa et ses conséquences
L’approche énergique de Perry incita les autorités japonaises à accepter la lettre de Fillmore. L’année suivante, il revint avec une flotte plus importante, accentuant la pression sur les Japonais pour négocier. En 1854, le Traité de Kanagawa fut signé, accordant la protection aux Américains naufragés, ouvrant deux ports (Shimoda et Hakodate) pour l’approvisionnement des navires américains, et permettant la nomination d’un consul américain. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un traité commercial complet, il incluait une clause de la nation la plus favorisée, ouvrant la voie à de futurs accords commerciaux.
Townsend Harris, le premier consul des États-Unis au Japon, arriva à Shimoda en 1856. Faisant face à une plus grande résistance sans le soutien naval de Perry, il obtint finalement le Traité Harris en 1858, établissant des relations commerciales formelles entre les deux nations. Les puissances européennes emboîtèrent bientôt le pas, concluant leurs propres traités avec le Japon.
L’héritage du commodore Perry
L’expédition du commodore Matthew Perry déclencha une chaîne d’événements qui modifièrent irrévocablement la trajectoire du Japon. Bien que l’ouverture du Japon fut finalement réalisée par la « diplomatie de la canonnière », ses conséquences furent profondes. L’accès à la technologie et aux idées occidentales facilita la modernisation rapide du Japon, particulièrement dans son domaine militaire, le transformant en une puissance majeure dans le Pacifique. Cependant, la nature forcée de cette interaction affaiblit le Shogunat Tokugawa, culminant avec la Restauration Meiji de 1868, qui rétablit le pouvoir impérial et inaugura une ère de profonds changements sociaux et politiques. La mission de Perry demeure un héritage complexe et controversé, symbolisant à la fois le pouvoir transformateur de la mondialisation et le potentiel de coercition dans les relations internationales.